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vendredi 2 janvier 2009

Le sel de la démocratie sur Issuu

Ah, l'instabilité d'internet. Je teste maintenant un nouveau service, issuu, pour mettre ma thèse de doctorat à disposition du public. On va voir si ce service tient longtemps... On peut lire le document en ligne (la mise en forme est relativement agréable, surtout avec un grand écran), mais aussi le télécharger gratuitement... Le lien direct est ici.

jeudi 1 janvier 2009

Straight Pig Pride™

Hier, c'était le réveillon, comme partout ailleurs sur terre. Sauf qu'aux Pays-Bas, la tradition veut qu'on célèbre ça avec des pétards et des feux d'artifice. Chaque année les Néerlandais se surpassent en dépensant encore plus d'argent que précédemment, et chaque année les autorités mettent les gens en garde contre les pétards de contrebande qui explosent les doigts et mettent le feu aux cheveux.
En fait, si on se promène dans la rue entre 19h et 2h du matin le soir du réveillon, on voit surtout des adolescent et des hommes jeunes qui terrorisent tout le monde avec leurs tubes rouges. Plus ils sont gros, plus ils font du bruit, plus ils sont contents. Pas besoin d'avoir un doctorat en anthropologie pour y voir un substitut phallique (un gros bâton rouge qui explose, hello people!). C'est d'ailleurs comment un de mes amis résume le réveillon à la batave: Pig Straight Pride™.  La "fête de la fierté des gros porcs hétéros". C'est un peu extrême mais c'est quand même bien vu: on ne voit en effet que les hétéros complexés (les jeunes d'origine marocaine et turque, ainsi que toutes les génération d'hommes white trash), pratiquement aucune femme, aucun homo, aucun père de famille respectable.
Le reste de l'année, ils se contentent d'uriner partout dans la rue (alors que les femmes doivent faire la queue dans les cafés). Mais pour fêter la nouvelle année, faire peur à tout le monde et dégueulasser la rue (des tonnes et des tonnes de papier rouge partout dans les rues) est un must.

Dans ma rue, heureusement, il n'y a que les mômes white trash qui explosent leurs substituts phalliques rouges. Je leur ai dit qu'il faisaient peur à Martin le chien avec leurs crottes explosives, et ils sont gentiment allés les péter ailleurs. En fait, Martin n'a pas peur, c'est moi qui sursaute bêtement à chaque attaque. 
Mais bon, ce réveillon à la hollandaise nous le rappelle: nous vivons en plein patriarcat hétérocentré. Même à Amsterdam, où même si les homos et les femmes sont plus libres qu'ailleurs, on sait qui commande. Bonne année. Paf!

mardi 23 décembre 2008

Ploumen n'a-t-elle rien compris?

Dire que j'avais voté pour Ploumen. Si seulement je pouvais retirer mon vote...
Ma copine Natasha m'a envoyé un article (lien) sur les dernières déclarations de la présidente du Parti Travailliste, Lilialle Ploumen, disant que les migrants qui deviennent néerlandais ne devraient garder que leur passeport néerlandais. Je ne vais pas revenir sur le fond de l'histoire, tant elle a été rabâchée. Je vais juste rappeler que les Pays-Bas sont le seul pays qui a un problème avec les nationalités multiples.
On en parlait dans la voiture vers Lille l'autre jour avec Lewis: pourquoi les Français ou les Américains se désintéressent-ils des multiples nationalités de leurs compatriotes alors que les Néerlandais nous font de telles grossesses nerveuses? Mon hypothèse est que les Français et Américains sont relativement à l'aise avec leur identité et n'ont pas de complexe d'infériorité. Au contraire, même, puisqu'ils jugent avec une certaine arrogance que seule leur nationalité compte, et que les autres ne sont que le produit des histoires collectives et familiales. À l'inverse, les Néerlandais ont un gros complexe d'infériorité et ont le besoin qu'on leur rappelle que si, quand même, on pense aussi à eux et au passeport néerlandais parfois.

Ceci dit, je suis extrêmement déçu par Ploumen. Je ne la connais pas du tout, j'ai juste entendu des rumeurs sur son éventuelle médiocrité, auxquelles je n'ai pas beaucoup prêté attention. Toujours est-il que si les crises de nerfs de Wilders ou de Verdonk sur les nationalité multiples collent assez bien avec leur personnage politique (xénophobe, populiste, bas du front), que la présidente du parti travailliste vienne se vautrer dans ces eaux sombres me met très en colère. 
Alors Lilianne, écoute moi bien: non seulement tu me fais honte, mais en plus, je le dis publiquement, si j'avais su que tu allais te comporter comme une cruche xénophobe de bas étage, non seulement je n'aurais pas voté pour toi, mais j'aurais fait campagne contre toi.

Le message envoyé à la direction du parti:
Beste Kameraden,
Ik heb met schamte ontdekt wat onze voorzitter Lilianne Ploumen heeft gezegd over migranten en hun dubbele nationaliteit. Ik vind het ongepast, ongewenst en echt gênant voor een progressieve Europese partij.
Of Lilianne heeft geen idee, en ze moet zich houden aan wat ze weet, of dat was een bewuste beweging, en ik vind het schandalig en vraag me waarom ik nog lid van de PvdA ben.
Wat is de politieke nut van zo'n verklaring? Wil de PvdA gaan jagen op de gronden van Wilders en Verdonk?
Wil de PvdA echt een hamonieuse intergatie of zijn de migranten alleen pionnen in een grotere politieke speel? Als socioloog en deskundige op de integratievraag kan ik geen goede verklaring vinden.
In elk geval verwacht ik of een snelle correctie, of een serieuse verklaring van onze voorzitter.
Vriendelijke groeten,
Laurent Chambon
(PvdA SDRaadslid Amsterdam Oud Zuid)


Article dans le NRC:
PvdA: migrant moet oude nationaliteit opgeven
Gepubliceerd: 23 december 2008 08:34 | Gewijzigd: 23 december 2008 10:28   ANP
Amsterdam, 23 dec. PvdA-voorzitter Lilianne Ploumen wil dat migranten die Nederlander willen worden alleen nog een Nederlands paspoort gaan dragen. Dat heeft ze vandaaag gezegd in een interview in de Volkskrant.
,,Loyaliteit heeft voor mij niets met nationaliteit te maken. Maar de greep van herkomstlanden moet verdwijnen. Om Nederlander te worden moet je je oude nationaliteit in principe opgeven'', aldus Ploumen.
Ze heeft een partijnotitie over integratie geschreven. Volgens haar is de PvdA te lang te tolerant geweest voor migranten. ,,De fout die we nooit meer mogen maken, is het inslikken van kritiek op culturen of religies omwille van de tolerantie''.

samedi 13 décembre 2008

Meilleur ou pire

La hype du moment aux Pays-Bas, c'est la question du meilleur et du pire politicien de l'année. Cette année, on a Wouter Bos comme meilleur, et Gert Wilders comme pire. Plus ou moins l'inverse de l'année derniers. On retrouve dans le tiercé perdant Rita Verdonk, et chez les gagnants Alexander Pechtold. Bon, ça a la valeur qu'on accorde aux sondages. "Yawn..." (baillement) comme dit Lewis.
Plus intéressant est le changement qui a lieu dans le projections de voix et de sièges à la Deuxième Chambre: Rita Verdonk comme Gert Wilders se tassent sévèrement, les travaillistes remontent et les gentils partis (GroenLinks, D66) regagnent ce qu'ils avaient perdu récemment. Ça ressemble terriblement à une stabilisation de la politique néerlandaise: une extrême-droite présente mais pas dominante, une extrême gauche présente mais pas du tout en état de gouverner, des partis du centre qui ronronnent, allez vous coucher ma bonne dame, tout est sous contrôle.

Mon impression? Qu'une fois que les crises d'identité retombées, on s'occupe à nouveau de l'économie, et que le clivage gauche/droite recommence à faire sens. C'est une bonne nouvelle, parce qu'on va enfin pouvoir parler de choses sur lesquelles le gouvernement peut vraiment agir. La mauvaise nouvelle, c'est que les citoyens que l'extrême-droite et l'extrême-gauche avaient réveillés chacune à leur manière vont à nouveau se détourner de la politique. Les partis gouvernementaux doivent être soulagés, mais je ne sais pas si c'est vraiment une victoire pour la démocratie. Car, je vous le rappelle, la démocratie ce n'est pas la dictature de la majorité, mais bien le régime qui prend en compte aussi les minorités. Toutes. On en est encore loin.

vendredi 5 décembre 2008

Archive surprise

J'ai trouvé par hasard la vidéo d'un programme de France 24 auquel j'avais été invité. Pour le fun...

jeudi 13 novembre 2008

Élections aquatiques ouvertes à tous: votez!



Cette semaine, ce sont les élections des waterschappen (les "agences de l'eau" en français d'après Wikipédia), ces organismes multiséculaires chargés de l'entretien des territoires humides néerlandais, fort nombreux vous le savez. Elles existent depuis le Moyen-Âge et sont à l'origine du modèle polder de concertation pacifique et d'égalité politique entre citoyens. Partout on nous appelle à voter, mais je n'ai rien reçu par la poste, si ce n'est un flyer m'invitant à me renseigner.
Sur leur site, il est dit que tout habitant de la zone de sa waterschap ayant plus de 18 ans peut voter. J'ai juste appris que je dépendais de la waterschap Amstel, Gooi & Vecht (chôli logo ci-dessus). J'ai donc appelé leur bureau pour savoir ce que je devais faire: après de longues concertations internes, il est apparu que seuls les possesseurs d'un passeport néerlandais ont le droit de vote. En cherchant avec les mots clefs approprés dans Google, il apparaît que c'est exact (lien). J'étais très très déçu jusqu'à ce que le service de presse des waterschappen (à qui j'avais laissé un message) m'assure que ce n'est pas vrai: quiconque est enregistré dans une commune, quelle que soit sa nationalité, est invité à voter. Les billets de votes sont partis hier, m'a-t-on dit, et donc tout le monde va recevoir sa carte par la poste cette semaine.

J'en ai profité pour répondre aux questions du site Kieskeurig sur ces élections (lien), et il en ressort que le parti dont je suis le plus proche est mon propre parti, le Parti travailliste (PvdA). En fait il est possible que j'en sois encore plus proche, sauf que je me suis abstenu de répondre à des questions techniques que je ne maîtrisais pas. Voilà le résultat graphique:



Petit détail qui m'a fait sourire: quand on appelle de numéro de renseignements des waterschappen, une voix nous dit en néerlandais: "si vous voulez parler avec quelqu'un en frison, tapez 1, sinon tapez 2." C'est bien la première fois que je vois le biliguisme officiel du pays de façon concrète.
Si vous habitez aux Pays-Bas et recevez une invitation à votez, remplissez votre devoir d'habitant de zone submersible: allez voter !

Ces histoires de nationalité



Ah, la question de la nationalité... Aujourd'hui, j'ai lu qu'un ex-président du Conseil italien était content que Carla Bruni ne soit plus italienne après qu'elle eût déclaré être contente d'être désormais française, suite à la remarque de Berlusconi sur le bronzage parfait d'Obama (quelle remarque de folle superficielle, d'ailleurs). Quel niveau...
Hier, Natasha la Canadienne m'a appelé pour me raconter comment, après dix ans dans le Royaume Submersible, en ayant appris la langue toute seule et s'étant construite une carrière sans aide publique, elle a reçu une lettre de son arrondissement lui demandant de venir pour un entretien afin de tester son néerlandais et d'apporter ses diplômes qu'on puisse parler perspectives d'emploi. La raison cachée est, apparemment, que les arrondissements paniquent après avoir vu que les lois Verdonk sur l'intégration sont inapplicables et ont surtout engendré un monstre bureaucratique, et que si elles ne prouvent pas rapidos qu'elles ont essayé de lever des clients, elles vont devoir rembourser des sommes énormes au Royaume de subsides non-utilisés.

Il y a quelques mois, c'était le sort de Frédéric Minvielle que j'avais soulevé, le pauvre ayant perdu sa nationalité française pour s'être marié à un homme et avoir acquis la nationalité néerlandaise. J'ai appelé l'IND (services de naturalisation néerlandais) pour savoir où on en était sur la question, après avoir passé un bon quart d'heure (c'était un numéro surtaxé, natuurlijk) à demander à ses collègues, mon interlocuteur m'a avoué que personne ne savait plus très bien à quoi s'en tenir en matière de double nationalité avec la France: «appelez les autorités françaises qui en savent peut-être plus que nous.»
J'ai appelé le consulat général à Amsterdam, et c'est confirmé: «à partir du 5 ou 9 mars 2009, je ne sais plus très bien, il sera possible de conserver sa nationalité française.» Attention cependant: cette possibilité ne vaut que pour les demandes de naturalisation déposées après cette date. Si on dépose sa demande avant, le vieux système prévaut: goodbye passeport cocorico.

Lundi soir, j'étais à un débat organisé par le parti travailliste au Krakeling (un théâtre pour enfants vraiment mignon) avec Wouter Bos, notre vice-premier et ministre des finances, lui-même en bonne compagnie avec Fatima Elatik («je serai la première mairesse marocaine d'Amsterdam»), Ahmed Marcouch et le président du COC. Remarques très pertinente de Wouter Bos: «Quand Obama a été élu, les Noirs américains n'ont pas dit 'fiers d'être noirs', ni 'fiers d'être africains-américains' mais tout simplement 'fiers d'être américains'. Quand Aboutaleb a été nommé maire de Rotterdam, les jeunes ont dit 'fiers d'être marocains'. Pourquoi pas 'fiers d'être néerlandais', après tout?» Effectivement...
Ce soir-là, le débat a été très intéressant mais a aussi révélé pas mal de choses. Tout d'abord, le nouveau directeur du COC, Wouter Neerings, a rappelé une chose: si on peut choisir sa religion, ses idées politiques ou ses engagements sociaux, on ne peut ni choisir son sexe, ni sa couleur de peau, ni son orientation sexuelle. C'est pour cela que les discriminations en fonction de ces critères 'innés' doivent être combattus avec force, mais aussi qu'en cas de conflit entre orientation sexuelle, couleur ou sexe d'un côté, et politique ou religion de l'autre, le premier doit primer: le droit de ne pas être discriminé ou insulté pour ce que l'on est doit primer sur le droit religieux ou politique. Ça faisait un moment que j'attendais que cet argumentaire soit utilisé en public. Bravo Wouter (l'autre).
Ensuite, il y a eu une discussion sur la religion, l'identité et la nationalité. Malgré les efforts de chacun, impossible de sortir du vocabulaire marocains/musulmans/néerlandais: les jeunes sont "marocains", la culture est "musulmane" et les blancs sont "néerlandais". Je n'ai pas pris la parole, j'en ai marre d'être le Français de service qui donne des leçons de modernité, mais le débat a au moins une génération de retard par rapport à la France ou aux États-Unis. Il est vraiment temps de désethniciser la nationalité néerlandaise. J'en parlais dans des articles il y a plusieurs années (lien et autre lien), mais depuis le débat n'a pas avancé d'un pouce. Il faudrait vraiment que la néerlanditude soit associé à une forme abstraite et généreuse de nationalisme (démocratie, pacifisme, tolérance, modernisme social) et non à une couleur de peau.

Bref, vous l'aurez compris, la question du nationalisme est encore une question brûlante en 2009. Moi qui rêve d'une nationalité européenne inclusive et progressiste, je ne sais pas si j'en verrai la couleur de mon vivant...

P.S. Vous noterez (voir la photo ci-dessus) que Martin le chien a la nationalité néerlandaise: il a un passeport néerlandais d'animal de compagnie. Les bébés poilus comme moyen d'ancrage au pays, c'est vraiment efficace...

mardi 4 novembre 2008

Une petit cure de Todd

Allez, on finit notre cure de Todd pour aujourd'hui deux extraits d'entretiens compilés par ContrInfo... Le premier sur l'anticapitalisme des Français (lien):

Pourquoi la résistance à la mondialisation semble-t-elle une exception française?

E. T. - La France ne fait pas exception. Simplement, si elle est faible du point de vue de la créativité en science économique par rapport aux pays anglo-saxons, elle produit et parfois exporte de la sociologie et de la révolte politique. Même les enfants d’immigrés y sont politisés comme nulle part ailleurs. Il y a chez nous une valeur égalitaire qu’il n’y a pas en Grande-Bretagne, liée à l’héritage des structures familiales. Outre-Manche, la primogéniture et le testament étaient en vigueur.

L’Angleterre est le pays des différences acceptées. A l’inverse, dès le XVIe siècle, la famille paysanne du Bassin parisien était fondée sur une valeur d’égalité féroce, comme c’était le cas à Rome sous le Bas-Empire. Si l’on comprend que nos schémas mentaux viennent de Rome, vous imaginez bien que ce n’est pas en quelques années que l’on va changer les moeurs françaises.

Du point de vue des immigrés, l’égalité n’est-elle pas seulement formelle ?

E. T. - Le rapport d’égalité permet de comprendre pourquoi le pourcentage des mariages mixtes est si élevé en France par rapport aux autres pays. Nous avons l’idée que les hommes sont les mêmes partout. La variable égalitaire permet de dire que, si les populations immigrées ne sont pas trop différentes en termes de moeurs, l’intégration sera plus facile qu’ailleurs. Sinon, il y a un potentiel de rejet très fort. C’est parce que la famille immigrée se désintègre plus vite en France qu’en Grande-Bretagne que les problèmes de délinquance y sont aussi importants.

C’est la raison du vote d’extrême droite ?

E. T. - A partir du milieu des années 80, les classes supérieures refusaient de constater que les milieux populaires avaient un problème avec les immigrés, avec le statut de la femme maghrébine. A l’époque, le discours des élites était optimiste, multiculturaliste, méprisant envers les classes inférieures. Aujourd’hui, les gens sont moins intéressés par l’immigration que par le chômage et les problèmes économiques, mais la droite ranime la thématique de l’immigration. Alors que ce n’est plus ce que les classes populaires ont prioritairement à l’esprit, les classes supérieures cherchent désormais des boucs émissaires. J’ai d’ailleurs le sentiment qu’est en train de s’opérer un renversement du même ordre pour la thématique sécuritaire.

Il y a une dizaine d’années, les classes privilégiées ne voulaient pas parler du problème de la sécurité dans les quartiers. Maintenant, alors que la société française voudrait entendre parler de modification des règles du jeu économique, elle n’a plus droit qu’à un discours sécuritaire, dont on constate pourtant à chaque élection qu’il ne paie pas électoralement.

L’impopularité actuelle de la droite est le résultat d’un programme sécuritaire. Mais il faut dire que, dans une société de plus en plus inégalitaire, les privilégiés vont vouloir jouir en toute sécurité de leurs richesses. La sécurité est peut-être en train de devenir l’obsession des gens d’en haut.

Ce sont les élites ou les autres classes sociales qui se sont refermées ?

E. T. - Si vous avez 1 % des gens qui font des études supérieures, et qu’ils sont disséminés sur le territoire, ils ne peuvent pas vivre en vase clos. S’ils constituent 20 % de la population, cela devient possible. Le système politico-médiatique et sondagier est un morceau de système social qui ne tient plus guère compte de la société.

Les études servent pourtant à effectuer des mesures à grande échelle.

E. T. - Les sondages d’opinion nous entretiennent dans une vision irréelle. Certains sont utiles, mais ils ne sont jamais validés lors des élections. Ils reflètent l’opinion journalistique commune. L’atteinte de l’opinion des milieux populaires est difficile en dehors des périodes électorales. Le combat titanesque à venir entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy n’existe que dans la tête des journalistes.

Et le deuxième sur la Russie (lien):

Le Courrier de Russie : A qui faut-il imputer la faute dans la crise géorgienne ? Aux Russes, aux Géorgiens ou aux Ossètes ?

Emmanuel Todd : Je propose d’observer le problème de la crise géorgienne d’une façon plus large, dans le cadre des enjeux géopolitiques internationaux. Il faut se rappeler qu’après la chute de l’URSS et le repli stratégique de la Russie, les Etats-Unis sont devenus l’unique superpuissance mondiale. Ils ont adopté, à partir de 1996-97 un comportement agressif vis-à-vis d’autres pays du monde. On en a vu les manifestations dans l’invasion de l’Irak, dans la campagne anti-iranienne de l’administration américaine ou encore dans l’attaque menée par Israël, pays satellite des Etats-Unis, au sud-Liban. La crise géorgienne n’est qu’une étape supplémentaire dans cette séquence agressive du système américain.

LCDR : Pourquoi une telle hostilité ?

E.T. : Les Etats-Unis se comportent de façon agressive parce qu’ils sentent leur puissance s’affaiblir. Le monde américain subit une crise économique, sociale et culturelle grave. L’effondrement financier actuel n’en est qu’une nouvelle preuve. Entre-temps, nous observons d’autres pays du monde regagner leur puissance. On assiste à une montée spectaculaire de l’Inde et de la Chine. On voit également le rétablissement de la Russie qui retrouve son équilibre économique et enregistre des taux de croissance élevés. Le monde change à grande vitesse, mais tous ne s’en rendent pas compte. On trouve encore beaucoup de gens inconscients du déclin industriel des Etats-Unis et de la fragilité de leur système. Ce fut justement le cas des Géorgiens qui se sont lancés dans la conquête de l’Ossétie se croyant soutenus par le camp « occidental » mais se sont retrouvés victimes de l’impuissance matérielle de leur allié américain. Mikhaïl Saakachvili a sous-éstimé la nouvelle capacité d’action de la Russie. Celle-ci ne souhaite pas voir l’OTAN s’installer à toutes ses frontières et n’hésite plus pas à utiliser son armée pour faire entendre son « non ».

LCDR : Croyez-vous que les Etats-Unis aient incité la Géorgie à attaquer l’Ossétie ?

E.T. : On ne sait pas exactement comment la décision a été prise et, probablement ne le saura-t-on jamais. Mais la vraie question, c’est comment la Géorgie a-t-elle pu s’imaginer qu’elle allait faire plier la Russie ? Comment Saakachvili a-t-il pu envoyer ses troupes en Ossétie, alors que la partie la mieux équipée de l’armée géorgienne était en train de soutenir les Américains en Irak ?

LCDR : Pourtant, la Géorgie a été écrasée par l’armée russe et les Etats-Unis, à supposer qu’ils ont effectivement joué un rôle dans le conflit, auraient dû prévoir ce scénario...

E.T. : Il faut se rappeler que l’on ne connaît toujours pas l’issue de la crise. Elle semble avoir conduit les Polonais à finalement accepter l’installation du système anti-missile américain sur leur territoire. Elle pourrait pousser les gouvernements européens à affaiblir leurs liens avec la Russie et se rapprocher encore plus des Etats-Unis. Qui sait si les stratèges américains n’ont pas espéré entraîner la Russie elle-même dans une séquence agressive, la conduisant à adopter une posture revancharde et conquérante nuisible à son statut international. L’administration américaine aurait pu sacrifier le pion géorgien pour améliorer sa situation sur la scène internationale. Les Américains jouent au poker, vous savez. Les Russes jouent aux échecs. Ils ont pris le pion géorgien, montré que l’Amérique ne les impressionnait plus, mais ils ont fait du maintien de relations paisibles et utiles avec l’Europe de l’Ouest leur priorité.

LCDR : Comment expliquer la réaction de l’Europe au conflit géorgien ?

E.T. : Les gouvernements européens sont pris dans un dilemme entre les intérêts de leurs peuples et ceux de leurs élites. Ce n’est pas un grand secret : les oligarchies occidentales sympathisent avec les Américains et soutiennent leur politique. Les peuples européens non. L’intérêt géopolitique de la France en tant que puissance moyenne et européenne serait une entente cordiale et stratégique avec la Russie.

LCDR : Pourtant, dans la société occidentale, on parle plus souvent de la menace russe...

E.T. : La Russie n’est pas une menace pour l’Europe de l’Ouest. Je dis consciemment « Europe de l’Ouest » parce que les Russes sont des Européens. La Russie a terriblement souffert de la deuxième guerre mondiale et ne cherchera pas, j’en suis convaincu, à déclencher de nouveaux conflits. La Russie a par ailleurs constaté, du temps de l’URSS, que l’Empire était une entreprise peu rentable. Son déclin démographique interdit de toute façon un fantasme expansionniste. La menace militaire russe est un mythe. La mise au pas de la minuscule Géorgie ne démontre pas que l’armée russe est toute-puissante. Elle démontre simplement que, dans le Caucase, la puissance militaire américaine n’existe pas.

LCDR : Mais outre la sécurité militaire, il existe la sécurité énergétique...

E.T. : Il ne faut pas oublier que la Russie et l’Europe de l’Ouest se retrouvent en état d’interdépendance. L’Europe a toujours besoin du gaz russe, mais la Russie a besoin des biens d’équipement européens, de technologies et de savoir-faire. Et ce n’est pas par hasard que les producteurs d’automobiles européens s’implantent en Russie et y travaillent avec beaucoup de succès.

Exogamie, le retour

En cherchant à connaître les chiffres de natalité néerlandais (Wikipédia) pour les comparer à l'Allemagne et la France (Wikipédia), je suis tombé sur plusieurs surprises intéressantes mais effrayantes.

La première est que les Néerlandais ne font pas assez d'enfants. Le taux de natalité néerlandais est en effet de 1,73 (rappel: il faut 2,1 pour renouveler une population), et se maintient à ce niveau essentiellement grâce aux femmes étrangères. Pour aller vite, les immigrés font encore assez d'enfants pour éviter aux Pays-Bas de rejoindre l'Italie ou l'Allemagne qui se dépeuplent sauvagement. Les Pays-Bas font partie des pays qui, s'ils n'importent pas de la chair fraîche, vont se dépeupler. Je ne vais pas repasser une épaisse couche de propagande féministe (même si vous êtes habitués), mais la faiblesse de l'émancipation des femmes néerlandaises est une des causes les plus évidentes du problème, avec des crèches trop chères et mal conçues, une prise en charge minimale des enfants par l'école (horaires restreints, pas de cantine, pas d'étude, après-midi libres), et des perspectives de carrière ridicules (il faut sacrifier sa maternité pour espérer faire une petite carrière).
Ci-dessous: composition de la population néerlandaises. En gris: autochtones, en orange les migrants occidentaux (primo-arrivants en foncé, troisième génération en orange pâle) et en bleu les migrants non-occidentaux.



L'autre surprise est que la force de la natalité française ne repose ni sur les Français ni sur les étrangers... mais sur les couples mixtes. Les couples unissant un(e) Français(e) et un(e) étranger(e) sont ceux qui assurent le renouvellement de la population, alors que les couples endogames (qu'ils soient autochtones ou allochtones) sont à la traîne, à part quelques cas exceptionnels et transitoires, tels certains groupes d'Africians sub-sahariens.



Je viens de reparler brièvement d'Emmanuel Todd. Son crédo (et je pense qu'il a raison) est que l'intégration passe par l'exogamie. Il a encore plus raison qu'il ne le croit, puisque l'exogamie semble être le moyen le plus sûr et naturel de renouveller sa population. Par ailleurs, cela évite "les enfants débiles" (debiele kindjes) comme le dit drôlement Desie dans le très beau film néerlandais "Dunya & Desie" (lien).

Alors, kreukreusconautes célibataires, travaillez à l'intégration et au renouvellement naturel de la population et cherchez un(e) partenaire dans un autre groupe ethnique que le vôtre!

Todd sur l'Amérique

Alors que ce soir on saura qui est le prochain président des États-Unis, voilà une analyse un peu différente qui remettra les pendules à l'heure, par le brillant et perspicace Emmanuel Todd, parue dans la Tribune de Genève (merci à Erkan pour l'info). Je recommande vivement la lecture de son essai "Après l'empire" à ce qui ne l'ont pas encore fait.

Emmanuel Todd: "Les Américains ont réalisé la plus grande escroquerie financière de l’histoire de l’humanité"

PRESIDENTIELLE | Pour l’historien Emmanuel Todd, l’élection de Barack Obama «redonnera quelques années de vie supplémentaires à l’empire». Elle ne suffira pas cependant à restaurer l’autorité d’une puissance en voie de déclassement.

JEAN-FRANCOIS VERDONNET et OLIVIER BOT | 01.11.2008 | 00:00

L’élection annoncée de Barack Obama sera interprétée comme une régénération de la démocratie américaine, affirme Emmanuel Todd. Suffira-t-elle pourtant à opérer les ruptures espérées? Historien, démographe, auteur en 2002 d’«un «essai sur la décomposition du système américain», Todd ne cache pas sa perplexité. S’il accueille avec enthousiasme l’accession d’un président noir à la Maison-Blanche, il craint, dit-il, que l’événement ne s’inscrive dans un «processus de dislocation».

- Voilà six ans, vous dressiez le tableau d’un pays devenu «un facteur de désordre international». Une élection de Barack Obama pourrait-elle modifier ce constat?
- Elle donnera dans un premier temps l’image d’une Amérique qui rebondit. Avec Bush, on a eu le pire des présidents - une sorte de Rantanplan, qui fait la guerre, qui par sa maladresse accélère la destruction de l’empire américain. Avec Obama, resurgit le visage d’une Amérique optimiste et dynamique. Une Amérique civilisée, à la politique étrangère plus raisonnable, qui aspire à se retirer d’Irak, qui ne veut pas déclarer la guerre à l’Iran. Une Amérique qui pourrait néanmoins rester aussi anti-russe que la précédente, les démocrates ciblant la Russie comme le seul véritable adversaire stratégique des Etats-Unis.

Dans le climat actuel de débâcle, de déroute financière et morale, et compte-tenu de la responsabilité inouie de l’Amérique dans le désordre du monde, la victoire d’Obama va permettre aux pro-Américains des pays occidentaux de dire que l’Amérique est redevenue merveilleuse. Elle redonnera quelques années de vie supplémentaires à l’empire.

- L’accession d’un élu noir à la Maison-Blanche ne confirme-t-elle pas les mutations intervenues au sein de la société américaine?
- Il se produit des événements vraiment extraordinaires aux Etats-Unis. L’implosion du système financier et du mythe économique, d’un côté; l’implosion de la structuration raciale, de l’autre. On comprend dans ces conditions que les Américains vivent dans une sorte d’état d’apesanteur. Cela dit, si l’affaissement du sentiment racial est évidemment une bonne nouvelle, le racisme aura vraiment disparu le jour où les électeurs n’attendront rien de particulier d’un président noir. Obama est un homme politique américain. Son discours est truffé des habituelles références aux valeurs religieuses. Il est entouré des personnalités issues de l’establishment démocrate - ces mêmes démocrates qui ont, plus nombreux encore que les républicains, voté les subventions au système bancaire.

- L’élection de Barack Obama ne plaide-t-elle pas pour la vitalité de la démocratie américaine?
- Ce qui se passe est étrange, et paradoxal. Si l’on observe l’histoire des Etats-Unis, on constate en effet que le racisme n’est pas du tout un petit défaut de la démocratie blanche: il en est le fondement. Au départ, les colons anglais n’attachaient pas une grande importance à la valeur de l’égalité, que ce soit dans la famille ou ailleurs. Ce qui a permis alors d’assimiler des Européens d’origines très diverses, c’est la fixation de la différence sur les Indiens et les Noirs. Dans l’Amérique jacksonienne, le président était un héros des guerres contre les Indiens. Le racisme a été le moteur de l’émergence démocratique. Aujourd’hui, on assiste à l’avènement d’une ploutocratie irresponsable: la montée des inégalités constitue la dynamique fondamentale de la société américaine. L’Amérique cesse d’être démocratique au sens économique du terme. Le racisme y est en baisse, mais la démocratie est malade. Elle pourrit sous nos yeux. Dès lors, j’ai peur que l’on tombe très vite de haut. Une partie de l’oligarchie est derrière Obama. Il a du reste ramassé plus d’argent chez les riches que McCain. Son élection sera interprétée comme une regénération de la démocratie américaine. J’ai quant à moi le sentiment qu’elle fait plutôt partie d’un processus de dislocation.

- Les Etats-Unis comptent certaines des meilleures universités du monde. Ils attirent de partout les capitaux, les chercheurs, les entrepreneurs de la nouvelle économie. Ces atouts-là ne leur assurent-ils pas une place centrale dans la compétition internationale?
- Quelques universités sont en effet très bonnes. Mais la majorité d’entre elles est d’une médiocrité absolue. Sur le terrain de la production scientifique et technologique, les chiffres sont sans équivoque: l’Europe est redevenue le centre de gravité du monde. Ce sont les Européens qui savent construire les centrales nucléaires modernes, ou qui fabriquent des avions gros porteurs - même avec retard.
L’ouragan Katrina avait en 2005 constitué un premier moment de vérité. On a compris tout à coup que les Américains ne disposaient pas d’assez d’ingénieurs pour protéger les villes, ou les reconstruire. Je pense aussi que le conflit au Caucase a contribué au cours de l’été dernier à précipiter la crise financière. L’inexistence de l’Amérique a été perçue comme un moment d’atterrissage dans la réalité.

- Il reste pour l’industrie américaine des secteurs porteurs. L’informatique, la Silicon Valley...
- Si l’on songe à ce qu’étaient les Etats-Unis en 1945, il serait étonnant qu’il ne reste rien de leur puissance industrielle et technologique. Mais alors qu’ils étaient excédentaires dans tous les domaines, ils enregistrent aujourd’hui un déficit commercial de 800 milliards de dollars. La vitesse de régression est hallucinante, et elle n’épargnera pas l’informatique: l’Inde va bientôt porter l’estocade.

- Le projet économique du candidat démocrate peut-il contrecarrer la dépression qui menace?
- Il n’a pas de programme économique. Au début de sa campagne, il a bien proposé quelques mesures protectionnistes, mais le déficit commercial est tel que le protectionnisme entraînerait dans une première période une baisse dramatique du niveau de vie.
Obama se confond avec son image. Or les difficultés américaines vont bien au delà d’une image. Pour le moment, le dollar tient, car à l’extérieur, des institutions, des gens riches, des Etats veulent que les Etats-Unis restent au centre du monde. Mais la situation ne changera pas: elle devrait même se dégrader encore. La question est maintenant de savoir comment, avec la fin de la mécanique des subprimes, on va donner aux Américains les moyens financiers de continuer à vivre aux frais de la planète.

- Les Etats-Unis gardent une forte capacité d’influence sur les leaders d’opinion du monde occidental. Leur image est-elle en train de se troubler?
- L’Amérique, c’est une image. On ne peut en parler sans évoquer le cinéma, les scénarios de feuilletons télévisés, Hollywood. Il y a dans tout ce qui est américain un côté extraordinairement virtuel. Et voilà que par étape on voit émerger la réalité. Il sera en ce sens très intéressant de suivre l’évolution de l’opinion dans les oligarchies financières occidentales. Elles éprouvent un sentiment de solidarité avec l’Amérique. Mais elles viennent aussi de se faire plumer... Je n’aimerais pas être en ce moment un ploutocrate français de la sphère financière.

- La notion d’«hyperpuissance» a-t-elle un sens pour vous?
- Dans le domaine militaire, le monde est déjà multipolaire. L’incertitude tient aux illusions que les Américains entretiennent encore sur eux-mêmes. Ils sont un peu comme les Russes, au moment de l’effondrement du communisme. Lorsqu’ une puissance de cette nature possède encore une armée, elle n’est pas à l’abri de réactions irrationnelles.
Les Etats-Unis ont également perdu la place centrale qu’ils occupaient sur le terrain économique. Avec l’aventure des subprimes, ils ne viennent pas moins de réaliser la plus grande escroquerie financière de l’histoire de l’humanité. Autrement dit, ils ne sont plus dans ce domaine une hyperpuissance, mais compte-tenu de l’absence de régulation de l’économie mondiale, ils détiennent une «hypercapacité de nuisance».

* Emmanuel Todd vient de signer chez Gallimard «Après la démocratie».
** Après l’empire. Essai sur la décomposition du système américain. Gallimard 2002. Folio actuel 2005.

mardi 21 octobre 2008

Pauvreté, la surprise



Le rapport de l'OCDE sur la pauvreté est intéressant, et surprenant. Il révèle que la pauvreté est moins développée en France qu'aux Pays-Bas, en bien sûr encore moins qu'aux Etats-Unis. Plus intéressant, on découvre que la France dépense plus d'argent pour sa population que les Pays-Bas. La pauvreté a reculé en France en 20 ans, alors qu'elle a augmenté aux Pays-Bas.
Découvrez par vous-même ces résultats graphiquement ici. L'image ici est l'évolution depuis les années 80. En gros plus on est en haut à gauche, plus la société est inégalitaire et moins elle dépense pour les faibles. Plus on est en bas à gauche, plus la société est égalitaire. Seuls les pays scandinaves et l'Autriche sont plus solidaires que la France, et seule la Suède dépense plus socialement que la France.

J'avais déjà eu cette impression, mais tout le monde me soutenait le contraire. C'est vrai que la France s'est paupérisée, mais quand je vois les infrastructures sociales existantes (le resto U fait la différence entre les étudiants pauvres néerlandais qui mangent des merdes et les étudiants pauvres français qui mangent chaud et équilibré deux fois par jour), je vois bien ce qui manque aux Pays-Bas.
Aux Pays-Bas le régime d'assurance-chômage a été complètement lessivé, l'assurance-maladie coûte de plus en plus cher tout en ne couvre qu'une petite partie des besoins sanitaires, et surtout les pauvre sont vraiment coincés dans des trappes à pauvreté humiliantes.
Bien sûr dans mon arrondissement cela se voit moins car nous avons plein de riches. Obscènement riches pour certains, même. Il n'empêche que malgré tous ces riches nous avons une banque alimentaire. Oui, à Amsterdam Oud-Zuid, en 2008.

On dit que la société néerlandais est devenue plus dure depuis quelques années. C'est un fait culturel et politique, mais aussi social, donc. Le fait que le pays prenne moins soin de ses pauvres et que les différences entres riches et pauvres s'accroissent est un facteur explicatif évident: difficile de rester gentil et poli dans une société qui valorise le chacun pour soi.
La question est désormais de savoir si l'élection présidentielle américaine et la crise financière va avoir des conséquences positives sur ces différences, avec par exemple la remontée du parti travailliste dans les sondages, ou pas.

Exogamie



Ma sœur Patricia vient de sa marier. Félicitations, Patricia!
La famille s'étend toujours plus vers le reste du monde, avec une Patricia moitié-camerounaise et son mari kabyle, la femme de mon frère qui est bulgare, mon mari qui est américano-brésilien, la femme de mon cousin qui est aussi kabyle, le mari de ma cousine qui est italo-malgache, leur ayant été marié à une Thaïlandaise... Les statistiques portant sur l'exogamie des Français fait plus que se vérifier dans la branche Chambon de la famille. Le côté breton va-t-il relever le défi?

jeudi 16 octobre 2008

Aboutaleb maire de Rotterdam

Ah, je me disais bien qu'il ne pouvait pas se contenter d'un secrétariat d'État ingrat qui le maintenait dans l'invisibilité... Et bien voilà, c'est officiel: Ahmd Aboutaleb est le premier maire néerlandais d'origine marocaine. Et pas d'un village perdu dans le Nord, mais de Rotterdam.
C'est un symbole très fort pour les allochtones et le reste du monde: c'est désormais possible de devenir maire d'une grande ville.
Je pensais sincèrement qu'Amsterdam serait la première ville à se donner un maire allochtone, mais Rotterdam lui a grillé la politesse. Je suis fier de mon parti qui ose proposer un politicien issu de l'immigration à un poste aussi important.
Je rappelle que le maire est nommé par la Reine aux Pays-Bas (sur proposition du gouvernement, bien sûr), et qu'on s'arrange pour que tous les partis importants sont représentés en fonction de leur force politique nationale. Ce maire a un pouvoir non négligeable, mais techniquement c'est un fonctionnaire au service du conseil municipal élu à la proportionnelle. Dans les faits son poids politique lui permet de faire un peu ce qu'il veut.
Bravo Ahmed, vive le PvdA, vivent les Pays-Bas!

dimanche 12 octobre 2008

Minvielle est redevenu français

Le Lion bleu (lien) a mis cet article en ligne:

«Frédéric Minvielle vient officiellement de redevenir Français vendredi 18 juillet dernier. Bel exemple de mobilisation exemplaire et d’action suivi de résultat. Je voudrais ici remercier Laurent Chambon d’Amsterdam qui, après que Frédéric Minvielle m’ait contacté, a permis par son relais déterminant auprès de médias français, de faire diffuser l’information telle une trainée de poudre en l’espace de 24 heures (*) avec des échos en retour dans la presse néerlandaise, pour porter sur le devant de la scène médiatique le cas de ce Français établi aux Pays-Bas et déchu de sa nationalité en 2007 Dernière et bonne nouvelle de ce dossier qui a fait beaucoup de bruit jusqu’à mobiliser l’attention du Président de la République (sa Directrice de Cabinet d’alors, Emmanuelle Mignon, étant intervenue à plusieurs reprise pour faciliter un dénouement rapide du dossier, c’est elle-même d’ailleurs qui communiquait dernièrement par téléphone avec Frédéric Minvielle). C’est le résultat d’une procédure de réintégration ultra rapide (moins de 2 mois) durant laquelle Fréderic Minvielle a du tout de même fournir: son acte de naissance, ses cartes nationales d’identité (1995 et 2004) et son passeport, la preuve qu’il était devenu néerlandais en 2006, et la preuve qu’il avait gardé des liens avec la France en étant inscrit au consulat d’Amsterdam. Ce qui lui est arrivé ne devrait plus arriver à aucun Français aux Pays-Bas car la loi devrait changer à partir de mars 2009, tout ressortissant Français qui deviendra Néerlandais ne perdra plus automatiquement sa nationalité Francaise. Le fait reste que Frédéric Minvielle a été victime de discrimination homophobe et que la France ne reconnait toujours pas le mariage homosexuel Néerlandais.»

Je vais donc enfin pouvoir envisager d'acquérir la double nationalité très bientôt...

lundi 29 septembre 2008

Premier atelier à Poitiers



La semaine dernière je suis allé à Poitiers faire connaissance de mes collègues et du nouveau laboratoire ou je vais bosser jusqu'en début 2010. On m'avait prévenu que c'était un groupe vraiment sympa, et c'était vrai. J'ai découvert des chercheuses et un chercheur vraiment chouettes, partageant les mêmes préoccupations scientifiques et politiques que moi, avec des expériences de parcours finalement assez similaires. Ça faisait longtemps que je n'étais pas aussi enthousiaste vis-à-vis d'un travail, ça change un peu des missions un peu neuneu et écrites d'avance pour l'Académie de Police... Nous avons acheté un domaine qui j'espère sera ammené à mieux promouvoir nos recherches très bientôt: MinorityMedia.eu. J'en reparle prochainement.

mardi 23 septembre 2008

Voyages voyages



Cette semaine (ci-dessus) et la semaine prochaine (ci-dessous) s'annoncent chargées. Je vais à Poitiers ce matin pour commencer mon nouveau boulot (mi-temps de chercheur sur les minorités dans les médias au sein d'un groupe délicieusement transnational), et la semaine prochaine je suis observateur à Strasbourg d'un groupe de travail franco-néerlandais sur le futur des universités. Cela s'annonce passionnant, mais que d'heures passées à voyager... C'est aussi un super prétexte pour revoir des amis restés à Strasbourg, et qui m'ont beaucoup manqué: Anne, Jean-Yves et Philippe.

lundi 22 septembre 2008

Verdonk disparaît mais ses idées demeurent

La semaine dernière, notre copine Manú était nulle part joignable alors qu'elle était censée avoir passé un super ouiquenne à Paris avec sa fille. Depuis, son portable est mort, comme celui se sa meilleur copine Ivête. Impossible de savoir où elles sont.
Ce matin, un article dans la presse locale révèle qu'un bus en provenance de Paris a été intercepté par la Maréchaussée néerlandaise, et que sur les 45 Brésiliens, 32 étaient en "situation irrégulière" et seront donc renvoyés au Brésil. Parmi eux figurent donc sûrement Ivête accompagnée de Manú et sa petite fille. Aucun moyen de savoir. Il n'y a personne chez elles, leurs lignes téléphoniques sont coupées. Comme si elles n'avaient jamais existé. Dire que j'avais prêté mon dictionnaire Franco-portugais à Manú pour qu'elle profite de son séjour, vous parlez d'un cadeau qui porte chance...

On est fin 2008, Verdonk a non seulement disparu du gouvernement, mais son parti Troots Op Nederland ("Fier(e/s) des Pays-Bas") est en train de s'effondrer (les gens se rendent compte qu'elle n'a aucun programme). Pourtant, ses idées xénophobes sont toujours en vigueur. On continue d'arrêter des gens qui n'ont pas les bons papiers (sachant qu'il est désormais quasiment impossible d'avoir des papiers, même pour des gens comme Manú ou Ivête qui vivent ici depuis des années et travaillent dur), on continue à faire des razzias dans les bus, les restaurants, les chantiers... Les seuls qui sont punis sont les sans-papiers, les seuls à vraiment en profiter sont ceux qui les exploitent, et ces derniers profitent d'une impunité quasi-totale.

Le PvdA avait parlé d'un politique humaine, pour l'instant je vois surtout des amis arrêtés, des minorités intimidées, les allochtones non-occidentaux chassés de mon arrondissement par la politique spéculative des corporations immobilières (avec la bénédiction des politiques), et toujours cette arrogance nationaliste bien-pensante sur le visage de trop de gens. J'ai honte pour l'Europe, j'ai honte pour les Pays-Bas, j'ai honte pour les politiques, j'ai honte pour le PvdA.

mercredi 3 septembre 2008

Mariages gays reconnus par la France

"Les autorités françaises viennent de passer une loi reconnaissant les mariages entre personnes de même sexe" titre le GayKrant du 2 septembre avec enthousiasme. "le droit français reconnaît la validité des mariages entre personnes de même sexe célébré à l'étranger, à condition que la loi du pays où celui-ci a été conclu admette sa validité et que la loi personelle de chacun des époux (la loi du pays dont ils sont ressortissants) autorise un tel union."
Cette décision, très attendue aux Pays-Bas, va permettre à de nombreux couples gays et lesbiens vivant en France ou y ayant une maison de faire enfin valoir leurs droits. La presse néerlandaise se fait régulièrement l'écho de couples rencontrant de nombreux problèmes pratiques et financier, devant faire des déclarations fiscales séparées et se heurtant à une bureaucratie refusant de reconnaître leur union. Des juristes avaient même conseillé aux couples gays ou lesbiens mariés de vendre leur propriété en France et d'en acheter une en Espagne, tellement les problèmes juridiques et fiscaux pouvaient s'accumuler et devenir un cauchemar.
Conclusion un peu étonnée des journalistes néerlandais: "les gays ne peuvent signer en France qu'un contrat de vie commune, et le premier mariage gay a été déclaré illégal. Selon le juge, le mariage est l'union entre un homme et une femme."
La dernière question à résoudre est celle des gays ou lesbiennes Français mariés aux Pays-Bas, au Royaume-Uni ou en Belgique: seront-ils exclus de cette reconnaissance? Les juristes néerlandais recommandent d'acquérir la nationalité néerlandaise, d'autant plus qu'à partir de 2009 la double nationalité sera possible.

dimanche 10 août 2008

Colonie linguistique



La niouze du jour: un élu amstellodamois D66 (centristes libéraux) veut qu'Amsterdam soit officiellement bilingue anglais-néerlandais. Je suis choqué sans l'être vraiment (c'est une idée qui revient régulièrement, que ce soit à l'université ou dans les discussions politiques).
Ce qui me fascine, c'est cette insistance à se vautrer dans une attitude de colonisés vis-à-vis des États-Unis (politique linguistique, choix stratégiques à long terme, atlantisme béat, reprise sans distance des théories managériales et sociales américaines les plus farfelues...), tout en ayant une attitude particulièrement agressive vis-à-vis des autres langues. Le refus de plus en plus poussé d'apprendre l'allemand et le français, la langue des voisins immédiats, montre que cette ouverture aux autres reste limitée au monde pensé comme dominant, alors que la plus grosse partie des échanges économiques des Pays-Bas se fait avec les germanophones et francophones.

J'ai parlé de la campagne de publicité "Ça commence avec la langue" (Het begint met taal), très passive-agressive, qui reproche aux étrangers de ne pas maîtriser l'idiome national tout en leur interdisant de fait de le pratiquer (séparatisme social et utilisation de l'anglais dès que c'est possible au lieu du néerlandais). Je crois que ce fétichisme pour l'anglais n'est que le côté bling-bling d'un même complexe d'infériorité des néerlandais vis-à-vis de leur langue: d'un côté la fascination pour une langue mondiale que tout le monde est sensé comprendre (c'est pourtant encore loin d'être le cas!), de l'autre agressivité à l'encontre des autres langues.
Pourquoi pas une Amsterdam quadrilingue avec le français et l'allemand? Et pourquoi pas aussi le chinois, l'arabe et le russe? Et pourquoi pas la latin? Ou le frison (il y a tellement de Frisons à Amsterdam)?

Ce projet montre aussi l'enthousiasme "moderniste" parfois absurde des élites néerlandaises (voir le livre de James Kennedy "Babylon in aanbouw" dans lequel il décrit le fétichisme des élites néerlandaises pour la modernité), surtout au D66, où il y a beaucoup de gens de qualité qui sont trop souvent prisonniers des modes intellectuelles venues des États-Unis (à commencer par le culte du marché).

Objectivement, est-ce une bonne idée? L'angoisse du D66 est que les touristes ne se retrouvent pas en ville. Déjà, le néerlandais est suffisamment proche de l'anglais pour que les différences ne représentent pas un stress énorme. Par ailleurs, une partie du plaisir d'un voyage est justement d'être confronté à la langue locale. Si encore le néerlandais était écrit dans un alphabet compliqué, je comprendrais, mais là il s'agit de l'alphabet latin, et de la langue germanique probablement la plus proche de l'anglais. Enfin, 99% des Amstellodamois parlent anglais relativement correctement, souvent avec des bases de français, d'allemand et d'espagnol, donc je ne vois pas pourquoi le D66 stresse.
Je pense que si l'on voulait vraiment faire des efforts de communication, il faudrait commencer par simplifier le néerlandais administratif et légal, ce qui permettrait aux nombreux migrants qui n'ont pas un doctorat en littérature néerlandaise de comprendre ce que les différentes administrations attendent d'eux (le langage utilisé est souvent truffé de moyen-âgismes absurdes et de blabla juridique que le Néerlandais moyen de comprend même pas). Aussi pour que leurs amis ou voisins néerlandais puissent éventuellement leur traduire (ce qui est souvent impossible). Et puis, que ce soit dans le métro ou le tram, les logos (interdiction de fumer, par exemple) sont suffisement clairs pour qu'on n'ait pas besoin de les traduire en cinquante langues.

Bref, encore un mémo politique mal préparé. Pourquoi s'embêter à avoir des chercheurs et des spécialistes si c'est pour laisser les politiques sans connaissance aucune du sujet improviser des plans bizarres? Est-ce une manière locale de se profiler comme créatif? Mystère. Je demanderai en septembre à mes collègues libéraux...

mercredi 30 juillet 2008

À Amsterdam, même le zoo fait la gay pride

Artis, le zoo d'Amsterdam, offre une visite guidée spéciale pendant la semaine de la gay pride, baptisée «L'homosexualité dans le monde animal». À partir d'aujourd'hui, vendredi 1er août, un spécialiste s'occupera ainsi de montrer aux visiteurs des taureaux, singes, chèvres et éléphants homosexuels, tous issus de sa ménagerie du zoo.
D'autres visites sont organisées spécialement pour les festivités de la marche dans différents musées: Musée historique de la ville, Musée historique juif et Musée Van Gogh. On pourra chaque fois y faire le tour de l'aspect «gay» des collections.
Les chars de la gay pride d'Amsterdam remonteront comme chaque année les canaux de la capitale néerlandaise, et l'édition 2008 comportera d'autres originalités. Des organisations chrétiennes y vogueront pour la première fois –le thème de l'année étant «Foi, espoir et amour». La police nationale y sera représentée officiellement avec le bateau des policiers du «Réseau rose». Le bateau des «moins de 16 ans» est tellement populaire auprès des jeunes qu'il y a une longue liste d'attente au cas où certains participants se désistent. Enfin, l'association Hivos présentera un bateau vide, afin de représenter les persécutions d'homos à l'étranger. Par ailleurs, le maire Job Cohen et le ministre de la Culture Ronald Plasterk ont déjà annoncé leur présence au défilé.

http://www.tetu.com/rubrique/infos/infos_detail.php?id_news=13284