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samedi 13 décembre 2008

Meilleur ou pire

La hype du moment aux Pays-Bas, c'est la question du meilleur et du pire politicien de l'année. Cette année, on a Wouter Bos comme meilleur, et Gert Wilders comme pire. Plus ou moins l'inverse de l'année derniers. On retrouve dans le tiercé perdant Rita Verdonk, et chez les gagnants Alexander Pechtold. Bon, ça a la valeur qu'on accorde aux sondages. "Yawn..." (baillement) comme dit Lewis.
Plus intéressant est le changement qui a lieu dans le projections de voix et de sièges à la Deuxième Chambre: Rita Verdonk comme Gert Wilders se tassent sévèrement, les travaillistes remontent et les gentils partis (GroenLinks, D66) regagnent ce qu'ils avaient perdu récemment. Ça ressemble terriblement à une stabilisation de la politique néerlandaise: une extrême-droite présente mais pas dominante, une extrême gauche présente mais pas du tout en état de gouverner, des partis du centre qui ronronnent, allez vous coucher ma bonne dame, tout est sous contrôle.

Mon impression? Qu'une fois que les crises d'identité retombées, on s'occupe à nouveau de l'économie, et que le clivage gauche/droite recommence à faire sens. C'est une bonne nouvelle, parce qu'on va enfin pouvoir parler de choses sur lesquelles le gouvernement peut vraiment agir. La mauvaise nouvelle, c'est que les citoyens que l'extrême-droite et l'extrême-gauche avaient réveillés chacune à leur manière vont à nouveau se détourner de la politique. Les partis gouvernementaux doivent être soulagés, mais je ne sais pas si c'est vraiment une victoire pour la démocratie. Car, je vous le rappelle, la démocratie ce n'est pas la dictature de la majorité, mais bien le régime qui prend en compte aussi les minorités. Toutes. On en est encore loin.

lundi 1 décembre 2008

Attaques territoriales



Aujourd'hui, j'ai reçu le complément "spécial arrondissements" de la compilation annuelle que nous offre le service Recherches & Statistiques de la commune d'Amsterdam. Pas de changement majeur par rapport à l'année dernière, sauf que nous avons perdu 300 habitants: le remplacement des familles logeant dans le social par des bobos sans enfants dans des immeubles privatisés commence à avoir des conséquences.
L'autre chiffre intéressant, c'est qu'Oud Zuid est l'arrondissement à la fois le plus néerlandais, le plus français et le plus portugais de la ville. Les allochtones (pour une grosse moitié occidentaux, pour une petite moitié non-occidentaux) forment encore un tiers des habitants, malgré la politique des corporations immobilières de suburbanisation des allochtones.

Par ailleurs, nous sommes en pleines discussions sur l'avenir des arrondissements amstellodamois. Qui va annexer quel quartier, qui va se marier à qui, qui va disparaître, ce sont les questions du jour. Une commission indépendante est chargée de délivrer son rapport à la mairie centrale très bientôt. Deux souhaits de nos voisins de ZuiderAmstel nous sont désormais connus: ils aimeraient soit annexer un quartier de Zuid, soit fusionner avec nous. Nous n'avons pas vraiment envie de nous faire découper, alors qu'administrativement on se remet à peine de la fusion entre le Pijp et Zuid. Une fusion donnerait un arrondissement géant (probablement appelé "Zuid") de plus de 130.000 habitants, à comparer aux 31.484 habitants d'Oud West ou aux 30.045 de Bos & Lommer.
Politiquement, ils ont 23 élus, dont 7 PvdA, 6 VVD, 2 GroenLinks, 2 CDA, 4 (ex-)SP. Si rien ne changeait aux élections cela donnerait, sur un conseil de 52 membres, 17 PvdA, 13 VVD, 8 GroenLinks, 3 CDA. Les possibilités de coalitions avec GroenLinks seraient plus compliquées (il faudrait au moins un ou deux élus d'un autre parti), alors qu'avec le VVD ce serait plus facile. Mais bon, d'ici les élections de mars 2010, tellement de choses peuvent arriver, comme une grosse crise économique ringardisant la droite néo-libérale, que tout peut changer.
La décision finale sera prise avant les élections, et par le Conseil de la ville centrale. En tant qu'arrondissement, nous n'aurons pas notre mot à dire. Suspense...

mercredi 20 février 2008

C'est dur d'avoir raison avant tout le monde...



Je ne dis pas ça par prétention. Il est des sujets où je suis naturellement en avance sur les collègues tout simplement car c'est mon travail. Comme le faisait remarquer Leena il y a quelques jours à table avec son sarcasme habituel: "c'est vrai que tout le monde sait tout mieux que nous, après tout nous ne sommes que des sociologues, ce n'est pas du tout notre travail de comprendre comment la société fonctionne".
Il y a plus d'un mois j'avais tiré la sonnette d'alarme à propos des petits commerçants qui sont racketés par les propriétaires ("bon, à partir de la semaine prochaine, c'est 1000 euros de plus par mois"). On m'a pris pour un Français trop porté sur le drame. Lundi, un camarade du quartier chic rapporte que son vendeur de cigares se fait pareillement racketer, et là tout le monde trouve que c'est scandaleux. Parfois c'est fatigant, cette méfiance continuelle...

Politique gauche/droite
Dans la presse néerlandaise, une analyse que je partage totalement. Alors que les expulsions de sans-papiers continue de plus belle, que les logements sociaux sont transformés en appartements de luxe et que les services étatiques continuent à être privatisés de plus belle, au PvdA on essaye de nous faire croire qu'on est en train d'effectuer un virage à gauche. Genre...

Le chroniqueur politique du Trouw, Willem Breedveld, réfléchit lui aussi à l’évolution de la politique néerlandaise depuis Pim Fortuyn.
« Cela fait sept ans que j’attends l’arrivée triomphante de la nouvelle politique annoncée de toutes parts après l’assassinat de Pim Fortuyn, en vain jusqu’à maintenant. Et les électeurs semblent partager ce sentiment. Les partis qui ont endossé la responsabilité gouvernementale depuis cette époque - CDA, VVD, PvdA, D66 - ont tous vu leur électorat s’effriter. Sur les flancs, le SP, le PVV et l’invisible Verdonk ont les faveurs des électeurs. Mais pris individuellement ou collectivement (ce qui serait du reste impossible), ils sont incapables de reprendre les commandes. Une simple collaboration avec un des partis traditionnels serait même problématique. Si je considère l’ensemble de la période écoulée, force est de reconnaître que les gouvernements Balkenende II et III semblaient disposer de bons atouts : ils partageaient avec les électeurs l’aversion de la société multiculturelle, la redécouverte de la culture nationale (jusqu’à la limite de l’exclusion ou de l’assimilation des autres), la volonté de lutter contre la bureaucratie, de réformer le système polder et de se libérer d’une protection sociale étouffante : vive le marché, pour la santé publique , l’école et l’emploi ! Mais au grand étonnement de Balkenende, les électeurs n’ont guère apprécié sa nouvelle politique ni son ‘esprit de la VOC’ (Compagnie des Indes Orientales). Ce résultat a pour effet de rendre les gens prudents ... et cela nous conduit au gouvernement Balkenende IV : il ne manque pas de grands projets (quartiers difficiles, environnement, enseignement, sécurité) mais sa prudence l’empêche d’imposer ses idées. Et en fait nous aurions déjà pu le deviner lorsque le nouveau gouvernement a annoncé son intention de se mettre à l’écoute de la population. Cette fameuse population venait certes d’élire un nouveau parlement, elle avait du subir un gouvernement Balkenende III qui n’en finissait pas, et voilà que les communicateurs du gouvernement décidaient qu’elle pouvait bien encore attendre six mois. Ensuite, rien ne s’est arrangé : le droit de licenciement a été évacué de l’agenda, les ‘quartiers superbes’ ont sombré dans le bras de fer avec les corporations locatives, l’enseignement est plus oublié que jamais et les salaires des grands managers galopent. Nous assistons à ce que le philosophe français Cornelius Castoriadis appelle ‘l’impuissance de la politique’ : notre époque est incapable de se trouver une alternative et n’offre guère plus que la justification récurrente du capitalisme libéral, qui suscite de nombreuses interrogations dans l’opinion publique. Il faut reconnaître que ce gouvernement partage ses interrogations sur ce point ; mais j’ai du mal à comprendre son manque de conviction, ses hésitations : on veut sauver la planète en retirant de la vente les ampoules électriques ou en se chamaillant sur un moulin à vent ; on pinaille sur la morale ou sur la nécessité d’une lampe arrière sur les vélos. Mais c’est une alternative que nous attendons de ce gouvernement pas du raccommodage. »


Natalité
Je ne parle même pas de la politique familiale néerlandaise. La ChristenUnie a ouvert la discussion, mais nulle part je n'ai encore entendu comment les Néerlandais allaient se débrouiller pour alléger le fardeau de la maternité pour les femmes. Pas de crèche spéciale, pas d'aide à la petite enfance, toujours du temps partiel imposé pour les femmes et cette morale très Cuisine-Église-Enfants qui règne à tous les étages. Et intériorisée au point que quand on aborde le sujet les femmes sont d'une agressivité incroyable. Someone needs a shrink here...

Politique familiale
Le ministre de la Jeunesse et de la Famille, M. Rouvoet, « plaide pour une politique familiale active », indique le Trouw. « La politique familiale a traditionnellement été un tabou aux Pays-Bas. C’est pourquoi M. Rouvoet aborde le sujet avec beaucoup de prudence. Il en a toutefois parlé hier dans une interview accordée à De Pers : les familles néerlandaises devraient avoir davantage d’enfants afin de compenser les dépenses liées au vieillissement de la population. En dépit de la prudence des propos de Rouvoet, les réactions des parlementaires expriment une grande réticence : aucun groupe ne veut prendre de risque sur cette question. Rouvoet a fait le lien entre le chiffre de la natalité, trop faible à ses yeux et le vieillissement de la population ; la plupart des défenseurs d’une politique de natalité active font le lien entre le nombre d’enfants des familles autochtones et les chiffres de natalité beaucoup plus élevés dans les familles allochtones. L’ancienne députée VVD Ayaan Hirsi Ali s’exprimait ainsi en 2005 dans notre journal : ‘ le gouvernement garde le silence sur une évolution démographique inquiétante, avec d’un côté une population autochtone vieillissante et de l’autre l’afflux dans les grandes villes néerlandaises de familles allochtones qui ont beaucoup d’enfants. Le gouvernement trouve-t-il que c’est une bonne évolution pour lutter contre le fondamentalisme musulman ? Pourquoi n’y a-t-il aucune proposition dans le domaine de la politique familiale ?’. De même, l’universitaire Paul Scheffer, qui a lancé le débat sur la société multiculturelle, plaide dans son dernier livre (Het land van aankomst / le pays d’arrivée), pour une intervention plus active des pouvoirs publics. Tout comme Rouvoet, il relève le vieillissement de la population et la nécessité d’assurer une jeune génération qui puisse en supporter le coût ; mais lorsqu’il explique que l’alternative, pour faire augmenter les chiffres de la natalité (plus de population active immigrée) n’est pas une véritable solution, il rejoint Hirsi Ali : le population autochtone doit prendre ses responsabilités, estime Scheffer. La prudence du gouvernement néerlandais est exceptionnelle dans le contexte international : dans des pays comme la France, l’Italie ou l’Allemagne, l’Etat s’implique fortement dans les politiques familiales. »


http://www.ambafrance.nl/article.php?id_article=9324

mardi 8 janvier 2008

Europhobes et bêtes

J'ai extrêmement honte. Vous savez que je suis en Européen de fait mais aussi de cœur, ce qui ne veut pas dire non plus pro-eurocrate ou bruxellophile niais. Et pourtant c'est à cause de mon propre parti, le PvdA, que la proposition des centristes de faire flotter les drapeaux néerlandais et européen côte à côte sur le Parlement néerlandais a été rejetée. Quel symbôle c'eût été.
Le pire, c'est que je ne comprends pas pourquoi. Les Pays-Bas sont au cœur de l'Europe, que ce soit géographiquement, économiquement et culturellement, et l'Europe leur doit beaucoup comme ils doivent énormément à l'Europe. Depuis le "non" au référendum, mon parti se la joue europhobe, ça devient non seulement agaçant mais aussi contre-productif, voire franchement irresponsable. Nous sommes talonnés par les poujadistes europhobes du SP, et au lieu de nous en démarquer, on rentre dans leur logique nationaliste. Beurk, beurk, beurk. La honte.

http://www.medium4you.be/article.php3?id_article=2893

mardi 11 septembre 2007

Le nouvel Hirsi Ali?

Hier soir, j'étais assis à côté de Mariët en réunion de fraction. Elle avait avec elle le dernier NRC·Next qui titrait sur le Comité des Ex-Musulmans d'Ehsan Jami, qui entre-temps a suscité la création d'un autre Comité d'Ex-Musulmans (très proches du SP) qui ne sont pas d'accord avec lui. J'ai tellement été fasciné par ce qui a été écrit sur lui dans ce numéro qu'Hariët m'a découpé l'article.
Jami c'est cet élu travailliste local de 22 ans, d'origine iranienne, qui a clamé son droit de sortir de l'Islam (que je soutiens absolument), mais qui en a profité pour nommer le Coran "arriéré, vraiment arriéré", Mahommet "un criminel" et "un barbare" et Allah "un Dieu cruel", ce qui me paraît non seulement pas nécessaire, mais aussi contre-productif. Il a ensuite été agressé par trois jeunes, ce que je condamne aussi. Autant dire que le PvdA a caché sa joie et l'a soutenu de très très loin... Jami hurle donc que les travaillistes ont essayé de le faire taire, comme s'il s'agissait du SP. Il lance son comité aujourd'hui, le 11 septembre, bonjour le racourci un peu louche, et demande instamment au PvdA de pendre position sur le sujet, comme si on était un parti de culs-bénis hostiles à la laïcité!




Ce qui me fascine dans cet article, c'est non seulement le personnage, mais son entourage. On retrouve Afshin Ellian, un "professeur" totalement égocentrique, meilleur ami d'Ayaan Hirsi Ali, mais aussi Jos de Beus, autoproclamé intellectuel du parti, que je déteste pour le vide intersidéral de sa pensée, et qui a déclaré avoir voté CDA aux dernières élections (un parti chrétien, je le rappelle, bonjour la cohérence). Il y a aussi Ciska Dresselhuys qui pense que l'émancipation des femmes ne se fait que selon sa manière à elle (donc no foulard, c'est clair) et Theodor Holman (citation célèbre: Nog steeds vind ik iedere christenhond een misdadiger, "je trouve encore que chaque chien de chrétien est un criminel").
On retrouve non seulement les amis et "créateurs" de Hirsi Ali, mais aussi ses techniques: discussions sans fin sur sa fabuleuse personnalité, liste des attaques (réelles ou imaginaires) dont il est victime, menaces sur sa vie (il est donc un héros de la démocratie contre les méchants musulmans obscurantistes), provocation islamophobe qui ravit les cadres blancs de la droite néerlandaise (Gert Wilders l'adore déjà, le VVD se tâte encore un peu), et discours laïcard intégriste qui me rappelle Caroline Fourest et ses amis (voir ici).
Je suis moi-même très attaché à la laïcité, et ceux qui connaissent l'histoire familiale des Chambon et des Guéguen savent que la lutte contre les abus des religions est basée sur des situations personnelles dramatiques. Mais insulter les gens pour se faire mousser, c'est contre ma conception de la politique, même contre les méchants curés et les musulmans intolérants. Et puis, avec des amis comme ceux d'Ehsan Jami, plus besoin d'ennemis!

Pour résumer la situation, rien de mieux qu'un beau dessin. Celui de Joep Bertrams dans le Parool de lundi est fabuleux. Ça s'appelle "Martyr", bien sûr.

vendredi 31 août 2007

Modèle travailliste en question

J'ai été appelé par des socialistes européens aujourd'hui. Ils m'ont dit: "On attend de voir ce qui se passe au PvdA avant de commencer quoi que ce soit. On veut d'abord voir qui gagne cette bataille pour le pouvoir au sein du parti, maintenant que Bos est au gouvernement et qu'il est évident que sa stratégie a été la plus grosse raison de l'humiliation des dernières élections. Le résultat aura des conséquences sur le Bénélux, mais aussi en France, et probablement, en cascade, sur l'ensemble des pays européens."
Je résume, bien sûr. Ce n'est un secret pour personne que la droitisation du parti travailliste m'a rendu très malheureux. Au niveau national, mais aussi au niveau local, où la reprise sans critique de la fable néo-libérale pour justifier tout et n'importe quoi m'a révolté (voir les labels PvdA, Politique ou Oud Zuid). Dans ma fraction, il y a clairement une branche gauche et une branche droite, qui est pour beaucoup liée à la classe sociale. En gros, les riches sont de droite, les classes moyennes de gauche. Franchement cliché, mais c'est ainsi.
J'espère sincèrement qu'à défaut de reprendre le pouvoir (c'est toujours très compliqué, et le PvdA est un parti très difficile à gérer, avec de nombreux courants), l'opération "plumes rouges" va permettre de remettre les bonnes questions au centre du débat.

Dans la presse néerlandaise:
Le Volkskrant publie une tribune de Jacques Monasch, qui a pris la tête d’un groupe de socialistes favorables à un retour à une idéologie clairement marquée à gauche pour le PvdA : « il est temps de prendre un virage à gauche et de quitter la Troisième Voie ».
Selon M. Monasch, « la position de la social-démocratie en Europe est partout préoccupante, et aussi aux Pays-Bas où le PvdA ne cesse de baisser dans les sondages. Alors que dans les années quatre vingt dix, elle avait connu une renaissance miraculeuse sous le signe de la ‘Troisième Voie’. (...) Avec les coalitions ‘violettes’, le PvdA s’est subrepticement rapproché de ce mouvement de renouveau européen. Sur un certain nombre de sujets, le parti se distingue ainsi positivement de ses principaux concurrents électoraux : le SP a encore une approche simpliste de l’économie et dans les grandes villes, il s’oppose - de même que GroenLinks - à une politique de retour à l’activité des personnes bénéficiant d’une allocation sociale. Mais sur nombre d’autres questions, le renouveau n’apporte pas de réponse : la protection sociale a été assimilée à des citoyens peureux et une ligne de dépense pour l’Etat ; la globalisation est un processus inévitable, dont on met en valeur seulement les aspects positifs ; des thèmes de droite comme les privatisations et l’internationalisation ont été repris sans broncher et même encouragés par certains dirigeants du PvdA. (...)
La social- démocratie est pour nous plus qu’un mouvement destiné à renverser les obstacles et à oublier la protection des revenus moyens (pour ne leur apporter que des mesures d’urgence de type aide sociale ou projet subventionné). On ne bâtit pas un projet politique sur de simples filets de secours. Notre société moderne a toujours besoin d’arrangements de protections sociales à côté des arrangements stimulant la participation des citoyens. Le PvdA doit, plus que tout autre parti, être capable de proposer une combinaison de sécurité, d’émancipation et de perspectives d’avenir.
Les thèmes qui sont au cœur de notre initiative ‘plumes rouges’ doivent être les thèmes d’un PvdA moderne et progressiste : solidarité dans le domaine des revenus (...) ; maintien d’une législation protectrice dans le domaine du licenciement (...) ; lutte contre la pauvreté (...) ; préservation du critère humain comme mesure de toute chose (...) ; liberté d’expression (...). Et finalement, conformément à notre tradition internationale, nous demandons un débat sérieux sur la Constitution européenne, à l’issue duquel les électeurs devront être consultés par référendum.
Cela représente une rupture par rapport à la tradition de responsabilité gouvernementale du PvdA, qui pense trop souvent savoir ce qui est bon pour les citoyens. (...) Le vent de la politique s’apprête à souffler dans une autre direction, la Troisième Voie va être reléguée au passé. Une série d’études internes et le nouveau programme du parti n’ont pas permis de renouvellement notable. Le moment est venu pour les adhérents de faire savoir qu’ils souhaitent un changement d’orientation et d’organisation pour le plus grand parti social-démocrate des Pays-Bas. »
http://www.ambafrance.nl/article.php?id_article=8835

lundi 27 août 2007

L'héritage de Kok

On a dépeint dans la presse Jan Pronk comme un réac' de gauche, un affreux gauchiste partageux. En fait, le problème du PvdA n'est pas le passé de Pronk, mais le tournant libéral des années 1990, associé au gouvernement Kok, sans cadre intellectuel aucun, sans prospective, sans planification, et son approfondissement par Wouter Bos et ses amis avides de pouvoir. Je pense que je vais soutenir le mouvement "plumes rouges" parce que c'est un mouvement qui cherche en fin à faire sortir le parti de la fable néo-libérale sans pour autant tomber dans l'assistanat du SP. En même temps, je le vois au quotidien, les "supermodernes" avides d'économie de marché non-régulée n'ont aucune base leur permettant de comprendre l'économie, encore moins les nouvelles technologies. Une modernité un peu ringarde, finalement.

Dans la presse aujourd'hui:
Pour Michaël Zeeman, dans le Volkskrant, « Pronk va devoir effacer l’héritage de Kok ». « Il y a de grandes ressemblances entre les problèmes auxquels sont confrontés les sociaux-démocrates des différents pays d’Europe. (...) On impute généralement leur confusion idéologique aux événements de novembre 1989, avec la chute du Mur de Berlin. Celle-ci aurait mis un point final à toutes les idéologies. Mais est-ce bien le cas ? Dans les années quatre-vingt-dix, il y a une idéologie qui a pris le pas sur toutes les autres : celle du libre marché. Les sociaux-démocrates y ont contribué de toutes leurs forces, certainement pour ce qui est des Pays-Bas : adieu l’Etat Providence, adieu l’Etat arbitre, adieu la culture, adieu nous. On dirait qu’ils se sont laissé surprendre par l’évolution de la société, et cela est essentiellement dû à leur mauvaise préparation. Ils ont été pris par surprise par les grands thèmes des années quatre-vingt-dix : le développement des nouvelles technologies, des technologies de l’information et leurs conséquences sur l’économie : la mondialisation du marché et de ceux qui le dominent - multinationales et banquiers. L’immigration de masse. Dans notre siècle, celle-ci s’accompagne de la confrontation avec une autre religion, parfois hostile, l’Islam. Les sociaux-démocrates n’étaient préparés sur aucun de ces thèmes. Le PvdA n’a su y apporter qu’une réponse fataliste. La sociale-démocratie est moribonde. (...) Il est intéressant de ce point de vue, que le retraité Jan Pronk ait posé sa candidature à la présidence du PvdA : sa conscience sociale me semble beaucoup plus développée que sa discipline de parti. Ses ennemis - c’est à dire la liste de contacts du téléphone mobile de Wouter Bos - tentent de le dépeindre comme un représentant de ‘la vieille gauche’, un has been. Mais il est significatif que la liste des contacts SMS de Bos ne permette pas de lui opposer un challenger sérieux. Ces accusations sont donc un aveu d’impuissance. En ce qui concerne Pronk, il lui faudra moins affronter l’héritage de 1989 qu’effacer celui de Wim Kok. Les ‘plumes rouges’ sont une allusion aux ‘plumes idéologiques’ dont Kok a sciemment voulu se débarrasser. Pour Kok, gouverner voulait dire ‘gérer’. Il est intéressant de voir que les sociaux-démocrates s’apprêtent à confier cette tâche à un calviniste tumultueux ».
http://www.ambafrance.nl/article.php?id_article=8819

lundi 20 août 2007

Le parti travailliste sous les projos

Et bien, en voilà une rentrée politique: Pronk va enfin nous ramener à gauche, on se rend compte que les autres partis ont une grande bouche quand on parle d'Islam mais que seuls les travaillistes se mouillent vraiment, et finalement que Wilders est un poltron.

Dans la presse néerlandaise:
PvdA
a) Candidature à la présidence du parti

« Jan Pronk veut ramener le PvdA à gauche », explique le Trouw. « Jan Pronk, ancien ministre chargé du développement et du logement, a annoncé samedi qu’il se lançait dans la bataille de la présidence du PvdA. Surprenant, puisque avec ses 69 ans, il ne représente pas vraiment la jeune garde ; de plus, en 2002, il a choisi de se retirer afin de laisser la place aux jeunes. Maintenant, le social démocrate a changé d’avis, ‘parce que les jeunes le lui ont demandé, précise-t-il, en regrettant que le PvdA attire moins la jeunesse que d’autres forums politiques. ‘Simultanément, la vieille garde se montre déçue et se retire, il faut inverser cette tendance’.
« Avec cette candidature, le leader du PvdA, Wouter Bos, plus à droite, risque de se retrouver avec un poids lourd politique à ses côtés. Pronk est entré au parlement en 1971. A côté de cela, il a été 12 ans ministre du développement ; lorsque le poste lui a de nouveau été proposé par le gouvernement Kok II, il l’a refusé, trouvant les ambitions du gouvernement dans ce domaine trop modestes ; il est revenu en tant que ministre du logement, de l’aménagement du territoire et de l’environnement. Au sein du parti, il a également été très actif : on lui doit le rapport « Schuivende Panelen » (Panneaux coulissants) paru en 1987, dans lequel il demandait au Parti de revoir ses priorités ; c’est ce qu’il souhaite réaliser dans son rôle de président de parti. ‘Nous devons opter pour une politique de gauche affirmée ; les décisions qui ont été adoptées sont trop aisément oubliées’, estime-t-il faisant plus particulièrement allusion à des thèmes tels que l’enquête parlementaire sur la participation à la guerre en Irak. Si Pronk parvient à convaincre les adhérents, les sociaux-démocrates auront un président qui n’est pas particulièrement connu pour sa subtilité. Récemment encore il déclarait que dans ce gouvernement, le PvdA ’est à la remorque du CDA’. Il s’exprime également de façon critique sur Bos, qui combine la position de leader politique du parti avec celle de vice-premier et de ministre des finances : ‘il lui est impossible de tenir un langage réellement PvdA’. Son ton critique, son enthousiasme et sa vaste expérience lui permettent de compter sur le soutien de l’ancien maire d’Amsterdam Ed van Thijn, de l’ancien député Molenaar et du député Alma. Il faudra attendre le congrès d’octobre pour savoir s’il obtient le soutien des adhérents ».
Le Volkskrant prévoit des « étincelles » au cas où « Bos et Pronk se retrouveraient aux commandes du parti ». Pour Jan Pronk, « il faut demander une enquête sur la participation néerlandaise en Irak, viser à une répartition plus progressive des revenus, s’attaquer très sévèrement à la question des plus hauts salaires et il est inimaginable de flexibiliser les règles sur le licenciement (...) Selon le chroniqueur (PvdA) Marcel van Dam, ‘avec Pronk, le PvdA a une chance de redevenir un parti social-démocrate ; si quelqu’un peut faire changer les choses, c’est bien lui’. La jeune génération admire beaucoup Pronk, ce sont même les Jonge Socialisten qui ont donné à Pronk l’idée de présenter sa candidature ; pour le député Diederik Samsom, Pronk est ‘un candidat excellent et surprenant’, même s’il déplore que personne de la jeune génération ne soit disponible. »
Le commentateur Bert Wagendorp, dans sa chronique politique du Volkskrant, se réjouit d’avoir entendu M. Pronk annoncer : ‘si vous êtes d’accord avec moi, vous votez pour moi, sinon, vous votez pour un autre parti ! », y voyant le retour à un langage ‘comme on n’en avait pas entendu depuis longtemps au PvdA’ ».

b) Islam
« C’est toujours la faute du PvdA », titre le Trouw dans un article de son supplément Verdieping consacré à la discussion sur l’intégration aux Pays-Bas.
« Dès que le ton monte sur la question de l’Islam et de l’intégration, tout est toujours la faute du PvdA », estime Teun Lagas. « On juge ‘trop maigre’ l’argument de Wouter Bos selon lequel le PvdA serait le seul parti à mentionner dans son programme électoral la question de la liberté religieuse (...) Rien de bien nouveau sous le soleil : depuis un bon moment, le PvdA va d’incident en incident dès qu’il est question d’intégration et d’Islam : de la question arménienne à celle de la secrétaire d’état Albayrak critiquée, comme son collègue Aboutaleb, pour ses deux passeports jusqu’aux travaux pour un groupe de réflexion placé sous la houlette du roi du Maroc de la députée Arib. Lors des élections législatives de 2006, dans les quatre grandes villes, 80% des allochtones ont voté pour le PvdA : une masse de conseillers municipaux d’origine étrangère est entrée dans les mairies en surfant sur une vague de votes préférentiels. Lorsque Bos a fait prudemment remarquer que leur manque d’expérience pourrait provoquer quelques accidents politiques, les critiques se sont déchaînées.
La semaine dernière, le leader D66, Alexander Pechtold, reconnaissait partager totalement les critiques de Bos sur le style d’Ehsan Jami, qui semble faire une profession de foi de son rejet de la foi, mais cela n’empêche pas le D66 de faire remarquer malignement que le PvdA, ‘à chaque fois’, fait preuve de maladresse dans les questions d’intégration en changeant constamment d’avis. On n’accorde pas beaucoup de crédit à Bos, on lui jette vite la pierre. A la mairie de Tilburg, Ruud Vreeman estime que son parti fait généralement office de souffre- douleur sur ces questions : ‘sans vouloir être arrogant, nous sommes le seul parti à réunir autant d’origines ethniques. Avec un tel nombre de groupements allochtones, il est inévitable que nous nous retrouvions au cœur de la discussion. En outre, malgré la concurrence du SP, nous avons encore beaucoup d’adhérents dans la classe moyenne néerlandaise, blanche, qui travaille ; ils ne sont pas racistes, mais ils sont inquiets’.
« (...) ‘Un débat sur l’Islam, qu’est-ce que cela veut dire ? Nous avons des électeurs de religions différentes ; ils doivent pouvoir vivre leur religion en toute liberté et également la quitter en toute liberté’. Dans la dure réalité de la gestion municipale au quotidien, le PvdA aborde dans la pratique les questions d’intégration : ‘dans toutes les grandes villes où se posent ces problèmes, nous sommes aux commandes. Pour une grande partie, avec des échevins et des conseillers municipaux eux-mêmes d’origine allochtone. Cela veut automatiquement dire que le PvdA agit, la réalité nous contraint à faire des projets et à expérimenter ».

Geert Wilders
L’AD-Haagsche Courant relève que le député PVV Geert Wilders a refusé une discussion avec le Nederlandse Moslim Raad (Conseil musulman néerlandais). « Le NMR avait invité Wilders à la suite de son appel à interdire le Coran, mais celui-ci a déclaré samedi à l’AD qu’une telle rencontre ne servirait à rien, un tel débat étant à ses yeux impossible. ‘Nous aimerions que M. Wilders nous explique ce qui le dérange’, a fait savoir le président du Conseil musulman, A. Khairoun. ‘ Il multiplie les déclarations sur le Coran ; mais le Coran n’est pas un livre simple, on ne peut pas le survoler et affirmer qu’il engage tous les musulmans à tuer les non-croyants’. Khairoun s’étonne du refus de Wilders : ‘il est membre du Parti pour la Liberté, mais il ne nous accorde pas la liberté de réagir à ses déclarations. C’est dommage’. L’AD rappelle que Geert Wilders a de nouveau mis en cause le Coran samedi : en réaction aux multiples plaintes déposées contre lui pour incitation à la haine, il répond : ‘ce n’est pas moi qui incite à la haine, c’est le Coran’. Il qualifie cet ouvrage religieux de ‘fasciste’ ».
http://www.ambafrance.nl/article.php?id_article=8803

mardi 26 juin 2007

En voilà une sacrée victoire

Je suis malade comme un chien, à me traîner péniblement d'une pièce à l'autre, mais je suis assez en colère pour écrire un petit truc sur ce qui vient de se passer lors du dernier sommet européen. D'abord, même si je comprends que beaucoup de gens ont voté contre la constitution, avec de bonnes ou de mauvaises raisons, je vois bien que le "plan B" dont nous avait parlé l'extrême-gauche a fait long feu: Fabius, Bové ou Marijnissen sont bien silencieux ces derniers temps alors qu'ils nous avaient promis monts et merveilles. L'Europe sociale n'est pas là, mais l'Europe ultra-libérale (mais avantageant les grands groupes amis de Sarkozy, pas les petits entrepreneurs) a bien été renforcée avant-hier. En voilà une victoire: les symboles effacés (plus de drapeau ni d'hymne européen), pas un mot sur l'Europe sociale, la Grande-Bretagne fait son shopping institutionnel, un Polonais a au final plus de poids qu'un Allemand parce que les jumeaux polonais homophobes (dont un pédé dans le placard) sont germanophobes, et Sarkozy a gagné un grand marché vidé de tout début de politique sociale européenne.
Les Belges sont furieux. Les Néerlandais essayent de se convaincre qu'ils ont gagné ce sommet. Mais ils savent que c'est une fausse victoire: en quoi les Pays-Bas sortent grandis de l'absence de la couleur du drapeau dans un traité? Les Néerlandais ont voté "non" contre un processus autoritaire, contre l'absence d'Europe sociale, et contre leur gouvernement. Le processus est plus autoritaire que jamais, l'Europe sociale n'a jamais été aussi peu évoquée, et Balkenende en est à son quatrième gouvernement, avec mon propre parti comme alibi de gauche.
Que ce soit un ministre travailliste qui se déclare heureux de ce résultat, ça me dépasse!
Allez, je vais me recoucher...

mercredi 30 mai 2007

Liberté / sécurité

Je viens de lire dans le NRC Handelsblad d'hier un article d'opinion d'un jeune parlementaire du SP, Ronald van Raak, sur le libéralisme de plus en plus poussé du parti travailliste et des verts néerlandais. C'est assez perturbant, car je suis tout à fait d'accord avec son analyse. Selon lui, on confond la liberté et la liberté de choix. Pour résumer, les gens veulent choisir leur vie et ne pas être stressés tout le temps à essayer de survivre dans une société ultra-compétitive. Cela ne les intéresse pas franchement d'avoir à choisir un fournisseur de gaz ou une assurance maladie, ce qu'ils veulent c'est que le gaz leur arrive et des hôpitaux qui fonctionnent.
Derrière cette liberté de choisir se profile une société pseudo-libérale qui donne de faux choix aux gens: tu veux trop payer et être mal remboursé par l'assurance A ou l'assurance B? Tu veux la liberté d'accepter un boulot de merde mal payé ou la liberté de te suicider puisque l'assurance chômage produit de l'assistanat et doit donc être abolie? Tu veux payer, sans discussion plus large sur notre mode de consommation, le même prix ridicule pour le gaz "vert" (qui ne l'est pas) de la compagnie X ou de la compagnie Y? Pourtant, personne ne demande si on préfère une société pseudo-libérale à l'américaine, un modèle mixte à l'allemande, un Etat fort à la suédoise ou de la flex-securité à la danoise. N'est-ce pas là que s'opère le vrai choix?
Je ne sais pas où en est le SP sur la question (apparemment plus avancé que nous en tous cas), mais le PvdA nage en pleine fable libérale, à vouloir laisser faire un marché qui n'existe pas. Alors que de nombreux militants, cadres et électeurs ne suivent pas du tout cette logique pseudo-libérale. Va-t-il falloir attendre une victoire du SP à la soviétique pour que les travaillistes et les verts se réveillent?