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mardi 23 décembre 2008

Ploumen n'a-t-elle rien compris?

Dire que j'avais voté pour Ploumen. Si seulement je pouvais retirer mon vote...
Ma copine Natasha m'a envoyé un article (lien) sur les dernières déclarations de la présidente du Parti Travailliste, Lilialle Ploumen, disant que les migrants qui deviennent néerlandais ne devraient garder que leur passeport néerlandais. Je ne vais pas revenir sur le fond de l'histoire, tant elle a été rabâchée. Je vais juste rappeler que les Pays-Bas sont le seul pays qui a un problème avec les nationalités multiples.
On en parlait dans la voiture vers Lille l'autre jour avec Lewis: pourquoi les Français ou les Américains se désintéressent-ils des multiples nationalités de leurs compatriotes alors que les Néerlandais nous font de telles grossesses nerveuses? Mon hypothèse est que les Français et Américains sont relativement à l'aise avec leur identité et n'ont pas de complexe d'infériorité. Au contraire, même, puisqu'ils jugent avec une certaine arrogance que seule leur nationalité compte, et que les autres ne sont que le produit des histoires collectives et familiales. À l'inverse, les Néerlandais ont un gros complexe d'infériorité et ont le besoin qu'on leur rappelle que si, quand même, on pense aussi à eux et au passeport néerlandais parfois.

Ceci dit, je suis extrêmement déçu par Ploumen. Je ne la connais pas du tout, j'ai juste entendu des rumeurs sur son éventuelle médiocrité, auxquelles je n'ai pas beaucoup prêté attention. Toujours est-il que si les crises de nerfs de Wilders ou de Verdonk sur les nationalité multiples collent assez bien avec leur personnage politique (xénophobe, populiste, bas du front), que la présidente du parti travailliste vienne se vautrer dans ces eaux sombres me met très en colère. 
Alors Lilianne, écoute moi bien: non seulement tu me fais honte, mais en plus, je le dis publiquement, si j'avais su que tu allais te comporter comme une cruche xénophobe de bas étage, non seulement je n'aurais pas voté pour toi, mais j'aurais fait campagne contre toi.

Le message envoyé à la direction du parti:
Beste Kameraden,
Ik heb met schamte ontdekt wat onze voorzitter Lilianne Ploumen heeft gezegd over migranten en hun dubbele nationaliteit. Ik vind het ongepast, ongewenst en echt gênant voor een progressieve Europese partij.
Of Lilianne heeft geen idee, en ze moet zich houden aan wat ze weet, of dat was een bewuste beweging, en ik vind het schandalig en vraag me waarom ik nog lid van de PvdA ben.
Wat is de politieke nut van zo'n verklaring? Wil de PvdA gaan jagen op de gronden van Wilders en Verdonk?
Wil de PvdA echt een hamonieuse intergatie of zijn de migranten alleen pionnen in een grotere politieke speel? Als socioloog en deskundige op de integratievraag kan ik geen goede verklaring vinden.
In elk geval verwacht ik of een snelle correctie, of een serieuse verklaring van onze voorzitter.
Vriendelijke groeten,
Laurent Chambon
(PvdA SDRaadslid Amsterdam Oud Zuid)


Article dans le NRC:
PvdA: migrant moet oude nationaliteit opgeven
Gepubliceerd: 23 december 2008 08:34 | Gewijzigd: 23 december 2008 10:28   ANP
Amsterdam, 23 dec. PvdA-voorzitter Lilianne Ploumen wil dat migranten die Nederlander willen worden alleen nog een Nederlands paspoort gaan dragen. Dat heeft ze vandaaag gezegd in een interview in de Volkskrant.
,,Loyaliteit heeft voor mij niets met nationaliteit te maken. Maar de greep van herkomstlanden moet verdwijnen. Om Nederlander te worden moet je je oude nationaliteit in principe opgeven'', aldus Ploumen.
Ze heeft een partijnotitie over integratie geschreven. Volgens haar is de PvdA te lang te tolerant geweest voor migranten. ,,De fout die we nooit meer mogen maken, is het inslikken van kritiek op culturen of religies omwille van de tolerantie''.

samedi 13 décembre 2008

Meilleur ou pire

La hype du moment aux Pays-Bas, c'est la question du meilleur et du pire politicien de l'année. Cette année, on a Wouter Bos comme meilleur, et Gert Wilders comme pire. Plus ou moins l'inverse de l'année derniers. On retrouve dans le tiercé perdant Rita Verdonk, et chez les gagnants Alexander Pechtold. Bon, ça a la valeur qu'on accorde aux sondages. "Yawn..." (baillement) comme dit Lewis.
Plus intéressant est le changement qui a lieu dans le projections de voix et de sièges à la Deuxième Chambre: Rita Verdonk comme Gert Wilders se tassent sévèrement, les travaillistes remontent et les gentils partis (GroenLinks, D66) regagnent ce qu'ils avaient perdu récemment. Ça ressemble terriblement à une stabilisation de la politique néerlandaise: une extrême-droite présente mais pas dominante, une extrême gauche présente mais pas du tout en état de gouverner, des partis du centre qui ronronnent, allez vous coucher ma bonne dame, tout est sous contrôle.

Mon impression? Qu'une fois que les crises d'identité retombées, on s'occupe à nouveau de l'économie, et que le clivage gauche/droite recommence à faire sens. C'est une bonne nouvelle, parce qu'on va enfin pouvoir parler de choses sur lesquelles le gouvernement peut vraiment agir. La mauvaise nouvelle, c'est que les citoyens que l'extrême-droite et l'extrême-gauche avaient réveillés chacune à leur manière vont à nouveau se détourner de la politique. Les partis gouvernementaux doivent être soulagés, mais je ne sais pas si c'est vraiment une victoire pour la démocratie. Car, je vous le rappelle, la démocratie ce n'est pas la dictature de la majorité, mais bien le régime qui prend en compte aussi les minorités. Toutes. On en est encore loin.

vendredi 9 mai 2008

Hirsch Ballin et les allochtones

Dans Vrij Nederland:
"J’aimerais bien faire une promenade posthume avec mes parents, qui sont morts trop tôt dans ma vie", dit le ministre CDA de la Justice, Ernst Hirsch Ballin, dans une interview dans laquelle il parle beaucoup de son passé et de ses parents. "Je ne connais que des fragments de leur histoire. Ce sont des morceaux qui forment ensemble une sorte de mosaïque. Mais j’aurais beaucoup aimé en parler avec eux."
"Ceux qui se sont demandés pourquoi le dirigeant CDA a réagi avec une émotivité inhabituelle de sa part à l’intention de brûler ou de déchirer le Coran [dans le film Fitna de Geert Wilders] devraient peut-être s’intéresser de plus près à son passé", écrivent les deux journalistes qui l’ont interviewé. "En tant que fils d’un réfugié juif allemand et d’une mère catholique d’Amsterdam qui se sont rencontrés pendant la guerre, Hirsch Ballin a toujours été conscient du fait que l’identité des gens est composée de plus de dimensions que les manichéens comme Wilders ne jugent possible."
Interrogé sur l’existence de "forces qui veulent faire des allochtones et des musulmans des citoyens de deuxième rang", le ministre répond : "Il y a des processus implicites d’exclusion en cours et ils sont très sournois. J’ai beaucoup coopéré avec des personnes d’origine étrangère à l’Université catholique du Brabant. Je leur ai donné des cours ou je les ai rencontrés ailleurs. La plupart ont réussi. L’un est professeur, un autre inspecteur dans l’enseignement, un troisième directeur général des services dans une mairie. Pourtant, ils me font savoir qu’ils ont le sentiment qu’ils sont classés à part dans les Pays-Bas d’aujourd’hui. Je me rappelle un entretien avec un ancien collègue antillais, qui m’a dit : autrefois je me sentais un Néerlandais antillais et maintenant un allochtone. Je reçois régulièrement des SMS d’eux, avec ce message. Cela m’inquiète." "Je me suis senti personnellement froissé lorsque le groupe PVV à la Chambre a attaqué Nebahat Albayrak à cause de sa double nationalité. Nebahat avait deux ans quand elle est arrivée aux Pays-Bas. C’est une excellente juriste. Elle a été députée et maintenant elle est secrétaire d’Etat. Nebahat est rotterdamoise, elle est néerlandaise !"

http://www.ambafrance.nl/spip.php?article9643

lundi 31 mars 2008

Cité de travers dans France Soir

J'ai été appelé vendredi par une journaliste de France Soir pour commenter la sortie du film de Wilders. J'ai bien sûr été cité de traviole, une fois de plus. Ce n'est pas Wilders mais Theo van Gogh (passé à la trappe apparemment) qui parlait de "geinteneukers", et je n'ai jamais parlé d'idéologie marxiste (un fantasme de droite, peut-être?). Enfin, ce n'est ni la première fois, ni la dernière...

Pays-Bas - Le film anti-islam retiré du net

Le lundi 31 mars 2008 à 11:12

Laurent Chambon, élu municipal à Amsterdam, vit depuis dix ans aux Pays-Bas. Pour ce sociologue Français, l’affaire de la vidéo islamophobe ne devrait pas créer trop de répercussion, le gouvernement néerlandais ayant fermement exprimé sa désapprobation.

Voir l'article Pays-Bas - Le film anti-Coran dénoncé par l'Iran

FRANCESOIR : Le site britannique qui avait mis en ligne le film Fitna de Geert Wilders l’a retiré par mesure de précaution. Pensez-vous que cette affaire aurait pu provoquer les mêmes réactions que les caricatures de Mohomet ?
LAURENT CHAMBON. La grande différence, c’est que le Premier ministre néerlandais a tout de suite critiqué ce film. Il a clairement fait comprendre aux autres gouvernements qu’il ne le soutenait pas et ne l’acceptait pas. Donc si des émeutes surviennent dans certains pays, il s’agira davantage d’une manipulation politique. La preuve, c’est qu’aux Pays-Bas, il n’y a pas eu de violence, les gens sont restés très calmes.

L’Iran et les dirigeants réunis ce week-end au sommet de la Ligue arabe à Damas ont dénoncé le court métrage. Cela est-il inquiétant ?
Les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne ont appuyé le gouvernement néerlandais en condamnant le message du film, tout en défendant le droit de son auteur de le diffuser. Je pense que c’est un signe fort. Quant à l’Iran, ses pratiques politiques sont trop souvent dénoncées ici. Aux Pays-Bas, le relativisme culturel sur les Droits de l’homme ne passe pas. L’Iran peut donc difficilement jouer les porte-parole de l’Islam.

Comment jugez-vous ce film?
Le court-métrage n'est qu'une compilation sans originalité d'images d’archives. Attentats, prêches d'imams intégristes, décapitations... Le but est évident : c’est d’amalgamer islam, islamisme et terrorisme. Il n’y a rien de très original. C’est une provocation de plus comme il y en a régulièrement ici depuis cinq ans.

Quelles genres de provocations ?
Dans mon livre, je montre que les propos des Néerlandais nationalistes sont très violents. Ce sont des insultes récurrentes. Le Pen ne pourrait pas s’exprimer ainsi. Geert Wilders appellent en effet les musulmans « des baiseurs de chèvres ». Je ne sais pas si les Français se rendent compte de cette violence exprimée au Pays-Bas. Tout a commencé avec l’assassinat en 2002 de Pim Fortuyn, dont les positions politiques étaient marquées par son hostilité à l'islam. Et depuis, ces provocations surviennent régulièrement.

Pourquoi l’Etat n’intervient pas ? Cela fait partie de la « tolérance » néerlandaise?
Depuis cinq ans justement, il y a une remise en question de l’identité néeerlandaise. Et cette problématique ne concerne pas uniquement l’extrême droite mais tout l’échiquier politique, jusqu’à l’extrême gauche. Cette dernière se rend compte que l’idéologie marxiste ne suffit plus à fédérer. Elle est donc obligée de prendre position sur ce genre de sujet. En un sens, c’est la question de la tolérance qui est en effet remise en cause. Pourra t-on parler d’une « wilderisation des esprits » comme il y a eu une Lepenisation des esprits en France…Il est encore trop tôt pour le dire.

Le grand mélange, de Laurent Chambon - Denoël collection Impacts 250 pages
Sortie 24 avril

http://www.francesoir.fr/etranger/2008/03/31/pays-bas-le-film-anti-islam-retire-du-net.html

mardi 4 mars 2008

Wilders est un provocateur mais a peur des discussions

Je n'ai pas relayé toutes les niouzes politique du moment. Mais là ce qui se passe est intéressant, car Wilders est confronté à sa propre parole. Dans la presse néerlandaise:

"Ils sont jeunes, ont réussi, sont totalement intégrés et se présentent aujourd’hui comme la ’génération relais’", écrit le Volkskrant dans son grand article à la une. "Huit Néerlandais marocains veulent rompre la spirale négative du débat sur les musulmans. Et un entretien avec Geert Wilders est souhaitable pour cela."
"Le 22 janvier, le groupe - dont fait partie Mohammed Allach, directeur technique du club de football VVV - a invité Wilders à un entretien, dans une lettre. Les huit, qui sont tous d’origine islamique, estiment qu’il est grand temps de ’relever le niveau du débat’. Ils écrivent : ’En effet, les gens qui ont voté pour vous n’attendent pas seulement de vous que vous signaliez les problèmes, mais aussi que vous les résolviez.’ Un mois et demi plus tard, Wilders n’a toujours pas réagi."
"Ils ne sont pas les seuls à faire chou blanc. Le leader du PVV refuse catégoriquement toutes les invitations, ainsi que le montre une tournée des organisations et programmes télévisés liés à l’islam ou au multiculturalisme. Wilders a annoncé qu’il commencerait un ’jihad libéral contre l’islam’, mais il élude le débat depuis des années. Il pose pour ainsi dire un cordon sanitaire autour de la communauté musulmane."
"Il y a aussi l’expérience de l’Union des étudiants néerlandais (SUN), une organisation multiculturelle. ’Nous avons d’abord invité M. Wilders, puis d’autres députés PVV, mais personne n’a voulu venir’, déclare son secrétaire Harun Yildirim. ’Aux yeux de Wilders, ce sont les musulmans qui sont le problème. Il ne se rend pas compte qu’il y a des musulmans qui souhaitent assurer la réussite de la question des allochtones. ’Il n’y a rien à faire contre la tactique de Wilders’, craint Yildirim. ’Il lance quelque chose dans les médias et puis il débranche son téléphone’."
"La communauté musulmane Ahmadiyya (devise : ’amour pour tout le monde ; haine contre personne’) a écrit deux lettres auxquelles Wilders n’a pas réagi. Le centre amstellodamois de jeunes Argan - qui organise régulièrement des débats avec d’éminentes personnalités politiques - a aussi entrepris de vaines tentatives. La première fois Wilders s’est décommandé et les deux fois suivantes il n’a même pas réagi, selon Argan. Une organisation officielle comme le Conseil musulman néerlandais - à laquelle sont affiliées plus de cent mosquées et associations - ne reçoit pas de réponse non plus. ’La première fois a été en août, après son appel à l’interdiction du Coran’, dit le président Abdelmajid Khairoun. Le mois dernier, il a adressé une lettre à plusieurs parlementaires, au nom d’un organe de contact islamique. ’Tout le monde a réagi, sauf Wilders. Nous avons déjà eu un entretien avec Rita Verdonk. Nous divergeons d’opinion, mais ce n’est pas grave. Wilders évite tous les musulmans, qu’ils soient modérés ou radicaux’."
"Il n’y a pas que les organisations musulmanes ou ’allochtones’ qui fassent chou blanc. A Hilversum Wilders a la réputation de ne pas participer à un programme dès qu’il y a des musulmans. Le réalisateur Jan Kooyman, de Meiden van Halal [les filles halal] - programme dans lequel trois musulmanes portant le foulard discutent avec des non-conformistes - est initialement parti du principe que Wilders viendrait, compte tenu de sa déclaration : ’Les foulards, je n’en fais qu’une bouchée !" L’assistant de Wilders lui a répondu : ’Nous n’allons pas vous aider.’ Kooyman : ’Manifestement, ils estiment qu’il n’y a rien à gagner pour lui’." Jihad Alariachi, une des filles halal : ’Nous sommes la preuve vivante que ce qu’il affirme n’est pas juste. Je comprends bien qu’il craigne que ses électeurs ne le délaissent si nous le confrontons à des arguments. Mais pour quelqu’un qui traite volontiers les autres de lâches, c’est lâche’."
"Wilders n’a pas non plus voulu apparaître dans Ab & Sal, une série de la NPS dans laquelle deux Marocains procèdent à un examen critique des Pays-Bas. A la différence de Filip Dewinter, du Vlaams Belang, souligne le rédacteur coordinateur de la NPS Frans Jennekens."

http://www.ambafrance.nl/article.php?id_article=9367

dimanche 2 mars 2008

NBK: Les Néerlandais se réveillent



Ça y est, les Néerlandais se réveillent. Alors que la planète est en hystérie totale à propos d'un film de quelques minutes qui n'a même pas encore été montré, beaucoup semblent se rendre compte que Wilders n'est pas un phénomène isolé, mais bien le symptôme d'une maladie largement répandue, à savoir le racisme et la xénophobie.
Lundi derier j'ai été à une réunion préparatoire de la manifestation du 22 mars sur le Dam. Il y avait les mêmes gauchistes et nous étions deux du parti travailliste. Personne de GroenLinks, ni du CDA, ni de D66, ni bien sûr du VVD. En fait, quand on voit la politique néerlandaise à propos des sans-papiers (tous les jours, coups de filets de la police à la Gare centrale, où seuls les bronzés doivent montrer leurs papiers) alors que le PvdA est au gouvernement, je me demande si la plupart des partis néerlandais ont vraiment envie de se battre contre le racisme.
Le délit de faciès est devenu une réalité, le droite drague ouvertement les électeurs de Wilders et Verdonk avec des déclarations toujours aussi xénophobes, et les seuls à s'élever contre ça, outre les organisations de migrants, sont... les Églises et les associations juives.

Je ne suis pas 100% satisfait par les choix stratégiques faits par Nederland Bekent Kleur, et il est évident que les gauchistes d'IS y sont encore trop présents, mais c'est surtout parce que les autres s'y font trop rares: la plupart étaient ravis que deux travaillistes y aient montré le bout de leur nez.

Je pense qu'il faut retourner le stigmate: que ce ne soit pas les gens comme moi qui soient vus comme paranoïaques, mais bien les connards comme Wilders ou Verdonk qui soient vus tels qu'ils sont. Des démagogues de la pire espèce, une menace pour l'Europe et pour les Pays-Bas, et des dangers pour l'économie, la politique, la culture et l'unité nationale.
Bref, j'invite ceux qui peuvent à me rejoindre sur le Dam samedi 22 mars à 13:00.

mercredi 20 février 2008

C'est dur d'avoir raison avant tout le monde...



Je ne dis pas ça par prétention. Il est des sujets où je suis naturellement en avance sur les collègues tout simplement car c'est mon travail. Comme le faisait remarquer Leena il y a quelques jours à table avec son sarcasme habituel: "c'est vrai que tout le monde sait tout mieux que nous, après tout nous ne sommes que des sociologues, ce n'est pas du tout notre travail de comprendre comment la société fonctionne".
Il y a plus d'un mois j'avais tiré la sonnette d'alarme à propos des petits commerçants qui sont racketés par les propriétaires ("bon, à partir de la semaine prochaine, c'est 1000 euros de plus par mois"). On m'a pris pour un Français trop porté sur le drame. Lundi, un camarade du quartier chic rapporte que son vendeur de cigares se fait pareillement racketer, et là tout le monde trouve que c'est scandaleux. Parfois c'est fatigant, cette méfiance continuelle...

Politique gauche/droite
Dans la presse néerlandaise, une analyse que je partage totalement. Alors que les expulsions de sans-papiers continue de plus belle, que les logements sociaux sont transformés en appartements de luxe et que les services étatiques continuent à être privatisés de plus belle, au PvdA on essaye de nous faire croire qu'on est en train d'effectuer un virage à gauche. Genre...

Le chroniqueur politique du Trouw, Willem Breedveld, réfléchit lui aussi à l’évolution de la politique néerlandaise depuis Pim Fortuyn.
« Cela fait sept ans que j’attends l’arrivée triomphante de la nouvelle politique annoncée de toutes parts après l’assassinat de Pim Fortuyn, en vain jusqu’à maintenant. Et les électeurs semblent partager ce sentiment. Les partis qui ont endossé la responsabilité gouvernementale depuis cette époque - CDA, VVD, PvdA, D66 - ont tous vu leur électorat s’effriter. Sur les flancs, le SP, le PVV et l’invisible Verdonk ont les faveurs des électeurs. Mais pris individuellement ou collectivement (ce qui serait du reste impossible), ils sont incapables de reprendre les commandes. Une simple collaboration avec un des partis traditionnels serait même problématique. Si je considère l’ensemble de la période écoulée, force est de reconnaître que les gouvernements Balkenende II et III semblaient disposer de bons atouts : ils partageaient avec les électeurs l’aversion de la société multiculturelle, la redécouverte de la culture nationale (jusqu’à la limite de l’exclusion ou de l’assimilation des autres), la volonté de lutter contre la bureaucratie, de réformer le système polder et de se libérer d’une protection sociale étouffante : vive le marché, pour la santé publique , l’école et l’emploi ! Mais au grand étonnement de Balkenende, les électeurs n’ont guère apprécié sa nouvelle politique ni son ‘esprit de la VOC’ (Compagnie des Indes Orientales). Ce résultat a pour effet de rendre les gens prudents ... et cela nous conduit au gouvernement Balkenende IV : il ne manque pas de grands projets (quartiers difficiles, environnement, enseignement, sécurité) mais sa prudence l’empêche d’imposer ses idées. Et en fait nous aurions déjà pu le deviner lorsque le nouveau gouvernement a annoncé son intention de se mettre à l’écoute de la population. Cette fameuse population venait certes d’élire un nouveau parlement, elle avait du subir un gouvernement Balkenende III qui n’en finissait pas, et voilà que les communicateurs du gouvernement décidaient qu’elle pouvait bien encore attendre six mois. Ensuite, rien ne s’est arrangé : le droit de licenciement a été évacué de l’agenda, les ‘quartiers superbes’ ont sombré dans le bras de fer avec les corporations locatives, l’enseignement est plus oublié que jamais et les salaires des grands managers galopent. Nous assistons à ce que le philosophe français Cornelius Castoriadis appelle ‘l’impuissance de la politique’ : notre époque est incapable de se trouver une alternative et n’offre guère plus que la justification récurrente du capitalisme libéral, qui suscite de nombreuses interrogations dans l’opinion publique. Il faut reconnaître que ce gouvernement partage ses interrogations sur ce point ; mais j’ai du mal à comprendre son manque de conviction, ses hésitations : on veut sauver la planète en retirant de la vente les ampoules électriques ou en se chamaillant sur un moulin à vent ; on pinaille sur la morale ou sur la nécessité d’une lampe arrière sur les vélos. Mais c’est une alternative que nous attendons de ce gouvernement pas du raccommodage. »


Natalité
Je ne parle même pas de la politique familiale néerlandaise. La ChristenUnie a ouvert la discussion, mais nulle part je n'ai encore entendu comment les Néerlandais allaient se débrouiller pour alléger le fardeau de la maternité pour les femmes. Pas de crèche spéciale, pas d'aide à la petite enfance, toujours du temps partiel imposé pour les femmes et cette morale très Cuisine-Église-Enfants qui règne à tous les étages. Et intériorisée au point que quand on aborde le sujet les femmes sont d'une agressivité incroyable. Someone needs a shrink here...

Politique familiale
Le ministre de la Jeunesse et de la Famille, M. Rouvoet, « plaide pour une politique familiale active », indique le Trouw. « La politique familiale a traditionnellement été un tabou aux Pays-Bas. C’est pourquoi M. Rouvoet aborde le sujet avec beaucoup de prudence. Il en a toutefois parlé hier dans une interview accordée à De Pers : les familles néerlandaises devraient avoir davantage d’enfants afin de compenser les dépenses liées au vieillissement de la population. En dépit de la prudence des propos de Rouvoet, les réactions des parlementaires expriment une grande réticence : aucun groupe ne veut prendre de risque sur cette question. Rouvoet a fait le lien entre le chiffre de la natalité, trop faible à ses yeux et le vieillissement de la population ; la plupart des défenseurs d’une politique de natalité active font le lien entre le nombre d’enfants des familles autochtones et les chiffres de natalité beaucoup plus élevés dans les familles allochtones. L’ancienne députée VVD Ayaan Hirsi Ali s’exprimait ainsi en 2005 dans notre journal : ‘ le gouvernement garde le silence sur une évolution démographique inquiétante, avec d’un côté une population autochtone vieillissante et de l’autre l’afflux dans les grandes villes néerlandaises de familles allochtones qui ont beaucoup d’enfants. Le gouvernement trouve-t-il que c’est une bonne évolution pour lutter contre le fondamentalisme musulman ? Pourquoi n’y a-t-il aucune proposition dans le domaine de la politique familiale ?’. De même, l’universitaire Paul Scheffer, qui a lancé le débat sur la société multiculturelle, plaide dans son dernier livre (Het land van aankomst / le pays d’arrivée), pour une intervention plus active des pouvoirs publics. Tout comme Rouvoet, il relève le vieillissement de la population et la nécessité d’assurer une jeune génération qui puisse en supporter le coût ; mais lorsqu’il explique que l’alternative, pour faire augmenter les chiffres de la natalité (plus de population active immigrée) n’est pas une véritable solution, il rejoint Hirsi Ali : le population autochtone doit prendre ses responsabilités, estime Scheffer. La prudence du gouvernement néerlandais est exceptionnelle dans le contexte international : dans des pays comme la France, l’Italie ou l’Allemagne, l’Etat s’implique fortement dans les politiques familiales. »


http://www.ambafrance.nl/article.php?id_article=9324

lundi 4 février 2008

Bleu de Delft 2.0



À la gare d'Amsterdam Rai, l'ancienne salle d'attente est désormais occupée par un artiste un peu obsédé par le Bleu de Delft. Il détourne le truc et garde la technique. J'ai trouvé ça sympa. En tous les cas bien mieux qu'un distributeur de frites...



Geert Wilders en prend pour son grade (ci-dessus), mais aussi Al Qaida, qui, je vous le rappelle, est vendu comme une institution terroriste avec franchises (ci-dessous). Mignon, nan?

Associer

http://www.Medium4You.be/article.php3?id_article=3365

mercredi 2 janvier 2008

Je suis dans Libé aujourd'hui



Dans la section 'Rebonds' du Libération d'aujourd'hui...

Municipales : Amsterdam capitale de la différence
Laurent Chambon sociologue français et conseiller municipal d’Amsterdam.
QUOTIDIEN : mercredi 2 janvier 2008

En 2006, j’ai été élu conseiller municipal à Amsterdam Oud Zuid (un des quatorze arrondissements amstellodamois) sur la liste du Parti travailliste menée par une femme, Bea Mieris. C’est en tant que candidat à la candidature étranger et ouvertement gay, comme d’ailleurs les deux échevins travaillistes de l’arrondissement, que j’ai été désigné par une commission de sélection après avoir été recruté par petite annonce pour occuper une place dans le milieu de la liste aux côtés de nombreuses femmes et d’un autre «allochtone» (mot barbare signifiant «né à l’étranger» en novlangue administrativo-xénophobe batave) d’origine turque.

Il faut savoir qu’aux Pays-Bas les étrangers (et pas seulement les ressortissants de l’Union européenne) ont le droit de vote aux élections locales… A Paris comme à Amsterdam, les places sur les listes d’arrondissement sont chères, et beaucoup d’aspirants candidats tentent de reléguer les têtes un peu différentes dans les tréfonds des listes pour s’assurer une place éligible.

Lors du vote des militants de mon arrondissement, j’ai ainsi dû faire face aux intrigues de candidats «autochtones» moins bien placés sur la liste et qui estimaient que leur position sur la liste ne reflétait pas leur talent, leur engagement sur le terrain, etc. C’est une expérience terrible que beaucoup de candidats «de la diversité» ont eu à connaître un jour. Xénophobie («Avec son accent on ne peut pas l’envoyer sur les marchés…»), sexisme («Elle a couché avec qui pour être sur la liste ?»), homophobie («Le communautarisme est dangereux, regarde aux Etats-Unis»), coups bas et petits complots expliquent en grande partie l’amertume et le découragement dont témoignent ceux qui, prenant au pied de la lettre les encouragements des dirigeants politiques, ont voulu s’engager en politique. Il aura fallu toute l’obstination des responsables nationaux du parti pour permettre aux «allochtones» de rester sur les listes. Une fermeté gagnante puisque notre ouverture à la diversité nous a permis de gagner les municipales, les électeurs ayant décidé d’envoyer un signal fort au gouvernement de centre droit, où sévissait alors Rita Verdonk, ministre de l’Intégration et de l’Immigration (toute ressemblance, etc). Je crois que cette année-là beaucoup de Néerlandais ont vu dans la diversité affichée par les listes du Parti travailliste un vaccin contre les dérives nationalistes, islamophobes et individualistes qui rongent les Pays-Bas depuis le meurtre de Pim Fortuyn, en 2002.

L’ouverture à la diversité n’est plus un luxe mais une question de survie. La diversité du personnel politique permet la polyphonie indispensable à la prise en compte de l’intérêt général et demeure l’un des meilleurs garde-fous contre les dérives de l’entre-soi (corruption, favoritisme, népotisme). Que le parti dirigé par Patrick Devedjian (l’ami des femmes en général et d’Anne-Marie Comparini en particulier), qui a fait bien peu pour la diversité aux élections législatives (seulement 14 % de femmes dans le groupe UMP de l’Assemblée nationale), se satisfasse à grand bruit de présenter une femme à Paris est finalement assez mignon : on sait depuis longtemps à quoi s’attendre de la droite française sur la question. Mais que le PS, dont on attend depuis 1981 qu’il accorde le droit de vote aux étrangers et qui ne peut aligner que deux députés métropolitains d’origine non européenne (1) plus d’un quart de siècle après une «marche des beurs» qu’il avait si bien su récupérer, soit aujourd’hui incapable de placer un nombre significatif de candidats de la diversité en position éligible (mettons une cinquantaine pour 36 000 communes) me révolte. Ainsi sur les vingt têtes de liste socialistes à Paris, une seule, Seybah Dagoma dans le Ier arrondissement, est noire, et on cherchera en vain une tête de liste asiatique ou maghrébine sur le site de campagne de Bertrand Delanoë. Aujourd’hui, je comprends que les militants socialistes en veuillent aux éléphants de les avoir collectivement humiliés en laissant Nicolas Sarkozy prendre des initiatives sur les questions de la discrimination positive et de la promotion d’enfants d’immigrés, trop occupés qu’ils étaient à préparer leurs sorties sexistes contre Ségolène Royal, par ailleurs seule femme à diriger une région. Que les Français blancs et hétérosexuels qui dirigent le PS fassent preuve d’une telle avidité de pouvoir est lamentable, mais qu’ils n’arrivent pas à se défaire de leurs sales habitudes à trois mois d’élections aussi importantes pour les Français est alarmant. Ces élections à la proportionnelle devraient pourtant être l’occasion de faire oublier leur nullité sur ce sujet essentiel. La droite l’a compris et s’est même mise à vendre ses «minorités» à sa façon, c’est-à-dire en surjouant la tolérance, la modération et l’ouverture comme un mauvais acteur qui n’a pas eu le temps d’apprendre son rôle et qui veut à toute force convaincre son public. Il est donc indispensable que François Hollande pour son dernier combat à la tête du PS prenne solennellement l’engagement que les listes socialistes aux municipales de 2008 seront ouvertes aux candidats de la diversité (que ce soit par leur genre, leur orientation sexuelle ou leur origine ethnique) et que ceux-ci soient placés en position éligible.

Bertrand Delanoë, quant à lui, doit être soutenu dans sa résistance aux barons locaux. J’espère de tout cœur que le courage politique dont il a fait preuve en évoquant publiquement son homosexualité l’amènera à défendre dans chaque arrondissement des listes reflétant la diversité et la richesse des Parisiens, qui font de Paris une ville incontournable économiquement et culturellement. La capitale française est déjà suffisamment en retard dans la course au titre de «ville-monde» pour que ses élus ne constituent pas un handicap de plus.

(1) George Pau-Langevin et Henri Jibrayel, respectivement élus à Paris et dans les Bouches-du-Rhône.

http://www.liberation.fr/rebonds/301256.FR.php

jeudi 6 décembre 2007

Amants coraniques interdits d'expo

Le Musée municipal de La Haye a décidé de ne pas exposer les photos de l'artiste d'origine iranienne Soorah Hera représentant deux amants portant le masque de Mohamed et son beau-fils Ali.
Accusé par la photographe de céder à la peur, son directeur, Wim van Krimpen, cherche surtout à éviter la polémique et se concentrer sur l'art: "Si elle n'avait pas publié ces propos sur Mahomet, ces photos d'hommes masqués seraient maintenant exposées", explique Wim van Krimpen lui-même dans le NRC Handelsblad de mercredi. "C'est du bon travail. Du moment qu'elle a cherché la publicité, c'est brusquement devenu une discussion politique. Je ne me laisse pas exploiter pour cela."
Cette polémique a lieu au moment où les Pays-Bas s'interrogent sur les limites de la provocation artistique et politique, surtout depuis que le leader de l'extrême droite islamophobe, Geert Wilders, a annoncé vouloir faire un film sur l'Islam. A charge, évidemment.

http://www.tetu.com/rubrique/infos/infos_detail.php?id_news=12202

mercredi 28 novembre 2007

Après Théo van Gogh et Ayaan Hirsi Ali, c'est au tour de Geert Wilders de devenir "cinéaste"

Déjà le fait que Theo van Gogh soit désormais présenté comme "cinéaste" me posait des problèmes (il a fait des films, certes; j'ai fait des pâtes, est-ce que cela fait de moi un chef?), mais maintenant c'est au tour du populistissime Geert Wilders de vouloir se faire de la pub facile, avec, vous l'aurez compris, le projet d'un film. Surprise, il portera sur... l'Islam.
Panique à La Haye, déjà soulagés que le coup des caricatures ait eu lieu au Danemark et pas ici, mais où on sent que ça va chauffer avec le nouveau hobby de Geert. Sa passion pour le septième art est aussi ancienne que son islamophobie est subtile, c'est dire, et l'on sent que le seul but c'est se faire mousser, cracher sur les arabes et jouer à la victime, pas léguer une œuvre grandiose à l'humanité. La vanité de ces politiciens investis d'une mission et qui pensent qu'ils peuvent tout faire me laisse pantois.

J'imagine déjà le prochain épisode: monter un resto trois étoiles uniquement avec des recettes au porc et au chien, lancer un spectacle de trapézistes néo-classique avec des femmes voilées mais seins-nus, créer une chorégraphie avant-gardiste avec des versets du Coran enveloppés d'ironie, et pourquoi pas une exposition caligraphique en arabe avec des insultes au prophètes.
Wilders, héros du nouvel individualisme xénophobe sans limites, symptôme d'une élite arrogante et ignorante ou juste cas psychiatrique? Vos réponses par email.

Dans la presse néerlandaise:
Le Telegraaf annonce à la une un « film provocateur de Wilders ». « L’émotion est grande dans les milieux gouvernementaux », explique le journal populaire, « à l’annonce des projets de film de Geert Wilders. Le leader du PVV prépare dans la plus grande discrétion un téléfilm provocateur sur le Coran, qui doit paraître sur les écrans à la fin du mois de janvier. (...) Ce film est une mise en accusation du Coran. Des extrait du livre sacré des musulmans seront présentés devant la caméra dans un style comparable à celui de ’Submission’. Ce film de Théo Van Gogh avait provoqué une réaction de colère dans les milieux musulmans ; son réalisateur a été assassiné en 2004 par un musulman radical peu avant sa sortie. Wilders accepte de confirmer qu’il prépare un film dans lequel le Coran occupe une place centrale.
‘Dans mon film, cela conduit à quelque chose’, précise l’homme politique, qui refuse de révéler si par exemple il déchire un Coran : ‘Je ne veux rien dire, il faudra aller voir mon film’. Les projets cinématographiques de Wilders préoccupent vivement le gouvernement. En plus de problèmes de sécurité dans notre pays, celui-ci pourrait également déclencher des réactions néerlandophobes dans les pays musulmans. Les trois ministères concernés - affaires étrangères, justice et intérieur - en discutent avec Wilders. Le coordinateur national pour le terrorisme, Tjibbe Joustra, est impliqué dans les entretiens. Un porte-parole de la Justice fait savoir que ‘le gouvernement met tout en œuvre pour se préparer à une discussion subite et violente à l’intérieur comme à l’extérieur’. Wilders a déclaré dans le passé que les musulmans devraient déchirer la moitié du Coran s’ils voulaient rester aux pays-Bas ; il a également comparé le livre à ‘Mein Kampf’. Le leader du PVV est en discussion avec une chaîne de télévision pour diffuser son film ; il envisage également d’utiliser le temps d’émission réservé aux partis politiques pour le diffuser ».


Hommes politiques « investis d’une mission » Le Trouw est d’avis que « les hommes politiques investis d’une mission ne durent jamais longtemps ». « Un parti politique en bonne santé est composé de gens enthousiastes qui veulent imprimer leur marque à la société. A l’intérieur de chaque parti, il y a même une catégorie particulière, souvent modeste, de gens dont l’enthousiasme surpasse celui de leurs collègues - ce sont les politiciens investis d’une mission personnelle. Si tout se passe bien, ils représentent un plus pour leur parti .... mais parfois, ils dépassent les bornes, et ils laissent derrière eux un parti abasourdi ou dans certains cas soulagé. (...) Au PvdA, depuis la radiation d’Esfan Jami, le calme est revenu (...) Mais il resurgira quelque part, parce que les politiciens qui se sentent investis d’une mission ont tendance à changer de parti. Cela fut le cas d’Ayaan Hirsi Ali, qui après un bref passage au PvdA fut accueillie à bras ouverts par le VVD. A ses yeux, le VVD ne représentait qu’un podium, a-t-elle répété à plusieurs reprises, pour faire connaître ses idées et ses propositions sur l’Islam et l’injustice faite aux femmes. Elle ne s’intéressait pas au message libéral en général.
Hirsi Ali est devenue l’une des femmes les plus influentes du monde (selon Time Magazine), mais aux Pays-Bas, son rôle semble terminé. Le VVD bénéficie d’une solide expérience en terme de politiciens à forte personnalité. Dans deux cas, Geert Wilders et Rita Verdonk, la mission ne s’est révélée, comme pour Paul sur le chemin de Damas, que lorsqu’ils ont commencé à jouer un rôle politique actif. Wilders avait au VVD la réputation d’un ambitieux péroxydé avec des opinions tranchées sur la politique étrangère et la WAO (incapacité de travail). Son opposition à l’entrée de la Turquie dans l’UE a provoqué son exclusion du parti. Ce n’est qu’après cela qu’il s’est senti porté par une mission contre l’Islam. Rita Verdonk n’a vu la lumière que lorsque dans ses fonctions de ministre, les sondages ont montré qu’elle jouissait d’une grande popularité et qu’elle a reçu d’énormes sacs de courrier. Verdonk a laissé derrière elle un parti déchiré, qui avait déjà été fortement secoué par le passage de Wilders et d’Hirsi Ali.
Il est indéniable que Pim Fortuyn compte parmi les plus grands dans le domaine des personnes convaincues de détenir la clef en or qui permettra de résoudre les problèmes de la société. Fortuyn est allé frapper à la porte de la plupart des partis, mais tous l’ont refusé, et il a fini par créer son propre parti. Le CDA n’a pas non plus été épargné : on se rappelle encore le cas de Jacques de Milliano, le visage de Médecins sans Frontières dans les années quatre vingt dix. Son engagement au sein du CDA, parti conservateur, a été une source d’étonnement pour tout le monde, et l’on n’était pas encore revenu de sa stupéfaction qu’il avait déjà claqué la porte à cause d’une politique d’asile qu’il jugeait trop inhumaine. Il a annoncé par la suite qu’il comptait fonder son propre mouvement, mais il y a finalement renoncé ».

http://www.ambafrance.nl/article.php?id_article=9093

mardi 27 novembre 2007

Rutte: "Rita et Geert sont populistes"

Le lideur maximo du VVD, Mark Rutte, se réveille: Rita (Verdonk) et Geert (Wilders) sont des populistes. Quelle perspicacité. Il lui a fallu trois ans pour s'en rendre compte. Je vous laisse déguster ces morceaux choisis.

Dans la presse néerlandaise:
« Rutte accuse le PVV et Verdonk de tromperie », annonce le Volkskrant. Le leader du VVD, Mark Rutte, dans un article co-signé du député VVD Joshua Livestro publié en page d’opinion du Volkskrant, accuse « le leader du PVV Geert Wilders et l’ancienne ministre Rita Verdonk de dissimuler leur absence de fond derrière un ton populiste. »
« C’est la première fois », relève le Volkskrant, « que Rutte et le député VVD Livestro s’opposent si durement à leurs rivaux électoraux de droite. Wilders qualifie cet article de ‘manifestation de désespoir d’un homme politique qui a peur, n’arrive pas à être reconnu comme leader et voit son parti diminuer’. Verdonk n’a pas encore voulu réagir. Selon Mark Rutte, les leaders de la ‘nouvelle politique’ (Verdonk et Wilders), se rendent coupables de rhétorique bon marché en ignorant la loi dans leurs propositions. ‘Pour la nouvelle politique, tout est baratin haguenois. Les principes constitutionnels sont là pour torturer les esprits, les lois ne servent qu’à gêner et les citoyens se fichent pas mal des détails. Ce qui compte, c’est de se montrer énergique. Evénements médiatiques, ‘petites phrases’ et photos doivent créer l’image d’un candidat X ou Y impatient de faire le ménage dans les Ecuries d’Augias de La Haye. Rutte n’a pas davantage pu découvrir la moindre vision politique, sauf que Wilders et verdonk se laissent guider par les sondages pour ‘coller le plus possible à la vague de l’opinion’.
Le leader VVD expliquer que celui qui se veut novateur ne ‘doit pas avoir peur de ramer’ ; cela veut dire prendre ses responsabilités et se battre de façon démocratique pour obtenir des changements : ‘Ceux qui pensent pouvoir changer le monde à coups de petites phrases mentent non seulement à leurs électeurs, mais ils se mentent aussi à eux-mêmes’. Selon le leader VVD, les prochaines années seront le cadre d’une expérience unique aux Pays-Bas : pour la première fois, les électeurs devront se décider « en faveur d’une présentation bien emballée ou bien en faveur de propositions de réformes solides ».

http://www.ambafrance.nl/article.php?id_article=9092

mercredi 14 novembre 2007

Intégration: on y arrive



Après plusieurs années à me demander si je n'étais pas en train de perdre la tête (titre du Parool de lundi: "VVD: nous ne devons pas devenir un pays musulman", n'importe naouaque!), voilà que je me rends compte que quelques collègues de mon partis se réveillent. Une bonne nouvelle.

Dans la presse néerlandaise d'aujourd'hui:
"Le problème de l’intégration a deux aspects, souligne Ella Vogelaar à plusieurs reprise, lors de la présentation de son Integratienota 2007-2011 ", écrit le Volkskrant dans son grand article à la une. "Les allochtones souffrent du durcissement de la société et les autochtones jugent menaçants les changements rapides et la présence de plus en plus visible de l’islam. Cette dernière constatation est un élément nouveau dans l’analyse de Vogelaar. Lorsqu’elle a pris ses fonctions, elle semblait considérer la ministre de l’Intégration qui l’a précédée, Verdonk, comme le principal obstacle à une société harmonieuse : en modérant le ton, la société se modérerait d’elle-même."
"C’était un champ de mines. Dans ses premières interviews, elle a dit que la burqa ne la gênait pas : chacun ses goûts. Plus tard, elle a été critiquée pour avoir évoqué la perspective des Pays-Bas comme pays en partie islamique."
"En présentant sa note sur l’intégration, elle se réfère à plusieurs reprises, avec admiration, à Land van Aankomst [Pays d’arrivée], le dernier ouvrage de Paul Scheffer, qui a donné en 2000 le coup d’envoi du débat sur l’intégration avec son essai Het Multiculturele Drama."
"Vogelaar annonce 56 mesures au total, allant de règles simplifiées pour l’insertion sociale à une ’prise de position’ sur l’immigration d’Europe de l’Est."
"Le ton prend à un moment donné une vivacité familière. Le gouvernement, dit Vogelaar, veut une société à laquelle les gens puissent s’identifier. ’C’est diamétralement opposé à une compétition pour voir qui prône l’approche la plus sévère vis-à-vis des étrangers. Wilders, qui veut interdire le Coran, Verdonk qui nous a laissé une loi sur l’intégration inapplicable et maintenant Henk Kamp qui cherche lui aussi à rejoindre ce peloton’."

"Le langage dur de députés comme Geert Wilders et Rita Verdonk, mais aussi du député VVD Henk Kamp, semble plutôt accroître les antagonismes entre les groupes de la population, selon Vogelaar", retient le Trouw. "’Le parler musclé est la recette de l’insécurité et du renforcement des antagonismes.’ C’est ce que Vogelaar a dit hier en commentant son Integratienota 2007-2011, dans laquelle elle conclut que le monde des allochtones et le monde des autochtones sont trop éloignés l’un de l’autre, qu’il n’y a plus de ’chimie’ et que cela débouche ’sur un sentiment croissant de malaise’."
Pour l’éditorialiste du journal chrétien progressiste, "Vogelaar fait un pas en avant, le VVD un pas en arrière". "L’approche de la ministre Vogelaar paraît équilibrée et réaliste. Il faut rapprocher le monde des autochtones et celui des immigrés, au lieu d’élargir le fossé."
http://www.ambafrance.nl/article.php?id_article=9063

dimanche 28 octobre 2007

Disparition par non-reproduction



On me donne souvent des explication culturalistes pour expliquer la montée spectaculaire de la xénophobie aux Pays-Bas. Je pense que la "culture" (je ne parle pas d'art, mais de façon de percevoir, de concevoir et d'exprimer la réalité) n'est pas un explication en général, mais plutôt un symptôme. Ce n'est pas la "culture néerlandaise" qui explique la xénophobie: la xénophobie qui parcourt la culture néerlandaise est plutôt le reflet d'autre chose. Mais de quoi?
Une des théories qu'on a développée un peu pour rire avec Lewis (mais qui semble parfois faire sens) est que les Néerlandais sont en phase de réaction xénophobe parce qu'ils sentent qu'ils sont en danger. Physiquement. Et ils le sont: la population totale des Pays-Bas baisse chaque année de la taille d'une bonne ville moyenne, et jamais le nombre de naissances pour 1000 habitants (11,7) n'a été aussi bas. Tous les bébés que l'on voit dans le quartier, avec ces parents en peu gros mais si fiers avec leurs landeaux supertechno (la fameuse Straight Pride™), ne doivent donc pas faire illusion.
Pire encore, les taux de fécondité pour les femmes néerlandaises autochtones (femmes nées aux Pays-Bas métropolitains et dont les deux parents y sont aussi nés) sont aussi au plus bas: sur les 170.000 bébés nés en 2005, 33.000 sont le fait de femmes allochtones non-occidentales (turques, marocaines, surinamiennes, antillaises...), et 10.000 de femmes allochtones occidentales (italiennes, allemandes, françaises, américaines...), soit un bébé sur quatre! Alors que les allochtones (comptés très largement, donc) forment moins de 20% de la population et que la moitié d'entre eux n'est pas encore en âge de procréer. D'après les projections du CBS (Bureau central des statistiques), les allochtones seront 40% d'ici vingt ans. Non pas parce qu'ils font plein de bébés: leurs taux de fertilité sont plutôt dans la moyennes européenne, mais bien parce que les autochtones ne font pas/plus d'enfants.

Je ne vais pas raconter les mêmes histoires encore une fois, mais il est temps de changer les habitudes ici: introduire le travail des femmes avec sérieux et respect, les aider au quotidien (mettre en place des cantines, des crèches moins chères et ouvertes plus longtemps, des services de garderie abordables, mettre en place des "études" à l'école et retarder l'heure de fin de l'école, développement de vraies écoles maternelles...), mais aussi arrêter de pénaliser via les impôts le conjoint (femme) qui travaille. Il faudra aussi changer les mentalités: une femme épanouie qui travaille (donc qui n'a pas seulement un boulot à temps partiel et mal payé), qui est aidée dans les tâches ménagères (aide professionnelle ou mari!) et dans l'éducation (rôle de l'école!) des enfants aura tendance à faire plus d'enfants, c'est les statistiques qui le montrent.
Franchement, vu les remarques agressives que je reçois quand j'aborde le sujet, venant surtout des femmes autochtones, je ne pense pas que les Pays-Bas soient prêts pour changer leurs habitudes. Mais alors pas du tout.
Je ne parle même pas du rôle essentiel de l'école (maternelle et primaire) pour l'intégration entre enfants allochtones et autochtones. On est au niveau zéro, rien n'a été commencé, même de très loin. Autant dire que les générations tolérantes et aveugles aux origines ne sont pas encore nées, ou en tous cas pas encore scolarisées. Bref, c'est vraiment pas gagné.
Les Néerlandais vont donc faire moins de bébés, et un de ces jours se retrouver en minorité dans leur propre pays. Autant dire que la xénophobie que nous voyons croître de façon spectaculaire ces dernières années n'a pas encore atteint son sommet historique. Je ne sais pas si Verdonk et Wilders survivront longtemps la politique haguenoise, mais je suis sûr que leurs idées ont encore de beaux jours devant elles, rien que pour les raisons que je viens de vous exposer.
Il faudrait demander à Emmanuel Todd ce qu'il en pense, lui qui adore fonder ses prédictions sur des chiffres bien tangibles, comme les taux de natalité et les taux de participation des femmes au marché du travail. Lewis se demande s'il a vraiment envie de vieillir dans un tel pays. Je lui remonte le moral en lui rappelant que, comme c'est parti, il y aura assez de jeunes allochtones pour être gentil avec lui et l'aider avec son rolator et son jeune chien (un labrador chocolat, of course), Martin, sixième du nom...

mardi 23 octobre 2007

Tirez dans le tas! Ouais!

Lundi j'ai été invité par Radio Noord Holland à réagir aux "émeutes" (quelques voitures on brûlé) qui ont secoué Slotervaart, dont le bourgmestre est Ahmed Marcouch. Le programme s'appelle De peiling, c'est à dire "le sondage", et l'idée est que les gens appellent pour donner leur opinion ou votent par internet, quitte à envoyer des emails pour expliquer leur opinion en détail.
Sur la petite dizaine de coups de fils ou messages révélés à l'antenne, on a eu 100% de réactionnaires revanchards racistes. Incroyable. Un vieux voulait qu'on tire dans le tas. Un autre voulait rétablir la peine de mort (pour incendie de bagnole, ce n'est pas garanti que ce soit la peine retenue, mon petit). Un autre pensait qu'il fallait virer ces "policiers câlins" (knuffelpolitie) et les remplacer par l'armée. La plupart s'accordaient dans leurs propos xénophobes et violemment anti-marocains, comme quoi Wilders ne prêche pas dans le désert.
J'ai un peu essayé de remettre les choses un peu à leur place en rappelant que ces jeunes sont nés et ont grandi ici, et sont donc autant (sinon plus encore) le produit des Pays-Bas que du Maroc. Que n'ai-je pas dit! J'ai eu droits aux refrains les plus belliqueux sur "nous les Néerlandais" et "dehors les étrangers". Il y a peut-être des policiers câlins aux Pays-Bas, mais faites gaffe, vos voisins aimeraient qu'on tire dans le tas. Gezellig, comme on dit ici: convivial!
Ceci dit, il y a des méthodes qui ont été passées sous silence. Et le lynchage, hein? (Voir photo) La pendaison par les pieds aux douves du château, c'est pas mal, même si le bûcher sur la place publique doit être sympa avec les cris des supliciés. Je ne parle pas du démembrement par des poneys (les chevaux, ça va trop vite) ou du vieux plan du bourreau qui s'obstine à rater le coup et se fait l'épaule, le dos et un morceau de tête avant d'arriver à racourcir les vilains. Franchement, ces auditeurs n'ont aucune imagination. Quelle déception.

lundi 15 octobre 2007

Droits fondamentaux remis en question par l'Islam radical

Si l'Islam non-violent progresse beaucoup aux Pays-Bas et en Europe, la variante radicale et violente n'a pas disparu et risque d'entraîner des tensions entre musulmans et non-musulmans. C'est ce qu'écrivent les Renseignement généraux néerlandais (AIVD) dans un rapport rendu public cette semaine.
Plus grave encore: l'influence de cet Islam radical violent risque d'empêcher l'exercice de certains droits fondamentaux. Premiers visés: les homos et les femmes, surtout de confession musulmane. Selon l'AIVD, la pression exercée sur les musulmans ne suivant pas le droit chemin déterminé par les musulmans radicaux se fait de plus en plus forte et empêche leur émancipation.
Ce rapport, très mesuré, arrive après plusieurs déclarations officielles de la police qui l'étaient beaucoup moins sur le cassage de pédés par des jeunes d'origine marocaine. Avec l'ancienne ministre xénophobe Rita Verdonk et l'élu islamophobe Geert Wilders qui sont au plus haut dans les sondages, il n'est pas sûr qu'une lecture rationnelle de ce rapport soit faite par tous aux Pays-Bas.
http://www.tetu.com/rubrique/infos/infos_detail.php?id_news=11967

dimanche 14 octobre 2007

Double nationalité permise

La nouvelle vient de tomber: le gouvernement renonce à obliger les détenteurs de deux nationalités à choisir. Les ministres semblent s'être rendus compte qu'une telle mesure serait entrée en conflit avec de nombreux traités internationaux. Encore un échec pour Rita Verdonk et Geert Wilders, pour qui la double nationalité était une des causes majeures du manque d'intégration. Outre que le lien entre simple nationalité et intégration ne me paraît pas du tout évident, une telle loi aurait posé de nombreux problèmes.
En dehors des bidouilles juridiques improbables qu'il aurait fallu monter pour faire tenir cette mesure, elle montrait à quelle point non seulement leur vision de l'identité est étriquée, mais elle aurait posé de nombreux problèmes pour certains Néerlandais, qui auraient ainsi été privés d'héritage familial ou de certains droits de propriétés liés à certaines nationalités.
Bref, du grand n'importe quoi. Franchement, si l'intégration les stresse autant, qu'ils encouragent des mesures qui marchent vraiment, comme limiter la discrimination à l'emploi et au logement, les discriminations dans l'éducation (écoles noires et blanches, les mésorientation systématique des jeunes d'origine allochtone...), l'apartheid social et ethnique dans les grandes villes, la domination des élites blanches protestantes sur l'appareil municipal des grandes villes, et j'en passe.
Quand on compare la nullité des rhétoriques verdonkienne et wilderienne et leur popularité dans les sondages, on devient songeur. Plus encore, c'est le suiviste de Mark Rutte qui me surprend: le VVD était il n'y a pas longtemps encore le parti de la droite libérale, certes, mais aussi férue de pragmatisme et d'une pointe d'élitisme bien informé. Il semble être tombé bien bas.

* Rajout le 15 octobre / Dans la presse néerlandaise:
"Le fait que 1 047 165 personnes aient désormais un passeport marocain, turc, argentin, somalien ou autre en plus de leur passeport néerlandais pose-t-il un problème ?" s’interroge le Volkskrant (p.3) dans un article de fond. "Non, dit le ministre de la Justice Hirsch Ballin, qui ne veut absolument ’pas suggérer que la double nationalité pose un problème’. La participation à la vie sociale n’a rien à voir avec le nombre de passeports qu’on a dans sa poche."
"Le projet de loi sur la nationalité néerlandaise que Hirsch Ballin a envoyé à la Deuxième Chambre vendredi est par conséquent plein de ’l’approche respectueuse’ qu’il prône pour la double nationalité. Seuls ceux qui exagèrent - des terroristes condamnés ayant plusieurs passeports - pourront perdre la nationalité néerlandaise sous la nouvelle loi. Et les étrangers venus aux Pays-Bas quand ils étaient enfants et qui, une fois adultes, optent pour la nationalité néerlandaise seront priés explicitement de renoncer à leur vieille nationalité - à moins qu’ils ne puissent invoquer une longue liste de motifs d’exception."
"L’argument en faveur de cette exigence est purement juridique, affirme Hirsch Ballin. Elle ne s’appliquait pas encore à ce groupe, alors qu’elle était déjà valable pour d’autres groupes souhaitant la nationalisation. ’Nous généralisons la loi.’ Pour le reste, rien ne change. C’est à dire que quand on veut devenir néerlandais, on doit renoncer à son ancienne nationalité - ce qui a toujours été le cas. Suit une longue liste d’exceptions : quand le pays d’origine ne le permet pas - comme le Maroc et l’Argentine, quand on est marié à un ressortissant néerlandais - car on doit pouvoir rentrer après un éventuel divorce, quand on est reconnu réfugié - car on ne peut pas exiger des réfugiés qu’ils prennent contact avec les autorités du pays qu’ils viennent de fuir -, quand on est né et resté aux Pays-Bas, quand on se porterait un grave préjudice - comme les Turcs qui perdraient leurs droits d’héritage, quand on a des ’raisons particulières et objectives’."
"Le gouvernement sort ainsi le débat sur la double nationalité de l’atmosphère de loyauté et d’intégration pour ramener le problème idéologique à une question juridique pratique. La prédécesseur de Hirsch Ballin, Verdonk, était plus idéologique en tant ministre VVD. A ses yeux, la nationalité néerlandaise était quelque chose ’d’exclusif’. Elle voulait une loi sévère qui réduise le nombre de doubles nationalités."
"Mais la Deuxième Chambre voulait tant changer aux propositions de Verdonk que le nombre de doubles nationalités n’aurait guère diminué. Ensuite, Wilders a attiré à lui le débat, en mettant en doute l’intégrité des secrétaires d’Etat Albayrak (néerlandaise et turque) et Aboutaleb (néerlandais et marocain)."
"La disparition phase par phase des doubles nationalités n’est expressément pas l’objectif de la proposition de Hirsch Ballin. C’est une idée que nous reconnaissons chez lui. Lorsqu’il était ministre de la Justice sous le premier ministre Lubbers, il y quinze ans, il voulait justement autoriser explicitement les doubles nationalités comme étant bonnes pour l’intégration."
http://www.ambafrance.nl/article.php?id_article=8968

jeudi 11 octobre 2007

J'existe, c'est officiel!



Après m'être longtemps demandé à quelle sauce je serais mangé par l'IND (services d'immigration et de naturalisation), j'ai reçu une lettre jaune assez compliquée où il était finalement indiqué que je pouvais venir chercher mes nouveaux papiers. Après le drame des dernières lettres (lire les aventures de Lewis et les miennes) où on m'avait demandé de quitter le territoire batave en attendant qu'on examine mon cas, l'IND a fait comme si de rien n'était.
Arrivé à l'état civil des étrangers (derrière chez moi), on m'a dit d'aller au bureau n°3, où une femme m'a donné mon nouveau document en souriant, a regardé mon passeport, repris l'ancien document (périmé) et m'a souhaité une bonne journée quand j'ai eu signé le lettre jaune qu'elle a gardé. C'est tout. Pas une petite coupe de champagne ou un bisou?
Depuis, je suis résident permanent ("regulier onbepaalde tijd" peut-on lire en majuscule). Ça m'a tellement soulagé que, pour fêter ça, j'ai accroché le drapeau du Botswana qui m'est arrivé (enfin!) par la poste ce matin (voir photo ci-dessous). Je garde le drapeau néerlandais pour une occasion plus festive.
C'est le genre de journée où je devrais peut-être jouer au loto, non? Je vous raconterai l'histoire du drapeau en question un autre jour, je dois bosser un peu sur ce bouquin que j'ai 3 semaines pour finir. Oups...

jeudi 4 octobre 2007

Jami déraille complètement

Ça chauffe pour Ehsan Jami (photo), l'ex-musulman d'origine iranienne et la nouvelle mascotte des islamophobes et des racistes hollandais. Comme je l'ai écrit il y a peu, chacun doit pouvoir exercer sa liberté religieuse à sa façon, et cela inclue le droit de changer de religion, mais insulter les gens ou disqualifier les croyants n'est pas une preuve de liberté ou de laïcité, mais juste une faute politique majeure, surtout pour un élu (travailliste!). Est-il trop jeune, est-il naïf, est-il cynique, est-il mal conseillé, cherche-t-il à se faire un nom, est-il un sous-marin d'Hirsi Ali et ses amis? Je ne comprends pas très bien ce qui le pousse à dérailler à ce point... Ce qui me frappe, c'est que ce n'est pas le premier élu allochtone à péter un plomb aux Pays-Bas. Il serait intéressant de comprendre à quoi cela tient. Les allochtones sains d'esprit sont-ils ignorés? La pression est-elle trop forte? Ceci dit, je me demande aussi ce que Dick Pels (site officiel) a été faire dans ce nœud de vipère...

Dans la presse néerlandaise:
Le président du groupe PvdA au conseil municipal de Rotterdam, Peter van Heemst, est d’avis que son collègue de parti Ehsan Jami doit renoncer à son siège au conseil de Leidschendam-Voorburg. Van Heemst, qui a siégé à la Deuxième Chambre pendant des années, estime que Jami s’est disqualifié en tant qu’élu en comparant dans un article le prophète Mahomet à Hitler. Jami a rédigé cet article publié par le Volkskrant la semaine dernière avec le député PVV Geert Wilders. Dans le Volkskrant d’hier, le président intérimaire du PvdA, Ruud Koole, s’est également distancié de la comparaison faite par Jami et Wilders. Le prochain congrès du PvdA élira une nouvelle direction de parti. Jami a posé sa candidature à une fonction au sein de cette direction, mais la direction intérimaire actuelle ne la soutient pas. Des membres du comité de soutien aux ex-musulmans fondé par Jami commencent à s’en détacher à cause du ton du débat mené par l’apostat. Hier, le sociologue de gauche Dick Pels a annoncé son départ (AD Haagsche Courant p.3, Trouw p.7).
http://www.ambafrance.nl/article.php?id_article=8936

Impact médiatique

À midi je suis allé déjeûner avec Patricia B., une copine française qui se débrouille déjà pas mal en néerlandais (bravo Patricia!) dans le café suédois du quartier. C'était vraiment très bon, on en a pour son argent et l'endroit est vraiment sympa. Il y a des jouets pour les enfants, des livres de cuisine, une échelle pour mesurer si on est vraiment grand avec une dessin de Moumine le Troll (le livre qui m'a donné la passion de lire), des pains suédois et danois, et du jus de canneberge.
Le plus drôle a été que le mec du café, un Suédois qui parle néerlandais parfaitement, m'a demandé "je peux vous poser une question personnelle?". J'ai répondu oui, bien sûr. "Vous aurais-je vu sur Buitenhof ?" Presque deux ans après, ce passage télé en duo avec Dyab Abou Jahjah de la Ligue Arabe Européenne, semble avoir laissé des traces. À l'époque, j'avais été éreinté par la presse de droite pour mon analyse des émeutes françaises, mais félicité dans la rue par des inconnus, surtout des jeunes d'origine allochtone. Il y a quelques semaines un mec d'origine marocaine de la gym m'a présenté à un copain à lui d'origine turque en parlant de ce passage télé. C'est dingue comment une grosse demi-heure à la télé peut marquer les gens. Pas étonnant que tant de gens veulent à tout prix passer sur le petit écran.
On a ensuite eu une discussion sur l'état du pays, les conséquences politiques de la vague Fortuyn, la place particulière des allochtones d'origine occidentale, le sexe avec les Néerlandais(es), et la Belgique (sa copine est Belge). Très intéressant. Mec sympa, café recommandé.
Regardez qui était présent sur le plateau télé derrière moi. Oui, Loulou en personne. J'étais maquillé comme une voiture volée, mais c'est aussi ça, la télé.