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vendredi 2 janvier 2009

Politique locale: peut mieux faire

Pour fêter la fin de l'année, le journal amstellodamois Het Parool a choisi de bitcher sur les arrondissements, souvent source d'irritation pour les habitants de la capitale. C'est en effet les collectivités locales amstellodamoises qui sont n°1 du Top 10 des irritations, devant le ligne de métro Nord/Sud (prévue pour 2007, elle sera finie, au plus tôt, en 2015), la politique d'intégration (inburgering), et le Zuidas (la "ville nouvelle" de gratte-ciels spéculatifs au Sud de la ville)



Je comprends totalement ces irritations, mais il faut expliquer aussi pourquoi...

- La seule chose pour laquelle Oud Zuid est cité est l'histoire du mec qui avait peint sa maison en rose et a été obligé de la repeindre. En fait, moi je connais l'autre version de l'histoire: le mec avait peint sa maison dans le mauvais rose (Lewis a tout de suite tiqué: «c'est quoi ce f#cking rose pas beau?»), et quand l'arrondissement lui a demandé de la repeindre, il s'est mis en colère. Les fonctionnaires et l'échevin lui ont proposé qu'il s'engage à choisir la bonne couleur lors de la prochaine peinte ou s'il revend le bâtiment, mais il les a pris de haut et leur a fait un procès. Manque de pot, ce n'est pas l'arrondissement qui décide des couleurs, il ne fait qu'appliquer un règlement décidé par la Commission d'esthétique, un truc indépendant dont les avis sont généralement respectés pour leur bon sens esthétique et architectural. L'affaire a été jusqu'au Conseil d'État, ce qui a débouché sur l'obligation pour l'arrondissement d'appliquer le règlement et de forcer le mec à repeindre sa maison rapidos. Les médias décrivent ce mec comme une victime des fonctionnaires psychorigides de l'arrondissement, alors qu'il n'a fait que s'enfoncer avec son arrogance et un avocat un peu présomptueux... Il s'agit d'ailleurs d'une bonne illustration de changement de mentalité dans l'arrondissement, où les gens éduqués et les nouveaux riches pensent qu'ils peuvent gagner tous leurs procès parce qu'ils ont une grande gueule. S'ils connaissaient le système judiciaire néerlandais, ils sauraient que la thune et une grande gueule ne suffisent pas. N'est pas O.J. qui veut (et encore, il a été rattrapé lui aussi)...

- Le niveau du personnel politique local néerlandais est encore plus faible que celui des députés, ce qui en dit long sur les conséquences que cette nullité peut avoir sur les décisions publiques. Apparemment, Oud Zuid est de loin l'arrondissement où l'ambiance est la meilleure et où le Conseil est le plus compétent. C'est vrai que certains de mes collègues sont des gens biens, avec un certaine vision du bien commun. Mais parfois, je suis effaré du manque de connaissance et de préparation de certain(e)s collègues. Les contacts que j'ai eus avec mes homologues d'autres arrondissements ont été en général décevants: aucun charisme, manque de travail et de connaissance du sujet, manque de sérieux, aucune vision d'ensemble... Je pense qu'il faudrait rendre les places plus chères (augmenter les indemnités pour rendre le poste attractif, diminuer le nombre de sièges) mais aussi pousser les partis à avoir des procédures de recrutement mieux réalisées (quitte à les faire aider par des cabinets spécialisés) et surtout un suivi un peu plus strict. En gros, aujourd'hui, une fois élu, on peut faire ce qu'on veut, dont ne jamais siéger, sans contrôle aucun. Je trouve ça un peu limite...

- Je ne m'y connais pas assez pour juger ce qui s'est passé sur la ligne Nord/Sud du métro, par contre je vois très bien ce qui a merdé pour la politique d'intégration et le Zuidas: incompétence, populisme et manque de responsabilité. La politique d'intégration (inburgering) est une catastrophe, aussi bien au niveau national qu'au niveau local, avant tout parce qu'elle est le produit du désir pulsionnel d'une analphabète de la politique, notre chère Rita Verdonk. Le fait que la plupart des partis n'ont aucune réflexion sur l'intégration (mon propre parti est d'une nullité effrayante sur la question) a laissé le champ libre à l'extrême-droite et on en paye aujourd'hui le résultat. Comme personne ne soit vraiment responsable de quoi que ce soit, le fiasco en devient encore plus irritant.
En ce qui concerne le Zuidas, je trouve qu'il s'agit d'un projet pour homme blancs arrogants et riches de plus de 50 ans, avec le mauvais plan de financement, une architecture catastrophique, une vision du développement urbain datant des années 1950 et une offre qui ne correspond pas à une demande réelle. Ce qui m'ennuie, c'est que les Amstellodamois risquent de payer longtemps pour ce flop urbain. Là encore, j'aimerais comprendre qui a pris la décision, comment, et sous l'influence de qui...

- Quand on voit la liste des "méfaits" causés par les arrondissements, cela reste très très gentil: un élu s'est fait choper en voiture avec trop d'alcool dans le sang, le Centre voulait couper l'arbre d'Anne Frank, Zeeburg n'a pas mis des barrières assez tôt le long d'un canal (un mort), disputes diverses entre élus dans plusieurs arrondissements... Je pense que les plus grosses fautes sont avant tout causées par des décisions prises à La Haye ou dans l'entourage de notre maire, Job Cohen. Là est, selon moi, la plus grande faiblesse d'Amsterdam: aucun contre-pouvoir au maire et aux hauts-fonctionnaires, une responsabilité diluée, et un manque de vision à long terme des dirigeants assez préoccupant. Le fait que personne ne confronte Lodewijk Asscher à sa conception pour le moins curieuse de la ville du futur (une apartheid moderne, voir ici) montre que le PvdA n'est toujours pas en état de penser clairement... 

Mais bon, la démocratie est un système imparfait, une utopie vers laquelle il faut tendre en se corrigeant continuellement. Le fait que Het Parool puisse aller fouiller dans les poubelles de la politique et offre les actions des élus à l'éventuelle opprobre populaire est la preuve que la démocratie amstellodamoise n'est pas totalement morte.

mardi 23 décembre 2008

Ploumen n'a-t-elle rien compris?

Dire que j'avais voté pour Ploumen. Si seulement je pouvais retirer mon vote...
Ma copine Natasha m'a envoyé un article (lien) sur les dernières déclarations de la présidente du Parti Travailliste, Lilialle Ploumen, disant que les migrants qui deviennent néerlandais ne devraient garder que leur passeport néerlandais. Je ne vais pas revenir sur le fond de l'histoire, tant elle a été rabâchée. Je vais juste rappeler que les Pays-Bas sont le seul pays qui a un problème avec les nationalités multiples.
On en parlait dans la voiture vers Lille l'autre jour avec Lewis: pourquoi les Français ou les Américains se désintéressent-ils des multiples nationalités de leurs compatriotes alors que les Néerlandais nous font de telles grossesses nerveuses? Mon hypothèse est que les Français et Américains sont relativement à l'aise avec leur identité et n'ont pas de complexe d'infériorité. Au contraire, même, puisqu'ils jugent avec une certaine arrogance que seule leur nationalité compte, et que les autres ne sont que le produit des histoires collectives et familiales. À l'inverse, les Néerlandais ont un gros complexe d'infériorité et ont le besoin qu'on leur rappelle que si, quand même, on pense aussi à eux et au passeport néerlandais parfois.

Ceci dit, je suis extrêmement déçu par Ploumen. Je ne la connais pas du tout, j'ai juste entendu des rumeurs sur son éventuelle médiocrité, auxquelles je n'ai pas beaucoup prêté attention. Toujours est-il que si les crises de nerfs de Wilders ou de Verdonk sur les nationalité multiples collent assez bien avec leur personnage politique (xénophobe, populiste, bas du front), que la présidente du parti travailliste vienne se vautrer dans ces eaux sombres me met très en colère. 
Alors Lilianne, écoute moi bien: non seulement tu me fais honte, mais en plus, je le dis publiquement, si j'avais su que tu allais te comporter comme une cruche xénophobe de bas étage, non seulement je n'aurais pas voté pour toi, mais j'aurais fait campagne contre toi.

Le message envoyé à la direction du parti:
Beste Kameraden,
Ik heb met schamte ontdekt wat onze voorzitter Lilianne Ploumen heeft gezegd over migranten en hun dubbele nationaliteit. Ik vind het ongepast, ongewenst en echt gênant voor een progressieve Europese partij.
Of Lilianne heeft geen idee, en ze moet zich houden aan wat ze weet, of dat was een bewuste beweging, en ik vind het schandalig en vraag me waarom ik nog lid van de PvdA ben.
Wat is de politieke nut van zo'n verklaring? Wil de PvdA gaan jagen op de gronden van Wilders en Verdonk?
Wil de PvdA echt een hamonieuse intergatie of zijn de migranten alleen pionnen in een grotere politieke speel? Als socioloog en deskundige op de integratievraag kan ik geen goede verklaring vinden.
In elk geval verwacht ik of een snelle correctie, of een serieuse verklaring van onze voorzitter.
Vriendelijke groeten,
Laurent Chambon
(PvdA SDRaadslid Amsterdam Oud Zuid)


Article dans le NRC:
PvdA: migrant moet oude nationaliteit opgeven
Gepubliceerd: 23 december 2008 08:34 | Gewijzigd: 23 december 2008 10:28   ANP
Amsterdam, 23 dec. PvdA-voorzitter Lilianne Ploumen wil dat migranten die Nederlander willen worden alleen nog een Nederlands paspoort gaan dragen. Dat heeft ze vandaaag gezegd in een interview in de Volkskrant.
,,Loyaliteit heeft voor mij niets met nationaliteit te maken. Maar de greep van herkomstlanden moet verdwijnen. Om Nederlander te worden moet je je oude nationaliteit in principe opgeven'', aldus Ploumen.
Ze heeft een partijnotitie over integratie geschreven. Volgens haar is de PvdA te lang te tolerant geweest voor migranten. ,,De fout die we nooit meer mogen maken, is het inslikken van kritiek op culturen of religies omwille van de tolerantie''.

samedi 13 décembre 2008

Meilleur ou pire

La hype du moment aux Pays-Bas, c'est la question du meilleur et du pire politicien de l'année. Cette année, on a Wouter Bos comme meilleur, et Gert Wilders comme pire. Plus ou moins l'inverse de l'année derniers. On retrouve dans le tiercé perdant Rita Verdonk, et chez les gagnants Alexander Pechtold. Bon, ça a la valeur qu'on accorde aux sondages. "Yawn..." (baillement) comme dit Lewis.
Plus intéressant est le changement qui a lieu dans le projections de voix et de sièges à la Deuxième Chambre: Rita Verdonk comme Gert Wilders se tassent sévèrement, les travaillistes remontent et les gentils partis (GroenLinks, D66) regagnent ce qu'ils avaient perdu récemment. Ça ressemble terriblement à une stabilisation de la politique néerlandaise: une extrême-droite présente mais pas dominante, une extrême gauche présente mais pas du tout en état de gouverner, des partis du centre qui ronronnent, allez vous coucher ma bonne dame, tout est sous contrôle.

Mon impression? Qu'une fois que les crises d'identité retombées, on s'occupe à nouveau de l'économie, et que le clivage gauche/droite recommence à faire sens. C'est une bonne nouvelle, parce qu'on va enfin pouvoir parler de choses sur lesquelles le gouvernement peut vraiment agir. La mauvaise nouvelle, c'est que les citoyens que l'extrême-droite et l'extrême-gauche avaient réveillés chacune à leur manière vont à nouveau se détourner de la politique. Les partis gouvernementaux doivent être soulagés, mais je ne sais pas si c'est vraiment une victoire pour la démocratie. Car, je vous le rappelle, la démocratie ce n'est pas la dictature de la majorité, mais bien le régime qui prend en compte aussi les minorités. Toutes. On en est encore loin.

vendredi 21 novembre 2008

Les homophobes ne sont pas qui on croit

Rappelez vous, il y a environ un an, panique: les jeunes "Marocains" sont homophobes. Ouh, vilaine culture musulmane homophobe. L'intégration est ratée, c'est terrible... Vite, Sainte Rita Verdonk, viens sauver les pédés! Ayaan, au secours!
En fait, on vient de le découvrir (ou on feint de le découvrir): 75% des actes homophobes sont perpétrés par des jeunes blancs issus des classes sociales inférieures. Des white trash, pour parler simplement. Cela ne m'étonne pas du tout: je n'ai jamais eu aucun problème avec les jeunes d'origine maghrébine ou turque alors que plusieurs fois j'ai surpris des remarques violemment homophobes venant de certains groupes indigènes. De la violence verbale à la violence physique, il n'y a qu'un pas...
D'après les chercheurs qui se sont penchés sur la question, il s'agit encore et toujours de jeunes hommes ayant du mal avec leur masculinité, et issus de familles à problèmes. "Duh", comme dirait Lewis. Comme si on ne le savait pas. N'importe quel pédé de base peut vous faire le profil de l'homophobe type, mais qui se soucie de nous écouter, hein?

Ce qui m'agace dans cette histoire, c'est qu'une fois de plus les pédés blancs issus des classes favorisés (l'ancien directeur du COC en tête) nous ont fait le plan des méchants Arabes homophobes, et qu'ils ont été suivis par la meute des politiciens à la recherche d'un bouc émissaire idéal. Le rôle des élites homo, c'est justement de s'attaquer à l'homophobie d'où qu'elle vienne, et surtout de ne pas céder à la xénophobie. Il faut attaquer l'homophobie à sa racine, et surtout ne pas se tromper de combat. L'ennemi, ce sont les conditions sociales et culturelles qui engendrent l'homophobie (problèmes familiaux, problèmes identitaires, problèmes personnels, dynamique de groupe, traditions homophobes dans divers corps de métiers...), pas une origine ethnique ou une religion.
Cela fait des années que je dénonce l'utilisation des violences homophobes par la droite nationaliste pour ostraciser des pans entiers de la population néerlandaise, alors que sa clientèle électorale est, à mon avis, tout aussi homophobe. J'avais l'impression de prêcher dans le désert. Voilà qu'une étude vient confirmer officiellement cette imposture. Il était temps...
D'ailleurs, je me dis parfois que dans ce genre de cas, des excuses publiques de la part des grandes gueules à la Verdonk, Hirsi Ali ou van Dale seraient tout à fait appropriés. On peut rêver, non?

jeudi 13 novembre 2008

Ces histoires de nationalité



Ah, la question de la nationalité... Aujourd'hui, j'ai lu qu'un ex-président du Conseil italien était content que Carla Bruni ne soit plus italienne après qu'elle eût déclaré être contente d'être désormais française, suite à la remarque de Berlusconi sur le bronzage parfait d'Obama (quelle remarque de folle superficielle, d'ailleurs). Quel niveau...
Hier, Natasha la Canadienne m'a appelé pour me raconter comment, après dix ans dans le Royaume Submersible, en ayant appris la langue toute seule et s'étant construite une carrière sans aide publique, elle a reçu une lettre de son arrondissement lui demandant de venir pour un entretien afin de tester son néerlandais et d'apporter ses diplômes qu'on puisse parler perspectives d'emploi. La raison cachée est, apparemment, que les arrondissements paniquent après avoir vu que les lois Verdonk sur l'intégration sont inapplicables et ont surtout engendré un monstre bureaucratique, et que si elles ne prouvent pas rapidos qu'elles ont essayé de lever des clients, elles vont devoir rembourser des sommes énormes au Royaume de subsides non-utilisés.

Il y a quelques mois, c'était le sort de Frédéric Minvielle que j'avais soulevé, le pauvre ayant perdu sa nationalité française pour s'être marié à un homme et avoir acquis la nationalité néerlandaise. J'ai appelé l'IND (services de naturalisation néerlandais) pour savoir où on en était sur la question, après avoir passé un bon quart d'heure (c'était un numéro surtaxé, natuurlijk) à demander à ses collègues, mon interlocuteur m'a avoué que personne ne savait plus très bien à quoi s'en tenir en matière de double nationalité avec la France: «appelez les autorités françaises qui en savent peut-être plus que nous.»
J'ai appelé le consulat général à Amsterdam, et c'est confirmé: «à partir du 5 ou 9 mars 2009, je ne sais plus très bien, il sera possible de conserver sa nationalité française.» Attention cependant: cette possibilité ne vaut que pour les demandes de naturalisation déposées après cette date. Si on dépose sa demande avant, le vieux système prévaut: goodbye passeport cocorico.

Lundi soir, j'étais à un débat organisé par le parti travailliste au Krakeling (un théâtre pour enfants vraiment mignon) avec Wouter Bos, notre vice-premier et ministre des finances, lui-même en bonne compagnie avec Fatima Elatik («je serai la première mairesse marocaine d'Amsterdam»), Ahmed Marcouch et le président du COC. Remarques très pertinente de Wouter Bos: «Quand Obama a été élu, les Noirs américains n'ont pas dit 'fiers d'être noirs', ni 'fiers d'être africains-américains' mais tout simplement 'fiers d'être américains'. Quand Aboutaleb a été nommé maire de Rotterdam, les jeunes ont dit 'fiers d'être marocains'. Pourquoi pas 'fiers d'être néerlandais', après tout?» Effectivement...
Ce soir-là, le débat a été très intéressant mais a aussi révélé pas mal de choses. Tout d'abord, le nouveau directeur du COC, Wouter Neerings, a rappelé une chose: si on peut choisir sa religion, ses idées politiques ou ses engagements sociaux, on ne peut ni choisir son sexe, ni sa couleur de peau, ni son orientation sexuelle. C'est pour cela que les discriminations en fonction de ces critères 'innés' doivent être combattus avec force, mais aussi qu'en cas de conflit entre orientation sexuelle, couleur ou sexe d'un côté, et politique ou religion de l'autre, le premier doit primer: le droit de ne pas être discriminé ou insulté pour ce que l'on est doit primer sur le droit religieux ou politique. Ça faisait un moment que j'attendais que cet argumentaire soit utilisé en public. Bravo Wouter (l'autre).
Ensuite, il y a eu une discussion sur la religion, l'identité et la nationalité. Malgré les efforts de chacun, impossible de sortir du vocabulaire marocains/musulmans/néerlandais: les jeunes sont "marocains", la culture est "musulmane" et les blancs sont "néerlandais". Je n'ai pas pris la parole, j'en ai marre d'être le Français de service qui donne des leçons de modernité, mais le débat a au moins une génération de retard par rapport à la France ou aux États-Unis. Il est vraiment temps de désethniciser la nationalité néerlandaise. J'en parlais dans des articles il y a plusieurs années (lien et autre lien), mais depuis le débat n'a pas avancé d'un pouce. Il faudrait vraiment que la néerlanditude soit associé à une forme abstraite et généreuse de nationalisme (démocratie, pacifisme, tolérance, modernisme social) et non à une couleur de peau.

Bref, vous l'aurez compris, la question du nationalisme est encore une question brûlante en 2009. Moi qui rêve d'une nationalité européenne inclusive et progressiste, je ne sais pas si j'en verrai la couleur de mon vivant...

P.S. Vous noterez (voir la photo ci-dessus) que Martin le chien a la nationalité néerlandaise: il a un passeport néerlandais d'animal de compagnie. Les bébés poilus comme moyen d'ancrage au pays, c'est vraiment efficace...

lundi 22 septembre 2008

Verdonk disparaît mais ses idées demeurent

La semaine dernière, notre copine Manú était nulle part joignable alors qu'elle était censée avoir passé un super ouiquenne à Paris avec sa fille. Depuis, son portable est mort, comme celui se sa meilleur copine Ivête. Impossible de savoir où elles sont.
Ce matin, un article dans la presse locale révèle qu'un bus en provenance de Paris a été intercepté par la Maréchaussée néerlandaise, et que sur les 45 Brésiliens, 32 étaient en "situation irrégulière" et seront donc renvoyés au Brésil. Parmi eux figurent donc sûrement Ivête accompagnée de Manú et sa petite fille. Aucun moyen de savoir. Il n'y a personne chez elles, leurs lignes téléphoniques sont coupées. Comme si elles n'avaient jamais existé. Dire que j'avais prêté mon dictionnaire Franco-portugais à Manú pour qu'elle profite de son séjour, vous parlez d'un cadeau qui porte chance...

On est fin 2008, Verdonk a non seulement disparu du gouvernement, mais son parti Troots Op Nederland ("Fier(e/s) des Pays-Bas") est en train de s'effondrer (les gens se rendent compte qu'elle n'a aucun programme). Pourtant, ses idées xénophobes sont toujours en vigueur. On continue d'arrêter des gens qui n'ont pas les bons papiers (sachant qu'il est désormais quasiment impossible d'avoir des papiers, même pour des gens comme Manú ou Ivête qui vivent ici depuis des années et travaillent dur), on continue à faire des razzias dans les bus, les restaurants, les chantiers... Les seuls qui sont punis sont les sans-papiers, les seuls à vraiment en profiter sont ceux qui les exploitent, et ces derniers profitent d'une impunité quasi-totale.

Le PvdA avait parlé d'un politique humaine, pour l'instant je vois surtout des amis arrêtés, des minorités intimidées, les allochtones non-occidentaux chassés de mon arrondissement par la politique spéculative des corporations immobilières (avec la bénédiction des politiques), et toujours cette arrogance nationaliste bien-pensante sur le visage de trop de gens. J'ai honte pour l'Europe, j'ai honte pour les Pays-Bas, j'ai honte pour les politiques, j'ai honte pour le PvdA.

mardi 4 mars 2008

Wilders est un provocateur mais a peur des discussions

Je n'ai pas relayé toutes les niouzes politique du moment. Mais là ce qui se passe est intéressant, car Wilders est confronté à sa propre parole. Dans la presse néerlandaise:

"Ils sont jeunes, ont réussi, sont totalement intégrés et se présentent aujourd’hui comme la ’génération relais’", écrit le Volkskrant dans son grand article à la une. "Huit Néerlandais marocains veulent rompre la spirale négative du débat sur les musulmans. Et un entretien avec Geert Wilders est souhaitable pour cela."
"Le 22 janvier, le groupe - dont fait partie Mohammed Allach, directeur technique du club de football VVV - a invité Wilders à un entretien, dans une lettre. Les huit, qui sont tous d’origine islamique, estiment qu’il est grand temps de ’relever le niveau du débat’. Ils écrivent : ’En effet, les gens qui ont voté pour vous n’attendent pas seulement de vous que vous signaliez les problèmes, mais aussi que vous les résolviez.’ Un mois et demi plus tard, Wilders n’a toujours pas réagi."
"Ils ne sont pas les seuls à faire chou blanc. Le leader du PVV refuse catégoriquement toutes les invitations, ainsi que le montre une tournée des organisations et programmes télévisés liés à l’islam ou au multiculturalisme. Wilders a annoncé qu’il commencerait un ’jihad libéral contre l’islam’, mais il élude le débat depuis des années. Il pose pour ainsi dire un cordon sanitaire autour de la communauté musulmane."
"Il y a aussi l’expérience de l’Union des étudiants néerlandais (SUN), une organisation multiculturelle. ’Nous avons d’abord invité M. Wilders, puis d’autres députés PVV, mais personne n’a voulu venir’, déclare son secrétaire Harun Yildirim. ’Aux yeux de Wilders, ce sont les musulmans qui sont le problème. Il ne se rend pas compte qu’il y a des musulmans qui souhaitent assurer la réussite de la question des allochtones. ’Il n’y a rien à faire contre la tactique de Wilders’, craint Yildirim. ’Il lance quelque chose dans les médias et puis il débranche son téléphone’."
"La communauté musulmane Ahmadiyya (devise : ’amour pour tout le monde ; haine contre personne’) a écrit deux lettres auxquelles Wilders n’a pas réagi. Le centre amstellodamois de jeunes Argan - qui organise régulièrement des débats avec d’éminentes personnalités politiques - a aussi entrepris de vaines tentatives. La première fois Wilders s’est décommandé et les deux fois suivantes il n’a même pas réagi, selon Argan. Une organisation officielle comme le Conseil musulman néerlandais - à laquelle sont affiliées plus de cent mosquées et associations - ne reçoit pas de réponse non plus. ’La première fois a été en août, après son appel à l’interdiction du Coran’, dit le président Abdelmajid Khairoun. Le mois dernier, il a adressé une lettre à plusieurs parlementaires, au nom d’un organe de contact islamique. ’Tout le monde a réagi, sauf Wilders. Nous avons déjà eu un entretien avec Rita Verdonk. Nous divergeons d’opinion, mais ce n’est pas grave. Wilders évite tous les musulmans, qu’ils soient modérés ou radicaux’."
"Il n’y a pas que les organisations musulmanes ou ’allochtones’ qui fassent chou blanc. A Hilversum Wilders a la réputation de ne pas participer à un programme dès qu’il y a des musulmans. Le réalisateur Jan Kooyman, de Meiden van Halal [les filles halal] - programme dans lequel trois musulmanes portant le foulard discutent avec des non-conformistes - est initialement parti du principe que Wilders viendrait, compte tenu de sa déclaration : ’Les foulards, je n’en fais qu’une bouchée !" L’assistant de Wilders lui a répondu : ’Nous n’allons pas vous aider.’ Kooyman : ’Manifestement, ils estiment qu’il n’y a rien à gagner pour lui’." Jihad Alariachi, une des filles halal : ’Nous sommes la preuve vivante que ce qu’il affirme n’est pas juste. Je comprends bien qu’il craigne que ses électeurs ne le délaissent si nous le confrontons à des arguments. Mais pour quelqu’un qui traite volontiers les autres de lâches, c’est lâche’."
"Wilders n’a pas non plus voulu apparaître dans Ab & Sal, une série de la NPS dans laquelle deux Marocains procèdent à un examen critique des Pays-Bas. A la différence de Filip Dewinter, du Vlaams Belang, souligne le rédacteur coordinateur de la NPS Frans Jennekens."

http://www.ambafrance.nl/article.php?id_article=9367

dimanche 2 mars 2008

NBK: Les Néerlandais se réveillent



Ça y est, les Néerlandais se réveillent. Alors que la planète est en hystérie totale à propos d'un film de quelques minutes qui n'a même pas encore été montré, beaucoup semblent se rendre compte que Wilders n'est pas un phénomène isolé, mais bien le symptôme d'une maladie largement répandue, à savoir le racisme et la xénophobie.
Lundi derier j'ai été à une réunion préparatoire de la manifestation du 22 mars sur le Dam. Il y avait les mêmes gauchistes et nous étions deux du parti travailliste. Personne de GroenLinks, ni du CDA, ni de D66, ni bien sûr du VVD. En fait, quand on voit la politique néerlandaise à propos des sans-papiers (tous les jours, coups de filets de la police à la Gare centrale, où seuls les bronzés doivent montrer leurs papiers) alors que le PvdA est au gouvernement, je me demande si la plupart des partis néerlandais ont vraiment envie de se battre contre le racisme.
Le délit de faciès est devenu une réalité, le droite drague ouvertement les électeurs de Wilders et Verdonk avec des déclarations toujours aussi xénophobes, et les seuls à s'élever contre ça, outre les organisations de migrants, sont... les Églises et les associations juives.

Je ne suis pas 100% satisfait par les choix stratégiques faits par Nederland Bekent Kleur, et il est évident que les gauchistes d'IS y sont encore trop présents, mais c'est surtout parce que les autres s'y font trop rares: la plupart étaient ravis que deux travaillistes y aient montré le bout de leur nez.

Je pense qu'il faut retourner le stigmate: que ce ne soit pas les gens comme moi qui soient vus comme paranoïaques, mais bien les connards comme Wilders ou Verdonk qui soient vus tels qu'ils sont. Des démagogues de la pire espèce, une menace pour l'Europe et pour les Pays-Bas, et des dangers pour l'économie, la politique, la culture et l'unité nationale.
Bref, j'invite ceux qui peuvent à me rejoindre sur le Dam samedi 22 mars à 13:00.

mercredi 20 février 2008

C'est dur d'avoir raison avant tout le monde...



Je ne dis pas ça par prétention. Il est des sujets où je suis naturellement en avance sur les collègues tout simplement car c'est mon travail. Comme le faisait remarquer Leena il y a quelques jours à table avec son sarcasme habituel: "c'est vrai que tout le monde sait tout mieux que nous, après tout nous ne sommes que des sociologues, ce n'est pas du tout notre travail de comprendre comment la société fonctionne".
Il y a plus d'un mois j'avais tiré la sonnette d'alarme à propos des petits commerçants qui sont racketés par les propriétaires ("bon, à partir de la semaine prochaine, c'est 1000 euros de plus par mois"). On m'a pris pour un Français trop porté sur le drame. Lundi, un camarade du quartier chic rapporte que son vendeur de cigares se fait pareillement racketer, et là tout le monde trouve que c'est scandaleux. Parfois c'est fatigant, cette méfiance continuelle...

Politique gauche/droite
Dans la presse néerlandaise, une analyse que je partage totalement. Alors que les expulsions de sans-papiers continue de plus belle, que les logements sociaux sont transformés en appartements de luxe et que les services étatiques continuent à être privatisés de plus belle, au PvdA on essaye de nous faire croire qu'on est en train d'effectuer un virage à gauche. Genre...

Le chroniqueur politique du Trouw, Willem Breedveld, réfléchit lui aussi à l’évolution de la politique néerlandaise depuis Pim Fortuyn.
« Cela fait sept ans que j’attends l’arrivée triomphante de la nouvelle politique annoncée de toutes parts après l’assassinat de Pim Fortuyn, en vain jusqu’à maintenant. Et les électeurs semblent partager ce sentiment. Les partis qui ont endossé la responsabilité gouvernementale depuis cette époque - CDA, VVD, PvdA, D66 - ont tous vu leur électorat s’effriter. Sur les flancs, le SP, le PVV et l’invisible Verdonk ont les faveurs des électeurs. Mais pris individuellement ou collectivement (ce qui serait du reste impossible), ils sont incapables de reprendre les commandes. Une simple collaboration avec un des partis traditionnels serait même problématique. Si je considère l’ensemble de la période écoulée, force est de reconnaître que les gouvernements Balkenende II et III semblaient disposer de bons atouts : ils partageaient avec les électeurs l’aversion de la société multiculturelle, la redécouverte de la culture nationale (jusqu’à la limite de l’exclusion ou de l’assimilation des autres), la volonté de lutter contre la bureaucratie, de réformer le système polder et de se libérer d’une protection sociale étouffante : vive le marché, pour la santé publique , l’école et l’emploi ! Mais au grand étonnement de Balkenende, les électeurs n’ont guère apprécié sa nouvelle politique ni son ‘esprit de la VOC’ (Compagnie des Indes Orientales). Ce résultat a pour effet de rendre les gens prudents ... et cela nous conduit au gouvernement Balkenende IV : il ne manque pas de grands projets (quartiers difficiles, environnement, enseignement, sécurité) mais sa prudence l’empêche d’imposer ses idées. Et en fait nous aurions déjà pu le deviner lorsque le nouveau gouvernement a annoncé son intention de se mettre à l’écoute de la population. Cette fameuse population venait certes d’élire un nouveau parlement, elle avait du subir un gouvernement Balkenende III qui n’en finissait pas, et voilà que les communicateurs du gouvernement décidaient qu’elle pouvait bien encore attendre six mois. Ensuite, rien ne s’est arrangé : le droit de licenciement a été évacué de l’agenda, les ‘quartiers superbes’ ont sombré dans le bras de fer avec les corporations locatives, l’enseignement est plus oublié que jamais et les salaires des grands managers galopent. Nous assistons à ce que le philosophe français Cornelius Castoriadis appelle ‘l’impuissance de la politique’ : notre époque est incapable de se trouver une alternative et n’offre guère plus que la justification récurrente du capitalisme libéral, qui suscite de nombreuses interrogations dans l’opinion publique. Il faut reconnaître que ce gouvernement partage ses interrogations sur ce point ; mais j’ai du mal à comprendre son manque de conviction, ses hésitations : on veut sauver la planète en retirant de la vente les ampoules électriques ou en se chamaillant sur un moulin à vent ; on pinaille sur la morale ou sur la nécessité d’une lampe arrière sur les vélos. Mais c’est une alternative que nous attendons de ce gouvernement pas du raccommodage. »


Natalité
Je ne parle même pas de la politique familiale néerlandaise. La ChristenUnie a ouvert la discussion, mais nulle part je n'ai encore entendu comment les Néerlandais allaient se débrouiller pour alléger le fardeau de la maternité pour les femmes. Pas de crèche spéciale, pas d'aide à la petite enfance, toujours du temps partiel imposé pour les femmes et cette morale très Cuisine-Église-Enfants qui règne à tous les étages. Et intériorisée au point que quand on aborde le sujet les femmes sont d'une agressivité incroyable. Someone needs a shrink here...

Politique familiale
Le ministre de la Jeunesse et de la Famille, M. Rouvoet, « plaide pour une politique familiale active », indique le Trouw. « La politique familiale a traditionnellement été un tabou aux Pays-Bas. C’est pourquoi M. Rouvoet aborde le sujet avec beaucoup de prudence. Il en a toutefois parlé hier dans une interview accordée à De Pers : les familles néerlandaises devraient avoir davantage d’enfants afin de compenser les dépenses liées au vieillissement de la population. En dépit de la prudence des propos de Rouvoet, les réactions des parlementaires expriment une grande réticence : aucun groupe ne veut prendre de risque sur cette question. Rouvoet a fait le lien entre le chiffre de la natalité, trop faible à ses yeux et le vieillissement de la population ; la plupart des défenseurs d’une politique de natalité active font le lien entre le nombre d’enfants des familles autochtones et les chiffres de natalité beaucoup plus élevés dans les familles allochtones. L’ancienne députée VVD Ayaan Hirsi Ali s’exprimait ainsi en 2005 dans notre journal : ‘ le gouvernement garde le silence sur une évolution démographique inquiétante, avec d’un côté une population autochtone vieillissante et de l’autre l’afflux dans les grandes villes néerlandaises de familles allochtones qui ont beaucoup d’enfants. Le gouvernement trouve-t-il que c’est une bonne évolution pour lutter contre le fondamentalisme musulman ? Pourquoi n’y a-t-il aucune proposition dans le domaine de la politique familiale ?’. De même, l’universitaire Paul Scheffer, qui a lancé le débat sur la société multiculturelle, plaide dans son dernier livre (Het land van aankomst / le pays d’arrivée), pour une intervention plus active des pouvoirs publics. Tout comme Rouvoet, il relève le vieillissement de la population et la nécessité d’assurer une jeune génération qui puisse en supporter le coût ; mais lorsqu’il explique que l’alternative, pour faire augmenter les chiffres de la natalité (plus de population active immigrée) n’est pas une véritable solution, il rejoint Hirsi Ali : le population autochtone doit prendre ses responsabilités, estime Scheffer. La prudence du gouvernement néerlandais est exceptionnelle dans le contexte international : dans des pays comme la France, l’Italie ou l’Allemagne, l’Etat s’implique fortement dans les politiques familiales. »


http://www.ambafrance.nl/article.php?id_article=9324

dimanche 10 février 2008

Hirsi Ali revient. Encore?

Et voilà que Hirsi Ali revient. Cette fois, elle veut la nationalité française et que l'État français paye pour sa sécurité pendant qu'elle écrit pour un thinktank bushiste aux États-Unis. Cette fois-ci escortée par Caroline Fourest, of course, mais aussi BHL et notre brillante et très décorative Rama Yade.
Je ne sais plus si je dois rire ou me mettre en colère. Mon conseil à tous ceux qui fuient les meurtres, la terreur et les intimidations et à qui on refuse de rester en France: crachez sur les musulmans, traitez Mahomet de pervers, mentez à tout le monde, trahissez vos amis et faites tomber un gouvernement avec vos mensonges, ça risque de faciliter les choses. Obviously.

J'ai trouvé un commentaire à l'article de Libération sur les dernières aventures d'Hirsi Ali qui m'a semblé bien résumer la situation:
meg96 Imposture
Ayaan Hirsi Ali a pris des contacts avec le think-tank ultra-conservateur American Enterprise Institute avant même que des menaces de mort soient formulées à son encontre. La réalité est bien moins rose que ce Caroline Fourest et d'autres gogos s'imaginent (ou feignent de s'imaginer). La carrière entière d'Hirsi Ali est placée sous le signe de l'opportunisme. Remarquée par des membres du PvdA (l'équivalent néerlandais du PS), elle est recrutée pour travailler au sein de ce parti. Mais Mme Hirsi Ali estime qu'elle mérite mieux que ça, et qu'on n'utilise pas ses talents, qu'elle croit grands. Elle passe alors avec armes et bagages au VVD (équivalent néerlandais de l'UMP), qui lui offre un poste de députée sur un plateau. Las, Mme Hirsi Ali est bien trop égocentrique pour respecter ne serait-ce qu'un semblant de discipline de parti, et elle ne tarde pas à se mettre à dos la quasi-totalité du VVD par ses déclarations à l'emporte-pièce sur la place de l'islam aux Pays-Bas, qui ne font que jeter de l'huile sur un feu qui couve déjà. C'est alors qu'elle prend contact avec les ultra-réacs de l'American Enterprise Institute. Rien n'a obligé Hirsi Ali à quitter les Pays-Bas, et si elle y était restée, elle serait protégée en permanence. Mais la question est : quel pays accepterait de payer la protection de quelqu'un qui a choisi volontairement d'aller vivre ailleurs ? On peut aussi se poser la question suivante : qu'est-ce qui lie tous ce "intellectuels" français qui ont lancé cet appel ? Une même obsession pour un pseudo danger islamo-fasciste, peut-être ?
Dimanche 10 Février 2008 - 16:42

mercredi 2 janvier 2008

Je suis dans Libé aujourd'hui



Dans la section 'Rebonds' du Libération d'aujourd'hui...

Municipales : Amsterdam capitale de la différence
Laurent Chambon sociologue français et conseiller municipal d’Amsterdam.
QUOTIDIEN : mercredi 2 janvier 2008

En 2006, j’ai été élu conseiller municipal à Amsterdam Oud Zuid (un des quatorze arrondissements amstellodamois) sur la liste du Parti travailliste menée par une femme, Bea Mieris. C’est en tant que candidat à la candidature étranger et ouvertement gay, comme d’ailleurs les deux échevins travaillistes de l’arrondissement, que j’ai été désigné par une commission de sélection après avoir été recruté par petite annonce pour occuper une place dans le milieu de la liste aux côtés de nombreuses femmes et d’un autre «allochtone» (mot barbare signifiant «né à l’étranger» en novlangue administrativo-xénophobe batave) d’origine turque.

Il faut savoir qu’aux Pays-Bas les étrangers (et pas seulement les ressortissants de l’Union européenne) ont le droit de vote aux élections locales… A Paris comme à Amsterdam, les places sur les listes d’arrondissement sont chères, et beaucoup d’aspirants candidats tentent de reléguer les têtes un peu différentes dans les tréfonds des listes pour s’assurer une place éligible.

Lors du vote des militants de mon arrondissement, j’ai ainsi dû faire face aux intrigues de candidats «autochtones» moins bien placés sur la liste et qui estimaient que leur position sur la liste ne reflétait pas leur talent, leur engagement sur le terrain, etc. C’est une expérience terrible que beaucoup de candidats «de la diversité» ont eu à connaître un jour. Xénophobie («Avec son accent on ne peut pas l’envoyer sur les marchés…»), sexisme («Elle a couché avec qui pour être sur la liste ?»), homophobie («Le communautarisme est dangereux, regarde aux Etats-Unis»), coups bas et petits complots expliquent en grande partie l’amertume et le découragement dont témoignent ceux qui, prenant au pied de la lettre les encouragements des dirigeants politiques, ont voulu s’engager en politique. Il aura fallu toute l’obstination des responsables nationaux du parti pour permettre aux «allochtones» de rester sur les listes. Une fermeté gagnante puisque notre ouverture à la diversité nous a permis de gagner les municipales, les électeurs ayant décidé d’envoyer un signal fort au gouvernement de centre droit, où sévissait alors Rita Verdonk, ministre de l’Intégration et de l’Immigration (toute ressemblance, etc). Je crois que cette année-là beaucoup de Néerlandais ont vu dans la diversité affichée par les listes du Parti travailliste un vaccin contre les dérives nationalistes, islamophobes et individualistes qui rongent les Pays-Bas depuis le meurtre de Pim Fortuyn, en 2002.

L’ouverture à la diversité n’est plus un luxe mais une question de survie. La diversité du personnel politique permet la polyphonie indispensable à la prise en compte de l’intérêt général et demeure l’un des meilleurs garde-fous contre les dérives de l’entre-soi (corruption, favoritisme, népotisme). Que le parti dirigé par Patrick Devedjian (l’ami des femmes en général et d’Anne-Marie Comparini en particulier), qui a fait bien peu pour la diversité aux élections législatives (seulement 14 % de femmes dans le groupe UMP de l’Assemblée nationale), se satisfasse à grand bruit de présenter une femme à Paris est finalement assez mignon : on sait depuis longtemps à quoi s’attendre de la droite française sur la question. Mais que le PS, dont on attend depuis 1981 qu’il accorde le droit de vote aux étrangers et qui ne peut aligner que deux députés métropolitains d’origine non européenne (1) plus d’un quart de siècle après une «marche des beurs» qu’il avait si bien su récupérer, soit aujourd’hui incapable de placer un nombre significatif de candidats de la diversité en position éligible (mettons une cinquantaine pour 36 000 communes) me révolte. Ainsi sur les vingt têtes de liste socialistes à Paris, une seule, Seybah Dagoma dans le Ier arrondissement, est noire, et on cherchera en vain une tête de liste asiatique ou maghrébine sur le site de campagne de Bertrand Delanoë. Aujourd’hui, je comprends que les militants socialistes en veuillent aux éléphants de les avoir collectivement humiliés en laissant Nicolas Sarkozy prendre des initiatives sur les questions de la discrimination positive et de la promotion d’enfants d’immigrés, trop occupés qu’ils étaient à préparer leurs sorties sexistes contre Ségolène Royal, par ailleurs seule femme à diriger une région. Que les Français blancs et hétérosexuels qui dirigent le PS fassent preuve d’une telle avidité de pouvoir est lamentable, mais qu’ils n’arrivent pas à se défaire de leurs sales habitudes à trois mois d’élections aussi importantes pour les Français est alarmant. Ces élections à la proportionnelle devraient pourtant être l’occasion de faire oublier leur nullité sur ce sujet essentiel. La droite l’a compris et s’est même mise à vendre ses «minorités» à sa façon, c’est-à-dire en surjouant la tolérance, la modération et l’ouverture comme un mauvais acteur qui n’a pas eu le temps d’apprendre son rôle et qui veut à toute force convaincre son public. Il est donc indispensable que François Hollande pour son dernier combat à la tête du PS prenne solennellement l’engagement que les listes socialistes aux municipales de 2008 seront ouvertes aux candidats de la diversité (que ce soit par leur genre, leur orientation sexuelle ou leur origine ethnique) et que ceux-ci soient placés en position éligible.

Bertrand Delanoë, quant à lui, doit être soutenu dans sa résistance aux barons locaux. J’espère de tout cœur que le courage politique dont il a fait preuve en évoquant publiquement son homosexualité l’amènera à défendre dans chaque arrondissement des listes reflétant la diversité et la richesse des Parisiens, qui font de Paris une ville incontournable économiquement et culturellement. La capitale française est déjà suffisamment en retard dans la course au titre de «ville-monde» pour que ses élus ne constituent pas un handicap de plus.

(1) George Pau-Langevin et Henri Jibrayel, respectivement élus à Paris et dans les Bouches-du-Rhône.

http://www.liberation.fr/rebonds/301256.FR.php

mercredi 28 novembre 2007

Après Théo van Gogh et Ayaan Hirsi Ali, c'est au tour de Geert Wilders de devenir "cinéaste"

Déjà le fait que Theo van Gogh soit désormais présenté comme "cinéaste" me posait des problèmes (il a fait des films, certes; j'ai fait des pâtes, est-ce que cela fait de moi un chef?), mais maintenant c'est au tour du populistissime Geert Wilders de vouloir se faire de la pub facile, avec, vous l'aurez compris, le projet d'un film. Surprise, il portera sur... l'Islam.
Panique à La Haye, déjà soulagés que le coup des caricatures ait eu lieu au Danemark et pas ici, mais où on sent que ça va chauffer avec le nouveau hobby de Geert. Sa passion pour le septième art est aussi ancienne que son islamophobie est subtile, c'est dire, et l'on sent que le seul but c'est se faire mousser, cracher sur les arabes et jouer à la victime, pas léguer une œuvre grandiose à l'humanité. La vanité de ces politiciens investis d'une mission et qui pensent qu'ils peuvent tout faire me laisse pantois.

J'imagine déjà le prochain épisode: monter un resto trois étoiles uniquement avec des recettes au porc et au chien, lancer un spectacle de trapézistes néo-classique avec des femmes voilées mais seins-nus, créer une chorégraphie avant-gardiste avec des versets du Coran enveloppés d'ironie, et pourquoi pas une exposition caligraphique en arabe avec des insultes au prophètes.
Wilders, héros du nouvel individualisme xénophobe sans limites, symptôme d'une élite arrogante et ignorante ou juste cas psychiatrique? Vos réponses par email.

Dans la presse néerlandaise:
Le Telegraaf annonce à la une un « film provocateur de Wilders ». « L’émotion est grande dans les milieux gouvernementaux », explique le journal populaire, « à l’annonce des projets de film de Geert Wilders. Le leader du PVV prépare dans la plus grande discrétion un téléfilm provocateur sur le Coran, qui doit paraître sur les écrans à la fin du mois de janvier. (...) Ce film est une mise en accusation du Coran. Des extrait du livre sacré des musulmans seront présentés devant la caméra dans un style comparable à celui de ’Submission’. Ce film de Théo Van Gogh avait provoqué une réaction de colère dans les milieux musulmans ; son réalisateur a été assassiné en 2004 par un musulman radical peu avant sa sortie. Wilders accepte de confirmer qu’il prépare un film dans lequel le Coran occupe une place centrale.
‘Dans mon film, cela conduit à quelque chose’, précise l’homme politique, qui refuse de révéler si par exemple il déchire un Coran : ‘Je ne veux rien dire, il faudra aller voir mon film’. Les projets cinématographiques de Wilders préoccupent vivement le gouvernement. En plus de problèmes de sécurité dans notre pays, celui-ci pourrait également déclencher des réactions néerlandophobes dans les pays musulmans. Les trois ministères concernés - affaires étrangères, justice et intérieur - en discutent avec Wilders. Le coordinateur national pour le terrorisme, Tjibbe Joustra, est impliqué dans les entretiens. Un porte-parole de la Justice fait savoir que ‘le gouvernement met tout en œuvre pour se préparer à une discussion subite et violente à l’intérieur comme à l’extérieur’. Wilders a déclaré dans le passé que les musulmans devraient déchirer la moitié du Coran s’ils voulaient rester aux pays-Bas ; il a également comparé le livre à ‘Mein Kampf’. Le leader du PVV est en discussion avec une chaîne de télévision pour diffuser son film ; il envisage également d’utiliser le temps d’émission réservé aux partis politiques pour le diffuser ».


Hommes politiques « investis d’une mission » Le Trouw est d’avis que « les hommes politiques investis d’une mission ne durent jamais longtemps ». « Un parti politique en bonne santé est composé de gens enthousiastes qui veulent imprimer leur marque à la société. A l’intérieur de chaque parti, il y a même une catégorie particulière, souvent modeste, de gens dont l’enthousiasme surpasse celui de leurs collègues - ce sont les politiciens investis d’une mission personnelle. Si tout se passe bien, ils représentent un plus pour leur parti .... mais parfois, ils dépassent les bornes, et ils laissent derrière eux un parti abasourdi ou dans certains cas soulagé. (...) Au PvdA, depuis la radiation d’Esfan Jami, le calme est revenu (...) Mais il resurgira quelque part, parce que les politiciens qui se sentent investis d’une mission ont tendance à changer de parti. Cela fut le cas d’Ayaan Hirsi Ali, qui après un bref passage au PvdA fut accueillie à bras ouverts par le VVD. A ses yeux, le VVD ne représentait qu’un podium, a-t-elle répété à plusieurs reprises, pour faire connaître ses idées et ses propositions sur l’Islam et l’injustice faite aux femmes. Elle ne s’intéressait pas au message libéral en général.
Hirsi Ali est devenue l’une des femmes les plus influentes du monde (selon Time Magazine), mais aux Pays-Bas, son rôle semble terminé. Le VVD bénéficie d’une solide expérience en terme de politiciens à forte personnalité. Dans deux cas, Geert Wilders et Rita Verdonk, la mission ne s’est révélée, comme pour Paul sur le chemin de Damas, que lorsqu’ils ont commencé à jouer un rôle politique actif. Wilders avait au VVD la réputation d’un ambitieux péroxydé avec des opinions tranchées sur la politique étrangère et la WAO (incapacité de travail). Son opposition à l’entrée de la Turquie dans l’UE a provoqué son exclusion du parti. Ce n’est qu’après cela qu’il s’est senti porté par une mission contre l’Islam. Rita Verdonk n’a vu la lumière que lorsque dans ses fonctions de ministre, les sondages ont montré qu’elle jouissait d’une grande popularité et qu’elle a reçu d’énormes sacs de courrier. Verdonk a laissé derrière elle un parti déchiré, qui avait déjà été fortement secoué par le passage de Wilders et d’Hirsi Ali.
Il est indéniable que Pim Fortuyn compte parmi les plus grands dans le domaine des personnes convaincues de détenir la clef en or qui permettra de résoudre les problèmes de la société. Fortuyn est allé frapper à la porte de la plupart des partis, mais tous l’ont refusé, et il a fini par créer son propre parti. Le CDA n’a pas non plus été épargné : on se rappelle encore le cas de Jacques de Milliano, le visage de Médecins sans Frontières dans les années quatre vingt dix. Son engagement au sein du CDA, parti conservateur, a été une source d’étonnement pour tout le monde, et l’on n’était pas encore revenu de sa stupéfaction qu’il avait déjà claqué la porte à cause d’une politique d’asile qu’il jugeait trop inhumaine. Il a annoncé par la suite qu’il comptait fonder son propre mouvement, mais il y a finalement renoncé ».

http://www.ambafrance.nl/article.php?id_article=9093

mardi 27 novembre 2007

Rutte: "Rita et Geert sont populistes"

Le lideur maximo du VVD, Mark Rutte, se réveille: Rita (Verdonk) et Geert (Wilders) sont des populistes. Quelle perspicacité. Il lui a fallu trois ans pour s'en rendre compte. Je vous laisse déguster ces morceaux choisis.

Dans la presse néerlandaise:
« Rutte accuse le PVV et Verdonk de tromperie », annonce le Volkskrant. Le leader du VVD, Mark Rutte, dans un article co-signé du député VVD Joshua Livestro publié en page d’opinion du Volkskrant, accuse « le leader du PVV Geert Wilders et l’ancienne ministre Rita Verdonk de dissimuler leur absence de fond derrière un ton populiste. »
« C’est la première fois », relève le Volkskrant, « que Rutte et le député VVD Livestro s’opposent si durement à leurs rivaux électoraux de droite. Wilders qualifie cet article de ‘manifestation de désespoir d’un homme politique qui a peur, n’arrive pas à être reconnu comme leader et voit son parti diminuer’. Verdonk n’a pas encore voulu réagir. Selon Mark Rutte, les leaders de la ‘nouvelle politique’ (Verdonk et Wilders), se rendent coupables de rhétorique bon marché en ignorant la loi dans leurs propositions. ‘Pour la nouvelle politique, tout est baratin haguenois. Les principes constitutionnels sont là pour torturer les esprits, les lois ne servent qu’à gêner et les citoyens se fichent pas mal des détails. Ce qui compte, c’est de se montrer énergique. Evénements médiatiques, ‘petites phrases’ et photos doivent créer l’image d’un candidat X ou Y impatient de faire le ménage dans les Ecuries d’Augias de La Haye. Rutte n’a pas davantage pu découvrir la moindre vision politique, sauf que Wilders et verdonk se laissent guider par les sondages pour ‘coller le plus possible à la vague de l’opinion’.
Le leader VVD expliquer que celui qui se veut novateur ne ‘doit pas avoir peur de ramer’ ; cela veut dire prendre ses responsabilités et se battre de façon démocratique pour obtenir des changements : ‘Ceux qui pensent pouvoir changer le monde à coups de petites phrases mentent non seulement à leurs électeurs, mais ils se mentent aussi à eux-mêmes’. Selon le leader VVD, les prochaines années seront le cadre d’une expérience unique aux Pays-Bas : pour la première fois, les électeurs devront se décider « en faveur d’une présentation bien emballée ou bien en faveur de propositions de réformes solides ».

http://www.ambafrance.nl/article.php?id_article=9092

jeudi 15 novembre 2007

360° spécial Hollande




J'ai eu le plaisir de recevoir aujourd'hui le magazine gay suisse "360°", avec un article spécial Pays-Bas ("Le populisme séduit les homos") pour lequel j'avais été interviewé. Court mais bien, et surtout bien loin des clichés en général trouvés dans la presse étrangère. On aimerait bien lire de tels articles dans la presse généraliste.

mercredi 14 novembre 2007

Intégration: on y arrive



Après plusieurs années à me demander si je n'étais pas en train de perdre la tête (titre du Parool de lundi: "VVD: nous ne devons pas devenir un pays musulman", n'importe naouaque!), voilà que je me rends compte que quelques collègues de mon partis se réveillent. Une bonne nouvelle.

Dans la presse néerlandaise d'aujourd'hui:
"Le problème de l’intégration a deux aspects, souligne Ella Vogelaar à plusieurs reprise, lors de la présentation de son Integratienota 2007-2011 ", écrit le Volkskrant dans son grand article à la une. "Les allochtones souffrent du durcissement de la société et les autochtones jugent menaçants les changements rapides et la présence de plus en plus visible de l’islam. Cette dernière constatation est un élément nouveau dans l’analyse de Vogelaar. Lorsqu’elle a pris ses fonctions, elle semblait considérer la ministre de l’Intégration qui l’a précédée, Verdonk, comme le principal obstacle à une société harmonieuse : en modérant le ton, la société se modérerait d’elle-même."
"C’était un champ de mines. Dans ses premières interviews, elle a dit que la burqa ne la gênait pas : chacun ses goûts. Plus tard, elle a été critiquée pour avoir évoqué la perspective des Pays-Bas comme pays en partie islamique."
"En présentant sa note sur l’intégration, elle se réfère à plusieurs reprises, avec admiration, à Land van Aankomst [Pays d’arrivée], le dernier ouvrage de Paul Scheffer, qui a donné en 2000 le coup d’envoi du débat sur l’intégration avec son essai Het Multiculturele Drama."
"Vogelaar annonce 56 mesures au total, allant de règles simplifiées pour l’insertion sociale à une ’prise de position’ sur l’immigration d’Europe de l’Est."
"Le ton prend à un moment donné une vivacité familière. Le gouvernement, dit Vogelaar, veut une société à laquelle les gens puissent s’identifier. ’C’est diamétralement opposé à une compétition pour voir qui prône l’approche la plus sévère vis-à-vis des étrangers. Wilders, qui veut interdire le Coran, Verdonk qui nous a laissé une loi sur l’intégration inapplicable et maintenant Henk Kamp qui cherche lui aussi à rejoindre ce peloton’."

"Le langage dur de députés comme Geert Wilders et Rita Verdonk, mais aussi du député VVD Henk Kamp, semble plutôt accroître les antagonismes entre les groupes de la population, selon Vogelaar", retient le Trouw. "’Le parler musclé est la recette de l’insécurité et du renforcement des antagonismes.’ C’est ce que Vogelaar a dit hier en commentant son Integratienota 2007-2011, dans laquelle elle conclut que le monde des allochtones et le monde des autochtones sont trop éloignés l’un de l’autre, qu’il n’y a plus de ’chimie’ et que cela débouche ’sur un sentiment croissant de malaise’."
Pour l’éditorialiste du journal chrétien progressiste, "Vogelaar fait un pas en avant, le VVD un pas en arrière". "L’approche de la ministre Vogelaar paraît équilibrée et réaliste. Il faut rapprocher le monde des autochtones et celui des immigrés, au lieu d’élargir le fossé."
http://www.ambafrance.nl/article.php?id_article=9063

dimanche 28 octobre 2007

Disparition par non-reproduction



On me donne souvent des explication culturalistes pour expliquer la montée spectaculaire de la xénophobie aux Pays-Bas. Je pense que la "culture" (je ne parle pas d'art, mais de façon de percevoir, de concevoir et d'exprimer la réalité) n'est pas un explication en général, mais plutôt un symptôme. Ce n'est pas la "culture néerlandaise" qui explique la xénophobie: la xénophobie qui parcourt la culture néerlandaise est plutôt le reflet d'autre chose. Mais de quoi?
Une des théories qu'on a développée un peu pour rire avec Lewis (mais qui semble parfois faire sens) est que les Néerlandais sont en phase de réaction xénophobe parce qu'ils sentent qu'ils sont en danger. Physiquement. Et ils le sont: la population totale des Pays-Bas baisse chaque année de la taille d'une bonne ville moyenne, et jamais le nombre de naissances pour 1000 habitants (11,7) n'a été aussi bas. Tous les bébés que l'on voit dans le quartier, avec ces parents en peu gros mais si fiers avec leurs landeaux supertechno (la fameuse Straight Pride™), ne doivent donc pas faire illusion.
Pire encore, les taux de fécondité pour les femmes néerlandaises autochtones (femmes nées aux Pays-Bas métropolitains et dont les deux parents y sont aussi nés) sont aussi au plus bas: sur les 170.000 bébés nés en 2005, 33.000 sont le fait de femmes allochtones non-occidentales (turques, marocaines, surinamiennes, antillaises...), et 10.000 de femmes allochtones occidentales (italiennes, allemandes, françaises, américaines...), soit un bébé sur quatre! Alors que les allochtones (comptés très largement, donc) forment moins de 20% de la population et que la moitié d'entre eux n'est pas encore en âge de procréer. D'après les projections du CBS (Bureau central des statistiques), les allochtones seront 40% d'ici vingt ans. Non pas parce qu'ils font plein de bébés: leurs taux de fertilité sont plutôt dans la moyennes européenne, mais bien parce que les autochtones ne font pas/plus d'enfants.

Je ne vais pas raconter les mêmes histoires encore une fois, mais il est temps de changer les habitudes ici: introduire le travail des femmes avec sérieux et respect, les aider au quotidien (mettre en place des cantines, des crèches moins chères et ouvertes plus longtemps, des services de garderie abordables, mettre en place des "études" à l'école et retarder l'heure de fin de l'école, développement de vraies écoles maternelles...), mais aussi arrêter de pénaliser via les impôts le conjoint (femme) qui travaille. Il faudra aussi changer les mentalités: une femme épanouie qui travaille (donc qui n'a pas seulement un boulot à temps partiel et mal payé), qui est aidée dans les tâches ménagères (aide professionnelle ou mari!) et dans l'éducation (rôle de l'école!) des enfants aura tendance à faire plus d'enfants, c'est les statistiques qui le montrent.
Franchement, vu les remarques agressives que je reçois quand j'aborde le sujet, venant surtout des femmes autochtones, je ne pense pas que les Pays-Bas soient prêts pour changer leurs habitudes. Mais alors pas du tout.
Je ne parle même pas du rôle essentiel de l'école (maternelle et primaire) pour l'intégration entre enfants allochtones et autochtones. On est au niveau zéro, rien n'a été commencé, même de très loin. Autant dire que les générations tolérantes et aveugles aux origines ne sont pas encore nées, ou en tous cas pas encore scolarisées. Bref, c'est vraiment pas gagné.
Les Néerlandais vont donc faire moins de bébés, et un de ces jours se retrouver en minorité dans leur propre pays. Autant dire que la xénophobie que nous voyons croître de façon spectaculaire ces dernières années n'a pas encore atteint son sommet historique. Je ne sais pas si Verdonk et Wilders survivront longtemps la politique haguenoise, mais je suis sûr que leurs idées ont encore de beaux jours devant elles, rien que pour les raisons que je viens de vous exposer.
Il faudrait demander à Emmanuel Todd ce qu'il en pense, lui qui adore fonder ses prédictions sur des chiffres bien tangibles, comme les taux de natalité et les taux de participation des femmes au marché du travail. Lewis se demande s'il a vraiment envie de vieillir dans un tel pays. Je lui remonte le moral en lui rappelant que, comme c'est parti, il y aura assez de jeunes allochtones pour être gentil avec lui et l'aider avec son rolator et son jeune chien (un labrador chocolat, of course), Martin, sixième du nom...

jeudi 18 octobre 2007

Sur Nova ce soir

Cet après-midi, un équipe télé est venue à la maison pour m'interviewer sur les émeutes françaises et ce qui se passe en ce moment dans les banlieues amstellodamoises. A voir sur Nederland 2 dans Nova, à 22h15.
http://www.novatv.nl/

* Ajout à 22:38
Ouh, la honte. Je suis passé mais... sous-titré. Pourtant, j'ai parlé en néerlandais. Mais si le petit Rebeu avec un terrible accent marocain n'a pas besoin de sous-titre, apparemment le Français, oui. Assez humiliant. Mais bon, on impose le même processus de sous-titrage ethnocentriste aux Limbourgeois, aux Frisons et aux Flamands, alors... La preuve par l'image (tiré de la diffusion internet)

Les jeunes suivent l'actualité et internet et ne sont pas crétins:


Le fossé croissant entre riches et pauvres crée des tensions:


Les politiciens populistes mettent de l'huile sur le feu:

mercredi 17 octobre 2007

Ça bosse au café suédois

Ah, écrire est dur. Il faut arriver à se concentrer. J'ai donc pris Martin d'une main et mon ordinateur de l'autre et suis allé bosser au café suédois d'à côté. Délicieux. On a parlé avec le tenancier (Ingemar) et sa copine (Belge sans nom connu pour l'instant). Il a des idées dont j'ai pu me servir: Rita Verdonk comme diva homo, girl who kicks ass. Tout ça à lire bientôt en intégralité dans ce satané bouquin, of course...

lundi 15 octobre 2007

Droits fondamentaux remis en question par l'Islam radical

Si l'Islam non-violent progresse beaucoup aux Pays-Bas et en Europe, la variante radicale et violente n'a pas disparu et risque d'entraîner des tensions entre musulmans et non-musulmans. C'est ce qu'écrivent les Renseignement généraux néerlandais (AIVD) dans un rapport rendu public cette semaine.
Plus grave encore: l'influence de cet Islam radical violent risque d'empêcher l'exercice de certains droits fondamentaux. Premiers visés: les homos et les femmes, surtout de confession musulmane. Selon l'AIVD, la pression exercée sur les musulmans ne suivant pas le droit chemin déterminé par les musulmans radicaux se fait de plus en plus forte et empêche leur émancipation.
Ce rapport, très mesuré, arrive après plusieurs déclarations officielles de la police qui l'étaient beaucoup moins sur le cassage de pédés par des jeunes d'origine marocaine. Avec l'ancienne ministre xénophobe Rita Verdonk et l'élu islamophobe Geert Wilders qui sont au plus haut dans les sondages, il n'est pas sûr qu'une lecture rationnelle de ce rapport soit faite par tous aux Pays-Bas.
http://www.tetu.com/rubrique/infos/infos_detail.php?id_news=11967

dimanche 14 octobre 2007

Double nationalité permise

La nouvelle vient de tomber: le gouvernement renonce à obliger les détenteurs de deux nationalités à choisir. Les ministres semblent s'être rendus compte qu'une telle mesure serait entrée en conflit avec de nombreux traités internationaux. Encore un échec pour Rita Verdonk et Geert Wilders, pour qui la double nationalité était une des causes majeures du manque d'intégration. Outre que le lien entre simple nationalité et intégration ne me paraît pas du tout évident, une telle loi aurait posé de nombreux problèmes.
En dehors des bidouilles juridiques improbables qu'il aurait fallu monter pour faire tenir cette mesure, elle montrait à quelle point non seulement leur vision de l'identité est étriquée, mais elle aurait posé de nombreux problèmes pour certains Néerlandais, qui auraient ainsi été privés d'héritage familial ou de certains droits de propriétés liés à certaines nationalités.
Bref, du grand n'importe quoi. Franchement, si l'intégration les stresse autant, qu'ils encouragent des mesures qui marchent vraiment, comme limiter la discrimination à l'emploi et au logement, les discriminations dans l'éducation (écoles noires et blanches, les mésorientation systématique des jeunes d'origine allochtone...), l'apartheid social et ethnique dans les grandes villes, la domination des élites blanches protestantes sur l'appareil municipal des grandes villes, et j'en passe.
Quand on compare la nullité des rhétoriques verdonkienne et wilderienne et leur popularité dans les sondages, on devient songeur. Plus encore, c'est le suiviste de Mark Rutte qui me surprend: le VVD était il n'y a pas longtemps encore le parti de la droite libérale, certes, mais aussi férue de pragmatisme et d'une pointe d'élitisme bien informé. Il semble être tombé bien bas.

* Rajout le 15 octobre / Dans la presse néerlandaise:
"Le fait que 1 047 165 personnes aient désormais un passeport marocain, turc, argentin, somalien ou autre en plus de leur passeport néerlandais pose-t-il un problème ?" s’interroge le Volkskrant (p.3) dans un article de fond. "Non, dit le ministre de la Justice Hirsch Ballin, qui ne veut absolument ’pas suggérer que la double nationalité pose un problème’. La participation à la vie sociale n’a rien à voir avec le nombre de passeports qu’on a dans sa poche."
"Le projet de loi sur la nationalité néerlandaise que Hirsch Ballin a envoyé à la Deuxième Chambre vendredi est par conséquent plein de ’l’approche respectueuse’ qu’il prône pour la double nationalité. Seuls ceux qui exagèrent - des terroristes condamnés ayant plusieurs passeports - pourront perdre la nationalité néerlandaise sous la nouvelle loi. Et les étrangers venus aux Pays-Bas quand ils étaient enfants et qui, une fois adultes, optent pour la nationalité néerlandaise seront priés explicitement de renoncer à leur vieille nationalité - à moins qu’ils ne puissent invoquer une longue liste de motifs d’exception."
"L’argument en faveur de cette exigence est purement juridique, affirme Hirsch Ballin. Elle ne s’appliquait pas encore à ce groupe, alors qu’elle était déjà valable pour d’autres groupes souhaitant la nationalisation. ’Nous généralisons la loi.’ Pour le reste, rien ne change. C’est à dire que quand on veut devenir néerlandais, on doit renoncer à son ancienne nationalité - ce qui a toujours été le cas. Suit une longue liste d’exceptions : quand le pays d’origine ne le permet pas - comme le Maroc et l’Argentine, quand on est marié à un ressortissant néerlandais - car on doit pouvoir rentrer après un éventuel divorce, quand on est reconnu réfugié - car on ne peut pas exiger des réfugiés qu’ils prennent contact avec les autorités du pays qu’ils viennent de fuir -, quand on est né et resté aux Pays-Bas, quand on se porterait un grave préjudice - comme les Turcs qui perdraient leurs droits d’héritage, quand on a des ’raisons particulières et objectives’."
"Le gouvernement sort ainsi le débat sur la double nationalité de l’atmosphère de loyauté et d’intégration pour ramener le problème idéologique à une question juridique pratique. La prédécesseur de Hirsch Ballin, Verdonk, était plus idéologique en tant ministre VVD. A ses yeux, la nationalité néerlandaise était quelque chose ’d’exclusif’. Elle voulait une loi sévère qui réduise le nombre de doubles nationalités."
"Mais la Deuxième Chambre voulait tant changer aux propositions de Verdonk que le nombre de doubles nationalités n’aurait guère diminué. Ensuite, Wilders a attiré à lui le débat, en mettant en doute l’intégrité des secrétaires d’Etat Albayrak (néerlandaise et turque) et Aboutaleb (néerlandais et marocain)."
"La disparition phase par phase des doubles nationalités n’est expressément pas l’objectif de la proposition de Hirsch Ballin. C’est une idée que nous reconnaissons chez lui. Lorsqu’il était ministre de la Justice sous le premier ministre Lubbers, il y quinze ans, il voulait justement autoriser explicitement les doubles nationalités comme étant bonnes pour l’intégration."
http://www.ambafrance.nl/article.php?id_article=8968