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vendredi 2 janvier 2009

Le sel de la démocratie sur Issuu

Ah, l'instabilité d'internet. Je teste maintenant un nouveau service, issuu, pour mettre ma thèse de doctorat à disposition du public. On va voir si ce service tient longtemps... On peut lire le document en ligne (la mise en forme est relativement agréable, surtout avec un grand écran), mais aussi le télécharger gratuitement... Le lien direct est ici.

jeudi 1 janvier 2009

Straight Pig Pride™

Hier, c'était le réveillon, comme partout ailleurs sur terre. Sauf qu'aux Pays-Bas, la tradition veut qu'on célèbre ça avec des pétards et des feux d'artifice. Chaque année les Néerlandais se surpassent en dépensant encore plus d'argent que précédemment, et chaque année les autorités mettent les gens en garde contre les pétards de contrebande qui explosent les doigts et mettent le feu aux cheveux.
En fait, si on se promène dans la rue entre 19h et 2h du matin le soir du réveillon, on voit surtout des adolescent et des hommes jeunes qui terrorisent tout le monde avec leurs tubes rouges. Plus ils sont gros, plus ils font du bruit, plus ils sont contents. Pas besoin d'avoir un doctorat en anthropologie pour y voir un substitut phallique (un gros bâton rouge qui explose, hello people!). C'est d'ailleurs comment un de mes amis résume le réveillon à la batave: Pig Straight Pride™.  La "fête de la fierté des gros porcs hétéros". C'est un peu extrême mais c'est quand même bien vu: on ne voit en effet que les hétéros complexés (les jeunes d'origine marocaine et turque, ainsi que toutes les génération d'hommes white trash), pratiquement aucune femme, aucun homo, aucun père de famille respectable.
Le reste de l'année, ils se contentent d'uriner partout dans la rue (alors que les femmes doivent faire la queue dans les cafés). Mais pour fêter la nouvelle année, faire peur à tout le monde et dégueulasser la rue (des tonnes et des tonnes de papier rouge partout dans les rues) est un must.

Dans ma rue, heureusement, il n'y a que les mômes white trash qui explosent leurs substituts phalliques rouges. Je leur ai dit qu'il faisaient peur à Martin le chien avec leurs crottes explosives, et ils sont gentiment allés les péter ailleurs. En fait, Martin n'a pas peur, c'est moi qui sursaute bêtement à chaque attaque. 
Mais bon, ce réveillon à la hollandaise nous le rappelle: nous vivons en plein patriarcat hétérocentré. Même à Amsterdam, où même si les homos et les femmes sont plus libres qu'ailleurs, on sait qui commande. Bonne année. Paf!

vendredi 5 décembre 2008

Archive surprise

J'ai trouvé par hasard la vidéo d'un programme de France 24 auquel j'avais été invité. Pour le fun...

vendredi 21 novembre 2008

Les homophobes ne sont pas qui on croit

Rappelez vous, il y a environ un an, panique: les jeunes "Marocains" sont homophobes. Ouh, vilaine culture musulmane homophobe. L'intégration est ratée, c'est terrible... Vite, Sainte Rita Verdonk, viens sauver les pédés! Ayaan, au secours!
En fait, on vient de le découvrir (ou on feint de le découvrir): 75% des actes homophobes sont perpétrés par des jeunes blancs issus des classes sociales inférieures. Des white trash, pour parler simplement. Cela ne m'étonne pas du tout: je n'ai jamais eu aucun problème avec les jeunes d'origine maghrébine ou turque alors que plusieurs fois j'ai surpris des remarques violemment homophobes venant de certains groupes indigènes. De la violence verbale à la violence physique, il n'y a qu'un pas...
D'après les chercheurs qui se sont penchés sur la question, il s'agit encore et toujours de jeunes hommes ayant du mal avec leur masculinité, et issus de familles à problèmes. "Duh", comme dirait Lewis. Comme si on ne le savait pas. N'importe quel pédé de base peut vous faire le profil de l'homophobe type, mais qui se soucie de nous écouter, hein?

Ce qui m'agace dans cette histoire, c'est qu'une fois de plus les pédés blancs issus des classes favorisés (l'ancien directeur du COC en tête) nous ont fait le plan des méchants Arabes homophobes, et qu'ils ont été suivis par la meute des politiciens à la recherche d'un bouc émissaire idéal. Le rôle des élites homo, c'est justement de s'attaquer à l'homophobie d'où qu'elle vienne, et surtout de ne pas céder à la xénophobie. Il faut attaquer l'homophobie à sa racine, et surtout ne pas se tromper de combat. L'ennemi, ce sont les conditions sociales et culturelles qui engendrent l'homophobie (problèmes familiaux, problèmes identitaires, problèmes personnels, dynamique de groupe, traditions homophobes dans divers corps de métiers...), pas une origine ethnique ou une religion.
Cela fait des années que je dénonce l'utilisation des violences homophobes par la droite nationaliste pour ostraciser des pans entiers de la population néerlandaise, alors que sa clientèle électorale est, à mon avis, tout aussi homophobe. J'avais l'impression de prêcher dans le désert. Voilà qu'une étude vient confirmer officiellement cette imposture. Il était temps...
D'ailleurs, je me dis parfois que dans ce genre de cas, des excuses publiques de la part des grandes gueules à la Verdonk, Hirsi Ali ou van Dale seraient tout à fait appropriés. On peut rêver, non?

mardi 4 novembre 2008

Exogamie, le retour

En cherchant à connaître les chiffres de natalité néerlandais (Wikipédia) pour les comparer à l'Allemagne et la France (Wikipédia), je suis tombé sur plusieurs surprises intéressantes mais effrayantes.

La première est que les Néerlandais ne font pas assez d'enfants. Le taux de natalité néerlandais est en effet de 1,73 (rappel: il faut 2,1 pour renouveler une population), et se maintient à ce niveau essentiellement grâce aux femmes étrangères. Pour aller vite, les immigrés font encore assez d'enfants pour éviter aux Pays-Bas de rejoindre l'Italie ou l'Allemagne qui se dépeuplent sauvagement. Les Pays-Bas font partie des pays qui, s'ils n'importent pas de la chair fraîche, vont se dépeupler. Je ne vais pas repasser une épaisse couche de propagande féministe (même si vous êtes habitués), mais la faiblesse de l'émancipation des femmes néerlandaises est une des causes les plus évidentes du problème, avec des crèches trop chères et mal conçues, une prise en charge minimale des enfants par l'école (horaires restreints, pas de cantine, pas d'étude, après-midi libres), et des perspectives de carrière ridicules (il faut sacrifier sa maternité pour espérer faire une petite carrière).
Ci-dessous: composition de la population néerlandaises. En gris: autochtones, en orange les migrants occidentaux (primo-arrivants en foncé, troisième génération en orange pâle) et en bleu les migrants non-occidentaux.



L'autre surprise est que la force de la natalité française ne repose ni sur les Français ni sur les étrangers... mais sur les couples mixtes. Les couples unissant un(e) Français(e) et un(e) étranger(e) sont ceux qui assurent le renouvellement de la population, alors que les couples endogames (qu'ils soient autochtones ou allochtones) sont à la traîne, à part quelques cas exceptionnels et transitoires, tels certains groupes d'Africians sub-sahariens.



Je viens de reparler brièvement d'Emmanuel Todd. Son crédo (et je pense qu'il a raison) est que l'intégration passe par l'exogamie. Il a encore plus raison qu'il ne le croit, puisque l'exogamie semble être le moyen le plus sûr et naturel de renouveller sa population. Par ailleurs, cela évite "les enfants débiles" (debiele kindjes) comme le dit drôlement Desie dans le très beau film néerlandais "Dunya & Desie" (lien).

Alors, kreukreusconautes célibataires, travaillez à l'intégration et au renouvellement naturel de la population et cherchez un(e) partenaire dans un autre groupe ethnique que le vôtre!

dimanche 12 octobre 2008

Minvielle est redevenu français

Le Lion bleu (lien) a mis cet article en ligne:

«Frédéric Minvielle vient officiellement de redevenir Français vendredi 18 juillet dernier. Bel exemple de mobilisation exemplaire et d’action suivi de résultat. Je voudrais ici remercier Laurent Chambon d’Amsterdam qui, après que Frédéric Minvielle m’ait contacté, a permis par son relais déterminant auprès de médias français, de faire diffuser l’information telle une trainée de poudre en l’espace de 24 heures (*) avec des échos en retour dans la presse néerlandaise, pour porter sur le devant de la scène médiatique le cas de ce Français établi aux Pays-Bas et déchu de sa nationalité en 2007 Dernière et bonne nouvelle de ce dossier qui a fait beaucoup de bruit jusqu’à mobiliser l’attention du Président de la République (sa Directrice de Cabinet d’alors, Emmanuelle Mignon, étant intervenue à plusieurs reprise pour faciliter un dénouement rapide du dossier, c’est elle-même d’ailleurs qui communiquait dernièrement par téléphone avec Frédéric Minvielle). C’est le résultat d’une procédure de réintégration ultra rapide (moins de 2 mois) durant laquelle Fréderic Minvielle a du tout de même fournir: son acte de naissance, ses cartes nationales d’identité (1995 et 2004) et son passeport, la preuve qu’il était devenu néerlandais en 2006, et la preuve qu’il avait gardé des liens avec la France en étant inscrit au consulat d’Amsterdam. Ce qui lui est arrivé ne devrait plus arriver à aucun Français aux Pays-Bas car la loi devrait changer à partir de mars 2009, tout ressortissant Français qui deviendra Néerlandais ne perdra plus automatiquement sa nationalité Francaise. Le fait reste que Frédéric Minvielle a été victime de discrimination homophobe et que la France ne reconnait toujours pas le mariage homosexuel Néerlandais.»

Je vais donc enfin pouvoir envisager d'acquérir la double nationalité très bientôt...

mercredi 3 septembre 2008

Mariages gays reconnus par la France

"Les autorités françaises viennent de passer une loi reconnaissant les mariages entre personnes de même sexe" titre le GayKrant du 2 septembre avec enthousiasme. "le droit français reconnaît la validité des mariages entre personnes de même sexe célébré à l'étranger, à condition que la loi du pays où celui-ci a été conclu admette sa validité et que la loi personelle de chacun des époux (la loi du pays dont ils sont ressortissants) autorise un tel union."
Cette décision, très attendue aux Pays-Bas, va permettre à de nombreux couples gays et lesbiens vivant en France ou y ayant une maison de faire enfin valoir leurs droits. La presse néerlandaise se fait régulièrement l'écho de couples rencontrant de nombreux problèmes pratiques et financier, devant faire des déclarations fiscales séparées et se heurtant à une bureaucratie refusant de reconnaître leur union. Des juristes avaient même conseillé aux couples gays ou lesbiens mariés de vendre leur propriété en France et d'en acheter une en Espagne, tellement les problèmes juridiques et fiscaux pouvaient s'accumuler et devenir un cauchemar.
Conclusion un peu étonnée des journalistes néerlandais: "les gays ne peuvent signer en France qu'un contrat de vie commune, et le premier mariage gay a été déclaré illégal. Selon le juge, le mariage est l'union entre un homme et une femme."
La dernière question à résoudre est celle des gays ou lesbiennes Français mariés aux Pays-Bas, au Royaume-Uni ou en Belgique: seront-ils exclus de cette reconnaissance? Les juristes néerlandais recommandent d'acquérir la nationalité néerlandaise, d'autant plus qu'à partir de 2009 la double nationalité sera possible.

mercredi 30 juillet 2008

À Amsterdam, même le zoo fait la gay pride

Artis, le zoo d'Amsterdam, offre une visite guidée spéciale pendant la semaine de la gay pride, baptisée «L'homosexualité dans le monde animal». À partir d'aujourd'hui, vendredi 1er août, un spécialiste s'occupera ainsi de montrer aux visiteurs des taureaux, singes, chèvres et éléphants homosexuels, tous issus de sa ménagerie du zoo.
D'autres visites sont organisées spécialement pour les festivités de la marche dans différents musées: Musée historique de la ville, Musée historique juif et Musée Van Gogh. On pourra chaque fois y faire le tour de l'aspect «gay» des collections.
Les chars de la gay pride d'Amsterdam remonteront comme chaque année les canaux de la capitale néerlandaise, et l'édition 2008 comportera d'autres originalités. Des organisations chrétiennes y vogueront pour la première fois –le thème de l'année étant «Foi, espoir et amour». La police nationale y sera représentée officiellement avec le bateau des policiers du «Réseau rose». Le bateau des «moins de 16 ans» est tellement populaire auprès des jeunes qu'il y a une longue liste d'attente au cas où certains participants se désistent. Enfin, l'association Hivos présentera un bateau vide, afin de représenter les persécutions d'homos à l'étranger. Par ailleurs, le maire Job Cohen et le ministre de la Culture Ronald Plasterk ont déjà annoncé leur présence au défilé.

http://www.tetu.com/rubrique/infos/infos_detail.php?id_news=13284

dimanche 13 juillet 2008

En librairie



Hier en me balladant j'ai été vérifier que mon livre se vend bien. Très bonne surprise au Virgin Megastore sur les Grands Boulevards (photo ci-dessus): il est sur le présentoir le mieux placé pour les livres politique d'actualité.
Grosse déception aux Mots à la bouche, la librairie gay du Marais: le livre n'est nulle part. Les livres les plus insignifiants y sont, mais pas le mien. Why?

lundi 30 juin 2008

Ça chauffe chez les folles



Hier à la gare j'ai vu qu'il y avait un nouveau magazine gay dont je n'avais jamais entendu parler. "M". Je l'ai donc acheté, par curiosité. Quelle déception. Il y avait quelques idées rigolotes, mais dans l'ensemble je me suis retrouvé avec un mag pour tapioles idiotes avec plein de mecs torse-nus comme on en voit rarement en vrai. Un truc pour faire rêver les coiffeuses de province? Pire que tout, ce sont les polices de caractères. Même dans le journal de la Roche-Posay il n'osent pas des polices aussi laides. Avec toutes ces folles, pas moyen d'en trouver une qui s'y connaît un peu en design?

Autre très mauvaise nouvelle pour la communauté: Didier Lestrade, notre reine-mère à tous, a été viré de Têtu. Je n'ai pas encore trop bien compris pourquoi. Didier peut être chiant, mais en général il a raison de l'être. Je le trouve brillant et cultivé, il a un sens politique très poussé et Têtu lui doit beaucoup (il l'a co-fondé, je le rappelle), il nous empêche de devenir des idiotes. Il a à peu près dix ans d'avance sur la plupart des gens que je connais. Was passiert à Têtu?
En prenant mon café (oui, la caféine, ça marche, hein?), j'ai réalisé: non, Didier va encore nous sortir un truc génial. Après Têtu et Act Up, what's next? Je parie sur un site internet communautaire couplé à iTunes, ou un truc niouze-musique-porno en ligne. Je chauffe?

lundi 23 juin 2008

La montée des "homodivorces"

Sept ans après l'ouverture du mariage civil aux couples du même sexe, les "homodivorces" comme on dit aux Pays-Bas, sont de plus en plus nombreux. D'après les chiffres du Bureau Central de Statistiques néerlandais (CBS), les couples de même sexe divorçant ont été deux fois plus nombreux en 2006 qu'en 2004. Avec 62 divorces pour 1.210 mariages en 2004, le pays a vu 119 divorces pour 1.212 mariages en 2006. Les femmes se marient (et divorcent) plus que les hommes: en 2001, 1.075 couples de femmes se sont dit "ja" aux Pays-Bas, pour 39 couples d'hommes. En 2006, 633 couples de femmes sont passés devant le maire, contre 579 couples d'hommes. La même année, 83 couples de femmes ont divorcé, contre 36 couples d'hommes.
En comparaison avec les couples hétérosexuels, les couples homosexuels divorcent encore très peu: en 2005 32.600 couples hétérosexuels ont divorcé alors que "seulement" 72.000 unions ont été prononcées. Le CBS rappelle que les chiffres sont à prendre avec des pincettes: beaucoup de couples de même sexe préfèrent le partenariat au mariage, plus discret en cas de voyage à l'étranger, qui peut être dissout sans une procédure de divorce parfois longue et onéreuse, et qui offre exactement les mêmes droits que le mariage civil. 8% des 6.848 partenariats signés en 2006 sont le fait de couples homosexuels.
Les Pays-Bas ont été le premier pays du monde à ouvrir le mariage civil aux couples de même sexe en 2001. La Belgique, l'Afrique-du-Sud, l'Espagne, le Canada et la Grande-Bretagne ont ensuite suivi, désormais rejoints par la Californie.

mercredi 18 juin 2008

Censure au Figaro



Hier, dans le Figaro, un article sur l'ouverture du mariage aux couples de même sexe en Californie. Dans les commentaires, une accumulation fascinante de propos homophobes, réactionnaires et intolérants. Avec Pierre, on réagit et envoie chacun des commentaires. Résultat? Aucun n'est passé.

Alors que Rue89 ou Libération s'efforcent de ne pas censurer les vieux cons, les réacs et autres sarkozystes fondamentalistes (c'est vrai qu'on les repère rapidement), le Figaro censure les propos tolérants et progressistes. Ils ont laissé quelques messages de folles idiotes qui font des fautes (histoire de montrer que ces pédés sont tous des idiotes), mais c'est bien tout. Moi qui commençait juste à aimer lire certaines pages du Fig (c'est vrai que la descente aux enfers du Monde aide à apprécier les autres journaux), me voilà désormais obligé de boycotter le journal des cadres de droite. Je l'achetais pour aller le lire tranquillement au café d'à côté, c'est fini. No Figaro from now on...

jeudi 5 juin 2008

Pas d'espoir, obviously



Il y a quelques semaines, à la lecture de certains articles en sociologie mais aussi de nombreux articles de presse généraliste sur la question, j'avais voulu parler de l'avenir des jeunes de l'arrondissement en réunion de fraction. J'ai essayé d'expliquer que tous ne sont pas égaux et que le futur des certains jeunes est fortement limité dès la naissance. Si on analyse les statistiques sur Amsterdam mais aussi sur l'Occident en général, la tendance lourde est à l'héritage des privilèges et l'exclusion à long termes de certaines parties de la population, avec des variations selon le sexe, l'origine ethnique, le pays de résidence ou la profession des parents.
Pour aller vite, les petits garçons d'origine marocaine nés à Amsterdam ont déjà un avenir de merde tout tracé si on continue ainsi. Pourtant, au lieu de prendre le problème à bras le corps, on m'a opposé le déni le plus rigide. "Mes parents étaient pauvres et pourtant maintenant je suis riche" (mec de 65 ans); "Je connais des Marocains qui ont réussi" (meuf de 35 ans).
Au lieu d'essayer d'imaginer que faire pour s'assurer que tous les jeunes puissent envisager leur avenir en fonction de leurs talents et non leur origine, on m'a traité de menteur. J'étais furieux devant tant de bêtise. Je suis loin de tout maîtriser, mais c'est un peu mon rayon, ce genre de questions. Mais non, rien à faire.

Hier, la "une" du Parool, le journal amstellodamois, titrait ainsi: "Impuissance face à la fracture sociale". Sous-titre: "L'échevin Asscher: ça empire et on ne maîtrise plus rien. / 'les différences ne sont pas résolvables avec un plan' "
Voilà. C'est le genre de moment compliqué, où je suis à la fois content d'avoir eu raison, mais en même temps où j'aimerais avoir tort. Mais bon, maintenant que c'est clair, que même l'échevin ne sait plus comment s'y prendre, il est bon d'imaginer comment y travailler sur le long terme. J'ai quelques pistes de travail...

1. Émanciper les femmes. S'assurer que faire des enfants n'empêche pas de faire une carrière. Suivre la Norvège et exiger que les entreprises aient au moins 40% de femmes parmi leurs dirigeants. Punir ceux qui s'obstinent à n'avoir que des hommes à leur tête. Si les femmes néerlandaises n'arrivent pas à faire carrière, comment peut-on imaginer que les allochtones y arrivent?

2. Punir sévèrement les discriminations. Renverser la charge de la preuve et faire en sorte que les entreprises qui discriminent ne puissent avoir de contrats avec les autorités. Et que les institutions qui discriminent ne puissent toucher des fonds publics.

3. Penser sérieusement à des politiques de discrimination positive. Tout en restant très pragmatique: hors de question de se retrouver dans une situation à la sud-africaine où tous les jeunes hommes blancs vont voir ailleurs tant leurs chances de trouver un travail sont faibles.

4. L'école doit pouvoir remplacer les parents déficients. Si les parents ne sont pas capables d'enseigner le néerlandais à leurs enfants ou même leur transmettre les clefs culturelles leur permettant de réussir dans la vie, c'est à la collectivité de s'en charger. Cela va coûter du temps et de l'argent, mais à la fin tout le monde en profitera.

5. Casser les privilèges. Il ne peut y avoir de démocratie basée sur le mérite si tous les postes intéressants sont hérités et non mérités. Je sais que beaucoup de gens dans des situations intéressantes ont peur de ne pas pouvoir transmettre leur position à leurs enfants, mais on ne peut pas à la fois demander à ce que les allochtones s'intègrent et en même temps les empêcher de pouvoir s'épanouir librement en fonction de leurs talents.

C'est un vaste programme. Ce ne sont que quelques pistes. Ce n'est pas réalisable en deux ans avec quelques millions d'euros, mais il faut savoir ce que l'on veut, non?

mardi 3 juin 2008

Pas d'Adam folle pour les téléspectateurs néerlandais

Centraal Beheer, la compagnie d'assurance néerlandaise située à Apeldoorn et qui s'illustre depuis des années par des publicité hilarantes, a décidé de ne pas diffuser la dernière moisson, où Eve au Paradis découvre qu'Adam, follissime, n'est pas près de lui faire des bébés. Avec un noyau dur de protestants fondamentalistes non négligeable dans le pays (dont une partie des représentants politiques, avec la ChristenUnie, sont au gouvernement), la compagnie d'assurance a jugé qu'il ne fallait pas prendre de risques. Après tout, c'est leur travail d'évaluer ce genre de choses.

dimanche 1 juin 2008

"Le pouvoir en ville est blanc"




Une du Parool du ouiquenne: "Le pouvoir en ville est blanc". En page centrale, on explique que la moitié de la population amstellodamoise est allochtone, mais que les hommes blancs autochtones sont quasiment en monopole dans les positions de pouvoir. Sans certains cas, comme les juges, les corporations locatives, l'Université d'Amsterdam, les chefs de la police ou les officiers de justice, les hommes blancs ont le pouvoir total. Presqu'aussi nulle est la présence allochtone à la tête du PvdA, de la Chambre de commerce ou parmi les hautes fonctionnaires.
Quand je dis ça dans mon parti, on trouve que je suis chiant et que je devrais moins la ramener. Le fait que le quotidien amstellodamois imprime ce que je dénonce depuis longtemps montre que j'ai raison, même si ce n'est pas agréable à entendre. Un truc qu'ils n'ont pas publié: le fait que les femmes sont encore une micro-minorité. Si même les femmes autochtones ne sont pas en état d'arriver au sommet, comment les allochtones, même hommes, pourraient y arriver?
Je ne suis pas un fan inconditionnel de la discrimination positive ou des quotas, mais étant donné qu'en 2008 le pouvoir amstellodamois est confisqué par une minorité, on pourrait imaginer quelques mesures temporaires à certains postes symboliques.

mercredi 28 mai 2008

Arrêtés pour avoir demandé à la police de faire son travail

Un père et son fils ont été arrêtés pour outrage à agent et ont passé plusieurs heures en cellule. Pourtant, il s'agissait de victimes de violence homophobe. Le fils et son petit copain venaient d'être sérieusement agressés par une bande de jeunes à Utrecht, alors qu'ils allaient en Centre-ville s'amuser. Au moment où le fils revenait en sang chez lui, son père a vu une voiture de police passer et leur a demandé d'aller arrêter les jeunes homophobes. La police les a alors menotés et emmené au poste, ignorant ostensiblement les agresseurs. Cette affaire a causé un scandale alors que le nombre de violences homophobes est sérieusement en hausse. Le père a porté plainte, mais la police d'Utrecht ne semble toujours pas voir où est le problème.

dimanche 25 mai 2008

Contre toutes les discriminations, vraiment toutes

Alors que la plupart des pays occidentaux commencent à comprendre qu'on ne peut pas à la fois lutter contre le racisme et le sexisme et ignorer les discriminations faites aux gays et aux lesbiennes ou aux handicapés, il semble que les plus réactionnaires des amis de Sarkozy ont tout fait pour que la France sabote les nouvelles directives européennes contre TOUTES les discriminations, en les limitant à celles faites aux handicapés. Car, c'est bien connu, si vous êtes handicapé c'est Jésus qui vous aime encore plus, alors que Dieu déteste les folles.

C'est quelque chose qui m'avait frappé en Afrique du Sud et dont je parle dans mon livre: le fait que l'élite sud-africaine post-apartheid a compris qu'on ne pouvait pas demander la fin du racisme et accepter le sexisme ou l'homophobie. Cela a donné une égalité de papier (c'est un début) entre blancs et noirs, mais aussi depuis peu cela a débouché sur l'ouverture du mariage aux couples de même sexe. Une première en Afrique, et bien avant la France. Alors que le pays auto-proclamé des droits de l'Homme fait l'inverse. Pire, au Sénat nos vieux privilégiés défendent le "modèle républicain" contre "le communautarisme anglo-saxon". C'est vrai que défendre la domination des hommes blancs riches hétérosexuels de plus de 55 ans est un combat héroïque, et que l'unité de la République demande que tous les autres soient ignorés, même quand on leur refuse un travail, un logement, un salaire égal, la possibilité de voter ou d'être élu(e), que la police, les services étatiques ou les administrations les maltraite ou les humilie. Une grande avancée, vraiment.

Heureusement l'Inter-LGBT se réveille enfin et lance une pétition "Pour une Europe sans aucune discrimination". Allez la signer sur http://www.inter-lgbt.org/petitions/?petition=2 et n'oubliez pas de l'envoyer à vos amis. Maintenant.

dimanche 4 mai 2008

Réactions à l'affaire Minvielle

Depuis la révélation par Têtu de l'affaire Frédéric Minvielle, déchu de sa nationalité pour avoir épousé un Néerlandais (ce n'aurait pas été le cas si l'un des deux avait été une femme), la presse s'est beaucoup intéressé à la question. Outre un passage du France 2, RTL ou France Info, le sujet a été couvert par la plupart des quotidiens français, du Monde au Figaro, Libération lui consacrant même un dossier spécial.
À l'étranger, la presse n'est pas tendre pour la façon dont la France a traité Minvielle. Le Times et CNN se moquent d'un gouvernement qui essaye à tout prix de ne pas aborder la question de l'accès des couples de même sexe au mariage. "Alors que l'histoire de progrès social et de fierté d'avoir donné naissance à la Déclaration universelle des Droits de l'homme ont été oubliées au profit de nations comme l'Espagne, la Belgique ou les Pays-Bas qui ont voté des lois progressistes sur les droits des gays, les Français ont pris un sacré retard." Mêmes sons de cloche en Allemagne au Süddeutsche Zeitung ou au Tagezeitung.
Les réactions côté néerlandais ne sont pas tendres à quelques mois de la présidence française de l'Union européenne: après un Nicolas Sarkozy plus mauvais élève de la zone euro, la presse se gausse aussi d'une France réactionnaire et arriérée, largement dépassée, même par une Espagne sortie depuis peu de la dictature. Même le très réactionnaire Telegraaf est choqué. Sur les forums, les Néerlandais appellent Frédéric à célébrer son nouveau pays et à oublier une France bien ingrate qui ne se souvient plus de son propre "Liberté, Égalité, Fraternité".
De son côté, le président du COC, Frank van Dalen, demande au gouvernement de renégocier avec la France tous les traités bilatéraux et préciser que les mariages sont "sexuellement neutres", ce qui pousserait la France à enfin reconnaître les mariages célébrés aux Pays-Bas, dont ceux entre personnes de même sexe. "Ainsi la France n'a pas à mettre en place un mariage ouvert aux gays chez elle, mais au moins peut-on éviter que de tels problèmes se reproduisent." Van Dale rappelle que de nombreux couples néerlandais résidant en France sont toujours considérés comme célibataires, et que cela entraîne de nombreuses discriminations concrètes pour ces personnes.

vendredi 2 mai 2008

Nationalité: les choses changent vite

La niouze que j'ai commencée sur ce Français déchu de sa nationalité pour s'être marié à un homme commence à prendre de l'ampleur. Alors qu'il y a trois jours le cas semblait désespéré, les choses changent vite: le gouvernement (donc le très dans le placard Hortefeux) "réexamine" le cas. Je savais qu'un peu d'attention média ne ferait pas de mal, mais je pensais que les médias généralistes ne s'intéresseraient pas à l'affaire. Si mon instinct m'a fait comprendre dans les premières secondes qu'on tenait un cas d'école intéressant qui relancerait éventuellement la discussion sur l'égalité des droits, je me suis trompé quant à la réaction médiatique, que j'aurais imaginé moins intense.
Je prépare une interview pour le prochain Têtu.
Si cela pouvait faire basculer l'opinion sur la question, ce serait fantastique. Seul silence assourdissant: ce lui du PS. C'en est embarrassant. Par contre, les forums sur internet ne m'ont pas déçu: la violence homophobe y est presque la règle. C'est assez effrayant.
Après dix ans aux Pays-Bas, il m'arrive souvent d'oublier la ringardise des Français, encouragés par une classe politique affligeante.


Homosexualité-droits-gouvernement-PaysBas-UE,PREV
Le cas de l'homosexuel déchu de la nationalité française réexaminé (PAPIER GENERAL)

PARIS, 2 mai 2008 (AFP) - Le ministère de l'Immigration a entamé "dès mercredi un réexamen juridique en diligence" de la situation de Frédéric Minvielle, déchu de sa nationalité française après s'être marié à un homme aux Pays-Bas, une mesure qui suscite depuis deux jours de vives réactions.
Le ministère de Brice Hortefeux a en effet précisé vendredi qu'il "travaille actuellement à la demande" de réexamen sans faire d'autre commentaire.
Installé aux Pays-Bas depuis 2002, Frédéric Minvielle, 37 ans, s'y est marié en 2003 et a acquis la nationalité néerlandaise en 2006. La France ne reconnaissant pas le mariage homosexuel, il s'est vu signifier par le consulat français en décembre 2007, la déchéance de sa nationalité française, une décision qu'il conteste.
"Je veux garder ma nationalité, c'est une question de principe. Je suis né Français, à Lorient, toute ma famille est en France. Je me sens rejeté par mon pays mais j'espère que mon cas fera jurisprudence pour changer la loi", avait déclaré mercredi à l'AFP M. Minvielle.
Dans un entretien au Parisien de vendredi, il se dit "blessé et indigné" par une telle décision.
Interrogé sur sa nationalité néerlandaise, il répond qu'il avait "envie de s'intéresser à (sa) terre d'accueil", qui est "un pays moderne, ouvert et tolérant, bien plus en avance que la France sur l'acceptation de l'homosexualité".
Selon une convention franco-néerlandaise en vigueur depuis 1985, tout ressortissant d'un des deux pays acquérant la nationalité de l'autre pays perd sa nationalité d'origine sauf en cas de mariage et de volonté expresse de conserver sa nationalité initiale.
L'annonce mercredi de la déchéance de la nationalité française de Frédéric Minvielle a déclenché une série de protestations véhémentes à deux semaines de la Journée mondiale contre l'homophobie le 17 mai.
Jeudi, SOS Homophobie s'est dite "scandalisée par cette décision particulièrement humiliante et symboliquement inexcusable" et a demandé au gouvernement "de réintégrer immédiatement cet homme dans la nationalité française".
Vendredi, la porte-parole du groupe PS à l'Assemblée Aurélie Filippetti a qualifié cette déchéance de "révoltante, violente et discriminatoire" et demandé "la révision de la convention franco-hollandaise".
De leur côté les Verts ont estimé que "la décision de l'administration française est très clairement homophobe et humiliante". Ils ont appelé le gouvernement à réintégrer Frédéric Minvielle dans sa nationalité française, tout en appelant "à la vigilance et à la mobilisation contre les discriminations envers les homosexuels".
Enfin, le conseiller régional divers droite Jean-Luc Romero (ex-UMP), également président d'Elus locaux contre le sida, s'est déclaré "scandalisé par une telle discrimination".
M. Romero "soutient la légitime demande de réintégration de M. Minvielle" dans la nationalité française et "demande solennellement au gouvernement d'assurer enfin l'égalité des droits entre homosexuels et hétérosexuels".
inf/pmg/ed/phi

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Vendredi soir, Rue 89 s'y met enfin:
http://www.rue89.com/2008/05/02/dechu-de-sa-nationalite-apres-un-mariage-homo-aux-pays-bas
Libé remet une couche:
http://www.liberation.fr/actualite/societe/324316.FR.php

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Depuis, les médias néerlandais s'y sont mis...
RTL Nieuws:
http://www.rtl.nl/(/actueel/rtlnieuws/opmerkelijk/articleview/)/components/actueel/rtlnieuws/2008/05_mei/02/opmerkelijk/0502_1115_Frans_homohuwelijk_nationaliteit.xml
Dans Trouw, le COC veut que le traité avec la France soit modifié, de façon à ce que les mariages célébrés aux Pays-Bas soient tous reconnus, même entre personnes du même sexe:
http://www.trouw.nl/laatstenieuws/laatstenieuws/article979741.ece/COC_wil_aanpassing_verdrag_Frankrijk
Même le très réac Telegraaf s'y met:
http://www.telegraaf.nl/binnenland/3915560/_Nationaliteit_kwijt_na_homohuwelijk__.html

Soutiens politiques à Frédéric Minvielle, Français déchu de sa nationalité

Alors que l'information, révélée par Têtu, est reprise par une grande partie de la presse nationale, Frédéric Minvielle, déchu de sa nationalité française parce que marié aux Pays-Bas à un homme (lire Quotidien du 29 avril) reçoit ses premiers soutiens politiques.

Aurélie Filippetti, porte-parole du groupe PS à l'Assemblée nationale, estime que Frédéric a été «honteusement déchu de sa nationalité française». «Cette décision est révoltante, violente et discriminatoire. Elle illustre le conservatisme de notre administration et de nos institutions. Je demande la révision de la convention franco-hollandaise de 1985 sur le mariage et la nationalité, tout comme celle de Strasbourg qui régit la double nationalité. La triste aventure de Fréderic Minvielle plaide une nouvelle fois pour l'instauration en France du mariage homosexuel. Une mesure qui symboliserait une République moderne garante de l'égalité entre tous les citoyens.»

Dans un communiqué, Jean-Luc Romero (ex-UMP) se déclare lui «scandalisé par une telle discrimination» et «soutient la légitime demande de réintégration de M. Minvielle» dans la nationalité française.

Depuis Amsterdam, Frédéric se confie à Têtu: «la France ne me respecte pas tel que je suis. Je suis traité comme un criminel. Que les autorités françaises aient encore un problème avec les couples de même sexe me dépasse», dit-il, tandis qu'aux Pays-Bas, «j'oublie que je suis homo». Avant l'intense médiatisation de son histoire, il raconte que ses amis français auraient aimé qu'il se taise, «qu'on passe sous silence cette histoire. Comme s'ils ne voulaient pas être confrontés à son absurdité. Ils préféreraient que je me taise plutôt que d'avoir honte de leur pays.» Il souhaite maintenant poursuivre son combat sur un plan judiciaire, afin de faire changer la loi et que la France reconnaisse l'égalité des couples homos et hétéros.

Retrouvez un portrait de Frédéric et la suite de l'interview dans le prochain numéro de Têtu, en kiosques le 21 mai.

http://www.tetu.com/rubrique/infos/infos_detail.php?id_news=12876