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jeudi 4 décembre 2008

Wifi.. ah, euh, heum, toi même!



Hier, Commission Transport & Entreprise (Verkeer & Ondernemen). C'était pas ça, vraiment. Tout d'abord, j'ai étudié les documents avec surprise, trouvant que vraiment je ne connaissais pas grand chose aux sujets... jusqu'à ce que je découvre qu'on m'avait envoyé les documents de la Commission Finances & Sécurité (qui a lieu la semaine prochaine). La photo ci-dessus le prouve. Juste quelques heures perdues pour rien, comme si je n'avais rien d'autre à faire.
Mais bon, je connaissais mon sujet, puisqu'on devait parler du wifi. Mon idée, dont j'ai déjà parlé sur ce blogue, est d'encourager les gens à partager leur wifi pour avoir moins de radiations, et inciter les cafés à proposer le wifi gratuit pour inciter les gens à ne pas utiliser ni wimax ni UMTS (qui ont des ondes très puissantes et méchantes). Rien d'obligatoire, juste une aide technique et un avis neutre pour les aider à ne pas se faire avoir par les vendeurs de KPN (ancien monopole d'État) et se retrouver avec des antennes qui ne marchent pas bien.

Je m'attendais à un débat intéressant. J'ai dû bien vite redescendre de mon nuage... La droite n'avait que le "marché" à la bouche, et quand je leur ai rétorqué qu'un marché (voir la définition d'un marché pur et parfait) doit pouvoir offrir la transparence de l'information, et donc que l'accès à l'information doit être possible à tous, la seule réponse à laquelle j'ai eu droit est flauwekul ("n'importe naouaque"), ce qui est vraiment un argument rationnel irréfutable. En gros la droite est contre l'intervention des autorités, même si cette intervention permettrait de s'approcher d'un marché parfait auquel ils disent aspirer. Je les aime bien, nos VVD, ils sont sympas et constructifs, mais là ils ont vraiment besoin d'un petit cours d'économie pour au moins être fidèle à leurs dogmes avec intelligence...
Les petits partis locaux, quant à eux, n'avaient aucune idée de quoi on parlait et ont essayé de nous rouler dans la farine avec des questions idiotes. C'était pas très malin, et c'en était franchement embarassant. Heureusement que nos partenaires de GroenLinks ont plein de neurdes dans leur parti et savaient exactement de quoi je parlais. Eux vont plus loin et pensent que l'arrondissement devrait installer des bornes. C'est une bonne idée, mais mes camarades de parti ne me suivront jamais dans une telle aventure, aussi parce que certains d'entre eux ne comprennent pas grand chose non plus, et puis parce que le parti travailliste est lui aussi contaminé par le mythe du marché-qui-n'existe-jamais.
La déception finale, ce fut l'échevin qui n'avait rien préparé et cela se sentait à des kilomètres. Heureusement, Willem Bos de l'association locale contre l'UMTS (lien), très à la pointe sur la question, est venu remettre les pendules à l'heure et a expliqué qu'un réseau dense de wifi était préférable à trois antennes wimaw ou UMTS pour la santé, que c'était un moindre mal si les réseaux étaient ouverts et que les gens partageaient leur antenne. Ouf.
C'était tellement affreux que j'en ai fait des cauchemars cette nuit. Des vrais rêves horribles qui vous réveillent. Plus concrètement, je vais venir avec une proposition commune avec GroenLinks en espérant qu'on ne va pas perdre encore un an avec des incompétants. Ah, dur la politique...

Après cela, on a parlé du mémo de D66 sur les crottes de chien. Les petits partis ont encore essayé de cacher leur nullité et leur manque de préparation en faisant des blagues éculées sur le fait que D66 n'avait rien de mieux à faire. Ah ah ah. (Not.) J'avais vraiment honte pour eux. Là encore, je vais voir avec le D66 (et GroenLinks, j'espère) comment les embarquer dans mon projet de tolérance envers les chiens sous appel et que ça débouche sur une initiative du Conseil. J'en reparlerai, natuurlijk.

lundi 1 décembre 2008

Attaques territoriales



Aujourd'hui, j'ai reçu le complément "spécial arrondissements" de la compilation annuelle que nous offre le service Recherches & Statistiques de la commune d'Amsterdam. Pas de changement majeur par rapport à l'année dernière, sauf que nous avons perdu 300 habitants: le remplacement des familles logeant dans le social par des bobos sans enfants dans des immeubles privatisés commence à avoir des conséquences.
L'autre chiffre intéressant, c'est qu'Oud Zuid est l'arrondissement à la fois le plus néerlandais, le plus français et le plus portugais de la ville. Les allochtones (pour une grosse moitié occidentaux, pour une petite moitié non-occidentaux) forment encore un tiers des habitants, malgré la politique des corporations immobilières de suburbanisation des allochtones.

Par ailleurs, nous sommes en pleines discussions sur l'avenir des arrondissements amstellodamois. Qui va annexer quel quartier, qui va se marier à qui, qui va disparaître, ce sont les questions du jour. Une commission indépendante est chargée de délivrer son rapport à la mairie centrale très bientôt. Deux souhaits de nos voisins de ZuiderAmstel nous sont désormais connus: ils aimeraient soit annexer un quartier de Zuid, soit fusionner avec nous. Nous n'avons pas vraiment envie de nous faire découper, alors qu'administrativement on se remet à peine de la fusion entre le Pijp et Zuid. Une fusion donnerait un arrondissement géant (probablement appelé "Zuid") de plus de 130.000 habitants, à comparer aux 31.484 habitants d'Oud West ou aux 30.045 de Bos & Lommer.
Politiquement, ils ont 23 élus, dont 7 PvdA, 6 VVD, 2 GroenLinks, 2 CDA, 4 (ex-)SP. Si rien ne changeait aux élections cela donnerait, sur un conseil de 52 membres, 17 PvdA, 13 VVD, 8 GroenLinks, 3 CDA. Les possibilités de coalitions avec GroenLinks seraient plus compliquées (il faudrait au moins un ou deux élus d'un autre parti), alors qu'avec le VVD ce serait plus facile. Mais bon, d'ici les élections de mars 2010, tellement de choses peuvent arriver, comme une grosse crise économique ringardisant la droite néo-libérale, que tout peut changer.
La décision finale sera prise avant les élections, et par le Conseil de la ville centrale. En tant qu'arrondissement, nous n'aurons pas notre mot à dire. Suspense...

mardi 4 novembre 2008

Plan d'occupation des sols



Mercredi dernier, nous avions Conseil municipal. L'enjeu principal était le vote du nouveau plan d'occupation du sol pour le Quartier des Musées et de Valerius, un endroit truffé des luxueuses villas et d'immeubles datant pour la plupart du XIXe siècle. C'est un quartier privilégié qui ne connaît pas encore la crise et où le taux de pauvreté est proche de zéro, contrairement à d'autres quartiers de l'arrondissement.

Mes collègues Marc et Ron sont responsables de ce sujet qui m'intéresse beaucoup et font preuve de beaucoup de compétence. Ils avaient une motion sur laquelle je n'étais pas d'accord et c'est avec beaucoup d'hésitations que j'ai voté pour, sachant qu'on n'obtiendrai pas la majorité, ce qui a effectivement eu lieu: avec 14 voix pour et 14 voix contre, son vote est reporté au prochain Conseil.
En gros, la question est de savoir jusqu'à quel niveau on peut construire dans les parties non-protégées du quartier. D'un côté il y avait les Verts et le VVD qui voulaient qu'on puisse construire jusqu'au niveau de l'immeuble le plus élevé de chaque bloc, et nous qui voulions garder la hauteur actuelle. L'argument libéral est celui de la liberté d'entreprendre (lire=se faire plein de thune) et celui des Verts est que la ville doit se densifier.
Je suis d'accord avec les Verts, à un détail prêt: je suis pour que la ville se densifie autant que possible, mais que le style architectural soit respecté et qu'il n'y ait pas de destruction de batiments.

Mes deux camarades ont essayé de limiter la taille des bâtiments car il n'est pas rentable pour les spéculateurs de détruire pour reconstruire sans rajouter des étages. Je me retrouve donc coincé entre mon désir de densifier la ville et celui de ne pas voir des bâtiments de plus d'un siècle (allant de magnifiques à raisonnablement beaux) être remplacé par des choses énormes pour nouveaux riches. Les horreurs bling bling pseudo-vieux qui bordent désormais le Vondelpark dans la P.C. Hooftstraat montrent ce qu'il ne faut surtout pas faire.
Mon problème est aussi politique: on défend un quartier qui, il est vrai, est assez exceptionnel, mais on semble très peu se soucier d'autres quartiers, dont le mien. L'architecture du Pijp est une architecture simple et populaire, faite de maisons mal construites à la même époque mais qui a un caractère unique et une forte unité (photo ci-contre). La quartier a été massacré dans les années 1980 avec des immeubles comme le mien, et le massacre continue depuis. Prochain sur la liste: le Verbindingshoek, un ensemble d'immeubles à l'angle d'un bloc, qu'une des corporations privatisées veut détruire pour remplacer par des immeubles neufs.
Mon impression est que si les riches vivent quelque part leur environnement est protégé, mais dès qu'il s'agit de pauvres ou d'étrangers, la loi du plus fort et de la spéculation règne et quoiqu'on dise, tout le monde s'en moque.

Comprenez moi bien, je ne souhaite pas que le Quartier des Musées soit détruit parce qu'on massacre le Pijp, mais je trouve que si les riches voient leur quartier protégé dans leur particularité, il devrait en être de même pour les autres quartiers.
Il nous reste trois semaines pour que Marc et Ron viennent avec un bon compromis constructif...

dimanche 19 octobre 2008

Tel maître, tel chien



Un projet qui est dans les tuyaux depuis longtemps (depuis que j'ai un chien et que je dois me farcir les plaintes des maîtres des autres chiens) est en train, je l'espère, de devenir réalité. Pour l'instant ma fraction politique me soutient, j'attends encore la réponse de nos partenaires de coalition avant de l'envoyer à tous les élus australoviciens.
L'idée du projet est de manier la carotte et le bâton avec les heureux propriétaires de chiens et les inciter à socialiser correctement leurs animaux. Rien n'est obligatoire, juste que les maîtres qui ont investi dans l'éducation de leur chien pourraient obtenir une réduction sur la taxe canine (presque 100 euros tous les ans, quand même!) et que ceux qui ont produit un monstre asocial devraient être obligés de les maintenir en laisse tout le temps.
Je publirai la traduction du projet quand les autres élus auront réagi... Ouaf!

mardi 30 septembre 2008

Australoviciens sans fil



Mon initiative pour propager l'internet sans fil ouvert dans l'arrondissement (surtout via les cafés australoviciens, vraiment nombreux) vient de passer comme "proposition d'initiative", qui sera donc discutée bientôt en commission, et finira par arriver au Conseil assez rapidement. Il semble que nos amis verts (nos partenaires de coalition) se réveillent et soient en pourparlers plus ou moins sérieux avec FON. C'est bien, mais Amsterdam a beaucoup de retard par rapport à beaucoup de villes comparables.
Je vous épargnerai les détails de ceux qui étaient contre depuis presque deux ans parce qu'ils pensaient que je parlais de... Wii. No comment. Une aventure à suivre...

lundi 22 septembre 2008

Verdonk disparaît mais ses idées demeurent

La semaine dernière, notre copine Manú était nulle part joignable alors qu'elle était censée avoir passé un super ouiquenne à Paris avec sa fille. Depuis, son portable est mort, comme celui se sa meilleur copine Ivête. Impossible de savoir où elles sont.
Ce matin, un article dans la presse locale révèle qu'un bus en provenance de Paris a été intercepté par la Maréchaussée néerlandaise, et que sur les 45 Brésiliens, 32 étaient en "situation irrégulière" et seront donc renvoyés au Brésil. Parmi eux figurent donc sûrement Ivête accompagnée de Manú et sa petite fille. Aucun moyen de savoir. Il n'y a personne chez elles, leurs lignes téléphoniques sont coupées. Comme si elles n'avaient jamais existé. Dire que j'avais prêté mon dictionnaire Franco-portugais à Manú pour qu'elle profite de son séjour, vous parlez d'un cadeau qui porte chance...

On est fin 2008, Verdonk a non seulement disparu du gouvernement, mais son parti Troots Op Nederland ("Fier(e/s) des Pays-Bas") est en train de s'effondrer (les gens se rendent compte qu'elle n'a aucun programme). Pourtant, ses idées xénophobes sont toujours en vigueur. On continue d'arrêter des gens qui n'ont pas les bons papiers (sachant qu'il est désormais quasiment impossible d'avoir des papiers, même pour des gens comme Manú ou Ivête qui vivent ici depuis des années et travaillent dur), on continue à faire des razzias dans les bus, les restaurants, les chantiers... Les seuls qui sont punis sont les sans-papiers, les seuls à vraiment en profiter sont ceux qui les exploitent, et ces derniers profitent d'une impunité quasi-totale.

Le PvdA avait parlé d'un politique humaine, pour l'instant je vois surtout des amis arrêtés, des minorités intimidées, les allochtones non-occidentaux chassés de mon arrondissement par la politique spéculative des corporations immobilières (avec la bénédiction des politiques), et toujours cette arrogance nationaliste bien-pensante sur le visage de trop de gens. J'ai honte pour l'Europe, j'ai honte pour les Pays-Bas, j'ai honte pour les politiques, j'ai honte pour le PvdA.

dimanche 31 août 2008

Folie sur le Gerard Douplein



Aujourd'hui, sur AT5, petit reportage (lien) sur les problèmes sur le Gerard Douplein, près d'où j'habite. Pour résumer, deux cafés sont très populaires, accueillent une faune alcoolique et asociale qui suffisent à pourrir la vie des habitants depuis deux ans. Les problèmes: des vélos et ses scooters partout, beaucoup d'alcool et de cocaïne, des gens bourrés qui hurlent au milieu de la nuit, les mecs qui pissent partout (des femmes aussi, entre les voitures, à la grande surprise de mon chien Martin), des gens qui baisent sur les voitures ou contre les portes d'entrées, les gens qui restent fumer dehors en parlant très fort jusqu'à 3 ou 4 heures du matin (depuis que fumer dedans est interdit), quelques mecs agressifs (cocaïne, hein...) et surtout des tenanciers qui s'en foutent complètement. Sur le micro-reportage d'AT5, un des tenanciers: "les habitants n'ont qu'à prendre un peu plus de Prozac".
Dans le genre sortie du placard en tant que connard asocial, j'ai rarement vu mieux...

Cela fait des mois que je tire la sonnette d'alarme, mais l'échevin dit ne rien pouvoir faire, et la police ne voit pas où je veux en venir. Les habitants, à chaque fois qu'ils me voient, viennent me raconter leurs malheurs et je m'efforce de calmer tout le monde mais je ne peux pas faire de miracles.
C'en est au point où les rumeurs circulent: le propriétaire serait de la famille royale et donc intouchable, l'agent de quartier aurait été vu à y boire des bières, et serait donc corrompu. J'ai demandé à l'échevin de parler à la police et d'envoyer quelqu'un de neutre pour rassurer les habitants. Sans résultats pour l'instant.

La question est plus large que le respect des règles. On a affaire à des tenanciers qui utilisent l'insulte, l'intimidation et les menaces pour faire de l'argent (un mètre carré de terrasse rapporte des dizaines de milliers d'euros par saison) et à une faune jeune, excitée, alcoolisée, parfois cocaïnée, sans aucune forme de contrôle social.
L'argument qu'ils utilisent est que les terrasses sont sympa. Bien sûr que les terrasses sont sympa, personne ne dit le contraire. Je suis moi-même un grand utilisateur des terrasses amstellodamoises, mais cela ne veut pas dire qu'on aime les femmes qui pissent dans la rue, les jeunes qui vomissent sur les vélos ou des connards alcooliques qui braillent dans la rue au milieu de la nuit.
Ce n'est pas un problème de terrasse, mais un problème plus large de manque de savoir-vivre, d'absence de tout contrôle sociale, et d'impunité totale pour les tenanciers qui peuvent pourrir la vie des habitants sans aucune conséquence pour faire de l'argent.

J'ai des projets pour changer cela au niveau politique, j'en reparlerai ici. En attendant, cette place est une bombe à retardement, et j'aimerais que mes collègues du Conseil s'en rendent compte.

lundi 14 juillet 2008

Les grenouilles sont partout



Parfois, un bon dessin vaut mieux qu'un long discours. Dans le statistiques municipales, il apparaît que les "allochtones occidentaux" sont de plus en plus nombreux dans mon arrondissement. En me balladant sur "copains d'avant", la machine m'a demandé de me situer sur la carte de ma ville. Une fois l'opération terminée (en vert ci-dessus), les autres Français inscrits sur le site sont apparus. Surprise! Ils sont partout. Quand on sait qu'il ne s'agit que des Français inscrits sur le site (ceux que je connais n'y sont apparemment pas inscrits), et que les Français ne représentent qu'une infime partie des Européens d'Amsterdam, cela vous donne une idée de leur importance dans le quartier...

Et une vue d'ensemble de la ville à l'intérieur du périphérique...

jeudi 10 juillet 2008

Casser la hiérarchie des quartiers



Une des discussions qui préoccupent le plus les Amstellodamois en ce moment porte sur la réforme des arrondissements amstellodamois. Mon parti, le PvdA, a ainsi décidé que d’ici quelques années ne devraient survivre, au plus, que dix arrondissement. Il y a de grandes chances que ce souhait devienne réalité. Pour une ville d’environ 800.000 habitants, cela veut dire des arrondissements de la taille d’Oud-Zuid, c’est à dire environ 80.000 habitants.
La question qui taraude tout le monde est de savoir s’il va suffire de faire fusionner les arrondissements les moins peuplés ou s’il va devoir remettre à plat l’ensemble de la ville. Je pense que, vu l’énergie et l’argent que coûte une simple fusion, une remise à plat est de facto exclue.
Un des problèmes d’Amsterdam est la hiérarchisation croissante des quartiers, avec au centre les blancs privilégiés, et au-delà du périphérique, les pauvres et les migrants. Le nom des arrondissements est en soi révélateur de ces disparités : le centre historique s’appelle Centrum, le nom de mon arrondissement se réfère à cet ultra-centre, et à l’inverse le nom des arrondissements excentrés puent la campagne, avec des noms de lacs, de champs et de systèmes hydrauliques. Un peu comme ces cités pourries de banlieues qui ont des kolis noms bucoliques, mais dès qu’on sort « cité des Myosotis » ou « Quartier du puits joli », tout le monde sait qu’il s’agit de barres oubliées, de voitures brûlées et des centres commerciaux désertés. Je trouve que repenser les arrondissements d’Amsterdam devrait aussi passer par certains changements de noms.

Je vous soumets mes idées, qui ne restent que des idées, bien sûr….
- Centrum : pour casser le centralisme et permettre au reste de la ville d’exister en toute légitimité, il faudrait trouver autre chose. « Grachten » (Canaux), par exemple. Tout le monde sait de quoi on parle, sans qu’une hiérarchie autre qu’historique ou architecturale s’impose.
- Oud-Zuid est un nom terrible, qui réfère à une légitimité historique vis-à-vis des banlieues (le « vieux » par opposition aux nouveaux quartiers d’après-guerre), mais aussi qui doit son nom au Centre. Le logo de l’arrondissement (une part de camembert qui pointe vers le Centre qu’Oud Zuid n’est pas) en est l’illustration la plus tangible. Deux possibilité : jouer sur l’histoire avec « Pijp & Olympisch » par exemple (le Pijp est connu dans tout le pays, et le reste a été conçu et construit essentiellement pour les Jeux olympiques), ou carrément draguer les touristes avec « Musea » (« Musées »)… Si on veut absolument rappeler qu’on est au sud, on peut aussi opter pour le très latin « Midi », qui semble déjà beaucoup plus ensoleillé. Une manière subtile de vendre nos terrasses…
- Pour « West », je propose le très beau « Ponant »
- Pour l’arrondissement de « Noord » (au nord de l’IJ), je pense que s’ils veulent casser l’image d’une arrondissement isolé et froid, il faut se débarrasser du nom, comme les Côtes-du-Nord sont devenues les Côtes-d’Armor, ce qui semble l’avoir rendu moins pluvieux. Avec « Overij » par exemple (« au-delà de l’IJ »), ou une version moins effrayante comme « Boreaal ». Le risque est que les décideurs trouvent cela trop arctique…
- Pour Zuid-Oost (« Sud-Est », aussi connu sous les noms « Bijlmer » ou « Bijlmemeer »), toujours cette référence au centre, qui souligne son côté excentré. On pourrait imaginer utiliser « Bijlmer », que je trouve un joli nom. Tout le monde connaît la gare de Bijlmer, autant s’y tenir. Ou « Arena », puisque le stade du même nom y est situé.
Mais bon, ce ne sont que des noms. Lutter contre la ségrégation spatiale va coûter beaucoup plus d’efforts qu’un changement de noms.

jeudi 5 juin 2008

Pas d'espoir, obviously



Il y a quelques semaines, à la lecture de certains articles en sociologie mais aussi de nombreux articles de presse généraliste sur la question, j'avais voulu parler de l'avenir des jeunes de l'arrondissement en réunion de fraction. J'ai essayé d'expliquer que tous ne sont pas égaux et que le futur des certains jeunes est fortement limité dès la naissance. Si on analyse les statistiques sur Amsterdam mais aussi sur l'Occident en général, la tendance lourde est à l'héritage des privilèges et l'exclusion à long termes de certaines parties de la population, avec des variations selon le sexe, l'origine ethnique, le pays de résidence ou la profession des parents.
Pour aller vite, les petits garçons d'origine marocaine nés à Amsterdam ont déjà un avenir de merde tout tracé si on continue ainsi. Pourtant, au lieu de prendre le problème à bras le corps, on m'a opposé le déni le plus rigide. "Mes parents étaient pauvres et pourtant maintenant je suis riche" (mec de 65 ans); "Je connais des Marocains qui ont réussi" (meuf de 35 ans).
Au lieu d'essayer d'imaginer que faire pour s'assurer que tous les jeunes puissent envisager leur avenir en fonction de leurs talents et non leur origine, on m'a traité de menteur. J'étais furieux devant tant de bêtise. Je suis loin de tout maîtriser, mais c'est un peu mon rayon, ce genre de questions. Mais non, rien à faire.

Hier, la "une" du Parool, le journal amstellodamois, titrait ainsi: "Impuissance face à la fracture sociale". Sous-titre: "L'échevin Asscher: ça empire et on ne maîtrise plus rien. / 'les différences ne sont pas résolvables avec un plan' "
Voilà. C'est le genre de moment compliqué, où je suis à la fois content d'avoir eu raison, mais en même temps où j'aimerais avoir tort. Mais bon, maintenant que c'est clair, que même l'échevin ne sait plus comment s'y prendre, il est bon d'imaginer comment y travailler sur le long terme. J'ai quelques pistes de travail...

1. Émanciper les femmes. S'assurer que faire des enfants n'empêche pas de faire une carrière. Suivre la Norvège et exiger que les entreprises aient au moins 40% de femmes parmi leurs dirigeants. Punir ceux qui s'obstinent à n'avoir que des hommes à leur tête. Si les femmes néerlandaises n'arrivent pas à faire carrière, comment peut-on imaginer que les allochtones y arrivent?

2. Punir sévèrement les discriminations. Renverser la charge de la preuve et faire en sorte que les entreprises qui discriminent ne puissent avoir de contrats avec les autorités. Et que les institutions qui discriminent ne puissent toucher des fonds publics.

3. Penser sérieusement à des politiques de discrimination positive. Tout en restant très pragmatique: hors de question de se retrouver dans une situation à la sud-africaine où tous les jeunes hommes blancs vont voir ailleurs tant leurs chances de trouver un travail sont faibles.

4. L'école doit pouvoir remplacer les parents déficients. Si les parents ne sont pas capables d'enseigner le néerlandais à leurs enfants ou même leur transmettre les clefs culturelles leur permettant de réussir dans la vie, c'est à la collectivité de s'en charger. Cela va coûter du temps et de l'argent, mais à la fin tout le monde en profitera.

5. Casser les privilèges. Il ne peut y avoir de démocratie basée sur le mérite si tous les postes intéressants sont hérités et non mérités. Je sais que beaucoup de gens dans des situations intéressantes ont peur de ne pas pouvoir transmettre leur position à leurs enfants, mais on ne peut pas à la fois demander à ce que les allochtones s'intègrent et en même temps les empêcher de pouvoir s'épanouir librement en fonction de leurs talents.

C'est un vaste programme. Ce ne sont que quelques pistes. Ce n'est pas réalisable en deux ans avec quelques millions d'euros, mais il faut savoir ce que l'on veut, non?

lundi 26 mai 2008

Allo les pompiers?



Ce matin, Martin le chien me réveille en aboyant abondamment, ce qu'il ne fait jamais. Je lui dis de se taire mais j'entends des bruits sourds. Quelqu'un frappe très fort contre la porte d'entrée. Je me dis que Lewis a encore oublié ses clefs en descendant la poubelle et vais ouvrir la porte, nu, avec mes boules Quiès dans les oreilles, prêt à le rabrouer. Mais point de Lewis. À la place, des pompiers, complètement harnachés dans leur tenue en plastique magique, un bélier rouge à la main, prêts à défoncer ma porte.
"On vient pour le feu!" Moi, à poil devant la porte: "Quel feu?" J'ai alors pris conscience de ma tenue et ai couru enfiler ma robe de chambre pendant que le voisin en slip ouvrait sa porte. Lewis est alors sorti nu, lui aussi, et tout mouillé de la douche pour voir ce que je fabriquais, et est retourné en courant dans la salle de bain, choqué de voir autant de monde à la porte en si bon matin. Apparemment quelqu'un qui nous veut du bien a appelé les pompiers pour signaler un feu au 109-B.

J'ai quand même été voir de la cuisine s'il pouvait y avoir un feu quelque part, on ne sait jamais. Ils sont venus avec trois camions et ont réveillé tout l'immeuble pour savoir où était le feu. La police était là, aussi, à s'envoyer des messages essentiels par talkie-walkie, l'air extrêmement sérieux. Tout l'immeuble était en slip, en pyjama ou en robe de chambre à la fenêtre avec le visage froissé et les cheveux en bataille à se demander ce qui se passait.
Il y avait des beaux pompiers musclés et bronzés en bretelles rouges qui s'envoyaient des vannes en remballant leur matériel. Anti-incendie, bien sûr. Quel spectacle, dommage qu'il fût si tôt. Alors que Lewis se préparait à aller promener le bébé poilu au parc, j'ai été me recoucher et ai sombré dans un sommeil profond, et ai ensuite eu beaucoup de mal à me réveiller à nouveau.

Ça me rappelle cet épisode, il y a presque dix ans, quand il y avait eu cet énorme tremblement de terre en Turquie partout dans les niouzes, Osman essayant d'appeler sa sœur alors que les lignes étaient coupées. Le lendemain, j'ai été réveillé en pleine nuit par une secousse sismique majeure. Dans un moment de panique je me voyais victime ensevelie sous des tonnes de béton attendant l'arrivée des sauveteurs en buvant ma propre urine. C'était mon lit qui s'était déboîté et avait cédé. Ayant réalisé ce qui s'était vraiment passé, j'ai réparé le lit, me suis récouché, mais j'ai mis deux jours à ma remettre du choc. Aujourd'hui, même impression de stress diffus et de fatigue inexpliquée.

Le point positif de tout cela, c'est que si jamais (je touche du bois) le feu se déclarait quelque part dans le quartier, les pompiers ne sont pas loin et sont, apparemment, prêts à sauver nos vies presto. En emmenant Martin le chien au Museumplein ou au Vondelpark on passe à chaque fois devant la caserne Dirk où les pompiers bronzent en attendant d'aller sauver des vies et des possessions matérielles. Maintenant on les a vus en actions, et ils m'ont vu nu. On se connaît un peu mieux.

dimanche 30 mars 2008

Endroits indispensables pour survivre dans le Pijp

La situation gastronomique australovicienne est moins catastrophique qu'il y a quelques années. Surtout, le Pijp offre de plus en plus de diversité de produits alimentaires. Un petit résumé des adresses utiles illustrées par les photos de Mehmet (voir son flickr)...

1. Marché Albert Cuyp



Malgré une offre parfois frustrante (trop de merdes chinoises, de frippaille et de bonimenteurs), il y a un certain choix de produits. Les fruits et les légumes peuvent être intéressants, mais attention tout de même aux marchands qui continuent à vendre des produits pourris ou qui sont xénophobes et insultent les étrangers. Bon endroit pour les fruits, le poisson frais, les fleurs et les CD vierges.



2. Het Franse Winkeltje
La boutique de Sandra (Albert Cuyp 123) offre les meilleurs saucissons de la ville, mais aussi des conserves de qualité (saucisses aux lentilles artisanales), des galettes bretonnes au vrai beurre salé, du sirop de menthe et de la moutarde biologique absolument incroyable.
Le problème est qu'un concurrent indélicat profite de la pub dont elle a bénéficié et sa popularité et a ouvert un stand sur le marché qui lui ressemble (il se garde bien de dire qu'il ne travaille pas pour elle), sauf qu'il vend des saucissons de merde et du foie gras acheté au Lidl. C'est la loi du marché, mais il faut le savoir.

3. Puyk
Le magasin est ouvert du jeudi au samedi sur le Sarphatipark et a parfois du beurre normand salé (trop souvent uniquement du doux) mais surtout de l'huile d'olive grecque, espagnole et italienne absolument délicieuse. Du fromage pas mal non plus mais un peu cher...

4. Le fournil de Sébastien
C'est un peu plus loin, il vaut mieux avoir un vélo, mais ça vaut le coup (Olympiaplein): le seul vrai boulanger français artisanal du pays. J'en a déjà parlé. Incontournable.

5. Smørrebrød
Le café suédois sur Albert Cuyp est non seulement sympa, mais propose des sandouiches incroyables. Le soir, il fait cantine avec des menus complets à 15 euros. On peut aussi y acheter de la confiture de baies nordiques tout en écoutant du Abba. C'est mon quartier général...




6. IJscuypje
Le micro-glacier de la 1e v/d Helststraat reste le meilleur de la ville. Il rouvre ses portes le 1er avril et tout le quartier n'attend que cela. Il y a même des possibilités d'abonnements pour les gourmands. Oubliez leur crêpes (pareil pour la crêperie sur Albert Cuyp: beurk).

7. Tjin's
Le vieux est malpoli, cynophobe et voleur, mais il a une offre de produits exotiques qui fait que c'est une boutique incontournable pour ceux qui veulent cuisiner exotiques. Ses sandouiches surinamiens sont très populaires (1e v/d Helststraat).

8. Les boutiques ethniques
Il y a pas mal de boutiques ethniques qui valent le coup. Par exemple des micro-supermarchés iraniens offrent des poudres pour cuisiner le poulet qui sont vraiment incroyables. La boutique thaïlandaise sur le Sarphatipark offre des bonnes choses aussi à des prix raisonnables. Les merguez du boucher arabe (toujours 1e v/d Helststraat) sont les plus mangeables du quartier. Le bœuf du boucher turc (même rue) n'est pas mal du tout.

9. Supermarchés turcs
Ils vont du plus petit (Ferdinand Bolstraat) au plus grand (dans le Zuid Pijp, sur la van Woustraat), on y trouve de la feta turque, du ayran (une boisson salée au yaourt dont je ne peux plus me passer), mais aussi des olives à la tonne, des légumes frais, des poivrons grillés vendus dans des bocaux de plusieurs litres et des mélanges méditerranéens à tartiner. Infiniment moins cher que l'Albert Heijn, moins déprimant que le Dirk, bien plus propre que certains autres "supermarchés" ethniques.

10. Les cafés
Il y a énormément de cafés dans le quartier, des plus horriblement bobos aux petits cafés bruns traditionnels. Il y a du wifi gratuit au Coffee Company et au café Poef (près de l'Oranjekerk). Bazaar est bruyant mais l'endroit est magnifique. Café de Punt est l'un des cafés les plus sympa du quartier. La terrasse de Mash (Gerard Douplein) est la plus sympa et la mieux ensoleillée du quartier (mais n'emmenez que les gens sympa, les autres peuvent aller au Paardje avec tous les autres bobos prétentieux). Le v/d Helstplein est pas mal non plus, surtout l'été. On peut aussi y grignoter quelque chose, du burger au toasti, des tapas aux bitterballen.

Et vous? Envoyez nous vos endroits de survie...

Bertrand: le vendeur de fraises à la crème
Sur le Munt, près de Tuschinski, le vendeur de fraises à la crème est l'endroit de passage obligé de Bébert. C'est vrai que ça se mange bien ces trucs là...

mercredi 19 mars 2008

Première grande victoire: la propreté



Avant et après les élections, j'avais déclaré à plusieurs journaux locaux que la propreté de mon quartier était une des mes priorités: c'était un quartier très visité et populaire, mais la saleté qui y régnait empêchait un développement plus complet et gênait fortement la "vivabilité" comme on dit ici, la leefbaarheid.
Après être passé pour un ronchon, plusieurs prises de bec en commission et une campagne du parti pour expliquer aux habitants que c'était une de nos priorités (managériales et budgétaires), voilà que ça commence à payer. C'est vrai que mes camarades de fraction m'ont soutenu, surtout Jan Witting et Alper Tekin Erdogan, et que l'échevin a eu l'intelligence de comprendre à quel point c'était important.
Non seulement on voit désormais partout dans Oud Zuid des affiches incitant les gens à être propres (dont des énormes panneaux 4x3), mais l'échevin s'affiche avec plein de groupes différents en train de nettoyer les rues. Mieux, c'est devenu une semaine d'action nationale pour la propreté qui commence dans mon quartier et qui est appliquée dans toutes les communes néerlandaises.
Je suis très content d'avoir été entendu, et je vois qu'il faut parfois être persistant: ça finit par payer.

Les autres sujets pour lesquels j'attends encore d'être entendu: un plan de développement durable de l'économie du quartier, un plan communication correct pour promouvoir le Pijp auprès des Néerlandais, des entreprises et des touristes, la mise en place à court terme d'un système de paiement universel et facile dans le quartier (surtout autour du marché: visa, mastercard et points de retraits un peu partout), et surtout un réseau internet sans fil gratuit (éventuellement via les habitants et les commerces par un réseau FON), et pour finir un plan correct pour lutter contre les discriminations, que ce soit à l'embauche, dans les bars ou au logement.
Bref, il y a encore du pain sur la planche...

lundi 17 mars 2008

Intimidations immobilières

De retour à Amsterdam, mon réseau habituel d'informateurs me raconte comment les petits magasins sont rackettés par les propriétaires. Du genre "Oh mais ça marche bien ici, bon on double le loyer à partir du mois prochain." Ou "Ah ben vous payez pour la boutique mais je viens de voir que je ne touche rien pour la terrasse, alors on dit 1000 euros" "Mais, la terrasse ne vous appartient pas, elle est à la ville, et je paye déjà le precario (droit d'utiliser la voie publique, NdLC)" "Ah mais je m'en fous, si vous ne me payez pas la terrase, avec mes avocats je vous fais virer, point. Alors, 1000 euros à partir du mois prochain?"
Sympa, l'immobilier, hein? Officiellement, on ne peut rien faire. Est-ce vraiment l'impunité à ce point pour les "trayeurs de maisons" comme on dit ici (huismelkers)? Je me renseigne...

jeudi 7 février 2008

Une grande étape de franchie

J'ai été quelque peu silencieux ces derniers temps, mais cela ne veut pas dire que je dormais. En bref, rattrapage des niouzes kreukreuscopiques...

- J'ai fini mon livre hier matin, comme je l'avais promis à mon éditeur. J'ai passé les deux derniers jours (et la dernière nuit) à tout relire, corriger, compléter, préciser. La sortie est prévue le 24 avril, je vous donnerai des précisions (titre, résumé, quatrième de couverture, que sais-je) d'ici là...

- "Just Want To Be Loved" sera disponible en vinyl dans vos magasins préférés le jour de la Saint Valentin. L'ensemble des remixes devrait être disponible d'ici là sur vos plateformes numériques préférées (dont iTunes). En attendant, vous pouvez en écouter quelques un sur cette page ou sur notre Myspace.

- Je pars début mars en Finlande masteriser notre album (titre de travail: Überlove), histoire d'avoir un son bien scandinave. Je passerai à Helsinki puis à Lappeenrata (près de la frontière russe) pour lui donner le son que je veux en compagnie d'Ecodelay. Pierre Marly est déjà très avancé sur la pochette, ça a l'air vraiment chouette. Entretemps, "Ouh Bébé" sera ressorti, avec une pochette réalisée par Pierre et Geneviève Gauckler. Je n'ai rien vu mais je suis très curieux...

- Après moult drames compliqués, le Conseil s'est décidé sur la Ferdinand Bolstraat: pas de voitures, probablement le retour du tram, une étude sur les kiosques, voilà les grandes lignes. Le VVD aurait voulu une grande promenade sans tram. Moi aussi je veux plein de trucs, mais la question est aussi l'intérêt général: il faut transporter les gens, les amener aux boutiques et au marché, il faut désenclaver les quartiers sud (Rivierenbuurt) et préparer la venue du cargotram. Bref, il faut savoir parfois mettre ses envies en veilleuse et s'assurer que l'on fait ce qui est le plus utile pour le quartier mais aussi le reste de la ville.

- D'après ce que j'ai entendu, la guerre des tranchées à la Maison Descartes continue. C'est vraiment du n'importe quoi et je me demande parfois pourquoi l'État français continue à financer tous ces cadres parachutés et incompétants. Le directeur fait de son mieux pour virer un maximum de gens avant son départ, prévu en août. C'est d'un niveau... Aux question de Tanguy Le Breton sur l'usage du bâtiments, l'ambassade a pondu une lettre en novlangue administrativo-diplomatique disant que tout allait pour le mieux, pas besoin de stresser mes petits chéris. Parle à ma main... Entretemps, Vincent Toulotte déclare partout qu'on a retrouvé son usurpateur (des messages intéressants avaient été postés en son nom sur ce blogue), ce qui me fait beaucoup rire. Soit il ment, soit il est bête, soit il est un génie en informatique ayant réussi à entrer par effraction dans les serveurs des Google, mais je ne vois vraiment pas comment il aurait pu réussir ce tour de force. Il faudra qu'ils me montrent comment ils arrivent à faire tout ça si bien, il me reste tant à apprendre...

- Sandra, notre vendeuse attitré de saucissons sur le marché Albert Cuyp (riches en vitamines B12 et Z14, mais surtout vraiment crécrébons), va ouvrir une boutique sur le marché. Ça s'appelle 'Het Franse Winkeltje' (la petite boutique française), c'est Albert Cuypstraat 123, ça ouvre officiellement le 18 février, mais il y a un vernissage de saucissons le samedi 16 février à partir de 19 heures. On espère qu'elle proposera aussi du beurre d'Isigny demi-sel et du cidre doux. Miam.

lundi 28 janvier 2008

"Le sel de la démocratie" en téléchargement gratuit

Il ne me reste plus beaucoup d'exemplaires originaux sur les plusieurs centaines qui avaient été imprimés. Peu importe: ma thèse de doctorat, "Le sel de la démocratie", est aussi à télécharger gratuitement sur Lulu.com (lien direct). Je sais, ce n'est pas un roman de gare, mais ça reste très lisible. Lulu propose aussi une édition imprimée pour ceux qui veulent, en attendant le nouveau bouquin qui sortira en avril 2008...

vendredi 11 janvier 2008

Communiqué de presse: Ferdinand Bolstraat sans voitures, avec tram

Voilà un communiqué de presse signé par mon collègue de GroenLinks, Arend Hamstra, et moi-même, sur la décision qui a été prise pour la Ferdinand Bolstraat. En gros, on a décidé que la rue sera réservée aux piétons, aux vélos et au tram, sans voitures ni taxis, donc. Nos amis du VVD ne sont pas contents et le prennent comme une attaque personnelle. Franchement, ils se montent le chou pour rien. J'y reviendrai dans un message ultérieur: j'ai été chercher de l'information à différentes sources pour arriver à prendre la meilleure décision possible, il n'y a donc pas d'idéologie ou de dogme particulier, si ce n'est l'intérêt général...

PERSBERICHT 10 januari 2008
Ferdinand Bolstraat geheel autovrij, maar mét tram.

PvdA en Groenlinks kiezen voor een geheel autovrije inrichting van de Ferdinand Bolstraat tussen Ceintuurbaan en Stadhouderskade als de bouw van Noord-Zuidlijnstation “de Pijp” klaar is. Het tramspoor blijft. Op die manier blijft een goed en fijnmazig OV in Amsterdam mogelijk. Uit onderzoek blijkt dat een grote meerderheid van ondernemers, bezoekers en bewoners ook voorstander is van een autovrije straat met tram.
Laurent Chambon, raadslid PvdA: ´Het autovrij maken is goed voor de economie en de leefbaarheid. Het geeft een stevige impuls voor alle ondernemers in de straat doordat er een aantrekkelijke gebied ontstaat voor bezoekers, bewoners en ondernemers. De PvdA vindt het belangrijk dat iedereen naar de Albert Cuyp kan komen, ook met de tram. Een goed OV is van belang voor iedereen in de samenleving.’
Arend Hamstra, raadslid Groenlinks:´Fietsers, voetgangers en tram, deze combinatie is de toekomst voor Amsterdam. Schone lucht en veilige straten zonder auto’s, dat is waar wij naar streven. Dit is een prachtige stap in die richting.`
Het voorstel van het Dagelijks Bestuur (Groenlinks en PvdA) om zowel het gedeelte tussen de Ceintuurbaan en de Albert Cuypstraat als het gedeelte tussen de Albert Cuypstraat en de Stadhouderskade autovrij te maken heeft een meerderheid van de raadscommissie Verkeer overtuigd In welke vorm er een tramspoor komt is nog onduidelijk. Onderzoek moet uitwijzen of het een strengelspoor of een dubbelspoor wordt.
Groenlinks en PvdA willen daarbij ook dat er extra aandacht komt voor het fietsparkeren. Deze problematiek is al groot in de Noord-Pijp maar zal met de komst van het metrostation `De Pijp´ alleen maar groter worden.
Voor PvdA en Groenlinks betekent een autovrije Ferdinand Bolstraat ook dat de straat geen racebaan voor taxi´s mag worden. Dit is een belangrijk punt bij het ontwerpen van de straat.

jeudi 3 janvier 2008

France-Hollande, bilan à presque A+10

Les fêtes et un petit séjour en France sont l'occasion de comparer mes deux pays (de naissance et d'adoption) et de faire un petit bilan superficiel de la vie qu'on peut y mener, après presque dix ans de Pays-Bas. Je vais commencer par le plus positif pour la France, et finir en bitchant un peu, histoire de se la jouer neutre.

La bouffe
Je sais que c'est cliché, mais même le petit supermarché du coin offre plus de diversité culinaire que le plus grand des supermarchés néerlandais. Les Pays-Bas reviennent de loin, c'est vrai (quand je suis arrivé c'était un choix plus que restreint: pain synthétique blanc ou brun, bière, concombre, beurre de cacahuette, salade-chou, flocons en chocolat et margarine), mais il y a encore énormément de travail à faire. Nouveauté à laquelle je n'avais pas prêté attention auparavant: rayon casher, rayon portugais et arabe bien fournis, et rayons asiatique, antillais et africains impressionnants...



(ci-dessus) Dans le supermarché près de chez mes parents, les produits laitiers ont droit à trois allées différentes. Un choix stressant. Yaourt nature sans gras, avec oligo-éléments, crème au caramel ou truc régime synthétique. Oh nan, de la faisselle légère et un crème brûlée. Et puis, non, du fromage blanc aux fruits éxotiques, à moins que j'achète des yaourts aux fruits enrichis aux oméga 3 et 12 et au polonium 132. Ah, je n'arrive pas à choisir!



(ci-dessus) ... Le truc qui effraye les amerloques: de la cervelle de porc. J'ai été obligé de gober ça tout petit, depuis je m'en passe très bien. C'est peut-être délicieux, je ne veux pas savoir. J'ai déjà oublié de quoi on parlait, c'est dire.



(ci-dessus) Lewis, qui a une petit fixette sur les compotes, n'en croit pas ses yeux. Même de la compote sans sucre ajouté pommes vertes-lychee. Comment a-t-on pu vivre sans jusque là, je me demande encore...
(ci-dessous) Et le classique: le fromage! Dieu sait si j'adore le fromage hollandais, mais il sait aussi que les armes bactériologiques made in France me manquent. Et pas seulement le vieux calandos qui pue vendu au prix du caviar quand les boutiques de délicatesses d'Amsterdam.



(ci-dessous) Et puis, bien sûr, le cocholat, comme dit ma nièce. Ah, le chocolat... Même quand on est trop vieux pour apprécier le sexe, la musique ou les grandes ballades, il reste le chocolat. Il y en a pour tous les goûts, toutes les bourses, tous les palais. Mais que fait la Commission européenne?



Transports en commun
(ci-dessous) Et le truc que j'ai adoré, en plus de faire semblant de jouer au conducteur à l'avant de la ligne 14 du métro (sans conducteur), c'est le nouveau tram T3. Grand, lumineux, confortable, silencieux, vraiment rapide. Stations magnifiques aussi. Le seul problème: ça va si vite qu'on a à peine le temps de s'asseoir qu'on est déjà arrivé. Par rapport aux lignes pourries d'Amsterdam, où même les nouveaux trams sont laids, malfoutus et pas confortables, ça change. Si ces bordéliques de Grenouilles arrogantes y arrivent, pourquoi pas les Kreukreux, hein?



La banlieue
Le truc qui me tue, c'est la banlieue. Autant Paris intra muros est une ville vraiment magnifique, autant la banlieue m'horripile. Peut-être parce que j'y ai grandi et que j'en connais tous les travers. Ce n'est pas tant le chaos que le règne de la bagnole qui m'agace. Même pour aller au supermarché du coin (5 minutes à pied), il faut prendre sa caisse. Y aller à pied est dangereux: rien n'est prévu pour vous, il vous faudra traverser un échangeru d'autoroute et un parking immense avant d'être à l'abris d'un trottoir. Et seuls les Africains de la première génération y vont en bus, pas par choix mais parce qu'ils ne peuvent pas encore se payer une tire. Quelle horreur humaine, urbaine, écologique, sociale...



La laideur marchande
(ci-dessus et ci-dessous) La passion des Hollandais pour le shopping m'horripile, mais l'avarice des grand promoteurs français me fait vomir. Pour que les masses populaires aillent se fournir en bouffe, en écrans plats, en fringues chinoises ou en cadeaux merdiques pour Noël, ils ont construit des lieux d'une laideur sans nom où les petits Français bien dociles viennent dépenser leurs euros chèrement gagnés. Pour eux, pas de vitrines jolies, pas de service spécial, pas d'éclairage particulier ou d'architecture attrayante. Des hangars d'acier, des pancartes moches, des piles d'objet à accumuler. Même la fnac s'est transformée en zone de gros où on achète des Macs, des iPods et des livres à la tonne. J'ai failli pleurer. Les boutiques mignones du Pijp m'ont alors terriblement manqué.



La pauvreté, la richesse
Je m'inquiète des différences croissantes entre riches et pauvres aux Pays-Bas. Mais en France c'est pire. Les riches sont vraiment très très très riches, que ce soit intra muros ou dans les ghettos qui leur sont réservés en banlieue. Mais la plupart des gens tirent la langue et négocient les parts de gâteau chez le boulanger, achètent leurs slips chez Tati et leur télé à crédit. Cette confiscation de la richesse par quelques uns est ce qui m'a le plus choqué. Que notre président, tout occupé à lever des meufs et faire la bise au Pape, s'en fiche éperdument, me donne des soucis. Connaissant la France, cela va nécessairement avoir des conséquences. Montée du FN? Des émeutes? Besancenot et ses amis au pouvoir?

Bref, sachant que la vie en France reste une des plus agréables au monde, si la vie n'est pas toujours facile en Hollande, on pourrait être dans un endroit bien pire, non?

mercredi 2 janvier 2008

Je suis dans Libé aujourd'hui



Dans la section 'Rebonds' du Libération d'aujourd'hui...

Municipales : Amsterdam capitale de la différence
Laurent Chambon sociologue français et conseiller municipal d’Amsterdam.
QUOTIDIEN : mercredi 2 janvier 2008

En 2006, j’ai été élu conseiller municipal à Amsterdam Oud Zuid (un des quatorze arrondissements amstellodamois) sur la liste du Parti travailliste menée par une femme, Bea Mieris. C’est en tant que candidat à la candidature étranger et ouvertement gay, comme d’ailleurs les deux échevins travaillistes de l’arrondissement, que j’ai été désigné par une commission de sélection après avoir été recruté par petite annonce pour occuper une place dans le milieu de la liste aux côtés de nombreuses femmes et d’un autre «allochtone» (mot barbare signifiant «né à l’étranger» en novlangue administrativo-xénophobe batave) d’origine turque.

Il faut savoir qu’aux Pays-Bas les étrangers (et pas seulement les ressortissants de l’Union européenne) ont le droit de vote aux élections locales… A Paris comme à Amsterdam, les places sur les listes d’arrondissement sont chères, et beaucoup d’aspirants candidats tentent de reléguer les têtes un peu différentes dans les tréfonds des listes pour s’assurer une place éligible.

Lors du vote des militants de mon arrondissement, j’ai ainsi dû faire face aux intrigues de candidats «autochtones» moins bien placés sur la liste et qui estimaient que leur position sur la liste ne reflétait pas leur talent, leur engagement sur le terrain, etc. C’est une expérience terrible que beaucoup de candidats «de la diversité» ont eu à connaître un jour. Xénophobie («Avec son accent on ne peut pas l’envoyer sur les marchés…»), sexisme («Elle a couché avec qui pour être sur la liste ?»), homophobie («Le communautarisme est dangereux, regarde aux Etats-Unis»), coups bas et petits complots expliquent en grande partie l’amertume et le découragement dont témoignent ceux qui, prenant au pied de la lettre les encouragements des dirigeants politiques, ont voulu s’engager en politique. Il aura fallu toute l’obstination des responsables nationaux du parti pour permettre aux «allochtones» de rester sur les listes. Une fermeté gagnante puisque notre ouverture à la diversité nous a permis de gagner les municipales, les électeurs ayant décidé d’envoyer un signal fort au gouvernement de centre droit, où sévissait alors Rita Verdonk, ministre de l’Intégration et de l’Immigration (toute ressemblance, etc). Je crois que cette année-là beaucoup de Néerlandais ont vu dans la diversité affichée par les listes du Parti travailliste un vaccin contre les dérives nationalistes, islamophobes et individualistes qui rongent les Pays-Bas depuis le meurtre de Pim Fortuyn, en 2002.

L’ouverture à la diversité n’est plus un luxe mais une question de survie. La diversité du personnel politique permet la polyphonie indispensable à la prise en compte de l’intérêt général et demeure l’un des meilleurs garde-fous contre les dérives de l’entre-soi (corruption, favoritisme, népotisme). Que le parti dirigé par Patrick Devedjian (l’ami des femmes en général et d’Anne-Marie Comparini en particulier), qui a fait bien peu pour la diversité aux élections législatives (seulement 14 % de femmes dans le groupe UMP de l’Assemblée nationale), se satisfasse à grand bruit de présenter une femme à Paris est finalement assez mignon : on sait depuis longtemps à quoi s’attendre de la droite française sur la question. Mais que le PS, dont on attend depuis 1981 qu’il accorde le droit de vote aux étrangers et qui ne peut aligner que deux députés métropolitains d’origine non européenne (1) plus d’un quart de siècle après une «marche des beurs» qu’il avait si bien su récupérer, soit aujourd’hui incapable de placer un nombre significatif de candidats de la diversité en position éligible (mettons une cinquantaine pour 36 000 communes) me révolte. Ainsi sur les vingt têtes de liste socialistes à Paris, une seule, Seybah Dagoma dans le Ier arrondissement, est noire, et on cherchera en vain une tête de liste asiatique ou maghrébine sur le site de campagne de Bertrand Delanoë. Aujourd’hui, je comprends que les militants socialistes en veuillent aux éléphants de les avoir collectivement humiliés en laissant Nicolas Sarkozy prendre des initiatives sur les questions de la discrimination positive et de la promotion d’enfants d’immigrés, trop occupés qu’ils étaient à préparer leurs sorties sexistes contre Ségolène Royal, par ailleurs seule femme à diriger une région. Que les Français blancs et hétérosexuels qui dirigent le PS fassent preuve d’une telle avidité de pouvoir est lamentable, mais qu’ils n’arrivent pas à se défaire de leurs sales habitudes à trois mois d’élections aussi importantes pour les Français est alarmant. Ces élections à la proportionnelle devraient pourtant être l’occasion de faire oublier leur nullité sur ce sujet essentiel. La droite l’a compris et s’est même mise à vendre ses «minorités» à sa façon, c’est-à-dire en surjouant la tolérance, la modération et l’ouverture comme un mauvais acteur qui n’a pas eu le temps d’apprendre son rôle et qui veut à toute force convaincre son public. Il est donc indispensable que François Hollande pour son dernier combat à la tête du PS prenne solennellement l’engagement que les listes socialistes aux municipales de 2008 seront ouvertes aux candidats de la diversité (que ce soit par leur genre, leur orientation sexuelle ou leur origine ethnique) et que ceux-ci soient placés en position éligible.

Bertrand Delanoë, quant à lui, doit être soutenu dans sa résistance aux barons locaux. J’espère de tout cœur que le courage politique dont il a fait preuve en évoquant publiquement son homosexualité l’amènera à défendre dans chaque arrondissement des listes reflétant la diversité et la richesse des Parisiens, qui font de Paris une ville incontournable économiquement et culturellement. La capitale française est déjà suffisamment en retard dans la course au titre de «ville-monde» pour que ses élus ne constituent pas un handicap de plus.

(1) George Pau-Langevin et Henri Jibrayel, respectivement élus à Paris et dans les Bouches-du-Rhône.

http://www.liberation.fr/rebonds/301256.FR.php

lundi 31 décembre 2007

Le fonctionnement colonial d'une ville



Je suis tombé par hasard sur une interview de Mike Davis, dont le livre La petite histoire de la voiture piégée vient de sortir en français. Ce qui m'a le plus intéressé dans cette vidéo, c'est comment il décrit le changement au sein des villes du monde entier, et quelles en sont les conséquences.
Selon lui, une ville démocratique et sûre est avant tout basée sur des communautés hétérogènes mais en contact constant: le lien social et le contrôle social empêchent les dérives autoritaires d'un groupe ou d'un gouvernement, et réduisent fortement les possibilités de criminalité. À l'inverse, les nouveaux quartiers socialement et ethniquement homogènes, souvent protégées par de la technologie, ont pour effet un isolement social beaucoup plus poussé, et laissent dont la place à des fonctionnements autoritaires et une insécurité plus réelle malgré la fausse sécurité apportée par les systèmes de sécurité, qu'ils soient humains (gardes, police publique ou privée) ou technologiques (caméras, alarmes).
Il raconte aussi comment les classes supérieures puis moyennes se sont isolées dans des bunkers homogènes pour se protéger, quitte à donner des noms américains à leur gated community ("Orange County", "Hollywood"...). Ce saucissonnage de la ville en ghettos ethniques et sociaux a donc des conséquences importantes: la "vivabilité" est fortement réduite, les contacts sociaux sont presque nuls, le pouvoir de ceux qui "protègent" sont démesurés et la sécurité est, en fait, affaiblie malgré des structures humaines et technologiques très coûteuses.
La dérive autoritaire que nos sociétés connaissent ont été facilitées par l'utilisation du terrorisme par les États et des groupes minoritaires, mais aussi et surtout par ce saucissonnage urbain, cet isolement de tous.

Ce phénomène est évident en France, et a été commencé par Patrick Devedjian à Antony dans les années 80, avec une "sécurisation" des quartiers riches, l'emploi d'une police municipale armée (appelée "les cow-boys" par les habitants) et un découpage de la ville en ghettos par classe sociale. Je vois la même chose à Amsterdam, où certains quartiers (Centrum, Oud Zuid, Rivierenbuurt) deviennent de plus en plus des quartiers socialement (et ethniquement) homogènes. Cela a des conséquences beaucoup plus poussées que le simple ennui généré par cette homogénéité: les pratiques asociales y sont plus fréquentes, l'indifférence sociale (Lewis parlerait d'impolitesse extrême) croît et le comportement consumériste et individualiste appelle à un plus grand contrôle des autorités et de la police. On est certes loin des gated communities, mais ce qui a fait du Pijp, par exemple, un quartier tellement chouette (la diversité ethnique et sociale) est en train d'être réduit. Je ne sais pas si mes collègues du Conseil municipal se rendent vraiment compte des conséquences de cette homogénéisation des quartiers.

Mike Davis parle de "ville coloniale" qui est un terme fort, mais je crois qu'il a raison. Il suffit de regarder les politiques de stigmatisation de la pauvreté, de la différence ou des groupes marginaux, pour voir que des groupes entiers s'isolent dans des quartiers sécurisés, laissant leur "personnel" (enseignants, employés des bars et restaurants, femmes de ménage, ouvriers...) venir de banlieues toujours plus lointaines (Almere, Lelystad, Purmerend...) pour les servir. Bref, une interview fascinante et très stimulante.