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vendredi 2 janvier 2009
Alda latinissima
Mon pote Aldo est de passage d'Italie, histoire de se changer les idées. Ils m'énervent ces Italiens qui parlent français sans fautes, anglais presque sans accent et qui se remettent au néerlandais après quelques années comme si c'était une langue facile. Enfin... Les dernières niouzes aldines: il a un perroquet, il va essayer d'être titularisé comme prof (même si c'est pas gagné avec les "économies" de Berlu sur la culture et l'éducation), et il cherche toujours un mari gentil. Il voulait voir sa tronche sur Kreukreuscopie, alors on y va:
jeudi 1 janvier 2009
Noël en Normandie
Cette année, au lieu de se la jouer shopping compulsif stressant et bonheur familial obligatoire névrosé, nous avons fêté Noël chez Didier en Normandie (avec son mari). Pas de cadeau, pas de bouffe chère, pas de grands crus classés, mais des grandes ballades dans les Alpes Mancelles (coucou aux vaches qui font du bon Camembert), beaucoup de bains dans la rivière pour Martin, du poulet à la bergamotte, du cidre doux, des grandes salades et pas mal de discussions passionnantes sur l'Amérique (que Didier adore), les folles, internet, le prochain coup d'Apple, notre site en construction, les grandes tendances économiques, la House et les poils d'Alec Baldwin.
vendredi 19 décembre 2008
Quel gâchis

Pour protéger mon iTrash, on m'a recommandé de l'habiller de plastique ou de silicone. J'ai trouvé mon bonheur à la boutique Apple™ de Bruxelles, mais j'ai aussi commandé un étui en silicone sur internet. Il m'est arrivé une semaine plus tard dans cette magnifique boîte en carton... de l'autre bout de la terre. Hong Kong. Timbres magnifiques, d'ailleurs....
Mais pour une pochette qui doit peser 10 grammes à tout casser, n'est-ce pas du gaspillage? Même si les salaires sont moindres en Chine, arriver à un point où une micro-pochette en silicone doit arriver de l'autre côté de la planète pour économiser quelques euros de fabrication, c'est quand même absurde, non?
Ce n'est pas faute d'avoir essayé d'en trouver ici: tous sont importés de Chine. Au moment où les Italiens sont les rois du silicone (les moules à gâteaux en silicone rouge, rose ou bleu, c'est eux), est-on vraiment en état de marché libre et transparent si le seul fournisseur est si loin?
Il y a quelques mois, pour la journée sans voiture, l'arrondissement et le centre de quartier avaient organisé un "boulevard vert" sur le marché pour présenter de nouveaux mode de locomotion moins avides de pétrole. Ce qui m'avait frappé, c'est moins le mythe de l'énergie verte (l'électricité est encore trop souvent produite selon des méthodes "sales"), que le fait que la plupart des machines (vélos électriques, scooters électriques, moteurs de bateaux électriques) sont fabriqués en Chine. Alors qu'il s'agit d'un des modes de transport de demain, l'Europe n'existe déjà plus. La honte totale, vraiment.
Bientôt sous l'eau?

Le Guardian est non seulement un des meilleurs journaux du monde, de loin, mais il lui arrive aussi d'avoir des choses vraiment très bien faites en ligne. Dans l'édition de mardi, une carte cliquable du monde interactive sur la production de dioxyde de carbone (lien). Tellement simple, tellement effrayant...
Ci-dessous, on voit la consommation en Europe avec les Pays-Bas sur-représentés, vu que ce sont les plus gros producteurs par habitant, loin devant l'Allemagne et la France. Non pas parce qu'ils produisent du gaz, par exemple, mais surtout parce qu'ils en consomment. C'est un de seuls pays où la production de CO2 régresse, mais vu le niveau, il n'y a pas matière à fierté.


Le plus monstrueux, ci-dessous, ce sont les États-Unis. Plus gros fournisseur du monde de gaz à effet de serre par habitant (et aussi en chiffres absolus). Ce n'est pas vraiment une surprise. Obama a du boulot en perspective.


Ces chiffres me confortent dans ma politique: aller aussi rapidement et efficacement que possible vers une ville zéro émission de CO2, avec les habitants et les industries. Quand j'explique aux gens que s'ils veulent des terrasses chauffés, autant laisser leur frigo ouvert, laisser la douche ouverte tout le temps ou la télé allumée aussi quand on n'est pas là, certains comprennent, mais d'autres sont encore en déni.
Ceci dit, vu la vitesse à laquelle les glaces des pôles fondent, la question sera résolue aux Pays-Bas... puisque le pays aura disparu. Si l'Antartique fond (une hypothèse pas folle du tout à moyen terme), le niveau des mers montera de 50m (cinquante mètres!). Même avec des super-digues, ce sera très très difficile de survivre en Hollande...
mercredi 10 décembre 2008
samedi 6 décembre 2008
Quand l'humain se fait machine

L'autre jour, ma copine Tamiyo m'a envoyé des liens vidéos d'un groupe qui cartonne au Japon, Perfume. J'en ai parlé à Rodrigue qui m'a pris pour une pauvre cloche: "oui, l'album est génial", comme si tout le monde l'avait déjà. Pour ceux qui sont encore plus cloches que moi, allez voir les vidéos de ポリリズム et de マカロニ.
Le succès de ce groupe doit beaucoup au poids de la culture des jeux vidéos au Japon: les voix sont travaillées pour ressembler le plus possible à des voix synthétiques. Le producteur, un jeune Tokyoïte, avait expliqué dans un reportage sur Arte qu'il essayait de les faire sonner comme de gentilles poupées synthétiques. Ils avaient commencé avec une reprise d'un thème de Mario (ici, mais attention, c'est hardcore), et en sont maintenant à leur deuxième album, GAME. À la longue, les voix passées à la moulinette fatiguent un peu, mais c'est le disque du mois chez les Chambon-Marques, avec le dernier Grace Jones. J'aime beaucoup la façon de penser les arpèges et les sons, tellement totalement nippone. Merci Tamiyo... (ton EP est presque fini).
Ceci dit, la virtualisation a de beaux jours devant elle parce que la nouvelle génération de kids a grandi avec ces jeux, et Mario est aussi réel pour eux que l'a pu être Madonna pour nous. Je m'y étais vaguement essayé dans In My Life (la chanson préférée d'Eddy de Clercq), mais je n'avais pas trop osé pousser le bouchon trop loin. Comme quoi, il faut parfois suivre ses intuitions sans hésiter...
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lundi 1 décembre 2008
Eurocities et moi, et moi, et moi

J'avais complètement oublié de parler du livre d'Adrian Favell, c'est en rangeant mon
Le livre n'est pas un bel objet et sa lecture n'est pas celle d'un roman, mais elle est très instructive et finalement assez agréable. Au fil des pages, on découvre une nouvelle génération d'Européens largement en avance sur le reste de leurs concitoyens, n'hésitant pas à se mettre en danger culturel, financier et alimentaire pour chercher une nouvelle vie. Ce qui ressort de ce livre, c'est surtout la petitesse des Européens qui ne se déplacent pas, les postes protégés, les abus sur les marchés de l'emploi ou du logement, et la profondeur des frustrations. Car si les leaders et élites européens et nationaux nous parlent de changement, de mobilité et d'adaptabilité, ils sont les derniers à se les appliquer à eux-même.
Farvell me fait passer pour une folle hystéro complètement reine du drame dans ses citations, ce qui ne manquera pas de faire bien rire ses lecteurs. Je conseille sa lecture à tous ceux qui ont émigré ou qui ont l'intention de le faire, ainsi qu'à leurs parents. Quelques jours après l'éruption de colonialisme de la droite australovicienne, voilà un livre qui remet les pendules à l'heure.
dimanche 30 novembre 2008
Ouiquenne glacé en Veluwe

Ce ouiquenne, Lewis a voulu fuir la ville et m'a emmené en Veluwe (en province de Gueldre), dans la dernière forêt sauvage des Pays-Bas. Promenade géniale dans la boue, la neige et les feuilles mortes. Température: 1°c. Taux d'humidité: 99%. Pas d'internet, mobile éteint. État du chien, des humains et des vêtements ce soir: fatigués et pleins de gadoue. D'autres photos suivent ci-dessous, en particulier avec Martin se faisant les crocs sur des troncs d'arbres.
En revenant, on est passés par Lelystad, en Flevoland, l'énorme polder au nord-est d'Amsterdam. Autoroutes ultradroites et totalement désertes, éoliennes géantes dans la brume, aéroport sans avion aucun, forêts immenses avec des arbres bien alignés succédant aux énormes fermes industrielles: les Hollandais n'ont même pas essayé de faire semblant d'avoir construit une zone naturelle. La nature y est, en fait, violemment artificielle.
Lelystad est une ville qui n'en est pas une, constituée seulement de banlieues où les maisons se ressemblent toutes. Certaines zones sont délicieusement avant-gardes et cubiques, d'autres terriblement démodées et laides. Ils sont en train de construire un centre-ville dont l'architecture est vraiment intéressante (übercubique noir et métal, principalement, photo ici), mais cela n'embellit pas pour autant le reste de la ville, ni ne la densifie vraiment. Une erreur architecturale et urbaine qui, je le crains, est amenée à disparaître. Je l'appelais Lelijkstad pour rigoler (lelijk veut dire "laid" en néerlandais), maintenant j'ai vraiment pitié et n'ose plus répéter ma vanne en public.
En rentrant, nous sommes passés par Enkhuizen, en Frise Occidentale (même si techniquement cela fait partie de la Hollande Septentrionale). Ville minuscule ultra-mignone avec des maisons de poupées datant du 17e siècle et des cafés bruns très conviviaux. De quoi faire sérieusement hyperventiler n'importe quel touriste américain. Pire, j'y ai mangé le meilleur hamburger du pays ever au café "van Bleiswijk": steak haché persillé de légumes, de la salade fraîche avec des miettes de paprika, du bacon revenu à mort, du fromage hollandais fondu et du pain croustillant légèrement beurré. Et des frites fraîches, of course, mais en Hollande on ne le précise jamais tant c'est évident. Le froid creuse, certes, mais là, bravo. Burgermeister et McBeurk (tous les deux Albert Cuypstraat) peuvent aller se recoucher.
Avant cela, nous sommes passés sur la digue d'une trentaine de kilomètres qui relie Lelystad à Enhuizen. À l'origine, il était prévu qu'un autre polder soit construit entre les deux, mais c'est entretemps devenu une réserve naturelle très riche en animaux protégés (poissons, oiseaux, que sais-je...) et son assèchement a été abandonné. On a laissé la digue pour relier le polder à la terre ferme, mais c'est bien tout.
30 km d'une étroite route bordée par l'eau glacée, à peine protégée par quelques blocs de béton et une barrière en métal. Avec la brume, la neige et le vent, on avait une visibilité quasiment nulle, et le navigateur satellite nous renvoyait sur la carte à une bande verte coincée par deux espaces bleus immenses, sans rien d'autre. Une traversée délicieusement effrayante, en gros.
J'ai voulu vanner Lewis et lui ai demandé qu'on s'arrête en plein milieu pour sentir l'air frais et permettre au chien de nager dans de l'eau propre. Il a pété un plomb, m'a dit qu'on n'était pas sur un plage à Nice et a refusé de s'arrêter. La tempête de neige/pluie et l'humour, pas toujours compatibles, donc.
Bref, ouiquenne exotique sans non plus devoir aller en avion dans des dictatures méridionales. On s'est jurés de refaire ça plus régulièrement, même s'il fait froid. La forêt sauvage, pas Lelystad ni les dictatures.




mardi 21 octobre 2008
Exogamie

Ma sœur Patricia vient de sa marier. Félicitations, Patricia!
La famille s'étend toujours plus vers le reste du monde, avec une Patricia moitié-camerounaise et son mari kabyle, la femme de mon frère qui est bulgare, mon mari qui est américano-brésilien, la femme de mon cousin qui est aussi kabyle, le mari de ma cousine qui est italo-malgache, leur ayant été marié à une Thaïlandaise... Les statistiques portant sur l'exogamie des Français fait plus que se vérifier dans la branche Chambon de la famille. Le côté breton va-t-il relever le défi?
lundi 6 octobre 2008
Flashback

J'ai passé presque une semaine à Strasbourg. J'avais oublié à quelle point c'est une belle ville. Pas seulement parce que la cathédrale peut contenir au moins trois Notre-Dame de Poitiers, mais parce que la ville a une unité de matériaux et une richesse architecturale indéniable. Comme je suis arrivé la veille, j'ai eu le temps de revoir des amis (Jean-Yves et Philippe, toujours ensemble un siècle plus tard, toujours sans aucune dispute, chapeau les garçons) et me promener en ville.
Quand j'ai quitté la ville en 1996, la première ligne de tram venait juste d'être finie. Il y a désormais cinq lignes et l'ensemble de la ville en a été transformée: plus agréable, plus mobile, débarrassée de la plupart de ses voitures. Cela n'a pas chassé les étudiants à vélo d'ailleurs, juste que les paysans se garent en banlieue pour faire leur magazinage en ville. Dire qu'à Amsterdam les commerçants veulent plus de voiture, les pauvres, ils se sont trompés de siècle...
C'est quand je me suis retrouvé près de l'Université que les choses se sont gâtées. Je me suis retrouvé assailli de souvenirs et une vague de nostalgie m'a submergé. Je me suis rappelé Laurent D. et Laurent V., Émilie, Liza, Claire (pour n'en citer que quelques uns), nos discussions d'étudiants stressés et insouciants, nos ballades le long de l'Observatoire, la fois où j'étais debout près de la fac de chimie sur le vélo de Laurent D. et que la roue a explosé, nos repas sans fin au Fec ou à la Gallia, les ouiquennes à se raconter nos vies au resto U, à réviser pour les examens et se moquer de nos camarades de promo. Ah, ces jeunes chiraquiens pleins de certitudes, ce qu'ils pouvaient nous faire rire...
Et puis, tout à coup, je me suis retrouvé au bord des larmes, un mec de 36 ans, qui commence à devenir chauve, habillé cher, avec quelques kilos en trop et pas mal de douleurs morales au compteur au milieu de cette foule d'étudiants jeunes, boutoneux et chevelus, submergé par un passé qu'ils ne soupçonnaient pas. J'ai pris la tengeante vers l'IEP (toujours aussi laid) et ai appelé mon mari. Là, à quelques mètres d'où j'ai vécu, j'ai fondu en larmes, ce qui doit m'arriver tous les cinq and à tout casser. Un grand garçon qui n'arrivait plus à gérer toutes ces émotions enfouies et ces souvenirs oubliés, comme dans un mauvais film américain.
Enfin, conférence intéressante avec plein de gens bien (j'en reparle plus tard), puis j'ai revu ma copine Anne, qui est devenue une maman bourgeoise élégante. Il va falloir retourner à Strasbourg un peu plus souvent désormais...
mardi 30 septembre 2008
Back to South Africa

Ne vous fiez pas au titre... Aucun voyage en Afrique-du-Sud est prévu pour l'instant. J'ai trouvé bizare de lire un article sur Rue89 (lien) sur un artiste prétorien qui commence à marcher. J'avais ramené sa chanson sur un des nombreux CD que j'avais achetés là-bas. Pas la plus réussie d'ailleurs. C'est d'autant plus drôle que je viens d'avoir une discussion sur la question avec Sabine, qui m'a prêté des CD de classiques sud-africains.
Ce qui m'avait frappé, c'est la douceur de leur musique, en contraste total avec la situation du pays, où la violence règne. Alors que l'Europe s'enfonce dans une Electro de plus et plus vide et violente, avec des sons concassés, une distance de plus en plus grande vis-à-vis de la Pop (les couplets ont disparu, on passe un morceau du refrain originel à toutes les moulinettes numériques et basta!), et que les États-Unis font dans le revival germano-electro le plus cucul, ce que j'avais entendu à Gauteng me semblait sincère et rafraîchissant.
Les rythmes étaient relativement lents (clairement ils n'utilisent pas les mêmes drogues que les Occidentaux), les sons très électroniques mais avec un traitement analogique presque démodé. Une sorte de House comme je l'aime, organique, puissante, naïve, spirituelle, visant la beauté et l'unité (des danseurs, spirituelle, communautaire...).
Comme les artistes du début du XXe siècle avaient besoin de se tourner vers les traditions populaires européennes et l'Afrique pour dépasser un classicisme qui tournait à vide, que ce soit en sculpture, en peinture ou en musique, je me demande s'il ne faut pas aller voir ailleurs pour dépasser les mimiques musicales de 2008 que les clubs amstellodamois ou parisiens. Ce que j'avais essayé de faire en produisant "Überlove", en allant à Détroit, à Soweto, en Norvège, en Finlande, à Paris... ce que j'essaye toujours, d'ailleurs (des nouvelles sorties transatlantiques sur Cherry Juice très bientôt). Mais je me sens bien seul dans cette démarche.
Ceci dit, l'Amsterdam Dance Event 2008 a lieu dans 3 semaines. Lestrade m'accompagnera (on bosse pour Trax). Je vous dirai ce qu'il en est...
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mardi 23 septembre 2008
Voyages voyages

Cette semaine (ci-dessus) et la semaine prochaine (ci-dessous) s'annoncent chargées. Je vais à Poitiers ce matin pour commencer mon nouveau boulot (mi-temps de chercheur sur les minorités dans les médias au sein d'un groupe délicieusement transnational), et la semaine prochaine je suis observateur à Strasbourg d'un groupe de travail franco-néerlandais sur le futur des universités. Cela s'annonce passionnant, mais que d'heures passées à voyager... C'est aussi un super prétexte pour revoir des amis restés à Strasbourg, et qui m'ont beaucoup manqué: Anne, Jean-Yves et Philippe.
dimanche 10 août 2008
Colonie linguistique

La niouze du jour: un élu amstellodamois D66 (centristes libéraux) veut qu'Amsterdam soit officiellement bilingue anglais-néerlandais. Je suis choqué sans l'être vraiment (c'est une idée qui revient régulièrement, que ce soit à l'université ou dans les discussions politiques).
Ce qui me fascine, c'est cette insistance à se vautrer dans une attitude de colonisés vis-à-vis des États-Unis (politique linguistique, choix stratégiques à long terme, atlantisme béat, reprise sans distance des théories managériales et sociales américaines les plus farfelues...), tout en ayant une attitude particulièrement agressive vis-à-vis des autres langues. Le refus de plus en plus poussé d'apprendre l'allemand et le français, la langue des voisins immédiats, montre que cette ouverture aux autres reste limitée au monde pensé comme dominant, alors que la plus grosse partie des échanges économiques des Pays-Bas se fait avec les germanophones et francophones.
J'ai parlé de la campagne de publicité "Ça commence avec la langue" (Het begint met taal), très passive-agressive, qui reproche aux étrangers de ne pas maîtriser l'idiome national tout en leur interdisant de fait de le pratiquer (séparatisme social et utilisation de l'anglais dès que c'est possible au lieu du néerlandais). Je crois que ce fétichisme pour l'anglais n'est que le côté bling-bling d'un même complexe d'infériorité des néerlandais vis-à-vis de leur langue: d'un côté la fascination pour une langue mondiale que tout le monde est sensé comprendre (c'est pourtant encore loin d'être le cas!), de l'autre agressivité à l'encontre des autres langues.
Pourquoi pas une Amsterdam quadrilingue avec le français et l'allemand? Et pourquoi pas aussi le chinois, l'arabe et le russe? Et pourquoi pas la latin? Ou le frison (il y a tellement de Frisons à Amsterdam)?
Ce projet montre aussi l'enthousiasme "moderniste" parfois absurde des élites néerlandaises (voir le livre de James Kennedy "Babylon in aanbouw" dans lequel il décrit le fétichisme des élites néerlandaises pour la modernité), surtout au D66, où il y a beaucoup de gens de qualité qui sont trop souvent prisonniers des modes intellectuelles venues des États-Unis (à commencer par le culte du marché).
Objectivement, est-ce une bonne idée? L'angoisse du D66 est que les touristes ne se retrouvent pas en ville. Déjà, le néerlandais est suffisamment proche de l'anglais pour que les différences ne représentent pas un stress énorme. Par ailleurs, une partie du plaisir d'un voyage est justement d'être confronté à la langue locale. Si encore le néerlandais était écrit dans un alphabet compliqué, je comprendrais, mais là il s'agit de l'alphabet latin, et de la langue germanique probablement la plus proche de l'anglais. Enfin, 99% des Amstellodamois parlent anglais relativement correctement, souvent avec des bases de français, d'allemand et d'espagnol, donc je ne vois pas pourquoi le D66 stresse.
Je pense que si l'on voulait vraiment faire des efforts de communication, il faudrait commencer par simplifier le néerlandais administratif et légal, ce qui permettrait aux nombreux migrants qui n'ont pas un doctorat en littérature néerlandaise de comprendre ce que les différentes administrations attendent d'eux (le langage utilisé est souvent truffé de moyen-âgismes absurdes et de blabla juridique que le Néerlandais moyen de comprend même pas). Aussi pour que leurs amis ou voisins néerlandais puissent éventuellement leur traduire (ce qui est souvent impossible). Et puis, que ce soit dans le métro ou le tram, les logos (interdiction de fumer, par exemple) sont suffisement clairs pour qu'on n'ait pas besoin de les traduire en cinquante langues.
Bref, encore un mémo politique mal préparé. Pourquoi s'embêter à avoir des chercheurs et des spécialistes si c'est pour laisser les politiques sans connaissance aucune du sujet improviser des plans bizarres? Est-ce une manière locale de se profiler comme créatif? Mystère. Je demanderai en septembre à mes collègues libéraux...
lundi 7 juillet 2008
Arrogance française, once again

L'autre jour, c'est l'heure du journal de France 2 sur TV5. Je zappe sur la 809 et... rien. "Cette chaîne n'existe plus". J'appelle UPC, qui est notre fournisseur de câble: envoyez un email à l'APR qui s'occupe de ça. Je vais sur les forums, tout les francophones sont en train de criser, car si TV5 monde est une chaîne de merde, c'est la seule où on peut voir des programmes en français.
Le fin mot de l'histoire, c'est que TV5 a été retirée par UPC parce que TV5 voulait être payée, et qu'UPC a trouvé que, vu l'audience, ça ne valait pas le coup. Du tout. C'est clair. Pire encore, TV5 va partir du satellite, et il faudra un truc cher supercompliqué pour la capter. J'adore me voir un mauvais téléfilm en français de temps en temps avec toujours les mêmes acteurs, mais pas à ce point.
Ce qui me fascine, c'est l'arrogance des Français, qui non contents de martyriser les autres francophones sur TV5 (une longue histoire de domination coloniale envers la Suisse, la Belgique et le Canada), pensent que leur télé fourre-tout est telllement bien que les étrangers vont vouloir payer pour pouvoir diffuser des extraits de France O sur la pèche au goulougoulou en Namibie supérieure, des niouzes canadiennes sur l'augmentation du prix des pelles à neige et de Question pour un champion avec Joceline et Jacky. Ils ne se rendent pas compte qu'on a accès, gratuitement, à plusieurs chaînes de la BBC, à une vingtaine de chaînes néerlandaises, aux chaînes flammandes et allemandes, à une dizaines de canaux d'info et plein de chaînes thématiques. Il débarquent d'où, ceux qui prennent de telles décisions à TV5?
Je m'étais frité à Liège avec un ponte prétentieux et ethnocentriste de la RTBF, si les copains de Sarko nommés à TV5 sont du même niveau, la francophonie est vraiment mal barrée... Une fois de plus, la honte totale. Et toujours cette impression de décalage croissant entre l'élite française et le reste de l'univers...
vendredi 4 juillet 2008
Emmener ses m€rdes en vacances avec soi

Une pub hallucinante qui passe en ce moment aux Pays-Bas: les sportifs hollandais qui sont heureux d'être en Chine pour les jeux olympiques et se mettent à la cuisine chinoise. Sauf qu'ils ont amené leurs produits de m€rde de Hollande, sous forme de produits Conimex. Non seulement c'est de la crotte industrielle sans goût, mais ça n'est pas sans rappeler tous les Bataves qui vont en caravane en France en emportant leurs pommes de terre et leur propre papier toilette. Cette tendance disparaît doucement pour la France, mais pas pour la Chine, obviously. Un peu comme si les Français de Chine ne pouvaient pas cuisiner sans Suzi Wan, ou les Allemands ne mangeraient que des pizzas Dokter Oetker ("Ristorante", bien sûr) en Italie. Vachement crédible, non?
Allez, je vous la mets en vidéo pour le fun...
Live: pix + vids


Pour ceux qui ont raté le concert à paris la semaine dernière, heureusement il y avait Steefaan qui a pris des photos et a fait deux micro-vidéos. je les ai mises à la fin de ce message.
Pour les photos, elles sont sur flickr et sur Facebook. Merci Steefaan.
Ce concert a été l'occasion de revoir Snax et de rencontrer Justus Köhncke. Coup de foudre réciproque, j'en reparle bientôt... On remarquera Bærtran qui se dandine sur le côté. Il dansait plus vite que la lumière: les photos de lui sont toutes floues!
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vendredi 20 juin 2008
SNCF te vend plein de trucs, chéri
Aujourd'hui j'ai essayé de réserver un aller/retour en France sur le site de la SCNF. Et bien, c'est pas gagné. Tout d'abord, la page de la SNCF ressemble à celle d'un casino en ligne, avec plein de dégradés terribles, de la musique qui sort d'on ne sait où et impossible à couper, des choses qui clignotent, des cadeaux et des voyages à gagner. Il manquait les meufs à poils et une publicité "update your penis" et j'avais la totale. Il m'a fallu 10 minutes pour comprendre que je devais appuyer sur le logo "voyages SNCF", en haut à droite, pour voir quel train je pouvais prendre. Entretemps, on m'a proposé des billets d'avions, des nuits d'hôtels, des visites de musées. C'est quoi déjà, le boulot de la SNCF? Ah oui, les trains...

Une fois arrivé sur le bon site, horreur. On me vend à nouveau plein de choses que je ne veux pas, mais impossible de trouver le train que l'on m'a proposé au téléphone. On me propose des choses à 300 euros l'aller/retour non remboursable (quand on sait que le Thalys peut avoir du retard...)... qui dure 4h25. Soyons raisonnable, c'est un Paris-Châtellerault en 2e classe, pas un voyage de luxe au Cameroun. Impossible de trouver un train normal, il y a plein de tarifs compliqués auxquels je n'ai pas le droit. Je veux juste un TGV ou même un corail, point.

Qui sont les gens qui ont créé ce "service"? Des Kirghizes alcooliques qui essayent de se faire un peu de thune en vendant des services annexes avec un design volé chez leurs voisins kazakhes ou une des plus grosses compagnies ferroviaires européennes? Franchement, je me demande. Entretemps, on va gentiment passer par sa consœur, NS, qui a su limiter les dégâts.
Un logo merdique, un site qui vend je ne sais pas quoi mais ne peut pas donner les horaires, des offres réservées aux docteurs en économétrie, was passiert à la SNCF?

Une fois arrivé sur le bon site, horreur. On me vend à nouveau plein de choses que je ne veux pas, mais impossible de trouver le train que l'on m'a proposé au téléphone. On me propose des choses à 300 euros l'aller/retour non remboursable (quand on sait que le Thalys peut avoir du retard...)... qui dure 4h25. Soyons raisonnable, c'est un Paris-Châtellerault en 2e classe, pas un voyage de luxe au Cameroun. Impossible de trouver un train normal, il y a plein de tarifs compliqués auxquels je n'ai pas le droit. Je veux juste un TGV ou même un corail, point.

Qui sont les gens qui ont créé ce "service"? Des Kirghizes alcooliques qui essayent de se faire un peu de thune en vendant des services annexes avec un design volé chez leurs voisins kazakhes ou une des plus grosses compagnies ferroviaires européennes? Franchement, je me demande. Entretemps, on va gentiment passer par sa consœur, NS, qui a su limiter les dégâts.
Un logo merdique, un site qui vend je ne sais pas quoi mais ne peut pas donner les horaires, des offres réservées aux docteurs en économétrie, was passiert à la SNCF?
mercredi 18 juin 2008
Exogamie bretonne
Une chose qui me frappe souvent, c'est à quel point les Bretons sont exogames. Beaucoup de Français que je rencontre à l'étranger sont soit bretons, soit issus d'un parent breton. En grattant un peu, je me suis rendu compte qu'il y a deux sortes de Bretons: ceux qui restent en Bretagne et s'appliquent à cultiver les maladies génétiques rares en épousant d'autres Bretons, et ceux qui vont voir ailleurs si j'y suis et épousent tout sauf des Bretons: Africains, Asiatiques, Maghrébins, voire même... des Hollandais. Le produit de cette union est alors bretonno-universel, et débouche sur des familles extrêmement exogames.Quelques exemples... On commence avec ma mère, la fameuse DJ Janine, qui, avant d'épouser mon père (un Auvergnat ayant bourlingué dans le monde et qui a vécu avec plusieurs Africaines, tiens tiens), a eu des amoureux étrangers, même si elle n'aime pas raconter des histoires qui ont eu lieu il y a plus de quarante ans (un Italien, un Cambodgien, un Algérien). Leurs enfants sont mariés à des étrangers (une Bulgare, un Portugais-Américain néerlandisé). Elle a plein de cousins qui ont été chercher fortune avec plus ou moins de bonheur dans le reste du monde et ont épousé des indigènes, produisant très souvent des enfants mélangés.
L'autre jour j'ai enfin rencontré Sabine Cessou, la nouvelle correspondante de Libé à Amsterdam (mais aussi d'autres journaux), qui est très sympa, mais aussi Bretonne et spécialiste de l'Afrique, et a été mariée à un Sud-Africain (noir) dont elle a eu un garçon magnifique. Il y a bien sûr Melouki/Brieuc-Yves, de mère bretonne, de père algérien noir, qui lui-même s'est acoquiné à des Hollandaises. Le Frédéric Minvielle qui avait été déchu de sa nationalité française est un Breton exilé ayant épousé un Batave. En discutant avec des inconnus lors de réceptions avec pas mal de Français, je suis souvent tombé sur ces mêmes Bretons ou des semi-Bretons exilés. Si vous cherchez un peu vous allez en trouver une tripotée dans votre entourage, de ces Bretons voyageurs exogames.
Je peux m'imaginer que l'amour de connaît pas les frontières, mais je suis et demeure sociologue, et ne peux m'empêcher de chercher des raisons plus larges à certains choix de vie, comme celui d'immigrer ou de chercher des partenaire en dehors de son groupe d'origine. J'en ai parlé un peu à certains de ces Bretons et voilà les théories qui flottent le plus:
- L'horreur bretonne: beaucoup ont vécu la Bretagne catholique et conservatrice comme une prison humide et invivable, et ont donc tout fait pour ne pas avoir à y remettre les pieds. Pour beaucoup, c'est la fuite à Paris, mais aussi à l'étranger, et la construction d'un monde égalitaire et tolérant, exactement l'inverse de la Bretagne qu'ils ont connue. L'exogamie et les voyages comme antidote à la bourgeoisie catholique bretonne, en somme.
- L'appel de la forêt: le sexe est, avec le beurre salé, un bon produit d'exportation breton (au XIXe siècle les jeunes bretonnes devenaient femmes de chambre ou prostituées en arrivant à Paris, ce qui revenait parfois au même). Le bon sexe ne connaît pas de frontières et, d'après une experte que je ne nommerai pas "le sexe c'est la raison n°1 de sortir avec quelqu'un de différent". C'est vrai, je confirme.
- Le matriarcat: la Bretagne bretonnante est une société matriarcale où les hommes sont souvent morts ou alcooliques, en tous cas où le machisme a du mal à survivre. Les Bretons immigrés recherchent instinctivement un(e) partenaire partageant les mêmes valeurs familiales et se retrouvent donc avec des gens issus de cultures où la femme forte est une figure centrale (Afrique, Auvergne, certaines parties du Maghreb). La rumeur veut que les Bretonnes soient fortes et indépendantes, et les hommes parfois macho mais quand même égalitaires. À vérifier, bien sûr, mais c'est une théorie intéressante.
- La diversification génétique: une théorie osée mais why not... Alors que l'isolement fait que beaucoup de Bretons sont victimes de maladies génétiques dues à la consanguinité, il faut des gènes frais et le meilleur moyen est de rechercher son "complément génétique" ailleurs. Les bruns cherchent des blonds, les ronds cherchent les carrés, les nains cherchent les tiges, les blanchâtres cherchent les foncés. Un bon moyen de transmettre ses gènes est de se mélanger pour s'assurer que ses descendants seront forts et sains. Une stratégie de survie collective comme une autre...
Si vous avez d'autres explications, je suis preneur...
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lundi 9 juin 2008
Concert jeudi 26 juin à Paris
Le jeudi 26 juin nous serons en concert au Nouveau Casino à Paris, dans le cadre du festival Jerk Off. Oui, le nom est terrible pour les anglophones, mais le concept est chouette: promouvoir les cultures gay et lesbiennes alternatives. Nous passons vers 21h, donc n'arrivez pas trop tard. Il y a quelques places sur le guest list, alors les premiers qui se manifestent y figureront, tant pis pour les autres.Au programme de notre concert: présentation de nos chansons préférées de l'album, avec des version exclusives, et des instrumentaux avec Bærtran en danseur officiel...
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jeudi 29 mai 2008
Énergie

Ces derniers temps, le prix de l'énergie augmente. Cela a incité les marins-pécheurs français à demander au gouvernement de subventionner leur énergie pour qu'ils finissent de piller la mer. Cela n'empêche toujours pas mes parents de se taper un aller-retour à un autre supermarché, à 12 km (donc 24 km aller/retour), pour économiser quelques euros. Cela n'empêche toujours pas les fausses blondes trop riches de se balader en Humvee en ville ou les classes moyennes de déménager dans les polders ou en banlieue lointaine.
J'ai lu pas mal d'articles sur le sujet. La demande d'énergie (surtout fossile) augmente, la production stagne et risque de baisser rapidement. Pire, la pollution et l'effet de serre menace notre survie et celle des autres espèces, végétales et animales, bref notre planète tout entière. Tout va beaucoup plus vite que prévu et risque d'avoir des conséquences très concrètes, même pour les pays riches: tensions sociales, catastrophes naturelles, migrations massives, guerres pour s'approprier les ressources, famines... On parle d'immigration choisie, mais si on ne fait rien ce débat nous semblera complètement absurde d'ici peu de temps.
D'un autre côté, les Cassandres de service exagèrent pas mal. J'ai pu lire que nous devrons renoncer à toute énergie non-animale ou aux communications modernes. C'est absurde. Le problème n'est pas uniquement le fait que nous allons manquer d'énergie si nous continuons ainsi, mais qu'il va falloir faire baisser très fortement notre consommation et que sa production devra être renouvelable et propre. Cela ne veut pas dire que nous devrons abandonner l'énergie solaire, casser tous les barrages électriques ou démonter les éoliennes. Ce n'est pas en tenant des discours extrémistes que l'ont obtiendra des gens des changements.
Concrètement, cela veut dire quoi pour nous, à relativement moyen terme? Tout d'abord, il va falloir isoler correctement nos habitations, de nouveaux matériaux prometteurs sont dévoilés régulièrement, mais certaines traditions (circulation d'eau à la romaine, cheminées à courant d'air iraniennes) pourront enfin remplacer le gaspillage de l'air conditionné. L'éclairage devra être utilisé à bon escient et le remplacement des ampoules à incandescence par des leds une évidence. Il va aussi sûrement devoir nous habituer à vivre moins large (pour certains en tout cas).
Plus important, il va falloir repenser l'aménagement du territoire. Fini les banlieues-dortoir, les maisons isolées à la campagne où habitent des citadins et les embouteillages le matin et le soir. Fini toutes ces bagnoles d'une tonne transportant une seule personne, prenant plein de place et crachant plein de mauvaises choses. Fini l'avion pour aller en vacances chaque année. Il va falloir se mettre aux villes compactes, aux transports en commun, au vélo, au scooter électrique, au train à grande vitesse entre les grandes villes, les trains normaux entre les autres.
Il va falloir réorganiser le travail: télétravail, mais aussi travail délocalisé pas loin de chez soi. On sait faire, on a la technologie, on a juste été trop gâtés pour s'en soucier. Il va falloir y aller mollo sur les fruits et légumes importés. On devra manger beaucoup moins de poisson, en les tous cas moins de poissons carnivores comme le thon. Il va falloir gaspiller beaucoup moins. On va devoir moins manger de viande. On va sûrement devoir repenser notre rapport aux vêtements et à la mode. Peut-être devra-t-on redévelopper les filatures locales qu'on avait démantelées. Pareil pour la sidérurgie, faute de pouvoir transporter à bas coût les équipements lourds.
Moi-même je m'y mets doucement: on n'a pas de voiture, on essaye de prendre le train, le vélo et les transports en commun, on a réduit notre consommation d'objets inutiles, on mange moins de viande et de produits hors-saison. On essaye de recycler les objets, de moins céder aux modes et aux pulsions. Ce n'est pas très difficile. Plus dure est la pression sociale, surtout au travail de Lewis, où la réussite personnelle passe par l'accumulation d'objets et le gaspillage des ressources.
Le plus gros problème, finalement, est politique. Beaucoup de nos élites sont trop privilégiées pour réaliser à quel point il faut d'y mettre maintenant, que c'est presque déjà trop tard. Surtout, leur système de valeurs et leurs privilèges sont en désaccord total avec ce que nous allons devoir réaliser. Croissance, toujours plus, gaspillage, grosses bagnoles, voyages lointains, grosses maisons... J'ai peur qu'elles n'utilisent le manque d'énergie pour accumuler encore plus de pouvoir, de richesses et de privilèges au lieu de faire leur travail et de penser à l'intérêt général. J'ai peur qu'on ne finisse en dictature terrible pour lutter contre les ennemis qu'on s'est fabriqués en refusant de voir la vérité en face à temps. J'ai peur du peuple et des ses réactions primitives quand on va lui annoncer qu'il va gagner beaucoup moins très bientôt, que la viande va être rare et chère, que sa voiture ne vaut plus un clou, que sa maison Kaufman & Brod est une boîte en carton sans valeur aucune qui devra être détruite, et que les objets qu'ils a péniblement accumulés sont déjà obsolètes.
Quand j'entends le gouvernement néerlandais qui veut construire plus de routes, quand je vois qu'au conseil australovicien on veut bien construire des places de parking supplémentaires mais qu'on ne veut pas interdire les terrasses chauffées, quand le peuple réclame qu'on l'aide à gaspiller du pétrole pour pouvoir aller habiter encore plus loin pour avoir un petit jardin, j'ai honte de la classe politique et des syndicats pour ne pas faire leur travail.
Suis-je le seul à penser ainsi?
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