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samedi 3 janvier 2009

Une crise plus grave aux Pays-Bas?



C'était probablement vers 2003 ou 2004. Je me rappelle de l'endroit, du bruit, des odeurs, de la discussion... c'était avec mon pote Laurent V, on parlait de l'économie alors qu'il me ramenait au Métro. Il jouait à la bourse, et disait déjà: "Je joue avec du vent. Ce qui se passe à la Bourse n'a aucun rapport avec la réalité économique. On va droit dans le mur mais tant que personne ne s'en rend compte, il ne va rien se passer. Je ne sais pas si ça va péter demain ou dans quelques années, mais ça ne va pas tenir, c'est impossible de continuer éternellement comme ça." Je voulais bien le croire, sauf que tout le monde disait le contraire, surtout aux Pays-Bas.

Depuis plus d'un an, on parle beaucoup des économies néerlandaises et islandaises avec mon pote X (qui souhaite rester anonyme, je me demande vraiment qui ça peut être...), qui est à Reykjavik depuis quelques temps déjà. On avait l'impression d'être deux paysans réactionnaires, à ne pas croire en la réalité du "miracle islandais" ou du modèle économique Polder. Même en étant très fort, en travaillant d'arrache-pied et en étant très futé, on ne peut pas passer aussi vite d'un mode de vie assez frustre à un tel débordement de richesse. "Je ne peux pas croire qu'ils aient trouvé la méthode miracle pour passer de la pêche et de l'agriculture de survie à un mode de vie californien avec Humvees et voyages autour de la terre plusieurs fois par an pour tous en une décennie."

De mon côté, je vois bien que l'enrichissement de beaucoup de Néerlandais ne provient nullement d'un travail accru ou d'une efficacité supérieure, mais pour beaucoup des miettes des différentes bulles spéculatives, et encore plus du crédit. Les politiques gouvernementales pour forcer les gens à placer leur retraite à la Bourse (qu'on le veuille on non, d'ailleurs) et acquérir leur logement a surtout eu pour conséquence de faire grimper les prix de l'immobilier, d'augmenter le taux d'endettement, surtout pour les classes moyennes et inférieures, et de faire perdre des centaines voire des milliers de milliards des retraites.
J'avais l'impression d'être un trotskiste anti-capitaliste primaire quand je trouvais que la confiance des Bataves en leur économie va bien au delà du raisonnable: "Laurent, tu vois tout en noir, l'économie financiarisée est vraiment moderne maintenant, on utilise des mathématiques de pointe. En plus l'économie néerlandaise est forte par essence. Il n'y a aucune raison que nous vivions une quelconque récession et les prix de l'immobilier ne vont pas baisser de sitôt."

Le culte que les Néerlandais vouent au Marché et à la fable libérale n'a cessé de me fasciner depuis la période du gouvernement de Wim Kok. Alors que leurs connaissances en économie sont plus que médiocres, ils s'obstinent à croire que le Marché est la réponse à tout, même lorsqu'il est plus qu'évident que ce n'est pas vrai: ils doivent désormais payer des fortunes sur 30 ans pour habiter les mêmes petits appartements en brique mal isolés qu'avant, leur santé s'est dégradée alors qu'ils payent plus que jamais des assurances privées qui ne remboursent presque rien, le système ferroviaire privatisé est mal entretenu, cumule les retards et coûte toujours plus cher, les fournisseurs d'énergie sont moins efficaces et plus chers qu'avant la privatisation, les fournisseurs télécoms (téléphonie, internet et télévision) sont reconnus comme des voleurs qui abusent les enfants, les pauvres et sont prêts à tout pour ne pas laisser le "Marché" pousser les prix à la baisse... Je ne parle même pas du fiasco de l'assurance maladie américaine ou du réseau ferré britannique dont tout le monde connaît l'histoire. Que faut-il donc qu'il arrive pour qu'on se rende compte que le Roi est nu?
Au risque de passer encore pour des Cassandres grincheuses, le dernier rapport du GEAB (lien) ne fait que confirmer nos intuitions de garçons modernes relativement éduquées en économie (tous les trois nous sortons d'un IEP): non seulement la crise au niveau mondiale durera au moins jusqu'à la fin 2010 (pour l'Asie et la zone Euro), mais pour les économies ultra-financiarisées (États-Unis et Grande-Bretagne) probablement jusqu'en 2018. Enfin, les pays ayant "investi" leurs retraites en Bourse auront un gros problème avec l'arrivée des baby-boomers à l'âge de la retraite, la plupart de ces "investissement" ayant été avalés par la crise.

Allez, en cadeau de début d'année, je vais jouer au Nostradamus franco-amstellodamois, et je vous livre mes intuitions, que j'espère fausses:
- Grosse montée du chômage en 2009, avec grosses catastrophes économiques aux États-Unis et au Royaume-Uni (grosses boîtes qui ferment, chute du marché immobilier, éventuellement banqueroute étatique plus ou moins contrôlée, forte baisse du Dollar et de la Livre) et un sale coup dur en zone Euro et en Chine
- Gros mouvements sociaux dans le monde. En Chine, soit une dérive fasciste ultra-nationaliste, soit des conflits sociaux très très violents. En Occident, beaucoup de tensions, et la naissance de plusieurs mouvements de protestation, probablement en France où la culture politique est plus développée qu'ailleurs. Si la gauche gouvernementale se réveille et canalise cela, on peut assister à une refonte de l'économie européenne et de l'État-providence. Sinon, gros conflits sociaux, violence étatique (aussi avec l'aide des nouvelles technologies) et délires d'extrême-gauche et d'extrême-droite en perspective.
- Baisse très forte de l'immobilier partout, peut-être plus limité dans les centre-villes historiques des grandes villes. On peut très bien imaginer beaucoup de faillites personnelles (comme en Angleterre il y a quinze-vingt ans) à cause de cette chute immobilière.
- Statistiquement, les périodes de "correction" sont facteur d'insécurité et on ne peut pas exclure des conflits armés, soit périphériques (en mode Israël/Palestine) pour occuper les peuples, soit interne, par exemple si les classes dirigeantes veulent maintenir leur train de vie à tout prix. Une Chine qui s'en prend à ses voisins pour canaliser la colère populaire est tout à fait envisageable. Ou des États-Unis maintenant un niveau de conflit raisonnable un peu partout pour justifier un complexe militaro-industriel bien trop cher financé par l'Europe et l'Asie...

Si quelques uns des kreukreusconautes souhaitent plus de détails, avec références et explications simples, vous savez comment me contacter, j'en ferai peut-être des messages ici-même, avec des chôlis schémas aussi clairs que possible. Les réactions intéressantes (même fortement divergentes) seront mises en ligne aussi, natuurlijk...

vendredi 2 janvier 2009

Politique locale: peut mieux faire

Pour fêter la fin de l'année, le journal amstellodamois Het Parool a choisi de bitcher sur les arrondissements, souvent source d'irritation pour les habitants de la capitale. C'est en effet les collectivités locales amstellodamoises qui sont n°1 du Top 10 des irritations, devant le ligne de métro Nord/Sud (prévue pour 2007, elle sera finie, au plus tôt, en 2015), la politique d'intégration (inburgering), et le Zuidas (la "ville nouvelle" de gratte-ciels spéculatifs au Sud de la ville)



Je comprends totalement ces irritations, mais il faut expliquer aussi pourquoi...

- La seule chose pour laquelle Oud Zuid est cité est l'histoire du mec qui avait peint sa maison en rose et a été obligé de la repeindre. En fait, moi je connais l'autre version de l'histoire: le mec avait peint sa maison dans le mauvais rose (Lewis a tout de suite tiqué: «c'est quoi ce f#cking rose pas beau?»), et quand l'arrondissement lui a demandé de la repeindre, il s'est mis en colère. Les fonctionnaires et l'échevin lui ont proposé qu'il s'engage à choisir la bonne couleur lors de la prochaine peinte ou s'il revend le bâtiment, mais il les a pris de haut et leur a fait un procès. Manque de pot, ce n'est pas l'arrondissement qui décide des couleurs, il ne fait qu'appliquer un règlement décidé par la Commission d'esthétique, un truc indépendant dont les avis sont généralement respectés pour leur bon sens esthétique et architectural. L'affaire a été jusqu'au Conseil d'État, ce qui a débouché sur l'obligation pour l'arrondissement d'appliquer le règlement et de forcer le mec à repeindre sa maison rapidos. Les médias décrivent ce mec comme une victime des fonctionnaires psychorigides de l'arrondissement, alors qu'il n'a fait que s'enfoncer avec son arrogance et un avocat un peu présomptueux... Il s'agit d'ailleurs d'une bonne illustration de changement de mentalité dans l'arrondissement, où les gens éduqués et les nouveaux riches pensent qu'ils peuvent gagner tous leurs procès parce qu'ils ont une grande gueule. S'ils connaissaient le système judiciaire néerlandais, ils sauraient que la thune et une grande gueule ne suffisent pas. N'est pas O.J. qui veut (et encore, il a été rattrapé lui aussi)...

- Le niveau du personnel politique local néerlandais est encore plus faible que celui des députés, ce qui en dit long sur les conséquences que cette nullité peut avoir sur les décisions publiques. Apparemment, Oud Zuid est de loin l'arrondissement où l'ambiance est la meilleure et où le Conseil est le plus compétent. C'est vrai que certains de mes collègues sont des gens biens, avec un certaine vision du bien commun. Mais parfois, je suis effaré du manque de connaissance et de préparation de certain(e)s collègues. Les contacts que j'ai eus avec mes homologues d'autres arrondissements ont été en général décevants: aucun charisme, manque de travail et de connaissance du sujet, manque de sérieux, aucune vision d'ensemble... Je pense qu'il faudrait rendre les places plus chères (augmenter les indemnités pour rendre le poste attractif, diminuer le nombre de sièges) mais aussi pousser les partis à avoir des procédures de recrutement mieux réalisées (quitte à les faire aider par des cabinets spécialisés) et surtout un suivi un peu plus strict. En gros, aujourd'hui, une fois élu, on peut faire ce qu'on veut, dont ne jamais siéger, sans contrôle aucun. Je trouve ça un peu limite...

- Je ne m'y connais pas assez pour juger ce qui s'est passé sur la ligne Nord/Sud du métro, par contre je vois très bien ce qui a merdé pour la politique d'intégration et le Zuidas: incompétence, populisme et manque de responsabilité. La politique d'intégration (inburgering) est une catastrophe, aussi bien au niveau national qu'au niveau local, avant tout parce qu'elle est le produit du désir pulsionnel d'une analphabète de la politique, notre chère Rita Verdonk. Le fait que la plupart des partis n'ont aucune réflexion sur l'intégration (mon propre parti est d'une nullité effrayante sur la question) a laissé le champ libre à l'extrême-droite et on en paye aujourd'hui le résultat. Comme personne ne soit vraiment responsable de quoi que ce soit, le fiasco en devient encore plus irritant.
En ce qui concerne le Zuidas, je trouve qu'il s'agit d'un projet pour homme blancs arrogants et riches de plus de 50 ans, avec le mauvais plan de financement, une architecture catastrophique, une vision du développement urbain datant des années 1950 et une offre qui ne correspond pas à une demande réelle. Ce qui m'ennuie, c'est que les Amstellodamois risquent de payer longtemps pour ce flop urbain. Là encore, j'aimerais comprendre qui a pris la décision, comment, et sous l'influence de qui...

- Quand on voit la liste des "méfaits" causés par les arrondissements, cela reste très très gentil: un élu s'est fait choper en voiture avec trop d'alcool dans le sang, le Centre voulait couper l'arbre d'Anne Frank, Zeeburg n'a pas mis des barrières assez tôt le long d'un canal (un mort), disputes diverses entre élus dans plusieurs arrondissements... Je pense que les plus grosses fautes sont avant tout causées par des décisions prises à La Haye ou dans l'entourage de notre maire, Job Cohen. Là est, selon moi, la plus grande faiblesse d'Amsterdam: aucun contre-pouvoir au maire et aux hauts-fonctionnaires, une responsabilité diluée, et un manque de vision à long terme des dirigeants assez préoccupant. Le fait que personne ne confronte Lodewijk Asscher à sa conception pour le moins curieuse de la ville du futur (une apartheid moderne, voir ici) montre que le PvdA n'est toujours pas en état de penser clairement... 

Mais bon, la démocratie est un système imparfait, une utopie vers laquelle il faut tendre en se corrigeant continuellement. Le fait que Het Parool puisse aller fouiller dans les poubelles de la politique et offre les actions des élus à l'éventuelle opprobre populaire est la preuve que la démocratie amstellodamoise n'est pas totalement morte.

lundi 1 décembre 2008

Attaques territoriales



Aujourd'hui, j'ai reçu le complément "spécial arrondissements" de la compilation annuelle que nous offre le service Recherches & Statistiques de la commune d'Amsterdam. Pas de changement majeur par rapport à l'année dernière, sauf que nous avons perdu 300 habitants: le remplacement des familles logeant dans le social par des bobos sans enfants dans des immeubles privatisés commence à avoir des conséquences.
L'autre chiffre intéressant, c'est qu'Oud Zuid est l'arrondissement à la fois le plus néerlandais, le plus français et le plus portugais de la ville. Les allochtones (pour une grosse moitié occidentaux, pour une petite moitié non-occidentaux) forment encore un tiers des habitants, malgré la politique des corporations immobilières de suburbanisation des allochtones.

Par ailleurs, nous sommes en pleines discussions sur l'avenir des arrondissements amstellodamois. Qui va annexer quel quartier, qui va se marier à qui, qui va disparaître, ce sont les questions du jour. Une commission indépendante est chargée de délivrer son rapport à la mairie centrale très bientôt. Deux souhaits de nos voisins de ZuiderAmstel nous sont désormais connus: ils aimeraient soit annexer un quartier de Zuid, soit fusionner avec nous. Nous n'avons pas vraiment envie de nous faire découper, alors qu'administrativement on se remet à peine de la fusion entre le Pijp et Zuid. Une fusion donnerait un arrondissement géant (probablement appelé "Zuid") de plus de 130.000 habitants, à comparer aux 31.484 habitants d'Oud West ou aux 30.045 de Bos & Lommer.
Politiquement, ils ont 23 élus, dont 7 PvdA, 6 VVD, 2 GroenLinks, 2 CDA, 4 (ex-)SP. Si rien ne changeait aux élections cela donnerait, sur un conseil de 52 membres, 17 PvdA, 13 VVD, 8 GroenLinks, 3 CDA. Les possibilités de coalitions avec GroenLinks seraient plus compliquées (il faudrait au moins un ou deux élus d'un autre parti), alors qu'avec le VVD ce serait plus facile. Mais bon, d'ici les élections de mars 2010, tellement de choses peuvent arriver, comme une grosse crise économique ringardisant la droite néo-libérale, que tout peut changer.
La décision finale sera prise avant les élections, et par le Conseil de la ville centrale. En tant qu'arrondissement, nous n'aurons pas notre mot à dire. Suspense...

Eurocities et moi, et moi, et moi



J'avais complètement oublié de parler du livre d'Adrian Favell, c'est en rangeant mon bordel très léger désordre que je l'ai retrouvé. Adrian était passé m'interviewer il y a quelques années, on avait beaucoup ri, j'avais beaucoup bitché sur ma situation (alors totalement catastrophique), et il m'a re-contacté lors la sortie de son livre qui porte sur les migrations inter-européennes. Je lui avais donné quelques contacts, dont je ne suis pas sûr qu'il ait fait utilisation.

Le livre n'est pas un bel objet et sa lecture n'est pas celle d'un roman, mais elle est très instructive et finalement assez agréable. Au fil des pages, on découvre une nouvelle génération d'Européens largement en avance sur le reste de leurs concitoyens, n'hésitant pas à se mettre en danger culturel, financier et alimentaire pour chercher une nouvelle vie. Ce qui ressort de ce livre, c'est surtout la petitesse des Européens qui ne se déplacent pas, les postes protégés, les abus sur les marchés de l'emploi ou du logement, et la profondeur des frustrations. Car si les leaders et élites européens et nationaux nous parlent de changement, de mobilité et d'adaptabilité, ils sont les derniers à se les appliquer à eux-même.

Farvell me fait passer pour une folle hystéro complètement reine du drame dans ses citations, ce qui ne manquera pas de faire bien rire ses lecteurs. Je conseille sa lecture à tous ceux qui ont émigré ou qui ont l'intention de le faire, ainsi qu'à leurs parents. Quelques jours après l'éruption de colonialisme de la droite australovicienne, voilà un livre qui remet les pendules à l'heure.

dimanche 30 novembre 2008

Ouiquenne glacé en Veluwe



Ce ouiquenne, Lewis a voulu fuir la ville et m'a emmené en Veluwe (en province de Gueldre), dans la dernière forêt sauvage des Pays-Bas. Promenade géniale dans la boue, la neige et les feuilles mortes. Température: 1°c. Taux d'humidité: 99%. Pas d'internet, mobile éteint. État du chien, des humains et des vêtements ce soir: fatigués et pleins de gadoue. D'autres photos suivent ci-dessous, en particulier avec Martin se faisant les crocs sur des troncs d'arbres.

En revenant, on est passés par Lelystad, en Flevoland, l'énorme polder au nord-est d'Amsterdam. Autoroutes ultradroites et totalement désertes, éoliennes géantes dans la brume, aéroport sans avion aucun, forêts immenses avec des arbres bien alignés succédant aux énormes fermes industrielles: les Hollandais n'ont même pas essayé de faire semblant d'avoir construit une zone naturelle. La nature y est, en fait, violemment artificielle.
Lelystad est une ville qui n'en est pas une, constituée seulement de banlieues où les maisons se ressemblent toutes. Certaines zones sont délicieusement avant-gardes et cubiques, d'autres terriblement démodées et laides. Ils sont en train de construire un centre-ville dont l'architecture est vraiment intéressante (übercubique noir et métal, principalement, photo ici), mais cela n'embellit pas pour autant le reste de la ville, ni ne la densifie vraiment. Une erreur architecturale et urbaine qui, je le crains, est amenée à disparaître. Je l'appelais Lelijkstad pour rigoler (lelijk veut dire "laid" en néerlandais), maintenant j'ai vraiment pitié et n'ose plus répéter ma vanne en public.

En rentrant, nous sommes passés par Enkhuizen, en Frise Occidentale (même si techniquement cela fait partie de la Hollande Septentrionale). Ville minuscule ultra-mignone avec des maisons de poupées datant du 17e siècle et des cafés bruns très conviviaux. De quoi faire sérieusement hyperventiler n'importe quel touriste américain. Pire, j'y ai mangé le meilleur hamburger du pays ever au café "van Bleiswijk": steak haché persillé de légumes, de la salade fraîche avec des miettes de paprika, du bacon revenu à mort, du fromage hollandais fondu et du pain croustillant légèrement beurré. Et des frites fraîches, of course, mais en Hollande on ne le précise jamais tant c'est évident. Le froid creuse, certes, mais là, bravo. Burgermeister et McBeurk (tous les deux Albert Cuypstraat) peuvent aller se recoucher.

Avant cela, nous sommes passés sur la digue d'une trentaine de kilomètres qui relie Lelystad à Enhuizen. À l'origine, il était prévu qu'un autre polder soit construit entre les deux, mais c'est entretemps devenu une réserve naturelle très riche en animaux protégés (poissons, oiseaux, que sais-je...) et son assèchement a été abandonné. On a laissé la digue pour relier le polder à la terre ferme, mais c'est bien tout.
30 km d'une étroite route bordée par l'eau glacée, à peine protégée par quelques blocs de béton et une barrière en métal. Avec la brume, la neige et le vent, on avait une visibilité quasiment nulle, et le navigateur satellite nous renvoyait sur la carte à une bande verte coincée par deux espaces bleus immenses, sans rien d'autre. Une traversée délicieusement effrayante, en gros.
J'ai voulu vanner Lewis et lui ai demandé qu'on s'arrête en plein milieu pour sentir l'air frais et permettre au chien de nager dans de l'eau propre. Il a pété un plomb, m'a dit qu'on n'était pas sur un plage à Nice et a refusé de s'arrêter. La tempête de neige/pluie et l'humour, pas toujours compatibles, donc.

Bref, ouiquenne exotique sans non plus devoir aller en avion dans des dictatures méridionales. On s'est jurés de refaire ça plus régulièrement, même s'il fait froid. La forêt sauvage, pas Lelystad ni les dictatures.





vendredi 28 novembre 2008

Colonie ou ville-monde?



Hier, au Conseil, la droite libérale (VVD et D66) a essayé de faire passer une motion demandant à ce que l'arrondissement mette des informations en anglais sur son site internet pour les expatriés, au nom de l'hospitalité amstellodamoise.
Je n'avais rien contre (on parle anglais à la maison) jusqu'à ce que je lise la motion. Là, le choc. "L'anglais est la langue mondiale." Ça m'a mis dans une fureur terrible et m'a empêché de dormir, et j'ai fini par expliquer brièvement au Conseil que je ne voterai pas pour un tel texte, tout en essayant de rester calme. Heureusement mon parti et GroenLinks ne les ont pas suivis.

Ce qui m'irrite dans ce texte et l'attitude de la droite, c'est leur complexe d'infériorité vis-à-vis du monde anglo-saxon, et leur attitude de peuple colonisé. À l'inverse, on a pu entendre que les migrants non-anglo-saxons devaient s'intégrer fissa et apprendre le néerlandais. Je pense que si l'on veut faire preuve d'hospitalité, pourquoi ne pas parler la langue des autres migrants, ceux qui ne sont pas parachutés par les grosses boîtes? Pourquoi pas le polonais avec ceux qui construisent nos maisons, le portugais avec ceux qui les nettoient, le français avec celles qui s'occupent de nos enfants?

Je propose quelque chose de similaire dans les résultats, mais en partant d'une hypothèse différente. Pas celle de la domination coloniale de l'anglais, mais de la diversité amstellodamoise...
1. les textes de communication envers les habitants doivent être rédigés dans un néerlandais simple, compréhensible, et dénué de tout jargon administratif
2. l'utilisation d'icônes claires (une longue et brillante tradition hollandaise) doit être favorisée
3. inciter les fonctionnaires qui parlent d'autres langues que le néerlandais à se porter volontaire pour répondre dans d'autres langues aux questions des habitants qui ne maîtrisent pas encore le néerlandais

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(dimanche 30 novembre)
Oups, va falloir que je fasse gaffe à ce que j'écris... Le message ci-dessus a été repris sur "Nieuws uit Amsterdam" de ce ouiquenne (lien en néerlandais, lien en anglais):

'VVD en D66 gedragen zich als gekoloniseerden'

29 november 2008 - VVD en D66 in Oud-Zuid hebben de ergernis opgeroepen van raadslid Laurent Chambon (PvdA) door het stadsdeel op te roepen om Engelstalige informatie op de website te plaatsen. "Waarom geen Pools spreken met degenen die onze huizen bouwen?"

Chambon, zelf van Franse origine, zegt dat hij sympathie had voor het initiatief om informatie in het Engels op de website van het stadsdeel te plaatsen, tot hij las dat de liberale partijen het Engels omschrijven als 'de' wereldtaal. Hij zegt dat ze hiermee blijk geven van een minderwaardigheidscomplex tegenover de Angelsaksische wereld en een houding van gekoloniseerden.

"Aan de andere kant is gezegd dat niet-Angelsaksische migranten als de bliksem moeten integreren en Nederlands leren. Als je gastvrijheid wil tonen, waarom zou je dan niet de taal spreken van andere migranten, degenen die niet zijn geparachuteerd door de grote bedrijven? Waarom geen Pools [spreken] met degenen die onze huizen bouwen, Portugees met degenen die ze schoonmaken, Frans met degenen die op onze kinderen passen?"

Op een meer praktisch niveau stelt Chambon voor dat het stadsdeel zich bedient van eenvoudig Nederlands zonder bestuurlijk jargon en gebruik maakt van duidelijke ikonen ('een lange en glansrijke Nederlandse traditie').

Ville en transition



Hier, Conseil municipal spécial budget 2009. J'en reparlerai. Mais l'important, c'est que le Conseil à voté à l'unanimité (c'est assez rare pour être souligné) en faveur de la motion que je présentais avec GroenLinks et Amsterdam Anders/De Groenen sur les toits verts. En gros, on aide financièrement les habitants qui se décident à mettre un tapis d'herbacés sur leur toit. Cela permet de mieux gérer les pluies, d'offrir un espace de nidification pour les oiseaux, de renforcer l'isolation thermique et sonore, et surtout d'être magnifique. Cela nous coûte presque rien (surtout vu notre budget général), et beaucoup d'habitants m'ont déjà témoigné de leur enthousiasme.

Bon, la question pressante, selon moi, est désormais de mettre Amsterdam en mouvement et en faire une "ville en transition", vers zéro émission de carbone et surtout vers une emprunte minimale sur la nature, avec la participation des citoyens (j'insiste là-dessus).
Pour vous donner une petite idée des révolution qui doivent avoir lieu, je vous incite à aller voir la vidéo ci-dessus du ministère nippon de l'agriculture, des forêts et de la pêche. C'est un bon antidote à la propagande pro-nucléaire de la pub d'Areva que vous avez peut-être vue (revoir ici), artistiquement fabuleuse, mais révoltante dans son message.






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(lundi 1er décembre)
Le vote a donné lieu dans la presse spécialisée à un compte rendu/interview par Martine Potsma (lien):

Stadsdelen Amsterdam ontdekken groene daken
Na het Amsterdamse stadsdeel Centrum (88.000 inwoners) komt nu ook Oud-Zuid (ruim 83.000) met een subsidieregeling om groene daken in het stadsdeel te stimuleren. En ook andere stadsdelen in Amsterdam raken geleidelijk aan bekend met de duurzame dakbedekking die bestaat uit mossen, gras en andere planten.

De deelraad van stadsdeel Oud-Zuid nam afgelopen donderdag een motie aan waarin voor subsidie op groene daken werd gepleit. De motie was ingediend door de PvdA-fractie in het stadsdeel en werd door de voltallige deelraad gesteund. "Dat is politiek heel bijzonder", zegt PvdA-raadslid Laurent Chambon. "De deelraad telt 29 leden en er is altijd wel een kleine partij die tegen stemt."
In dit geval dus niet. "Maar groene daken zijn ook zo simpel en zo leuk voor iedereen", aldus Chambon. "Ik begrijp eigenlijk niet waarom ze in Nederland niet allang veel populairder zijn. Het klimaat is er hier bijzonder geschikt voor, met al die regen."

Gewoon niet zo duur
De subsidieregeling gaat per 2009 in. Het dagelijks bestuur van het Amsterdamse stadsdeel trekt er voor dat jaar 15.000 euro voor uit. Dat lijkt misschien weinig, geeft Chambon toe. "Vergeleken met het totale budget van het stadsdeel is het niks." Toch is er volgens hem geen sprake van symboolpolitiek. "Een groen dak is gewoon niet zo duur. Dat is nu juist het mooie. Het is een maatregel die heel goedkoop is en tegelijkertijd heel goed werkt, op allerlei gebieden."
In stadsdeel Centrum, waar half november al werd besloten tot een subsidieregeling voor groene daken, is wel kritiek op het budget. Het stadsdeel stelt 20.000 euro beschikbaar, met een maximum van duizend euro per aangelegd groen dak. "Daarvan ben je al tweehonderd euro kwijt aan een constructeur", weet Lydia Geijtenbeek, deelraadslid voor de lokale partij Amsterdam Anders/De Groenen (AA/DG). Die maakt zich al jaren sterk voor groene daken in de stad.
De partij diende afgelopen donderdag, samen met de VVD-fractie in het stadsdeel, een voorstel in om de groenedakenregeling te verruimen. Volgens het voorstel moet er volgend jaar 200.000 euro beschikbaar komen voor groene daken. "Dat kan makkelijk", zegt Geijtenbeek. Stadsdeel Centrum heeft volgens haar het afgelopen jaar miljoenen euro's overgehouden. Dat geld zou allemaal besteed kunnen worden aan "groene dingen", vindt AA/DG.

Meer vliegen in één klap
Niet alleen particulieren zouden zich volgens de partij op groene daken moeten storten, ook de gemeente zelf moet ermee aan de slag. "Het stadsdeel heeft 25 panden met platte daken", vertelt Geijtenbeek. "Slechts één daarvan heeft nu een groen dak. Dat moeten er veel meer worden. Waarom heeft bijvoorbeeld de Stopera (het Amsterdamse stadhuis, red.) nog geen groen dak?"
Ook in andere Amsterdamse stadsdelen begint het onderwerp langzaam door te dringen. In Oost-Watergraafsmeer (60.000 inwoners) bijvoorbeeld bestaat nog geen subsidieregeling, maar het stadsdeel nam groene daken dit najaar wel op in de Woonvisie 2015. In dat document zet het bestuur zijn ideeën over wonen in het stadsdeel uiteen. "Met groene daken kunnen een aantal vliegen in één klap worden geslagen", schrijven de bestuurders. Zij wijzen erop dat daken met plantjes erop niet alleen zorgen voor groen in de buurt, maar ook een uitkomst zijn op het gebied van waterberging en warmte-isolatie.

Gepubliceerd op www.duurzaamgebouwd.nl op 1 december 2008

jeudi 16 octobre 2008

Aboutaleb maire de Rotterdam

Ah, je me disais bien qu'il ne pouvait pas se contenter d'un secrétariat d'État ingrat qui le maintenait dans l'invisibilité... Et bien voilà, c'est officiel: Ahmd Aboutaleb est le premier maire néerlandais d'origine marocaine. Et pas d'un village perdu dans le Nord, mais de Rotterdam.
C'est un symbole très fort pour les allochtones et le reste du monde: c'est désormais possible de devenir maire d'une grande ville.
Je pensais sincèrement qu'Amsterdam serait la première ville à se donner un maire allochtone, mais Rotterdam lui a grillé la politesse. Je suis fier de mon parti qui ose proposer un politicien issu de l'immigration à un poste aussi important.
Je rappelle que le maire est nommé par la Reine aux Pays-Bas (sur proposition du gouvernement, bien sûr), et qu'on s'arrange pour que tous les partis importants sont représentés en fonction de leur force politique nationale. Ce maire a un pouvoir non négligeable, mais techniquement c'est un fonctionnaire au service du conseil municipal élu à la proportionnelle. Dans les faits son poids politique lui permet de faire un peu ce qu'il veut.
Bravo Ahmed, vive le PvdA, vivent les Pays-Bas!

lundi 6 octobre 2008

Flashback



J'ai passé presque une semaine à Strasbourg. J'avais oublié à quelle point c'est une belle ville. Pas seulement parce que la cathédrale peut contenir au moins trois Notre-Dame de Poitiers, mais parce que la ville a une unité de matériaux et une richesse architecturale indéniable. Comme je suis arrivé la veille, j'ai eu le temps de revoir des amis (Jean-Yves et Philippe, toujours ensemble un siècle plus tard, toujours sans aucune dispute, chapeau les garçons) et me promener en ville.
Quand j'ai quitté la ville en 1996, la première ligne de tram venait juste d'être finie. Il y a désormais cinq lignes et l'ensemble de la ville en a été transformée: plus agréable, plus mobile, débarrassée de la plupart de ses voitures. Cela n'a pas chassé les étudiants à vélo d'ailleurs, juste que les paysans se garent en banlieue pour faire leur magazinage en ville. Dire qu'à Amsterdam les commerçants veulent plus de voiture, les pauvres, ils se sont trompés de siècle...

C'est quand je me suis retrouvé près de l'Université que les choses se sont gâtées. Je me suis retrouvé assailli de souvenirs et une vague de nostalgie m'a submergé. Je me suis rappelé Laurent D. et Laurent V., Émilie, Liza, Claire (pour n'en citer que quelques uns), nos discussions d'étudiants stressés et insouciants, nos ballades le long de l'Observatoire, la fois où j'étais debout près de la fac de chimie sur le vélo de Laurent D. et que la roue a explosé, nos repas sans fin au Fec ou à la Gallia, les ouiquennes à se raconter nos vies au resto U, à réviser pour les examens et se moquer de nos camarades de promo. Ah, ces jeunes chiraquiens pleins de certitudes, ce qu'ils pouvaient nous faire rire...
Et puis, tout à coup, je me suis retrouvé au bord des larmes, un mec de 36 ans, qui commence à devenir chauve, habillé cher, avec quelques kilos en trop et pas mal de douleurs morales au compteur au milieu de cette foule d'étudiants jeunes, boutoneux et chevelus, submergé par un passé qu'ils ne soupçonnaient pas. J'ai pris la tengeante vers l'IEP (toujours aussi laid) et ai appelé mon mari. Là, à quelques mètres d'où j'ai vécu, j'ai fondu en larmes, ce qui doit m'arriver tous les cinq and à tout casser. Un grand garçon qui n'arrivait plus à gérer toutes ces émotions enfouies et ces souvenirs oubliés, comme dans un mauvais film américain.

Enfin, conférence intéressante avec plein de gens bien (j'en reparle plus tard), puis j'ai revu ma copine Anne, qui est devenue une maman bourgeoise élégante. Il va falloir retourner à Strasbourg un peu plus souvent désormais...

mardi 23 septembre 2008

Voyages voyages



Cette semaine (ci-dessus) et la semaine prochaine (ci-dessous) s'annoncent chargées. Je vais à Poitiers ce matin pour commencer mon nouveau boulot (mi-temps de chercheur sur les minorités dans les médias au sein d'un groupe délicieusement transnational), et la semaine prochaine je suis observateur à Strasbourg d'un groupe de travail franco-néerlandais sur le futur des universités. Cela s'annonce passionnant, mais que d'heures passées à voyager... C'est aussi un super prétexte pour revoir des amis restés à Strasbourg, et qui m'ont beaucoup manqué: Anne, Jean-Yves et Philippe.

dimanche 31 août 2008

Folie sur le Gerard Douplein



Aujourd'hui, sur AT5, petit reportage (lien) sur les problèmes sur le Gerard Douplein, près d'où j'habite. Pour résumer, deux cafés sont très populaires, accueillent une faune alcoolique et asociale qui suffisent à pourrir la vie des habitants depuis deux ans. Les problèmes: des vélos et ses scooters partout, beaucoup d'alcool et de cocaïne, des gens bourrés qui hurlent au milieu de la nuit, les mecs qui pissent partout (des femmes aussi, entre les voitures, à la grande surprise de mon chien Martin), des gens qui baisent sur les voitures ou contre les portes d'entrées, les gens qui restent fumer dehors en parlant très fort jusqu'à 3 ou 4 heures du matin (depuis que fumer dedans est interdit), quelques mecs agressifs (cocaïne, hein...) et surtout des tenanciers qui s'en foutent complètement. Sur le micro-reportage d'AT5, un des tenanciers: "les habitants n'ont qu'à prendre un peu plus de Prozac".
Dans le genre sortie du placard en tant que connard asocial, j'ai rarement vu mieux...

Cela fait des mois que je tire la sonnette d'alarme, mais l'échevin dit ne rien pouvoir faire, et la police ne voit pas où je veux en venir. Les habitants, à chaque fois qu'ils me voient, viennent me raconter leurs malheurs et je m'efforce de calmer tout le monde mais je ne peux pas faire de miracles.
C'en est au point où les rumeurs circulent: le propriétaire serait de la famille royale et donc intouchable, l'agent de quartier aurait été vu à y boire des bières, et serait donc corrompu. J'ai demandé à l'échevin de parler à la police et d'envoyer quelqu'un de neutre pour rassurer les habitants. Sans résultats pour l'instant.

La question est plus large que le respect des règles. On a affaire à des tenanciers qui utilisent l'insulte, l'intimidation et les menaces pour faire de l'argent (un mètre carré de terrasse rapporte des dizaines de milliers d'euros par saison) et à une faune jeune, excitée, alcoolisée, parfois cocaïnée, sans aucune forme de contrôle social.
L'argument qu'ils utilisent est que les terrasses sont sympa. Bien sûr que les terrasses sont sympa, personne ne dit le contraire. Je suis moi-même un grand utilisateur des terrasses amstellodamoises, mais cela ne veut pas dire qu'on aime les femmes qui pissent dans la rue, les jeunes qui vomissent sur les vélos ou des connards alcooliques qui braillent dans la rue au milieu de la nuit.
Ce n'est pas un problème de terrasse, mais un problème plus large de manque de savoir-vivre, d'absence de tout contrôle sociale, et d'impunité totale pour les tenanciers qui peuvent pourrir la vie des habitants sans aucune conséquence pour faire de l'argent.

J'ai des projets pour changer cela au niveau politique, j'en reparlerai ici. En attendant, cette place est une bombe à retardement, et j'aimerais que mes collègues du Conseil s'en rendent compte.

jeudi 10 juillet 2008

Casser la hiérarchie des quartiers



Une des discussions qui préoccupent le plus les Amstellodamois en ce moment porte sur la réforme des arrondissements amstellodamois. Mon parti, le PvdA, a ainsi décidé que d’ici quelques années ne devraient survivre, au plus, que dix arrondissement. Il y a de grandes chances que ce souhait devienne réalité. Pour une ville d’environ 800.000 habitants, cela veut dire des arrondissements de la taille d’Oud-Zuid, c’est à dire environ 80.000 habitants.
La question qui taraude tout le monde est de savoir s’il va suffire de faire fusionner les arrondissements les moins peuplés ou s’il va devoir remettre à plat l’ensemble de la ville. Je pense que, vu l’énergie et l’argent que coûte une simple fusion, une remise à plat est de facto exclue.
Un des problèmes d’Amsterdam est la hiérarchisation croissante des quartiers, avec au centre les blancs privilégiés, et au-delà du périphérique, les pauvres et les migrants. Le nom des arrondissements est en soi révélateur de ces disparités : le centre historique s’appelle Centrum, le nom de mon arrondissement se réfère à cet ultra-centre, et à l’inverse le nom des arrondissements excentrés puent la campagne, avec des noms de lacs, de champs et de systèmes hydrauliques. Un peu comme ces cités pourries de banlieues qui ont des kolis noms bucoliques, mais dès qu’on sort « cité des Myosotis » ou « Quartier du puits joli », tout le monde sait qu’il s’agit de barres oubliées, de voitures brûlées et des centres commerciaux désertés. Je trouve que repenser les arrondissements d’Amsterdam devrait aussi passer par certains changements de noms.

Je vous soumets mes idées, qui ne restent que des idées, bien sûr….
- Centrum : pour casser le centralisme et permettre au reste de la ville d’exister en toute légitimité, il faudrait trouver autre chose. « Grachten » (Canaux), par exemple. Tout le monde sait de quoi on parle, sans qu’une hiérarchie autre qu’historique ou architecturale s’impose.
- Oud-Zuid est un nom terrible, qui réfère à une légitimité historique vis-à-vis des banlieues (le « vieux » par opposition aux nouveaux quartiers d’après-guerre), mais aussi qui doit son nom au Centre. Le logo de l’arrondissement (une part de camembert qui pointe vers le Centre qu’Oud Zuid n’est pas) en est l’illustration la plus tangible. Deux possibilité : jouer sur l’histoire avec « Pijp & Olympisch » par exemple (le Pijp est connu dans tout le pays, et le reste a été conçu et construit essentiellement pour les Jeux olympiques), ou carrément draguer les touristes avec « Musea » (« Musées »)… Si on veut absolument rappeler qu’on est au sud, on peut aussi opter pour le très latin « Midi », qui semble déjà beaucoup plus ensoleillé. Une manière subtile de vendre nos terrasses…
- Pour « West », je propose le très beau « Ponant »
- Pour l’arrondissement de « Noord » (au nord de l’IJ), je pense que s’ils veulent casser l’image d’une arrondissement isolé et froid, il faut se débarrasser du nom, comme les Côtes-du-Nord sont devenues les Côtes-d’Armor, ce qui semble l’avoir rendu moins pluvieux. Avec « Overij » par exemple (« au-delà de l’IJ »), ou une version moins effrayante comme « Boreaal ». Le risque est que les décideurs trouvent cela trop arctique…
- Pour Zuid-Oost (« Sud-Est », aussi connu sous les noms « Bijlmer » ou « Bijlmemeer »), toujours cette référence au centre, qui souligne son côté excentré. On pourrait imaginer utiliser « Bijlmer », que je trouve un joli nom. Tout le monde connaît la gare de Bijlmer, autant s’y tenir. Ou « Arena », puisque le stade du même nom y est situé.
Mais bon, ce ne sont que des noms. Lutter contre la ségrégation spatiale va coûter beaucoup plus d’efforts qu’un changement de noms.

mercredi 9 juillet 2008

Nouvel apartheid

Ah, la politique de la ville... Plus j'ai le nez dedans, plus j'ai l'impression qu'on dépense des milliards vraiment n'importe comment. On joue à l'urbaniste tout puissant alors que la plupart des problèmes dépassent largement la question de l'habitat: ségrégation sociale, discrimination sexuelle et ethnique, ethnocentrisme (aussi de classe) des décideurs, précarisation des classes moyennes et inférieures, mondialisation, crise de l'énergie... Pire, en voulant "libéraliser" le "marché" immobilier, on accélère le blanchisation des centres-ville et l'ethnicisation des banlieues.
En gros, en privatisant l'immobilier en centre-ville, on s'assure que seules les classes plus ou moins privilégiées (classes moyennes supérieures, massivement blanches) ont accès au centre historique, et on repousse les autres dans les banlieues lointaines. Ici, à Oud Zuid, malgré tout ce qu'on nous dit (même au sein de mon parti), on continue à remplacer des logements sociaux mixtes par des logements réservés aux classes moyennes supérieures blanches: soit on rénove et les nouveaux loyers sont tels que la plupart des habitants sont obligés de partir plus loin du centre, soit on privatise complètement, et là, la totalité des habitants originels en est exclue définitivement.
On parle d'intégration, de politique de la ville, de cohésion sociale, mais pour l'instant je vois surtout une parisianisation d'Amsterdam: les privilégiés et les ultra-pauvres qui les servent au centre, les classes moyennes fragilisées et les immigrés en banlieue. Plus on est loin (comptez la distance en temps de transports en communs, pas en kilomètres), plus on est pauvre et exclu.
J'essaye d'alerter les gens de mon parti, leur expliquer qu'on est en train de faire les mêmes conneries que les Français depuis 30 ans, mais personne n'est prêt à m'écouter. C'est vraiment cause toujours tu m'intéresses.

Ce qui me choque, c'est le degré de violence exercée: on vire les gens d'un quartier qu'ils ont contribué à rendre sympa pour les remplacer par d'autres qui "achètent" leur confort, non pas aux précédents locataires, mais aux agences locatives (autrefois dépendant des pouvoirs publics et financés par l'État, désormais privatisés et extrêmement rentables). Les malheureux sont non seulement exilés dans des quartiers lointains, mais il payent aussi la médiocrité de l'urbanisme européen depuis la guerre, en vivant dans des quartiers laids, mal conçus, et où la voiture est une nécessité absolue. Exclusion sociale, exil forcé, nouvelles charges de transport...

Pour ceux qui ont lu mon bouquin, Le grand mélange, c'est un truc que j'explique sur pas mal de pages. Mais c'est de toutes façons un thème qui commence à être enfin compris par le grand public: ségrégation spaciale, ségrégations sociale, ségrégation ethnique... Combien de temps faudra-t-il aux décideurs pour percuter, je ne sais pas.

Allez, un peu de presse hollandaise pour changer:
Le Volkskrant publie à la une les résultats d’une étude de l’université d’Utrecht qui montrerait que « les quartiers limitrophes des 40 quartiers prioritaires de la ministre de l’intégration et des quartiers, Mme Vogelaar, sont les prochains quartiers prioritaires » (…). « Les chercheurs ont étudié durant trois ans les effets des grands projets de restructuration urbaine à Leyde, Utrecht et la Haye, et ont constaté que les habitants quittent les quartiers en rénovation pour se réinstaller dans un cadre comparable à leur ancien habitat : beaucoup de logement social, d’allochtones non occidentaux et de revenus faibles. Ces ‘quartiers d’accueil’ se dégradent ensuite rapidement : ‘l’objectif de la restructuration est souvent d’éviter les concentrations, par exemple de logement social et de familles à bas revenu, mais la politique menée favorise justement ces concentrations dans d’autres parties de la ville’, commente un des chercheurs du NICIS Institute. (…) ‘Beaucoup de responsables croient qu’il suffit de raser des quartiers pour résoudre la concentration de problèmes. Nous n’y croyons absolument pas. Il est extrêmement onéreux et radical de vouloir résoudre des problèmes sociaux par des mesures d’aménagement urbain ».
http://www.ambafrance.nl/spip.php?article9858

dimanche 6 juillet 2008

Un supermarché responsable



Cela faisait un moment qu'on m'en avait parlé, et c'est un lisant un article dans un gratuit local que Lewis a décidé qu'on allait y faire un tout. Depuis plus d'un an, la presse parle de ce nouveau venu et se demande si ça va marcher, si le public est là... Ça s'appelle Marqt ("marché" en néerlandais, avec un Q remplaçant le K), le design est leché, et les produits proposés sont tous de bonne qualité, à un prix relativement raisonnable.
L'idée est que c'est un endroit où l'on trouve des produits alimentaires "responsables", dont beaucoup de produits venant de pas trop loin, et tous biologiques, bien sûr. Tout est acheté directement au producteur, et la qualité est garantie sur tout la ligne, aussi bien sur le produit que sur le social. Ils ont aussi des produits maison (j'ai adoré le packaging du lait, voir photo ci-dessous), et beaucoup de fruits et légumes très beaux et pas vraiment plus cher que sur le marché ou chez Albert Heijn. Il faut dire qu'en trouver est un sport difficile à Amsterdam, et que très souvent on nous vend des fruits pas mûrs du tout (beaucoup de Hollandais détestent les fruits mûrs car on ne leur a jamais appris à apprécier le juteux et le sucré, au lieu du croquant habituel des pommes) ou déjà pourris (je ne recommande par le marché Albert Cuyp pour ça: leur hobby semble être de vendre des produits pourris).
Niveau épicerie, je trouve tout cela un peu trop luxueux, et je ne pense pas y acheter ma moutarde ou mon poivre, à moins d'avoir des infrormations supplémentaires quant au goût exceptionnel ou l'origine.
Testé pour l'instant: le pain (délicieux), les fruits (parfaits) et la salade (fraîche). La note qui tue: les petits crochets pour attacher le chien, comme dans beaucoup de petites boutiques mignones (ici marqué "Fifi"). On va y retourner, c'est clair. Ils sont sur Overtoom, à quand une ouverture dans le Pijp?



jeudi 29 mai 2008

Énergie



Ces derniers temps, le prix de l'énergie augmente. Cela a incité les marins-pécheurs français à demander au gouvernement de subventionner leur énergie pour qu'ils finissent de piller la mer. Cela n'empêche toujours pas mes parents de se taper un aller-retour à un autre supermarché, à 12 km (donc 24 km aller/retour), pour économiser quelques euros. Cela n'empêche toujours pas les fausses blondes trop riches de se balader en Humvee en ville ou les classes moyennes de déménager dans les polders ou en banlieue lointaine.

J'ai lu pas mal d'articles sur le sujet. La demande d'énergie (surtout fossile) augmente, la production stagne et risque de baisser rapidement. Pire, la pollution et l'effet de serre menace notre survie et celle des autres espèces, végétales et animales, bref notre planète tout entière. Tout va beaucoup plus vite que prévu et risque d'avoir des conséquences très concrètes, même pour les pays riches: tensions sociales, catastrophes naturelles, migrations massives, guerres pour s'approprier les ressources, famines... On parle d'immigration choisie, mais si on ne fait rien ce débat nous semblera complètement absurde d'ici peu de temps.
D'un autre côté, les Cassandres de service exagèrent pas mal. J'ai pu lire que nous devrons renoncer à toute énergie non-animale ou aux communications modernes. C'est absurde. Le problème n'est pas uniquement le fait que nous allons manquer d'énergie si nous continuons ainsi, mais qu'il va falloir faire baisser très fortement notre consommation et que sa production devra être renouvelable et propre. Cela ne veut pas dire que nous devrons abandonner l'énergie solaire, casser tous les barrages électriques ou démonter les éoliennes. Ce n'est pas en tenant des discours extrémistes que l'ont obtiendra des gens des changements.

Concrètement, cela veut dire quoi pour nous, à relativement moyen terme? Tout d'abord, il va falloir isoler correctement nos habitations, de nouveaux matériaux prometteurs sont dévoilés régulièrement, mais certaines traditions (circulation d'eau à la romaine, cheminées à courant d'air iraniennes) pourront enfin remplacer le gaspillage de l'air conditionné. L'éclairage devra être utilisé à bon escient et le remplacement des ampoules à incandescence par des leds une évidence. Il va aussi sûrement devoir nous habituer à vivre moins large (pour certains en tout cas).
Plus important, il va falloir repenser l'aménagement du territoire. Fini les banlieues-dortoir, les maisons isolées à la campagne où habitent des citadins et les embouteillages le matin et le soir. Fini toutes ces bagnoles d'une tonne transportant une seule personne, prenant plein de place et crachant plein de mauvaises choses. Fini l'avion pour aller en vacances chaque année. Il va falloir se mettre aux villes compactes, aux transports en commun, au vélo, au scooter électrique, au train à grande vitesse entre les grandes villes, les trains normaux entre les autres.
Il va falloir réorganiser le travail: télétravail, mais aussi travail délocalisé pas loin de chez soi. On sait faire, on a la technologie, on a juste été trop gâtés pour s'en soucier. Il va falloir y aller mollo sur les fruits et légumes importés. On devra manger beaucoup moins de poisson, en les tous cas moins de poissons carnivores comme le thon. Il va falloir gaspiller beaucoup moins. On va devoir moins manger de viande. On va sûrement devoir repenser notre rapport aux vêtements et à la mode. Peut-être devra-t-on redévelopper les filatures locales qu'on avait démantelées. Pareil pour la sidérurgie, faute de pouvoir transporter à bas coût les équipements lourds.

Moi-même je m'y mets doucement: on n'a pas de voiture, on essaye de prendre le train, le vélo et les transports en commun, on a réduit notre consommation d'objets inutiles, on mange moins de viande et de produits hors-saison. On essaye de recycler les objets, de moins céder aux modes et aux pulsions. Ce n'est pas très difficile. Plus dure est la pression sociale, surtout au travail de Lewis, où la réussite personnelle passe par l'accumulation d'objets et le gaspillage des ressources.

Le plus gros problème, finalement, est politique. Beaucoup de nos élites sont trop privilégiées pour réaliser à quel point il faut d'y mettre maintenant, que c'est presque déjà trop tard. Surtout, leur système de valeurs et leurs privilèges sont en désaccord total avec ce que nous allons devoir réaliser. Croissance, toujours plus, gaspillage, grosses bagnoles, voyages lointains, grosses maisons... J'ai peur qu'elles n'utilisent le manque d'énergie pour accumuler encore plus de pouvoir, de richesses et de privilèges au lieu de faire leur travail et de penser à l'intérêt général. J'ai peur qu'on ne finisse en dictature terrible pour lutter contre les ennemis qu'on s'est fabriqués en refusant de voir la vérité en face à temps. J'ai peur du peuple et des ses réactions primitives quand on va lui annoncer qu'il va gagner beaucoup moins très bientôt, que la viande va être rare et chère, que sa voiture ne vaut plus un clou, que sa maison Kaufman & Brod est une boîte en carton sans valeur aucune qui devra être détruite, et que les objets qu'ils a péniblement accumulés sont déjà obsolètes.

Quand j'entends le gouvernement néerlandais qui veut construire plus de routes, quand je vois qu'au conseil australovicien on veut bien construire des places de parking supplémentaires mais qu'on ne veut pas interdire les terrasses chauffées, quand le peuple réclame qu'on l'aide à gaspiller du pétrole pour pouvoir aller habiter encore plus loin pour avoir un petit jardin, j'ai honte de la classe politique et des syndicats pour ne pas faire leur travail.
Suis-je le seul à penser ainsi?

mardi 20 mai 2008

Passage à Paris

Me voilà enfin rentré à Amsterdam. Jeudi midi, en débarquant du train, passage sur France Info chez Philippe Vallet. La prise va être synthétisée en deux minutes et passera un de ces jours de cette semaine en boucle... Lien de l'émission:
http://www.france-info.com/spip.php?article0&theme=36&sous_theme=39

Samedi matin très très tôt (trop), j'ai été invité sur France Inter par Thierry Steiner et Sandra Freeman. Très sympa, mais trop court, comme d'habitude. Mais ils ont fait une publicité de folie pour mon livre et aussi mon disque. Apparemment le passage d'une minute et demi de Laurent & Lewis a suscité pas mal d'emails... J'ai pu enfin rencontrer le célebrissime et génial Louis-George Tin, mais aussi mettre un visage sur des voix familières. J'ai été très impressionné par le professionnalisme des deux journalistes chargées des niouzes. Le lien:
http://www.radiofrance.fr/franceinter/em/septneuf_sam/index.php?id=67815

Dimanche soir très tard, c'était au tour de France Culture. J'ai été invité par Mathieu Conquet pour participer à la mythique émission "Minuit/Dix" pour parler du bouquin et du disque en direct du Rex Club. Je me suis retrouvé à côté d'une DJette qui se la pétait mortel mais qui a vite été remise à sa place. Ça a été très vite, encore une fois, mais tout le monde avait l'air content. J'ai vu plein de gens célèbres dont j'ignorais le nom, et j'ai rencontré Stef, qui organise notre concert de juin prochain, et un pote qui est l'étoile montante du PS parisien. Parlé aussi avec le journaliste, qui est super sympa et assez drôle. Le lien:
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/minuit_dix/fiche.php?diffusion_id=62850

Retour lundi par le Thalys avec Martin (le chien). Leur wifi était tellement instable et lent que j'ai peté un plomb et ai fermé le Mac alors que j'avais payé pour tout le trajet. Gros coup de froid et de fatigue, depuis. Paris c'est bien, mais vraiment fatigant.

mardi 13 mai 2008

J'ai adoré Liège

Hier j'ai passé la journée à Liège pour participer à un débat. Tout le monde m'avait dit, façon "Bienvenue chez les Ch'tis" que c'était une ville laide et chiante, que tout le monde était édenté, au chômage et semi-clochard. J'avais un peu peur... En fait la ville est magnifique, et les indigènes sont sympas et charmants, et plutôt sexy pour beaucoup d'entre eux.
Plus je m'y suis promené, plus j'ai aimé. Le centre historique (la plupart des photos qui suivent), mais aussi un gratte-ciel noir que je n'ai pas réussi à photographier tellement j'étais amoureux de l'objet. Liège c'est plein de petites rues avec des restos partout, des terrasses sur toutes les places, des passages ultra-mignons et des tours modernistes comme j'aime, quasiment japonaises. La nouvelle gare, presque finie, est une sorte de squelette magnifique. Jamais vu une aussi belle gare, aussi légère et lumineuse...
Niveau humain, c'est probablement un des endroits les pus tolérants d'Occident, avec une intégration plutôt réussie de la plupart des minorités, et des gays qui sont très bien soutenus par les pouvoirs publics, tout comme les artistes. Et en plus les gens sont polis. Bref, j'ai adoré. J'y retourne bientôt y passer un ouiquenne avec Lewis, c'est sûr.












lundi 5 mai 2008

L'IJ libéré




(ci-dessus) Hier c'était la journée commémorative des morts tombés pour la liberté. Tout le pays a fait deux minutes de silence vers 20h, et les drapeaux étaient en berne. Beatrix était en noir et le Dam était coupé à la circulation.
Aujourd'hui, on fête la libération du pays, donc on a remonté les drapeaux sur les mâts et le rouge-blanc-bleu est partout. Je n'aime pas trop le nationalisme, mais j'ai aimé tous ces drapeaux au vent, et il ne s'agit pas de nationalisme agressif, mais de célébrer la liberté dont on peut jouir aujourd'hui. Bien que Français, j'étais fier des Pays-Bas. C'est bizarre, hein? J'ai même sorti mon propre drapeau kreukreu que j'ai accroché à ma fenêtre (hier en berne, aujourd'hui en haut du mât)...
Mon seul regret: l'absence de drapeaux européens. Pour 2009?

(ci-dessous) IJmuiden, c'est l'endroit où l'IJ ("Y" sur les vieilles cartes, à prononcer "èï") se jette dans la mer. Les bateaux empruntent cette rivière très contrôlée (c'est devenu une sorte de canal géant) pour passer d'Amsterdam au large, et vice-versa. C'est très impressionnant de voir ces immenses bateaux, que ce soit des bateaux de croisières de luxe ou des porte-conteneurs immatriculés à Panama, passer à côté des minuscules maisons hollandaises bien alignées sur une digue (sur la photo c'est une usine mais le Speedboat allait vraiment vite).

Sur la plage, il suffit de regarder à l'horizon pour voir ces monstres s'approcher doucement du rivage et être englouti dans les terres, apparaissant tout à coup entre deux dunes. En revenant vers Amsterdam (une vingtaine de kilomètres à l'intérieur des terres), on peut observer une partie du port, mais aussi l'activité immobilière autour de la gare centrale. On y construit un nouveau quartier pour les riches, avec plein d'appartements avec vue sur l'IJ.
(Les photos sont un peu dans le désordre...)




mercredi 30 avril 2008

Ma fête de la Reine




La fête de la Reine (Koninginnedag) est devenu à Amsterdam une sortie d'orgie de bière, de techno vulgaire, de saucisses empoisonnées et de merdes oranges en tous genres qui finissent déchirées par terre. Cela fait des années que cela ne m'amuse plus. Mes premières fêtes étaient drôles et surprenantes, ces dernières années je préfère laisser les provinciaux alcooliques s'approprier la ville en pissant partout et aller voir ailleurs si j'y suis. Je n'ai même pas accroché mon drapeau batave à la fenêtre tellement je manquais d'enthousiasme, c'est dire.
Pour l'édition 2008, avec Lewis le mari et Martin le chien nous sommes allés au Bois Amstellodamois (Amsterdamse Bos), à une petite heure de marche. C'était délicieusement désert. Pas de fausse ferme vulgaire vendant des crêpes trop cher. Pas de couples se disputant devant leur marmaille grincheuse. Pas de chiens agressifs ou des coureurs malpolis en lycra moulant.
Juste les fleurs, les arbres, les canaux où Martin s'est vautré jusqu'à épuisement, et quelques oiseaux surpris. La fête de Dame Nature, en quelque sorte. C'était bien.