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samedi 3 janvier 2009

Une crise plus grave aux Pays-Bas?



C'était probablement vers 2003 ou 2004. Je me rappelle de l'endroit, du bruit, des odeurs, de la discussion... c'était avec mon pote Laurent V, on parlait de l'économie alors qu'il me ramenait au Métro. Il jouait à la bourse, et disait déjà: "Je joue avec du vent. Ce qui se passe à la Bourse n'a aucun rapport avec la réalité économique. On va droit dans le mur mais tant que personne ne s'en rend compte, il ne va rien se passer. Je ne sais pas si ça va péter demain ou dans quelques années, mais ça ne va pas tenir, c'est impossible de continuer éternellement comme ça." Je voulais bien le croire, sauf que tout le monde disait le contraire, surtout aux Pays-Bas.

Depuis plus d'un an, on parle beaucoup des économies néerlandaises et islandaises avec mon pote X (qui souhaite rester anonyme, je me demande vraiment qui ça peut être...), qui est à Reykjavik depuis quelques temps déjà. On avait l'impression d'être deux paysans réactionnaires, à ne pas croire en la réalité du "miracle islandais" ou du modèle économique Polder. Même en étant très fort, en travaillant d'arrache-pied et en étant très futé, on ne peut pas passer aussi vite d'un mode de vie assez frustre à un tel débordement de richesse. "Je ne peux pas croire qu'ils aient trouvé la méthode miracle pour passer de la pêche et de l'agriculture de survie à un mode de vie californien avec Humvees et voyages autour de la terre plusieurs fois par an pour tous en une décennie."

De mon côté, je vois bien que l'enrichissement de beaucoup de Néerlandais ne provient nullement d'un travail accru ou d'une efficacité supérieure, mais pour beaucoup des miettes des différentes bulles spéculatives, et encore plus du crédit. Les politiques gouvernementales pour forcer les gens à placer leur retraite à la Bourse (qu'on le veuille on non, d'ailleurs) et acquérir leur logement a surtout eu pour conséquence de faire grimper les prix de l'immobilier, d'augmenter le taux d'endettement, surtout pour les classes moyennes et inférieures, et de faire perdre des centaines voire des milliers de milliards des retraites.
J'avais l'impression d'être un trotskiste anti-capitaliste primaire quand je trouvais que la confiance des Bataves en leur économie va bien au delà du raisonnable: "Laurent, tu vois tout en noir, l'économie financiarisée est vraiment moderne maintenant, on utilise des mathématiques de pointe. En plus l'économie néerlandaise est forte par essence. Il n'y a aucune raison que nous vivions une quelconque récession et les prix de l'immobilier ne vont pas baisser de sitôt."

Le culte que les Néerlandais vouent au Marché et à la fable libérale n'a cessé de me fasciner depuis la période du gouvernement de Wim Kok. Alors que leurs connaissances en économie sont plus que médiocres, ils s'obstinent à croire que le Marché est la réponse à tout, même lorsqu'il est plus qu'évident que ce n'est pas vrai: ils doivent désormais payer des fortunes sur 30 ans pour habiter les mêmes petits appartements en brique mal isolés qu'avant, leur santé s'est dégradée alors qu'ils payent plus que jamais des assurances privées qui ne remboursent presque rien, le système ferroviaire privatisé est mal entretenu, cumule les retards et coûte toujours plus cher, les fournisseurs d'énergie sont moins efficaces et plus chers qu'avant la privatisation, les fournisseurs télécoms (téléphonie, internet et télévision) sont reconnus comme des voleurs qui abusent les enfants, les pauvres et sont prêts à tout pour ne pas laisser le "Marché" pousser les prix à la baisse... Je ne parle même pas du fiasco de l'assurance maladie américaine ou du réseau ferré britannique dont tout le monde connaît l'histoire. Que faut-il donc qu'il arrive pour qu'on se rende compte que le Roi est nu?
Au risque de passer encore pour des Cassandres grincheuses, le dernier rapport du GEAB (lien) ne fait que confirmer nos intuitions de garçons modernes relativement éduquées en économie (tous les trois nous sortons d'un IEP): non seulement la crise au niveau mondiale durera au moins jusqu'à la fin 2010 (pour l'Asie et la zone Euro), mais pour les économies ultra-financiarisées (États-Unis et Grande-Bretagne) probablement jusqu'en 2018. Enfin, les pays ayant "investi" leurs retraites en Bourse auront un gros problème avec l'arrivée des baby-boomers à l'âge de la retraite, la plupart de ces "investissement" ayant été avalés par la crise.

Allez, en cadeau de début d'année, je vais jouer au Nostradamus franco-amstellodamois, et je vous livre mes intuitions, que j'espère fausses:
- Grosse montée du chômage en 2009, avec grosses catastrophes économiques aux États-Unis et au Royaume-Uni (grosses boîtes qui ferment, chute du marché immobilier, éventuellement banqueroute étatique plus ou moins contrôlée, forte baisse du Dollar et de la Livre) et un sale coup dur en zone Euro et en Chine
- Gros mouvements sociaux dans le monde. En Chine, soit une dérive fasciste ultra-nationaliste, soit des conflits sociaux très très violents. En Occident, beaucoup de tensions, et la naissance de plusieurs mouvements de protestation, probablement en France où la culture politique est plus développée qu'ailleurs. Si la gauche gouvernementale se réveille et canalise cela, on peut assister à une refonte de l'économie européenne et de l'État-providence. Sinon, gros conflits sociaux, violence étatique (aussi avec l'aide des nouvelles technologies) et délires d'extrême-gauche et d'extrême-droite en perspective.
- Baisse très forte de l'immobilier partout, peut-être plus limité dans les centre-villes historiques des grandes villes. On peut très bien imaginer beaucoup de faillites personnelles (comme en Angleterre il y a quinze-vingt ans) à cause de cette chute immobilière.
- Statistiquement, les périodes de "correction" sont facteur d'insécurité et on ne peut pas exclure des conflits armés, soit périphériques (en mode Israël/Palestine) pour occuper les peuples, soit interne, par exemple si les classes dirigeantes veulent maintenir leur train de vie à tout prix. Une Chine qui s'en prend à ses voisins pour canaliser la colère populaire est tout à fait envisageable. Ou des États-Unis maintenant un niveau de conflit raisonnable un peu partout pour justifier un complexe militaro-industriel bien trop cher financé par l'Europe et l'Asie...

Si quelques uns des kreukreusconautes souhaitent plus de détails, avec références et explications simples, vous savez comment me contacter, j'en ferai peut-être des messages ici-même, avec des chôlis schémas aussi clairs que possible. Les réactions intéressantes (même fortement divergentes) seront mises en ligne aussi, natuurlijk...

vendredi 2 janvier 2009

Politique locale: peut mieux faire

Pour fêter la fin de l'année, le journal amstellodamois Het Parool a choisi de bitcher sur les arrondissements, souvent source d'irritation pour les habitants de la capitale. C'est en effet les collectivités locales amstellodamoises qui sont n°1 du Top 10 des irritations, devant le ligne de métro Nord/Sud (prévue pour 2007, elle sera finie, au plus tôt, en 2015), la politique d'intégration (inburgering), et le Zuidas (la "ville nouvelle" de gratte-ciels spéculatifs au Sud de la ville)



Je comprends totalement ces irritations, mais il faut expliquer aussi pourquoi...

- La seule chose pour laquelle Oud Zuid est cité est l'histoire du mec qui avait peint sa maison en rose et a été obligé de la repeindre. En fait, moi je connais l'autre version de l'histoire: le mec avait peint sa maison dans le mauvais rose (Lewis a tout de suite tiqué: «c'est quoi ce f#cking rose pas beau?»), et quand l'arrondissement lui a demandé de la repeindre, il s'est mis en colère. Les fonctionnaires et l'échevin lui ont proposé qu'il s'engage à choisir la bonne couleur lors de la prochaine peinte ou s'il revend le bâtiment, mais il les a pris de haut et leur a fait un procès. Manque de pot, ce n'est pas l'arrondissement qui décide des couleurs, il ne fait qu'appliquer un règlement décidé par la Commission d'esthétique, un truc indépendant dont les avis sont généralement respectés pour leur bon sens esthétique et architectural. L'affaire a été jusqu'au Conseil d'État, ce qui a débouché sur l'obligation pour l'arrondissement d'appliquer le règlement et de forcer le mec à repeindre sa maison rapidos. Les médias décrivent ce mec comme une victime des fonctionnaires psychorigides de l'arrondissement, alors qu'il n'a fait que s'enfoncer avec son arrogance et un avocat un peu présomptueux... Il s'agit d'ailleurs d'une bonne illustration de changement de mentalité dans l'arrondissement, où les gens éduqués et les nouveaux riches pensent qu'ils peuvent gagner tous leurs procès parce qu'ils ont une grande gueule. S'ils connaissaient le système judiciaire néerlandais, ils sauraient que la thune et une grande gueule ne suffisent pas. N'est pas O.J. qui veut (et encore, il a été rattrapé lui aussi)...

- Le niveau du personnel politique local néerlandais est encore plus faible que celui des députés, ce qui en dit long sur les conséquences que cette nullité peut avoir sur les décisions publiques. Apparemment, Oud Zuid est de loin l'arrondissement où l'ambiance est la meilleure et où le Conseil est le plus compétent. C'est vrai que certains de mes collègues sont des gens biens, avec un certaine vision du bien commun. Mais parfois, je suis effaré du manque de connaissance et de préparation de certain(e)s collègues. Les contacts que j'ai eus avec mes homologues d'autres arrondissements ont été en général décevants: aucun charisme, manque de travail et de connaissance du sujet, manque de sérieux, aucune vision d'ensemble... Je pense qu'il faudrait rendre les places plus chères (augmenter les indemnités pour rendre le poste attractif, diminuer le nombre de sièges) mais aussi pousser les partis à avoir des procédures de recrutement mieux réalisées (quitte à les faire aider par des cabinets spécialisés) et surtout un suivi un peu plus strict. En gros, aujourd'hui, une fois élu, on peut faire ce qu'on veut, dont ne jamais siéger, sans contrôle aucun. Je trouve ça un peu limite...

- Je ne m'y connais pas assez pour juger ce qui s'est passé sur la ligne Nord/Sud du métro, par contre je vois très bien ce qui a merdé pour la politique d'intégration et le Zuidas: incompétence, populisme et manque de responsabilité. La politique d'intégration (inburgering) est une catastrophe, aussi bien au niveau national qu'au niveau local, avant tout parce qu'elle est le produit du désir pulsionnel d'une analphabète de la politique, notre chère Rita Verdonk. Le fait que la plupart des partis n'ont aucune réflexion sur l'intégration (mon propre parti est d'une nullité effrayante sur la question) a laissé le champ libre à l'extrême-droite et on en paye aujourd'hui le résultat. Comme personne ne soit vraiment responsable de quoi que ce soit, le fiasco en devient encore plus irritant.
En ce qui concerne le Zuidas, je trouve qu'il s'agit d'un projet pour homme blancs arrogants et riches de plus de 50 ans, avec le mauvais plan de financement, une architecture catastrophique, une vision du développement urbain datant des années 1950 et une offre qui ne correspond pas à une demande réelle. Ce qui m'ennuie, c'est que les Amstellodamois risquent de payer longtemps pour ce flop urbain. Là encore, j'aimerais comprendre qui a pris la décision, comment, et sous l'influence de qui...

- Quand on voit la liste des "méfaits" causés par les arrondissements, cela reste très très gentil: un élu s'est fait choper en voiture avec trop d'alcool dans le sang, le Centre voulait couper l'arbre d'Anne Frank, Zeeburg n'a pas mis des barrières assez tôt le long d'un canal (un mort), disputes diverses entre élus dans plusieurs arrondissements... Je pense que les plus grosses fautes sont avant tout causées par des décisions prises à La Haye ou dans l'entourage de notre maire, Job Cohen. Là est, selon moi, la plus grande faiblesse d'Amsterdam: aucun contre-pouvoir au maire et aux hauts-fonctionnaires, une responsabilité diluée, et un manque de vision à long terme des dirigeants assez préoccupant. Le fait que personne ne confronte Lodewijk Asscher à sa conception pour le moins curieuse de la ville du futur (une apartheid moderne, voir ici) montre que le PvdA n'est toujours pas en état de penser clairement... 

Mais bon, la démocratie est un système imparfait, une utopie vers laquelle il faut tendre en se corrigeant continuellement. Le fait que Het Parool puisse aller fouiller dans les poubelles de la politique et offre les actions des élus à l'éventuelle opprobre populaire est la preuve que la démocratie amstellodamoise n'est pas totalement morte.

Le sel de la démocratie sur Issuu

Ah, l'instabilité d'internet. Je teste maintenant un nouveau service, issuu, pour mettre ma thèse de doctorat à disposition du public. On va voir si ce service tient longtemps... On peut lire le document en ligne (la mise en forme est relativement agréable, surtout avec un grand écran), mais aussi le télécharger gratuitement... Le lien direct est ici.

mardi 23 décembre 2008

Ploumen n'a-t-elle rien compris?

Dire que j'avais voté pour Ploumen. Si seulement je pouvais retirer mon vote...
Ma copine Natasha m'a envoyé un article (lien) sur les dernières déclarations de la présidente du Parti Travailliste, Lilialle Ploumen, disant que les migrants qui deviennent néerlandais ne devraient garder que leur passeport néerlandais. Je ne vais pas revenir sur le fond de l'histoire, tant elle a été rabâchée. Je vais juste rappeler que les Pays-Bas sont le seul pays qui a un problème avec les nationalités multiples.
On en parlait dans la voiture vers Lille l'autre jour avec Lewis: pourquoi les Français ou les Américains se désintéressent-ils des multiples nationalités de leurs compatriotes alors que les Néerlandais nous font de telles grossesses nerveuses? Mon hypothèse est que les Français et Américains sont relativement à l'aise avec leur identité et n'ont pas de complexe d'infériorité. Au contraire, même, puisqu'ils jugent avec une certaine arrogance que seule leur nationalité compte, et que les autres ne sont que le produit des histoires collectives et familiales. À l'inverse, les Néerlandais ont un gros complexe d'infériorité et ont le besoin qu'on leur rappelle que si, quand même, on pense aussi à eux et au passeport néerlandais parfois.

Ceci dit, je suis extrêmement déçu par Ploumen. Je ne la connais pas du tout, j'ai juste entendu des rumeurs sur son éventuelle médiocrité, auxquelles je n'ai pas beaucoup prêté attention. Toujours est-il que si les crises de nerfs de Wilders ou de Verdonk sur les nationalité multiples collent assez bien avec leur personnage politique (xénophobe, populiste, bas du front), que la présidente du parti travailliste vienne se vautrer dans ces eaux sombres me met très en colère. 
Alors Lilianne, écoute moi bien: non seulement tu me fais honte, mais en plus, je le dis publiquement, si j'avais su que tu allais te comporter comme une cruche xénophobe de bas étage, non seulement je n'aurais pas voté pour toi, mais j'aurais fait campagne contre toi.

Le message envoyé à la direction du parti:
Beste Kameraden,
Ik heb met schamte ontdekt wat onze voorzitter Lilianne Ploumen heeft gezegd over migranten en hun dubbele nationaliteit. Ik vind het ongepast, ongewenst en echt gênant voor een progressieve Europese partij.
Of Lilianne heeft geen idee, en ze moet zich houden aan wat ze weet, of dat was een bewuste beweging, en ik vind het schandalig en vraag me waarom ik nog lid van de PvdA ben.
Wat is de politieke nut van zo'n verklaring? Wil de PvdA gaan jagen op de gronden van Wilders en Verdonk?
Wil de PvdA echt een hamonieuse intergatie of zijn de migranten alleen pionnen in een grotere politieke speel? Als socioloog en deskundige op de integratievraag kan ik geen goede verklaring vinden.
In elk geval verwacht ik of een snelle correctie, of een serieuse verklaring van onze voorzitter.
Vriendelijke groeten,
Laurent Chambon
(PvdA SDRaadslid Amsterdam Oud Zuid)


Article dans le NRC:
PvdA: migrant moet oude nationaliteit opgeven
Gepubliceerd: 23 december 2008 08:34 | Gewijzigd: 23 december 2008 10:28   ANP
Amsterdam, 23 dec. PvdA-voorzitter Lilianne Ploumen wil dat migranten die Nederlander willen worden alleen nog een Nederlands paspoort gaan dragen. Dat heeft ze vandaaag gezegd in een interview in de Volkskrant.
,,Loyaliteit heeft voor mij niets met nationaliteit te maken. Maar de greep van herkomstlanden moet verdwijnen. Om Nederlander te worden moet je je oude nationaliteit in principe opgeven'', aldus Ploumen.
Ze heeft een partijnotitie over integratie geschreven. Volgens haar is de PvdA te lang te tolerant geweest voor migranten. ,,De fout die we nooit meer mogen maken, is het inslikken van kritiek op culturen of religies omwille van de tolerantie''.

vendredi 19 décembre 2008

Quel gâchis



Pour protéger mon iTrash, on m'a recommandé de l'habiller de plastique ou de silicone. J'ai trouvé mon bonheur à la boutique Apple™ de Bruxelles, mais j'ai aussi commandé un étui en silicone sur internet. Il m'est arrivé une semaine plus tard dans cette magnifique boîte en carton... de l'autre bout de la terre. Hong Kong. Timbres magnifiques, d'ailleurs....
Mais pour une pochette qui doit peser 10 grammes à tout casser, n'est-ce pas du gaspillage? Même si les salaires sont moindres en Chine, arriver à un point où une micro-pochette en silicone doit arriver de l'autre côté de la planète pour économiser quelques euros de fabrication, c'est quand même absurde, non?
Ce n'est pas faute d'avoir essayé d'en trouver ici: tous sont importés de Chine. Au moment où les Italiens sont les rois du silicone (les moules à gâteaux en silicone rouge, rose ou bleu, c'est eux), est-on vraiment en état de marché libre et transparent si le seul fournisseur est si loin? 

Il y a quelques mois, pour la journée sans voiture, l'arrondissement et le centre de quartier avaient organisé un "boulevard vert" sur le marché pour présenter de nouveaux mode de locomotion moins avides de pétrole. Ce qui m'avait frappé, c'est moins le mythe de l'énergie verte (l'électricité est encore trop souvent produite selon des méthodes "sales"), que le fait que la plupart des machines (vélos électriques, scooters électriques, moteurs de bateaux électriques) sont fabriqués en Chine. Alors qu'il s'agit d'un des modes de transport de demain, l'Europe n'existe déjà plus. La honte totale, vraiment.

Bientôt sous l'eau?



Le Guardian est non seulement un des meilleurs journaux du monde, de loin, mais il lui arrive aussi d'avoir des choses vraiment très bien faites en ligne. Dans l'édition de mardi, une carte cliquable du monde interactive sur la production de dioxyde de carbone (lien). Tellement simple, tellement effrayant...
Ci-dessous, on voit la consommation en Europe avec les Pays-Bas sur-représentés, vu que ce sont les plus gros producteurs par habitant, loin devant l'Allemagne et la France. Non pas parce qu'ils produisent du gaz, par exemple, mais surtout parce qu'ils en consomment. C'est un de seuls pays où la production de CO2 régresse, mais vu le niveau, il n'y a pas matière à fierté.



Le plus monstrueux, ci-dessous, ce sont les États-Unis. Plus gros fournisseur du monde de gaz à effet de serre par habitant (et aussi en chiffres absolus). Ce n'est pas vraiment une surprise. Obama a du boulot en perspective.



Ces chiffres me confortent dans ma politique: aller aussi rapidement et efficacement que possible vers une ville zéro émission de CO2, avec les habitants et les industries. Quand j'explique aux gens que s'ils veulent des terrasses chauffés, autant laisser leur frigo ouvert, laisser la douche ouverte tout le temps ou la télé allumée aussi quand on n'est pas là, certains comprennent, mais d'autres sont encore en déni.
Ceci dit, vu la vitesse à laquelle les glaces des pôles fondent, la question sera résolue aux Pays-Bas... puisque le pays aura disparu. Si l'Antartique fond (une hypothèse pas folle du tout à moyen terme), le niveau des mers montera de 50m (cinquante mètres!). Même avec des super-digues, ce sera très très difficile de survivre en Hollande...

dimanche 14 décembre 2008

Je quitte le PS



Je suis membre du Parti travailliste néerlandais, et j'étais membre du Parti socialiste français. J'ai décidé de lâcher le parti socialiste français. C'est moins un problème que je pourrais avoir avec son programme (il n'y en a pas, malheureusement), qu'avec son fonctionnement interne.
J'avais expliqué le mode de désignation du président du parti travailliste, avec la méthode dite de Condorcet (voir ici). On vient de renouveler l'opération pour savoir qui va être la tête de liste travailliste pour les prochaines élections européennes: on indique nos candidats préférés dans l'ordre qui nous sied, et celui ou celle qui a le plus de voix est désigné(e) comme tête de liste. Cette méthode, qui existe depuis plusieurs siècles, permet de générer de la légitimité. On peut voter par internet, par téléphone ou par courier. Simple, non?

Le fait que le PS ne soit pas même en état d'imaginer que ce soit possible laisse entrevoir son mode de fonctionnement réel. La réaction des éléphants aux tentatives de Ségolène Royal d'ouvrir le parti à d'autres groupes de militants avec les adhésions à 20 euros, et la façon dont ces adhérents ont été ostracisés par les vieux adhérents en dit long sur la mentalité de forteresse assiégée qui y règne.
Je suis sensé être membre de la section de La Haye. Pour les élections du nouveau secrétaire du parti, il fallait que je me déplace à La Haye (plus de trois heures de porte à porte l'aller-retour) pour pouvoir voter. Dans une section aussi large (tous les Pays-Bas), pourquoi est-ce inimaginable de ne pas pouvoir voter autrement? Je leur ai écrit que c'était une méthode d'exclusion un peu dépassée en ces temps de "rassemblement", mais ils n'ont pas compris mes reproches, tout occupés qu'ils étaient à mesurer leurs motions et savoir comment faire avancer la leur... Dans cette fameuse section, la plupart des membres que j'y ai rencontrés sont avant tout obsédés par la France et les jeux politiques; les Pays-Bas ne les intéressent pas. Je pense, au contraire, que notre situation particulière, entre deux cultures et deux pays, fait de nous une boîte-à-idées, et que notre rôle n'est pas d'occulter le plat pays, mais au contraire de construire un relais politique et culturel entre les deux pays.
Pour le reste, notre relation consistait surtout à faire en sorte que je ne prenne pas trop de place et que je ne vole pas le "pouvoir" de notre présidente. Comme si je n'avais que ça à faire. Franchement... Je pensais qu'il faudrait plutôt construire un pont vers les Socialistes européens et le Parti travailliste. Mais, clairement, mes idées étaient inconvenantes, et je n'ai que très peu entendu parler de notre section par la suite. Ce qu'on m'a raconté sur d'autres sections ailleurs m'a beaucoup calmé: contrôle du "pouvoir", exclusion de ceux qui ne pensent pas comme il faut, coût d'entrée réel (autre que l'adhésion) montre que le parti n'est pas du tout un système démocratique, mais une machine à s'assurer de l'élection de quelques uns. Les aventures des intellectuels de gauche qui ont essayé de faire changer les choses ont bien montré ce qu'il en était réellement dans le parti: on leur a demandé de se taire et on les a physiquement empêchés de parler au congrès.
Quoiqu'on puisse penser d'elle, les propositions de Royal sur la démocratie interne me semblaient sages, et il est clair qu'elles ne seront pas prises en compte. Son contact avec de nombreux intellectuels de gauche (même si elle n'a pas su les inclure correctement lors des présidentielles) laissait présager un peu d'intelligence au service du peuple. La timide ouverture a fait long feu.

La crise au PS est une bonne parabole de la crise française qui dépasse largement les problèmes du parti: une élite qui a confisqué le pouvoir, se bat pour conserver ses privilèges et qui ne comprend même plus que les vrais problèmes dépassent le choix entre les motions A, B ou Z; un peuple qui a été exclu; des méthode antidémocratiques; et beaucoup d'arrogance. J'ai honte de l'UMP et de son attitude servile vis-à-vis de Sarkozy, mais j'ai encore plus honte du PS. Hors de question de légitimer un tel système par ma présence. Je ne lui souhaite même pas bonne chance, ce serait en faire mauvaise utilisation.

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Le texte de mon email envoyé ce soir à 23:57: «Je sousigné Laurent Chambon, né le 22 mai 1972 à Châtenay-Malabry (92), membre de la section de La Haye (Pays-Bas), déclare ne plus être adhérent au Parti socialiste à partir d'aujourd'hui. Je souhaite être rayé des listes d'adhérents, ne plus recevoir de couriers et ne plus être mentionné comme membre du parti. Fait à Amsterdam le dimanche 14 décembre 2008.»

samedi 13 décembre 2008

Meilleur ou pire

La hype du moment aux Pays-Bas, c'est la question du meilleur et du pire politicien de l'année. Cette année, on a Wouter Bos comme meilleur, et Gert Wilders comme pire. Plus ou moins l'inverse de l'année derniers. On retrouve dans le tiercé perdant Rita Verdonk, et chez les gagnants Alexander Pechtold. Bon, ça a la valeur qu'on accorde aux sondages. "Yawn..." (baillement) comme dit Lewis.
Plus intéressant est le changement qui a lieu dans le projections de voix et de sièges à la Deuxième Chambre: Rita Verdonk comme Gert Wilders se tassent sévèrement, les travaillistes remontent et les gentils partis (GroenLinks, D66) regagnent ce qu'ils avaient perdu récemment. Ça ressemble terriblement à une stabilisation de la politique néerlandaise: une extrême-droite présente mais pas dominante, une extrême gauche présente mais pas du tout en état de gouverner, des partis du centre qui ronronnent, allez vous coucher ma bonne dame, tout est sous contrôle.

Mon impression? Qu'une fois que les crises d'identité retombées, on s'occupe à nouveau de l'économie, et que le clivage gauche/droite recommence à faire sens. C'est une bonne nouvelle, parce qu'on va enfin pouvoir parler de choses sur lesquelles le gouvernement peut vraiment agir. La mauvaise nouvelle, c'est que les citoyens que l'extrême-droite et l'extrême-gauche avaient réveillés chacune à leur manière vont à nouveau se détourner de la politique. Les partis gouvernementaux doivent être soulagés, mais je ne sais pas si c'est vraiment une victoire pour la démocratie. Car, je vous le rappelle, la démocratie ce n'est pas la dictature de la majorité, mais bien le régime qui prend en compte aussi les minorités. Toutes. On en est encore loin.

jeudi 4 décembre 2008

Wifi.. ah, euh, heum, toi même!



Hier, Commission Transport & Entreprise (Verkeer & Ondernemen). C'était pas ça, vraiment. Tout d'abord, j'ai étudié les documents avec surprise, trouvant que vraiment je ne connaissais pas grand chose aux sujets... jusqu'à ce que je découvre qu'on m'avait envoyé les documents de la Commission Finances & Sécurité (qui a lieu la semaine prochaine). La photo ci-dessus le prouve. Juste quelques heures perdues pour rien, comme si je n'avais rien d'autre à faire.
Mais bon, je connaissais mon sujet, puisqu'on devait parler du wifi. Mon idée, dont j'ai déjà parlé sur ce blogue, est d'encourager les gens à partager leur wifi pour avoir moins de radiations, et inciter les cafés à proposer le wifi gratuit pour inciter les gens à ne pas utiliser ni wimax ni UMTS (qui ont des ondes très puissantes et méchantes). Rien d'obligatoire, juste une aide technique et un avis neutre pour les aider à ne pas se faire avoir par les vendeurs de KPN (ancien monopole d'État) et se retrouver avec des antennes qui ne marchent pas bien.

Je m'attendais à un débat intéressant. J'ai dû bien vite redescendre de mon nuage... La droite n'avait que le "marché" à la bouche, et quand je leur ai rétorqué qu'un marché (voir la définition d'un marché pur et parfait) doit pouvoir offrir la transparence de l'information, et donc que l'accès à l'information doit être possible à tous, la seule réponse à laquelle j'ai eu droit est flauwekul ("n'importe naouaque"), ce qui est vraiment un argument rationnel irréfutable. En gros la droite est contre l'intervention des autorités, même si cette intervention permettrait de s'approcher d'un marché parfait auquel ils disent aspirer. Je les aime bien, nos VVD, ils sont sympas et constructifs, mais là ils ont vraiment besoin d'un petit cours d'économie pour au moins être fidèle à leurs dogmes avec intelligence...
Les petits partis locaux, quant à eux, n'avaient aucune idée de quoi on parlait et ont essayé de nous rouler dans la farine avec des questions idiotes. C'était pas très malin, et c'en était franchement embarassant. Heureusement que nos partenaires de GroenLinks ont plein de neurdes dans leur parti et savaient exactement de quoi je parlais. Eux vont plus loin et pensent que l'arrondissement devrait installer des bornes. C'est une bonne idée, mais mes camarades de parti ne me suivront jamais dans une telle aventure, aussi parce que certains d'entre eux ne comprennent pas grand chose non plus, et puis parce que le parti travailliste est lui aussi contaminé par le mythe du marché-qui-n'existe-jamais.
La déception finale, ce fut l'échevin qui n'avait rien préparé et cela se sentait à des kilomètres. Heureusement, Willem Bos de l'association locale contre l'UMTS (lien), très à la pointe sur la question, est venu remettre les pendules à l'heure et a expliqué qu'un réseau dense de wifi était préférable à trois antennes wimaw ou UMTS pour la santé, que c'était un moindre mal si les réseaux étaient ouverts et que les gens partageaient leur antenne. Ouf.
C'était tellement affreux que j'en ai fait des cauchemars cette nuit. Des vrais rêves horribles qui vous réveillent. Plus concrètement, je vais venir avec une proposition commune avec GroenLinks en espérant qu'on ne va pas perdre encore un an avec des incompétants. Ah, dur la politique...

Après cela, on a parlé du mémo de D66 sur les crottes de chien. Les petits partis ont encore essayé de cacher leur nullité et leur manque de préparation en faisant des blagues éculées sur le fait que D66 n'avait rien de mieux à faire. Ah ah ah. (Not.) J'avais vraiment honte pour eux. Là encore, je vais voir avec le D66 (et GroenLinks, j'espère) comment les embarquer dans mon projet de tolérance envers les chiens sous appel et que ça débouche sur une initiative du Conseil. J'en reparlerai, natuurlijk.

lundi 1 décembre 2008

Attaques territoriales



Aujourd'hui, j'ai reçu le complément "spécial arrondissements" de la compilation annuelle que nous offre le service Recherches & Statistiques de la commune d'Amsterdam. Pas de changement majeur par rapport à l'année dernière, sauf que nous avons perdu 300 habitants: le remplacement des familles logeant dans le social par des bobos sans enfants dans des immeubles privatisés commence à avoir des conséquences.
L'autre chiffre intéressant, c'est qu'Oud Zuid est l'arrondissement à la fois le plus néerlandais, le plus français et le plus portugais de la ville. Les allochtones (pour une grosse moitié occidentaux, pour une petite moitié non-occidentaux) forment encore un tiers des habitants, malgré la politique des corporations immobilières de suburbanisation des allochtones.

Par ailleurs, nous sommes en pleines discussions sur l'avenir des arrondissements amstellodamois. Qui va annexer quel quartier, qui va se marier à qui, qui va disparaître, ce sont les questions du jour. Une commission indépendante est chargée de délivrer son rapport à la mairie centrale très bientôt. Deux souhaits de nos voisins de ZuiderAmstel nous sont désormais connus: ils aimeraient soit annexer un quartier de Zuid, soit fusionner avec nous. Nous n'avons pas vraiment envie de nous faire découper, alors qu'administrativement on se remet à peine de la fusion entre le Pijp et Zuid. Une fusion donnerait un arrondissement géant (probablement appelé "Zuid") de plus de 130.000 habitants, à comparer aux 31.484 habitants d'Oud West ou aux 30.045 de Bos & Lommer.
Politiquement, ils ont 23 élus, dont 7 PvdA, 6 VVD, 2 GroenLinks, 2 CDA, 4 (ex-)SP. Si rien ne changeait aux élections cela donnerait, sur un conseil de 52 membres, 17 PvdA, 13 VVD, 8 GroenLinks, 3 CDA. Les possibilités de coalitions avec GroenLinks seraient plus compliquées (il faudrait au moins un ou deux élus d'un autre parti), alors qu'avec le VVD ce serait plus facile. Mais bon, d'ici les élections de mars 2010, tellement de choses peuvent arriver, comme une grosse crise économique ringardisant la droite néo-libérale, que tout peut changer.
La décision finale sera prise avant les élections, et par le Conseil de la ville centrale. En tant qu'arrondissement, nous n'aurons pas notre mot à dire. Suspense...

dimanche 30 novembre 2008

Waterschappen: pas encore ça



Oui j'ai voté pour les waterschappen il y a une semaine, mais mon enthousiasme commence à se transformer en effroi: il n'y a aucun(e) allochtone sur aucune des listes, ce qui est quand même fascinant en 2008. Allochtone weblog est outré, à raison d'ailleurs.
Pire encore, le CDA ne présente que des hommes, aucun ne venant d'Amsterdam (c'est vrai que le CDA ne cartonne pas vraiment ici), mais c'est surtout deux partis qui commencent à sentir leurs oreilles siffler: la liste Eigen Woning en Water (Habitation particulière et Eau, un parti de propriétaires) et celle de la Socialistische Waterschapvereniging (Union socialiste des waterschappen, qui dit vouloir défendre les locataires) sont toutes deux fondées par un loulou vaguement escroc qui a réussi à être élu (deux sièges pour chaque parti, quand même).

En regardant les résultats (lien), on voit que la participation a été faible (18,2%, contre 20,1% en 2004) et que l'équilibre politique de la région est ailleurs: 5 sièges pour les verts de Water Natuurlijk (l'Eau naturellement), 3 pour le PvdA, 3 pour le VVD (dont Anne-Lize van der Stoel, ancienne échevine de l'arrondissement du Centre), 3 pour le CDA, 2 pour chacune des listes bizares sus-citées, 2 pour le Partij voor de Dieren (le parti pour les animaux), 1 pour la ChristenUnie, et 1 pour deux listes traditionnelles. 9 femmes sur 29 (31%) ce n'est pas mauvais, ni fabuleux non plus.
Rob van der Bijl m'a dit de ne pas trop perdre de temps là-dessus, tant cette institution est, d'après lui, amenée à disparaître. Trop ringarde, trop provinciale, trop masculine, pas assez efficace. L'ouverture aux partis politiques traditionnels (et un moyen de caser leurs éléphants) va-t-elle lui permettre de survivre?

vendredi 21 novembre 2008

Ah, la crise va peut-être venir ici aussi

Le système financier s'effondre, et d'après ce que j'ai compris on n'est pas sortis de la mouise, mais les Pays-Bas seraient totalement immunes. Bien sûr, à part le fait que l'économie néerlandaise est une des plus ouvertes d'Europe, qu'Amsterdam est devenue une ville ultra financiarisée, qu'on a privatisé une partie des systèmes de retraite (désormais investis en bourse) et le système maladie au nom du dogme libéral, que la spéculation immobilière a touché le pays plus encore que ses voisins, avec la bénédiction de l'État (il y a peu on voulait encore nous vendre un emprunt immobilier sur 30 ans sans remboursement du capital avec investissement en bourse...), et qu'un tiers des ménages néerlandais est surendetté, tout va bien!
Dans mon parti, quand je leur disais que leurs modèles immobiliers basés sur l'hypothèse d'une croissance infinie de l'économie et des richesses collectives et individuelles me paraissaient un peu casse-cou, on me traitait de râleur. Il suffisait que je leur parle de la pauvreté qui augmente dans les quartiers les plus déshérités de l'arrondissement pour que certain(e)s ne mettent à crier et à me couper la parole violemment. Outre le fait que certain(e)s camarades ont un problème (d'ordre psychiatrique) avec leur propre richesse et le manque de richesse de certains australoviciens, l'idée même d'une baisse de la croissance économique était un blasphème inacceptable. Sainte Croissance qui êtes aux cieux, sauvez nos placements!

Là, surprise... Wouter Bos parle enfin de récession. Même Lodewijk Asscher, pourtant un échevin d'un néo-libéralisme très enthousiaste et adepte d'une ville à deux vitesses (privilèges pour les riches issus du monde de la finance, bureaucratie pour les autres), commence à évoquer des possibles problèmes économiques pour Amsterdam. Il a même déclaré, ô surprise, que beaucoup d'amstellodamois pourraient sombrer dans la pauvreté. Eh, Lodewijk, smell the coffee, certains n'en sont même jamais sortis, de la pauvreté.
Quelle perspicacité, quand même, ils ont nos chefs, hein? Je me sens tellement en sécurité avec de tels devins de la finance, j'y crois à peine moi-même. (Not.)

Les homophobes ne sont pas qui on croit

Rappelez vous, il y a environ un an, panique: les jeunes "Marocains" sont homophobes. Ouh, vilaine culture musulmane homophobe. L'intégration est ratée, c'est terrible... Vite, Sainte Rita Verdonk, viens sauver les pédés! Ayaan, au secours!
En fait, on vient de le découvrir (ou on feint de le découvrir): 75% des actes homophobes sont perpétrés par des jeunes blancs issus des classes sociales inférieures. Des white trash, pour parler simplement. Cela ne m'étonne pas du tout: je n'ai jamais eu aucun problème avec les jeunes d'origine maghrébine ou turque alors que plusieurs fois j'ai surpris des remarques violemment homophobes venant de certains groupes indigènes. De la violence verbale à la violence physique, il n'y a qu'un pas...
D'après les chercheurs qui se sont penchés sur la question, il s'agit encore et toujours de jeunes hommes ayant du mal avec leur masculinité, et issus de familles à problèmes. "Duh", comme dirait Lewis. Comme si on ne le savait pas. N'importe quel pédé de base peut vous faire le profil de l'homophobe type, mais qui se soucie de nous écouter, hein?

Ce qui m'agace dans cette histoire, c'est qu'une fois de plus les pédés blancs issus des classes favorisés (l'ancien directeur du COC en tête) nous ont fait le plan des méchants Arabes homophobes, et qu'ils ont été suivis par la meute des politiciens à la recherche d'un bouc émissaire idéal. Le rôle des élites homo, c'est justement de s'attaquer à l'homophobie d'où qu'elle vienne, et surtout de ne pas céder à la xénophobie. Il faut attaquer l'homophobie à sa racine, et surtout ne pas se tromper de combat. L'ennemi, ce sont les conditions sociales et culturelles qui engendrent l'homophobie (problèmes familiaux, problèmes identitaires, problèmes personnels, dynamique de groupe, traditions homophobes dans divers corps de métiers...), pas une origine ethnique ou une religion.
Cela fait des années que je dénonce l'utilisation des violences homophobes par la droite nationaliste pour ostraciser des pans entiers de la population néerlandaise, alors que sa clientèle électorale est, à mon avis, tout aussi homophobe. J'avais l'impression de prêcher dans le désert. Voilà qu'une étude vient confirmer officiellement cette imposture. Il était temps...
D'ailleurs, je me dis parfois que dans ce genre de cas, des excuses publiques de la part des grandes gueules à la Verdonk, Hirsi Ali ou van Dale seraient tout à fait appropriés. On peut rêver, non?

jeudi 20 novembre 2008

Wifi sélectif


L'autre jour, je suis allé pour un déjeuner de travail à Smørrebrød avec mon Mac. Là-bas, malgré une réception wifi parfaite, impossible de se connecter. "L'antenne que m'a installé KPN [l'opérateur historique] ne marche qu'avec Windows™" me raconte alors le tenancier, après avoir fait joujou avec ma machine pour voir ce qui n'allait pas.
Quelques semaines avant, même mésaventure au Café Poef: antenne KPN, seulement Windows™. Aujourd'hui, je suis allé au Coffee Company, où j'ai écrit une partie de mon livre: plus de wifi. Il y a avait trop de gens avec leur ordinateur portable, vu que c'était le seul endroit du quartier avec wifi gratuit. Désormais, dans mon quartier, où une population éduquée et créative est suréquipé en Mac, il n'y a plus d'endroit où se connecter. Impossible de bosser tranquillement nulle part. Il faut rester chez soi, le fil à la patte.

Mon projet de wifi sera discuté bientôt en commission. Il est plus que temps. Les cafés du quartier se plaignent du baisse de leur chiffre d'affaire avec l'interdiction de fumer, mais il y est impossible d'y travailler en journée. Et quand ça l'est, ces parasites krypto-monopolistiques de KPN se débrouillent pour que seuls les PC équipés par le géant de Redmont puissent se connecter.
Un peu comme si les routes étaient réservées aux seules voitures et camions Renault, et encore que quelques unes soient payantes (et chères!), et d'autres en très mauvais état. Notre économie n'y survivrait pas. Et pourtant c'est exactement ce qu'on fait en ce moment avec le wifi. Comme quoi le coup du marché qui s'autorégule et qui est le plus à même d'offrir ce que les gens veulent est un gros mythe urbain qui est loin de se vérifier.

Concrètement, si la commission me soutient dans ma démarche, il va falloir que l'arrondissement aide les cafés à avoir un wifi gratuit surtout aux heures creuses (avant 17h) et surtout les aider à se sortir des griffes acérées de KPN pour s'assurer que leur réseau est accessible non seulement depuis Windows™, mais aussi avec un Mac (pour nos innombrables créatifs) ou un portable sous Linux, de plus en plus fréquents avec la vague des micro-portables. Encourrager un monopole à travers des installations limitées aux Windows est, d'ailleurs, tout à fait antilibéral. Mais venant d'un ancien monopole, est-ce vraiment surprenant? En gros, il ne s'agit pas de casser un marché, mais au contraire de l'ouvrir vraiment à la concurrence. On verra si le VVD et le D66 nous suivent sur cette question...

dimanche 16 novembre 2008

Waterschappen: je vote



Voilà, j'ai reçu une enveloppe avec le nécessaire à voter aux élections des waterschappen: un mode d'emploi, les détails de chaque liste, un bulletin de vote, et une enveloppe affranchie. Il suffit de rentrer son année de naissance, colorier la case de la liste choisie et du candidat pour lequel on souhaite voter. Dans l'enveloppe, et voilà.
Si vous recevez votre enveloppe, n'oubliez pas de voter!


vendredi 14 novembre 2008

Nous fabriquons des monstres

L'éducation des enfants est un sujet de discussion sans fin pour les étrangers vivant aux Pays-Bas: nos chères têtes blondes sont très souvent des monstres d'impolitesse, d'égoïsme et de gêne infinie pour tout le monde.
Natasha, dans son blogue (totalement addictif d'ailleurs) 24oranges, décortique par le menu pourquoi c'est encore possible: les parents néerlandais préfèrent que leur môme casse les pieds de tout le monde que devoir le confronter et le corriger. Beaucoup pensent encore que corriger les mauvaises attitudes des enfants est traumatique et va brider leur créativité.
Hurler, manger comme un cochon, se rouler par terre, terroriser les autres enfants, faire des colères pour obtenir ce qu'on veut n'est pas, à mon sens, une aide à la créativité, bien au contraire. Pour être très occupé à créer moi-même, je peux vous assurer qu'une culture bien bétonnée et un sens de la discipline personnelle est encore le meilleur moyen de réaliser ses rêves créatifs, sinon, cela reste du blabla et du rêve jamais réalisé.
Les Néerlandais ont du mal à croire que je tienne mon chien sous appel sans laisse ni violence: Martin a appris qu'il peut jouer et courir quand c'est possible, mais que s'il veut rester avec nous sans qu'on le mette en laisse, il doit rester près de nous et obéir quelques règles très simples. Il attend au feu rouge, s'assoit quand on lui demande, nous attend sagement à l'entrée des boutiques et ne mord jamais. En échange, on le nourrit, le protège, on ne le tape jamais, et on lui donne beaucoup de câlins. Il faut parfois le corriger, mais cela n'est presque plus nécessaire. Bien sûr, un petit humain est plus complexe et d'une interaction plus riche, mais le principe est étrangement identique dès qu'il s'agit de l'élever: en échange d'amour, de protection et de nourriture, on lui apprend des règles de plus en plus sophistiquées lui permettant de vivre en harmonie avec son environnement social et naturel.

Certaines discussions sur les enfants que nous avons parfois dans mon parti me choquent profondément. Beaucoup pensent que l'enfant s'éduque tout seul, le laissent choisir lui-même sa nourriture à tout moment et toute heure de la journée, et surtout rechignent à poser des limites. Je préfère ne pas m'énerver, mais ce n'est pas toujours facile.

Quand je reviens en France, je vois que les adultes se plaignent que les enfants d'aujourd'hui ne savent pas se tenir. Il arrive effectivement que des monstres mal élevés nous cassent les pieds (souvent des petits nouveaux-riches d'ailleurs), mais mon impression générale est, qu'au contraire, beaucoup de petits Français se tiennent très bien (surtout à table, je suis impressionné). Mon plus gros problème avec l'éducation à la française tient à la façon dont on corrige parfois les enfants: corriger et punir sont souvent confondus (la punition devrait être un outil qu'on peut éventuellement utiliser pour corriger, ce n'est en rien une obligation systématique), et surtout, violence et humiliation sont encore trop souvent utilisées. Les fessées et les humiliations publiques n'ont jamais rien arrangé à l'attitude d'un enfant, au contraire. Qu'on discute encore de la possibilité de laisser les parents battre leurs enfants pour les "corriger" me laisse pantois: on demande aux adultes de ne pas abuser des autres, mais on viole l'intégrité des enfants sans problème. Je parle des parents, mais aussi des enseignants, de la police, des autres adultes...

Entre le laisser-aller à la hollandaise et l'éducation humiliante à la française, je crois qu'il est possible de trouver un juste milieu: rappeler à l'enfant qu'il y a des règles de savoir-vivre à respecter, qu'il est des limites à ne pas dépasser, mais sans recourir à la violence ou à l'humiliation. Et si les parents veulent aider leurs enfants à être créatifs, pourquoi ne pas éteindre la télé et passer du temps à jouer avec eux, à chanter ensemble, danser, construire des objets, cuisiner, inventer des histoires avec des marionnettes, jouer avec des mots qui n'existent pas...?
Si une éducation stricte mais dénuée de violence est possible avec un chien (Martin: 35kg de muscle, 4 pattes, une vitalité sans limite et une gourmandise énorme), ça devrait pouvoir l'être avec un enfant, non?

jeudi 13 novembre 2008

Élections aquatiques ouvertes à tous: votez!



Cette semaine, ce sont les élections des waterschappen (les "agences de l'eau" en français d'après Wikipédia), ces organismes multiséculaires chargés de l'entretien des territoires humides néerlandais, fort nombreux vous le savez. Elles existent depuis le Moyen-Âge et sont à l'origine du modèle polder de concertation pacifique et d'égalité politique entre citoyens. Partout on nous appelle à voter, mais je n'ai rien reçu par la poste, si ce n'est un flyer m'invitant à me renseigner.
Sur leur site, il est dit que tout habitant de la zone de sa waterschap ayant plus de 18 ans peut voter. J'ai juste appris que je dépendais de la waterschap Amstel, Gooi & Vecht (chôli logo ci-dessus). J'ai donc appelé leur bureau pour savoir ce que je devais faire: après de longues concertations internes, il est apparu que seuls les possesseurs d'un passeport néerlandais ont le droit de vote. En cherchant avec les mots clefs approprés dans Google, il apparaît que c'est exact (lien). J'étais très très déçu jusqu'à ce que le service de presse des waterschappen (à qui j'avais laissé un message) m'assure que ce n'est pas vrai: quiconque est enregistré dans une commune, quelle que soit sa nationalité, est invité à voter. Les billets de votes sont partis hier, m'a-t-on dit, et donc tout le monde va recevoir sa carte par la poste cette semaine.

J'en ai profité pour répondre aux questions du site Kieskeurig sur ces élections (lien), et il en ressort que le parti dont je suis le plus proche est mon propre parti, le Parti travailliste (PvdA). En fait il est possible que j'en sois encore plus proche, sauf que je me suis abstenu de répondre à des questions techniques que je ne maîtrisais pas. Voilà le résultat graphique:



Petit détail qui m'a fait sourire: quand on appelle de numéro de renseignements des waterschappen, une voix nous dit en néerlandais: "si vous voulez parler avec quelqu'un en frison, tapez 1, sinon tapez 2." C'est bien la première fois que je vois le biliguisme officiel du pays de façon concrète.
Si vous habitez aux Pays-Bas et recevez une invitation à votez, remplissez votre devoir d'habitant de zone submersible: allez voter !

Ces histoires de nationalité



Ah, la question de la nationalité... Aujourd'hui, j'ai lu qu'un ex-président du Conseil italien était content que Carla Bruni ne soit plus italienne après qu'elle eût déclaré être contente d'être désormais française, suite à la remarque de Berlusconi sur le bronzage parfait d'Obama (quelle remarque de folle superficielle, d'ailleurs). Quel niveau...
Hier, Natasha la Canadienne m'a appelé pour me raconter comment, après dix ans dans le Royaume Submersible, en ayant appris la langue toute seule et s'étant construite une carrière sans aide publique, elle a reçu une lettre de son arrondissement lui demandant de venir pour un entretien afin de tester son néerlandais et d'apporter ses diplômes qu'on puisse parler perspectives d'emploi. La raison cachée est, apparemment, que les arrondissements paniquent après avoir vu que les lois Verdonk sur l'intégration sont inapplicables et ont surtout engendré un monstre bureaucratique, et que si elles ne prouvent pas rapidos qu'elles ont essayé de lever des clients, elles vont devoir rembourser des sommes énormes au Royaume de subsides non-utilisés.

Il y a quelques mois, c'était le sort de Frédéric Minvielle que j'avais soulevé, le pauvre ayant perdu sa nationalité française pour s'être marié à un homme et avoir acquis la nationalité néerlandaise. J'ai appelé l'IND (services de naturalisation néerlandais) pour savoir où on en était sur la question, après avoir passé un bon quart d'heure (c'était un numéro surtaxé, natuurlijk) à demander à ses collègues, mon interlocuteur m'a avoué que personne ne savait plus très bien à quoi s'en tenir en matière de double nationalité avec la France: «appelez les autorités françaises qui en savent peut-être plus que nous.»
J'ai appelé le consulat général à Amsterdam, et c'est confirmé: «à partir du 5 ou 9 mars 2009, je ne sais plus très bien, il sera possible de conserver sa nationalité française.» Attention cependant: cette possibilité ne vaut que pour les demandes de naturalisation déposées après cette date. Si on dépose sa demande avant, le vieux système prévaut: goodbye passeport cocorico.

Lundi soir, j'étais à un débat organisé par le parti travailliste au Krakeling (un théâtre pour enfants vraiment mignon) avec Wouter Bos, notre vice-premier et ministre des finances, lui-même en bonne compagnie avec Fatima Elatik («je serai la première mairesse marocaine d'Amsterdam»), Ahmed Marcouch et le président du COC. Remarques très pertinente de Wouter Bos: «Quand Obama a été élu, les Noirs américains n'ont pas dit 'fiers d'être noirs', ni 'fiers d'être africains-américains' mais tout simplement 'fiers d'être américains'. Quand Aboutaleb a été nommé maire de Rotterdam, les jeunes ont dit 'fiers d'être marocains'. Pourquoi pas 'fiers d'être néerlandais', après tout?» Effectivement...
Ce soir-là, le débat a été très intéressant mais a aussi révélé pas mal de choses. Tout d'abord, le nouveau directeur du COC, Wouter Neerings, a rappelé une chose: si on peut choisir sa religion, ses idées politiques ou ses engagements sociaux, on ne peut ni choisir son sexe, ni sa couleur de peau, ni son orientation sexuelle. C'est pour cela que les discriminations en fonction de ces critères 'innés' doivent être combattus avec force, mais aussi qu'en cas de conflit entre orientation sexuelle, couleur ou sexe d'un côté, et politique ou religion de l'autre, le premier doit primer: le droit de ne pas être discriminé ou insulté pour ce que l'on est doit primer sur le droit religieux ou politique. Ça faisait un moment que j'attendais que cet argumentaire soit utilisé en public. Bravo Wouter (l'autre).
Ensuite, il y a eu une discussion sur la religion, l'identité et la nationalité. Malgré les efforts de chacun, impossible de sortir du vocabulaire marocains/musulmans/néerlandais: les jeunes sont "marocains", la culture est "musulmane" et les blancs sont "néerlandais". Je n'ai pas pris la parole, j'en ai marre d'être le Français de service qui donne des leçons de modernité, mais le débat a au moins une génération de retard par rapport à la France ou aux États-Unis. Il est vraiment temps de désethniciser la nationalité néerlandaise. J'en parlais dans des articles il y a plusieurs années (lien et autre lien), mais depuis le débat n'a pas avancé d'un pouce. Il faudrait vraiment que la néerlanditude soit associé à une forme abstraite et généreuse de nationalisme (démocratie, pacifisme, tolérance, modernisme social) et non à une couleur de peau.

Bref, vous l'aurez compris, la question du nationalisme est encore une question brûlante en 2009. Moi qui rêve d'une nationalité européenne inclusive et progressiste, je ne sais pas si j'en verrai la couleur de mon vivant...

P.S. Vous noterez (voir la photo ci-dessus) que Martin le chien a la nationalité néerlandaise: il a un passeport néerlandais d'animal de compagnie. Les bébés poilus comme moyen d'ancrage au pays, c'est vraiment efficace...

mardi 4 novembre 2008

Une petit cure de Todd

Allez, on finit notre cure de Todd pour aujourd'hui deux extraits d'entretiens compilés par ContrInfo... Le premier sur l'anticapitalisme des Français (lien):

Pourquoi la résistance à la mondialisation semble-t-elle une exception française?

E. T. - La France ne fait pas exception. Simplement, si elle est faible du point de vue de la créativité en science économique par rapport aux pays anglo-saxons, elle produit et parfois exporte de la sociologie et de la révolte politique. Même les enfants d’immigrés y sont politisés comme nulle part ailleurs. Il y a chez nous une valeur égalitaire qu’il n’y a pas en Grande-Bretagne, liée à l’héritage des structures familiales. Outre-Manche, la primogéniture et le testament étaient en vigueur.

L’Angleterre est le pays des différences acceptées. A l’inverse, dès le XVIe siècle, la famille paysanne du Bassin parisien était fondée sur une valeur d’égalité féroce, comme c’était le cas à Rome sous le Bas-Empire. Si l’on comprend que nos schémas mentaux viennent de Rome, vous imaginez bien que ce n’est pas en quelques années que l’on va changer les moeurs françaises.

Du point de vue des immigrés, l’égalité n’est-elle pas seulement formelle ?

E. T. - Le rapport d’égalité permet de comprendre pourquoi le pourcentage des mariages mixtes est si élevé en France par rapport aux autres pays. Nous avons l’idée que les hommes sont les mêmes partout. La variable égalitaire permet de dire que, si les populations immigrées ne sont pas trop différentes en termes de moeurs, l’intégration sera plus facile qu’ailleurs. Sinon, il y a un potentiel de rejet très fort. C’est parce que la famille immigrée se désintègre plus vite en France qu’en Grande-Bretagne que les problèmes de délinquance y sont aussi importants.

C’est la raison du vote d’extrême droite ?

E. T. - A partir du milieu des années 80, les classes supérieures refusaient de constater que les milieux populaires avaient un problème avec les immigrés, avec le statut de la femme maghrébine. A l’époque, le discours des élites était optimiste, multiculturaliste, méprisant envers les classes inférieures. Aujourd’hui, les gens sont moins intéressés par l’immigration que par le chômage et les problèmes économiques, mais la droite ranime la thématique de l’immigration. Alors que ce n’est plus ce que les classes populaires ont prioritairement à l’esprit, les classes supérieures cherchent désormais des boucs émissaires. J’ai d’ailleurs le sentiment qu’est en train de s’opérer un renversement du même ordre pour la thématique sécuritaire.

Il y a une dizaine d’années, les classes privilégiées ne voulaient pas parler du problème de la sécurité dans les quartiers. Maintenant, alors que la société française voudrait entendre parler de modification des règles du jeu économique, elle n’a plus droit qu’à un discours sécuritaire, dont on constate pourtant à chaque élection qu’il ne paie pas électoralement.

L’impopularité actuelle de la droite est le résultat d’un programme sécuritaire. Mais il faut dire que, dans une société de plus en plus inégalitaire, les privilégiés vont vouloir jouir en toute sécurité de leurs richesses. La sécurité est peut-être en train de devenir l’obsession des gens d’en haut.

Ce sont les élites ou les autres classes sociales qui se sont refermées ?

E. T. - Si vous avez 1 % des gens qui font des études supérieures, et qu’ils sont disséminés sur le territoire, ils ne peuvent pas vivre en vase clos. S’ils constituent 20 % de la population, cela devient possible. Le système politico-médiatique et sondagier est un morceau de système social qui ne tient plus guère compte de la société.

Les études servent pourtant à effectuer des mesures à grande échelle.

E. T. - Les sondages d’opinion nous entretiennent dans une vision irréelle. Certains sont utiles, mais ils ne sont jamais validés lors des élections. Ils reflètent l’opinion journalistique commune. L’atteinte de l’opinion des milieux populaires est difficile en dehors des périodes électorales. Le combat titanesque à venir entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy n’existe que dans la tête des journalistes.

Et le deuxième sur la Russie (lien):

Le Courrier de Russie : A qui faut-il imputer la faute dans la crise géorgienne ? Aux Russes, aux Géorgiens ou aux Ossètes ?

Emmanuel Todd : Je propose d’observer le problème de la crise géorgienne d’une façon plus large, dans le cadre des enjeux géopolitiques internationaux. Il faut se rappeler qu’après la chute de l’URSS et le repli stratégique de la Russie, les Etats-Unis sont devenus l’unique superpuissance mondiale. Ils ont adopté, à partir de 1996-97 un comportement agressif vis-à-vis d’autres pays du monde. On en a vu les manifestations dans l’invasion de l’Irak, dans la campagne anti-iranienne de l’administration américaine ou encore dans l’attaque menée par Israël, pays satellite des Etats-Unis, au sud-Liban. La crise géorgienne n’est qu’une étape supplémentaire dans cette séquence agressive du système américain.

LCDR : Pourquoi une telle hostilité ?

E.T. : Les Etats-Unis se comportent de façon agressive parce qu’ils sentent leur puissance s’affaiblir. Le monde américain subit une crise économique, sociale et culturelle grave. L’effondrement financier actuel n’en est qu’une nouvelle preuve. Entre-temps, nous observons d’autres pays du monde regagner leur puissance. On assiste à une montée spectaculaire de l’Inde et de la Chine. On voit également le rétablissement de la Russie qui retrouve son équilibre économique et enregistre des taux de croissance élevés. Le monde change à grande vitesse, mais tous ne s’en rendent pas compte. On trouve encore beaucoup de gens inconscients du déclin industriel des Etats-Unis et de la fragilité de leur système. Ce fut justement le cas des Géorgiens qui se sont lancés dans la conquête de l’Ossétie se croyant soutenus par le camp « occidental » mais se sont retrouvés victimes de l’impuissance matérielle de leur allié américain. Mikhaïl Saakachvili a sous-éstimé la nouvelle capacité d’action de la Russie. Celle-ci ne souhaite pas voir l’OTAN s’installer à toutes ses frontières et n’hésite plus pas à utiliser son armée pour faire entendre son « non ».

LCDR : Croyez-vous que les Etats-Unis aient incité la Géorgie à attaquer l’Ossétie ?

E.T. : On ne sait pas exactement comment la décision a été prise et, probablement ne le saura-t-on jamais. Mais la vraie question, c’est comment la Géorgie a-t-elle pu s’imaginer qu’elle allait faire plier la Russie ? Comment Saakachvili a-t-il pu envoyer ses troupes en Ossétie, alors que la partie la mieux équipée de l’armée géorgienne était en train de soutenir les Américains en Irak ?

LCDR : Pourtant, la Géorgie a été écrasée par l’armée russe et les Etats-Unis, à supposer qu’ils ont effectivement joué un rôle dans le conflit, auraient dû prévoir ce scénario...

E.T. : Il faut se rappeler que l’on ne connaît toujours pas l’issue de la crise. Elle semble avoir conduit les Polonais à finalement accepter l’installation du système anti-missile américain sur leur territoire. Elle pourrait pousser les gouvernements européens à affaiblir leurs liens avec la Russie et se rapprocher encore plus des Etats-Unis. Qui sait si les stratèges américains n’ont pas espéré entraîner la Russie elle-même dans une séquence agressive, la conduisant à adopter une posture revancharde et conquérante nuisible à son statut international. L’administration américaine aurait pu sacrifier le pion géorgien pour améliorer sa situation sur la scène internationale. Les Américains jouent au poker, vous savez. Les Russes jouent aux échecs. Ils ont pris le pion géorgien, montré que l’Amérique ne les impressionnait plus, mais ils ont fait du maintien de relations paisibles et utiles avec l’Europe de l’Ouest leur priorité.

LCDR : Comment expliquer la réaction de l’Europe au conflit géorgien ?

E.T. : Les gouvernements européens sont pris dans un dilemme entre les intérêts de leurs peuples et ceux de leurs élites. Ce n’est pas un grand secret : les oligarchies occidentales sympathisent avec les Américains et soutiennent leur politique. Les peuples européens non. L’intérêt géopolitique de la France en tant que puissance moyenne et européenne serait une entente cordiale et stratégique avec la Russie.

LCDR : Pourtant, dans la société occidentale, on parle plus souvent de la menace russe...

E.T. : La Russie n’est pas une menace pour l’Europe de l’Ouest. Je dis consciemment « Europe de l’Ouest » parce que les Russes sont des Européens. La Russie a terriblement souffert de la deuxième guerre mondiale et ne cherchera pas, j’en suis convaincu, à déclencher de nouveaux conflits. La Russie a par ailleurs constaté, du temps de l’URSS, que l’Empire était une entreprise peu rentable. Son déclin démographique interdit de toute façon un fantasme expansionniste. La menace militaire russe est un mythe. La mise au pas de la minuscule Géorgie ne démontre pas que l’armée russe est toute-puissante. Elle démontre simplement que, dans le Caucase, la puissance militaire américaine n’existe pas.

LCDR : Mais outre la sécurité militaire, il existe la sécurité énergétique...

E.T. : Il ne faut pas oublier que la Russie et l’Europe de l’Ouest se retrouvent en état d’interdépendance. L’Europe a toujours besoin du gaz russe, mais la Russie a besoin des biens d’équipement européens, de technologies et de savoir-faire. Et ce n’est pas par hasard que les producteurs d’automobiles européens s’implantent en Russie et y travaillent avec beaucoup de succès.

Plan d'occupation des sols



Mercredi dernier, nous avions Conseil municipal. L'enjeu principal était le vote du nouveau plan d'occupation du sol pour le Quartier des Musées et de Valerius, un endroit truffé des luxueuses villas et d'immeubles datant pour la plupart du XIXe siècle. C'est un quartier privilégié qui ne connaît pas encore la crise et où le taux de pauvreté est proche de zéro, contrairement à d'autres quartiers de l'arrondissement.

Mes collègues Marc et Ron sont responsables de ce sujet qui m'intéresse beaucoup et font preuve de beaucoup de compétence. Ils avaient une motion sur laquelle je n'étais pas d'accord et c'est avec beaucoup d'hésitations que j'ai voté pour, sachant qu'on n'obtiendrai pas la majorité, ce qui a effectivement eu lieu: avec 14 voix pour et 14 voix contre, son vote est reporté au prochain Conseil.
En gros, la question est de savoir jusqu'à quel niveau on peut construire dans les parties non-protégées du quartier. D'un côté il y avait les Verts et le VVD qui voulaient qu'on puisse construire jusqu'au niveau de l'immeuble le plus élevé de chaque bloc, et nous qui voulions garder la hauteur actuelle. L'argument libéral est celui de la liberté d'entreprendre (lire=se faire plein de thune) et celui des Verts est que la ville doit se densifier.
Je suis d'accord avec les Verts, à un détail prêt: je suis pour que la ville se densifie autant que possible, mais que le style architectural soit respecté et qu'il n'y ait pas de destruction de batiments.

Mes deux camarades ont essayé de limiter la taille des bâtiments car il n'est pas rentable pour les spéculateurs de détruire pour reconstruire sans rajouter des étages. Je me retrouve donc coincé entre mon désir de densifier la ville et celui de ne pas voir des bâtiments de plus d'un siècle (allant de magnifiques à raisonnablement beaux) être remplacé par des choses énormes pour nouveaux riches. Les horreurs bling bling pseudo-vieux qui bordent désormais le Vondelpark dans la P.C. Hooftstraat montrent ce qu'il ne faut surtout pas faire.
Mon problème est aussi politique: on défend un quartier qui, il est vrai, est assez exceptionnel, mais on semble très peu se soucier d'autres quartiers, dont le mien. L'architecture du Pijp est une architecture simple et populaire, faite de maisons mal construites à la même époque mais qui a un caractère unique et une forte unité (photo ci-contre). La quartier a été massacré dans les années 1980 avec des immeubles comme le mien, et le massacre continue depuis. Prochain sur la liste: le Verbindingshoek, un ensemble d'immeubles à l'angle d'un bloc, qu'une des corporations privatisées veut détruire pour remplacer par des immeubles neufs.
Mon impression est que si les riches vivent quelque part leur environnement est protégé, mais dès qu'il s'agit de pauvres ou d'étrangers, la loi du plus fort et de la spéculation règne et quoiqu'on dise, tout le monde s'en moque.

Comprenez moi bien, je ne souhaite pas que le Quartier des Musées soit détruit parce qu'on massacre le Pijp, mais je trouve que si les riches voient leur quartier protégé dans leur particularité, il devrait en être de même pour les autres quartiers.
Il nous reste trois semaines pour que Marc et Ron viennent avec un bon compromis constructif...