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samedi 3 janvier 2009

Une crise plus grave aux Pays-Bas?



C'était probablement vers 2003 ou 2004. Je me rappelle de l'endroit, du bruit, des odeurs, de la discussion... c'était avec mon pote Laurent V, on parlait de l'économie alors qu'il me ramenait au Métro. Il jouait à la bourse, et disait déjà: "Je joue avec du vent. Ce qui se passe à la Bourse n'a aucun rapport avec la réalité économique. On va droit dans le mur mais tant que personne ne s'en rend compte, il ne va rien se passer. Je ne sais pas si ça va péter demain ou dans quelques années, mais ça ne va pas tenir, c'est impossible de continuer éternellement comme ça." Je voulais bien le croire, sauf que tout le monde disait le contraire, surtout aux Pays-Bas.

Depuis plus d'un an, on parle beaucoup des économies néerlandaises et islandaises avec mon pote X (qui souhaite rester anonyme, je me demande vraiment qui ça peut être...), qui est à Reykjavik depuis quelques temps déjà. On avait l'impression d'être deux paysans réactionnaires, à ne pas croire en la réalité du "miracle islandais" ou du modèle économique Polder. Même en étant très fort, en travaillant d'arrache-pied et en étant très futé, on ne peut pas passer aussi vite d'un mode de vie assez frustre à un tel débordement de richesse. "Je ne peux pas croire qu'ils aient trouvé la méthode miracle pour passer de la pêche et de l'agriculture de survie à un mode de vie californien avec Humvees et voyages autour de la terre plusieurs fois par an pour tous en une décennie."

De mon côté, je vois bien que l'enrichissement de beaucoup de Néerlandais ne provient nullement d'un travail accru ou d'une efficacité supérieure, mais pour beaucoup des miettes des différentes bulles spéculatives, et encore plus du crédit. Les politiques gouvernementales pour forcer les gens à placer leur retraite à la Bourse (qu'on le veuille on non, d'ailleurs) et acquérir leur logement a surtout eu pour conséquence de faire grimper les prix de l'immobilier, d'augmenter le taux d'endettement, surtout pour les classes moyennes et inférieures, et de faire perdre des centaines voire des milliers de milliards des retraites.
J'avais l'impression d'être un trotskiste anti-capitaliste primaire quand je trouvais que la confiance des Bataves en leur économie va bien au delà du raisonnable: "Laurent, tu vois tout en noir, l'économie financiarisée est vraiment moderne maintenant, on utilise des mathématiques de pointe. En plus l'économie néerlandaise est forte par essence. Il n'y a aucune raison que nous vivions une quelconque récession et les prix de l'immobilier ne vont pas baisser de sitôt."

Le culte que les Néerlandais vouent au Marché et à la fable libérale n'a cessé de me fasciner depuis la période du gouvernement de Wim Kok. Alors que leurs connaissances en économie sont plus que médiocres, ils s'obstinent à croire que le Marché est la réponse à tout, même lorsqu'il est plus qu'évident que ce n'est pas vrai: ils doivent désormais payer des fortunes sur 30 ans pour habiter les mêmes petits appartements en brique mal isolés qu'avant, leur santé s'est dégradée alors qu'ils payent plus que jamais des assurances privées qui ne remboursent presque rien, le système ferroviaire privatisé est mal entretenu, cumule les retards et coûte toujours plus cher, les fournisseurs d'énergie sont moins efficaces et plus chers qu'avant la privatisation, les fournisseurs télécoms (téléphonie, internet et télévision) sont reconnus comme des voleurs qui abusent les enfants, les pauvres et sont prêts à tout pour ne pas laisser le "Marché" pousser les prix à la baisse... Je ne parle même pas du fiasco de l'assurance maladie américaine ou du réseau ferré britannique dont tout le monde connaît l'histoire. Que faut-il donc qu'il arrive pour qu'on se rende compte que le Roi est nu?
Au risque de passer encore pour des Cassandres grincheuses, le dernier rapport du GEAB (lien) ne fait que confirmer nos intuitions de garçons modernes relativement éduquées en économie (tous les trois nous sortons d'un IEP): non seulement la crise au niveau mondiale durera au moins jusqu'à la fin 2010 (pour l'Asie et la zone Euro), mais pour les économies ultra-financiarisées (États-Unis et Grande-Bretagne) probablement jusqu'en 2018. Enfin, les pays ayant "investi" leurs retraites en Bourse auront un gros problème avec l'arrivée des baby-boomers à l'âge de la retraite, la plupart de ces "investissement" ayant été avalés par la crise.

Allez, en cadeau de début d'année, je vais jouer au Nostradamus franco-amstellodamois, et je vous livre mes intuitions, que j'espère fausses:
- Grosse montée du chômage en 2009, avec grosses catastrophes économiques aux États-Unis et au Royaume-Uni (grosses boîtes qui ferment, chute du marché immobilier, éventuellement banqueroute étatique plus ou moins contrôlée, forte baisse du Dollar et de la Livre) et un sale coup dur en zone Euro et en Chine
- Gros mouvements sociaux dans le monde. En Chine, soit une dérive fasciste ultra-nationaliste, soit des conflits sociaux très très violents. En Occident, beaucoup de tensions, et la naissance de plusieurs mouvements de protestation, probablement en France où la culture politique est plus développée qu'ailleurs. Si la gauche gouvernementale se réveille et canalise cela, on peut assister à une refonte de l'économie européenne et de l'État-providence. Sinon, gros conflits sociaux, violence étatique (aussi avec l'aide des nouvelles technologies) et délires d'extrême-gauche et d'extrême-droite en perspective.
- Baisse très forte de l'immobilier partout, peut-être plus limité dans les centre-villes historiques des grandes villes. On peut très bien imaginer beaucoup de faillites personnelles (comme en Angleterre il y a quinze-vingt ans) à cause de cette chute immobilière.
- Statistiquement, les périodes de "correction" sont facteur d'insécurité et on ne peut pas exclure des conflits armés, soit périphériques (en mode Israël/Palestine) pour occuper les peuples, soit interne, par exemple si les classes dirigeantes veulent maintenir leur train de vie à tout prix. Une Chine qui s'en prend à ses voisins pour canaliser la colère populaire est tout à fait envisageable. Ou des États-Unis maintenant un niveau de conflit raisonnable un peu partout pour justifier un complexe militaro-industriel bien trop cher financé par l'Europe et l'Asie...

Si quelques uns des kreukreusconautes souhaitent plus de détails, avec références et explications simples, vous savez comment me contacter, j'en ferai peut-être des messages ici-même, avec des chôlis schémas aussi clairs que possible. Les réactions intéressantes (même fortement divergentes) seront mises en ligne aussi, natuurlijk...

vendredi 2 janvier 2009

Le sel de la démocratie sur Issuu

Ah, l'instabilité d'internet. Je teste maintenant un nouveau service, issuu, pour mettre ma thèse de doctorat à disposition du public. On va voir si ce service tient longtemps... On peut lire le document en ligne (la mise en forme est relativement agréable, surtout avec un grand écran), mais aussi le télécharger gratuitement... Le lien direct est ici.

jeudi 1 janvier 2009

Noël en Normandie



Cette année, au lieu de se la jouer shopping compulsif stressant et bonheur familial obligatoire névrosé, nous avons fêté Noël chez Didier en Normandie (avec son mari). Pas de cadeau, pas de bouffe chère, pas de grands crus classés, mais des grandes ballades dans les Alpes Mancelles (coucou aux vaches qui font du bon Camembert), beaucoup de bains dans la rivière pour Martin, du poulet à la bergamotte, du cidre doux, des grandes salades et pas mal de discussions passionnantes sur l'Amérique (que Didier adore), les folles, internet, le prochain coup d'Apple, notre site en construction, les grandes tendances économiques, la House et les poils d'Alec Baldwin.
En plus il a fait beau, la Lestrade a réussi avec un talent incroyable à transformer sa vieille ferme normande en lieu magnifique digne d'un magazine de décoration, et on avait le wifi. Que demande le Peuple, je vous le demande.


dimanche 14 décembre 2008

Je quitte le PS



Je suis membre du Parti travailliste néerlandais, et j'étais membre du Parti socialiste français. J'ai décidé de lâcher le parti socialiste français. C'est moins un problème que je pourrais avoir avec son programme (il n'y en a pas, malheureusement), qu'avec son fonctionnement interne.
J'avais expliqué le mode de désignation du président du parti travailliste, avec la méthode dite de Condorcet (voir ici). On vient de renouveler l'opération pour savoir qui va être la tête de liste travailliste pour les prochaines élections européennes: on indique nos candidats préférés dans l'ordre qui nous sied, et celui ou celle qui a le plus de voix est désigné(e) comme tête de liste. Cette méthode, qui existe depuis plusieurs siècles, permet de générer de la légitimité. On peut voter par internet, par téléphone ou par courier. Simple, non?

Le fait que le PS ne soit pas même en état d'imaginer que ce soit possible laisse entrevoir son mode de fonctionnement réel. La réaction des éléphants aux tentatives de Ségolène Royal d'ouvrir le parti à d'autres groupes de militants avec les adhésions à 20 euros, et la façon dont ces adhérents ont été ostracisés par les vieux adhérents en dit long sur la mentalité de forteresse assiégée qui y règne.
Je suis sensé être membre de la section de La Haye. Pour les élections du nouveau secrétaire du parti, il fallait que je me déplace à La Haye (plus de trois heures de porte à porte l'aller-retour) pour pouvoir voter. Dans une section aussi large (tous les Pays-Bas), pourquoi est-ce inimaginable de ne pas pouvoir voter autrement? Je leur ai écrit que c'était une méthode d'exclusion un peu dépassée en ces temps de "rassemblement", mais ils n'ont pas compris mes reproches, tout occupés qu'ils étaient à mesurer leurs motions et savoir comment faire avancer la leur... Dans cette fameuse section, la plupart des membres que j'y ai rencontrés sont avant tout obsédés par la France et les jeux politiques; les Pays-Bas ne les intéressent pas. Je pense, au contraire, que notre situation particulière, entre deux cultures et deux pays, fait de nous une boîte-à-idées, et que notre rôle n'est pas d'occulter le plat pays, mais au contraire de construire un relais politique et culturel entre les deux pays.
Pour le reste, notre relation consistait surtout à faire en sorte que je ne prenne pas trop de place et que je ne vole pas le "pouvoir" de notre présidente. Comme si je n'avais que ça à faire. Franchement... Je pensais qu'il faudrait plutôt construire un pont vers les Socialistes européens et le Parti travailliste. Mais, clairement, mes idées étaient inconvenantes, et je n'ai que très peu entendu parler de notre section par la suite. Ce qu'on m'a raconté sur d'autres sections ailleurs m'a beaucoup calmé: contrôle du "pouvoir", exclusion de ceux qui ne pensent pas comme il faut, coût d'entrée réel (autre que l'adhésion) montre que le parti n'est pas du tout un système démocratique, mais une machine à s'assurer de l'élection de quelques uns. Les aventures des intellectuels de gauche qui ont essayé de faire changer les choses ont bien montré ce qu'il en était réellement dans le parti: on leur a demandé de se taire et on les a physiquement empêchés de parler au congrès.
Quoiqu'on puisse penser d'elle, les propositions de Royal sur la démocratie interne me semblaient sages, et il est clair qu'elles ne seront pas prises en compte. Son contact avec de nombreux intellectuels de gauche (même si elle n'a pas su les inclure correctement lors des présidentielles) laissait présager un peu d'intelligence au service du peuple. La timide ouverture a fait long feu.

La crise au PS est une bonne parabole de la crise française qui dépasse largement les problèmes du parti: une élite qui a confisqué le pouvoir, se bat pour conserver ses privilèges et qui ne comprend même plus que les vrais problèmes dépassent le choix entre les motions A, B ou Z; un peuple qui a été exclu; des méthode antidémocratiques; et beaucoup d'arrogance. J'ai honte de l'UMP et de son attitude servile vis-à-vis de Sarkozy, mais j'ai encore plus honte du PS. Hors de question de légitimer un tel système par ma présence. Je ne lui souhaite même pas bonne chance, ce serait en faire mauvaise utilisation.

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Le texte de mon email envoyé ce soir à 23:57: «Je sousigné Laurent Chambon, né le 22 mai 1972 à Châtenay-Malabry (92), membre de la section de La Haye (Pays-Bas), déclare ne plus être adhérent au Parti socialiste à partir d'aujourd'hui. Je souhaite être rayé des listes d'adhérents, ne plus recevoir de couriers et ne plus être mentionné comme membre du parti. Fait à Amsterdam le dimanche 14 décembre 2008.»

vendredi 5 décembre 2008

Archive surprise

J'ai trouvé par hasard la vidéo d'un programme de France 24 auquel j'avais été invité. Pour le fun...

mardi 25 novembre 2008

CJR013: Si tu m'aimes encore



Notre nouvelle chanson s'appelle 'Si tu m'aimes encore', elle est chantée par Lewis en français, et va sortir prochainement sur toutes les plateformes numériques. Entretemps, il est possible de la télécharger gratuitement ici: http://www.digitaldeejay.com/media-Situm39aimesencore-Original
Cela ne va pas durer, alors profitez-en. L'idée était de mélanger la renaissance anglaise, le blues, l'électro, la variétoche française et le disco. Chacun y retrouvera ses petits... Eddy de Clercq nous prépare sa version (überdisco, pour très bientôt). La pochette est signée Pierre Marly (Islande), le mastering Teemu Myyryläinen (Finlande).

Merci à Ta·Mi·Yo, Laurent V., Eddy, Pierre, Didier, Patrick, Geneviève, Jérôme, Aaron-Carl, Orcinus, Hank, Xavier, Christophe et Natasha pour leur oreille. Les paroles: Si tu m'aimes encore / Va vivre à l'autre bout de la terre / Si tu m'aimes encore / Cesse donc de me dire que tu m'aimes // J'ai attendu des jours entiers / Prêt à tout faire tout sacrifier / Prêt à te suivre à tout jamais / Mais tu n'en faisais rien / Tout ce temps tu m'as trompé // Si tu m'aimais alors / Pourquoi avoir été si cruel / Si tu m'aimes encore / Reste superficiel // J'ai attendu des jours entiers / Prêt à tout faire tout sacrifier / Prêt à te suivre à tout jamais / Mais tu n'en faisais rien / Tout ce temps tu m'as trompé // (Si tu m'aimes encore) // Ton cœur brisé ne soigne pas le mien / Si tu m'aimes encore / Va t'en prendre le premier train // J'ai attendu des jours entiers / Prêt à tout faire tout sacrifier / Prêt à te suivre à tout jamais / Mais tu n'en faisais rien / Tout ce temps tu m'as trompé // (Si tu m'aimes encore)...

vendredi 14 novembre 2008

Nous fabriquons des monstres

L'éducation des enfants est un sujet de discussion sans fin pour les étrangers vivant aux Pays-Bas: nos chères têtes blondes sont très souvent des monstres d'impolitesse, d'égoïsme et de gêne infinie pour tout le monde.
Natasha, dans son blogue (totalement addictif d'ailleurs) 24oranges, décortique par le menu pourquoi c'est encore possible: les parents néerlandais préfèrent que leur môme casse les pieds de tout le monde que devoir le confronter et le corriger. Beaucoup pensent encore que corriger les mauvaises attitudes des enfants est traumatique et va brider leur créativité.
Hurler, manger comme un cochon, se rouler par terre, terroriser les autres enfants, faire des colères pour obtenir ce qu'on veut n'est pas, à mon sens, une aide à la créativité, bien au contraire. Pour être très occupé à créer moi-même, je peux vous assurer qu'une culture bien bétonnée et un sens de la discipline personnelle est encore le meilleur moyen de réaliser ses rêves créatifs, sinon, cela reste du blabla et du rêve jamais réalisé.
Les Néerlandais ont du mal à croire que je tienne mon chien sous appel sans laisse ni violence: Martin a appris qu'il peut jouer et courir quand c'est possible, mais que s'il veut rester avec nous sans qu'on le mette en laisse, il doit rester près de nous et obéir quelques règles très simples. Il attend au feu rouge, s'assoit quand on lui demande, nous attend sagement à l'entrée des boutiques et ne mord jamais. En échange, on le nourrit, le protège, on ne le tape jamais, et on lui donne beaucoup de câlins. Il faut parfois le corriger, mais cela n'est presque plus nécessaire. Bien sûr, un petit humain est plus complexe et d'une interaction plus riche, mais le principe est étrangement identique dès qu'il s'agit de l'élever: en échange d'amour, de protection et de nourriture, on lui apprend des règles de plus en plus sophistiquées lui permettant de vivre en harmonie avec son environnement social et naturel.

Certaines discussions sur les enfants que nous avons parfois dans mon parti me choquent profondément. Beaucoup pensent que l'enfant s'éduque tout seul, le laissent choisir lui-même sa nourriture à tout moment et toute heure de la journée, et surtout rechignent à poser des limites. Je préfère ne pas m'énerver, mais ce n'est pas toujours facile.

Quand je reviens en France, je vois que les adultes se plaignent que les enfants d'aujourd'hui ne savent pas se tenir. Il arrive effectivement que des monstres mal élevés nous cassent les pieds (souvent des petits nouveaux-riches d'ailleurs), mais mon impression générale est, qu'au contraire, beaucoup de petits Français se tiennent très bien (surtout à table, je suis impressionné). Mon plus gros problème avec l'éducation à la française tient à la façon dont on corrige parfois les enfants: corriger et punir sont souvent confondus (la punition devrait être un outil qu'on peut éventuellement utiliser pour corriger, ce n'est en rien une obligation systématique), et surtout, violence et humiliation sont encore trop souvent utilisées. Les fessées et les humiliations publiques n'ont jamais rien arrangé à l'attitude d'un enfant, au contraire. Qu'on discute encore de la possibilité de laisser les parents battre leurs enfants pour les "corriger" me laisse pantois: on demande aux adultes de ne pas abuser des autres, mais on viole l'intégrité des enfants sans problème. Je parle des parents, mais aussi des enseignants, de la police, des autres adultes...

Entre le laisser-aller à la hollandaise et l'éducation humiliante à la française, je crois qu'il est possible de trouver un juste milieu: rappeler à l'enfant qu'il y a des règles de savoir-vivre à respecter, qu'il est des limites à ne pas dépasser, mais sans recourir à la violence ou à l'humiliation. Et si les parents veulent aider leurs enfants à être créatifs, pourquoi ne pas éteindre la télé et passer du temps à jouer avec eux, à chanter ensemble, danser, construire des objets, cuisiner, inventer des histoires avec des marionnettes, jouer avec des mots qui n'existent pas...?
Si une éducation stricte mais dénuée de violence est possible avec un chien (Martin: 35kg de muscle, 4 pattes, une vitalité sans limite et une gourmandise énorme), ça devrait pouvoir l'être avec un enfant, non?

mardi 4 novembre 2008

Une petit cure de Todd

Allez, on finit notre cure de Todd pour aujourd'hui deux extraits d'entretiens compilés par ContrInfo... Le premier sur l'anticapitalisme des Français (lien):

Pourquoi la résistance à la mondialisation semble-t-elle une exception française?

E. T. - La France ne fait pas exception. Simplement, si elle est faible du point de vue de la créativité en science économique par rapport aux pays anglo-saxons, elle produit et parfois exporte de la sociologie et de la révolte politique. Même les enfants d’immigrés y sont politisés comme nulle part ailleurs. Il y a chez nous une valeur égalitaire qu’il n’y a pas en Grande-Bretagne, liée à l’héritage des structures familiales. Outre-Manche, la primogéniture et le testament étaient en vigueur.

L’Angleterre est le pays des différences acceptées. A l’inverse, dès le XVIe siècle, la famille paysanne du Bassin parisien était fondée sur une valeur d’égalité féroce, comme c’était le cas à Rome sous le Bas-Empire. Si l’on comprend que nos schémas mentaux viennent de Rome, vous imaginez bien que ce n’est pas en quelques années que l’on va changer les moeurs françaises.

Du point de vue des immigrés, l’égalité n’est-elle pas seulement formelle ?

E. T. - Le rapport d’égalité permet de comprendre pourquoi le pourcentage des mariages mixtes est si élevé en France par rapport aux autres pays. Nous avons l’idée que les hommes sont les mêmes partout. La variable égalitaire permet de dire que, si les populations immigrées ne sont pas trop différentes en termes de moeurs, l’intégration sera plus facile qu’ailleurs. Sinon, il y a un potentiel de rejet très fort. C’est parce que la famille immigrée se désintègre plus vite en France qu’en Grande-Bretagne que les problèmes de délinquance y sont aussi importants.

C’est la raison du vote d’extrême droite ?

E. T. - A partir du milieu des années 80, les classes supérieures refusaient de constater que les milieux populaires avaient un problème avec les immigrés, avec le statut de la femme maghrébine. A l’époque, le discours des élites était optimiste, multiculturaliste, méprisant envers les classes inférieures. Aujourd’hui, les gens sont moins intéressés par l’immigration que par le chômage et les problèmes économiques, mais la droite ranime la thématique de l’immigration. Alors que ce n’est plus ce que les classes populaires ont prioritairement à l’esprit, les classes supérieures cherchent désormais des boucs émissaires. J’ai d’ailleurs le sentiment qu’est en train de s’opérer un renversement du même ordre pour la thématique sécuritaire.

Il y a une dizaine d’années, les classes privilégiées ne voulaient pas parler du problème de la sécurité dans les quartiers. Maintenant, alors que la société française voudrait entendre parler de modification des règles du jeu économique, elle n’a plus droit qu’à un discours sécuritaire, dont on constate pourtant à chaque élection qu’il ne paie pas électoralement.

L’impopularité actuelle de la droite est le résultat d’un programme sécuritaire. Mais il faut dire que, dans une société de plus en plus inégalitaire, les privilégiés vont vouloir jouir en toute sécurité de leurs richesses. La sécurité est peut-être en train de devenir l’obsession des gens d’en haut.

Ce sont les élites ou les autres classes sociales qui se sont refermées ?

E. T. - Si vous avez 1 % des gens qui font des études supérieures, et qu’ils sont disséminés sur le territoire, ils ne peuvent pas vivre en vase clos. S’ils constituent 20 % de la population, cela devient possible. Le système politico-médiatique et sondagier est un morceau de système social qui ne tient plus guère compte de la société.

Les études servent pourtant à effectuer des mesures à grande échelle.

E. T. - Les sondages d’opinion nous entretiennent dans une vision irréelle. Certains sont utiles, mais ils ne sont jamais validés lors des élections. Ils reflètent l’opinion journalistique commune. L’atteinte de l’opinion des milieux populaires est difficile en dehors des périodes électorales. Le combat titanesque à venir entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy n’existe que dans la tête des journalistes.

Et le deuxième sur la Russie (lien):

Le Courrier de Russie : A qui faut-il imputer la faute dans la crise géorgienne ? Aux Russes, aux Géorgiens ou aux Ossètes ?

Emmanuel Todd : Je propose d’observer le problème de la crise géorgienne d’une façon plus large, dans le cadre des enjeux géopolitiques internationaux. Il faut se rappeler qu’après la chute de l’URSS et le repli stratégique de la Russie, les Etats-Unis sont devenus l’unique superpuissance mondiale. Ils ont adopté, à partir de 1996-97 un comportement agressif vis-à-vis d’autres pays du monde. On en a vu les manifestations dans l’invasion de l’Irak, dans la campagne anti-iranienne de l’administration américaine ou encore dans l’attaque menée par Israël, pays satellite des Etats-Unis, au sud-Liban. La crise géorgienne n’est qu’une étape supplémentaire dans cette séquence agressive du système américain.

LCDR : Pourquoi une telle hostilité ?

E.T. : Les Etats-Unis se comportent de façon agressive parce qu’ils sentent leur puissance s’affaiblir. Le monde américain subit une crise économique, sociale et culturelle grave. L’effondrement financier actuel n’en est qu’une nouvelle preuve. Entre-temps, nous observons d’autres pays du monde regagner leur puissance. On assiste à une montée spectaculaire de l’Inde et de la Chine. On voit également le rétablissement de la Russie qui retrouve son équilibre économique et enregistre des taux de croissance élevés. Le monde change à grande vitesse, mais tous ne s’en rendent pas compte. On trouve encore beaucoup de gens inconscients du déclin industriel des Etats-Unis et de la fragilité de leur système. Ce fut justement le cas des Géorgiens qui se sont lancés dans la conquête de l’Ossétie se croyant soutenus par le camp « occidental » mais se sont retrouvés victimes de l’impuissance matérielle de leur allié américain. Mikhaïl Saakachvili a sous-éstimé la nouvelle capacité d’action de la Russie. Celle-ci ne souhaite pas voir l’OTAN s’installer à toutes ses frontières et n’hésite plus pas à utiliser son armée pour faire entendre son « non ».

LCDR : Croyez-vous que les Etats-Unis aient incité la Géorgie à attaquer l’Ossétie ?

E.T. : On ne sait pas exactement comment la décision a été prise et, probablement ne le saura-t-on jamais. Mais la vraie question, c’est comment la Géorgie a-t-elle pu s’imaginer qu’elle allait faire plier la Russie ? Comment Saakachvili a-t-il pu envoyer ses troupes en Ossétie, alors que la partie la mieux équipée de l’armée géorgienne était en train de soutenir les Américains en Irak ?

LCDR : Pourtant, la Géorgie a été écrasée par l’armée russe et les Etats-Unis, à supposer qu’ils ont effectivement joué un rôle dans le conflit, auraient dû prévoir ce scénario...

E.T. : Il faut se rappeler que l’on ne connaît toujours pas l’issue de la crise. Elle semble avoir conduit les Polonais à finalement accepter l’installation du système anti-missile américain sur leur territoire. Elle pourrait pousser les gouvernements européens à affaiblir leurs liens avec la Russie et se rapprocher encore plus des Etats-Unis. Qui sait si les stratèges américains n’ont pas espéré entraîner la Russie elle-même dans une séquence agressive, la conduisant à adopter une posture revancharde et conquérante nuisible à son statut international. L’administration américaine aurait pu sacrifier le pion géorgien pour améliorer sa situation sur la scène internationale. Les Américains jouent au poker, vous savez. Les Russes jouent aux échecs. Ils ont pris le pion géorgien, montré que l’Amérique ne les impressionnait plus, mais ils ont fait du maintien de relations paisibles et utiles avec l’Europe de l’Ouest leur priorité.

LCDR : Comment expliquer la réaction de l’Europe au conflit géorgien ?

E.T. : Les gouvernements européens sont pris dans un dilemme entre les intérêts de leurs peuples et ceux de leurs élites. Ce n’est pas un grand secret : les oligarchies occidentales sympathisent avec les Américains et soutiennent leur politique. Les peuples européens non. L’intérêt géopolitique de la France en tant que puissance moyenne et européenne serait une entente cordiale et stratégique avec la Russie.

LCDR : Pourtant, dans la société occidentale, on parle plus souvent de la menace russe...

E.T. : La Russie n’est pas une menace pour l’Europe de l’Ouest. Je dis consciemment « Europe de l’Ouest » parce que les Russes sont des Européens. La Russie a terriblement souffert de la deuxième guerre mondiale et ne cherchera pas, j’en suis convaincu, à déclencher de nouveaux conflits. La Russie a par ailleurs constaté, du temps de l’URSS, que l’Empire était une entreprise peu rentable. Son déclin démographique interdit de toute façon un fantasme expansionniste. La menace militaire russe est un mythe. La mise au pas de la minuscule Géorgie ne démontre pas que l’armée russe est toute-puissante. Elle démontre simplement que, dans le Caucase, la puissance militaire américaine n’existe pas.

LCDR : Mais outre la sécurité militaire, il existe la sécurité énergétique...

E.T. : Il ne faut pas oublier que la Russie et l’Europe de l’Ouest se retrouvent en état d’interdépendance. L’Europe a toujours besoin du gaz russe, mais la Russie a besoin des biens d’équipement européens, de technologies et de savoir-faire. Et ce n’est pas par hasard que les producteurs d’automobiles européens s’implantent en Russie et y travaillent avec beaucoup de succès.

Exogamie, le retour

En cherchant à connaître les chiffres de natalité néerlandais (Wikipédia) pour les comparer à l'Allemagne et la France (Wikipédia), je suis tombé sur plusieurs surprises intéressantes mais effrayantes.

La première est que les Néerlandais ne font pas assez d'enfants. Le taux de natalité néerlandais est en effet de 1,73 (rappel: il faut 2,1 pour renouveler une population), et se maintient à ce niveau essentiellement grâce aux femmes étrangères. Pour aller vite, les immigrés font encore assez d'enfants pour éviter aux Pays-Bas de rejoindre l'Italie ou l'Allemagne qui se dépeuplent sauvagement. Les Pays-Bas font partie des pays qui, s'ils n'importent pas de la chair fraîche, vont se dépeupler. Je ne vais pas repasser une épaisse couche de propagande féministe (même si vous êtes habitués), mais la faiblesse de l'émancipation des femmes néerlandaises est une des causes les plus évidentes du problème, avec des crèches trop chères et mal conçues, une prise en charge minimale des enfants par l'école (horaires restreints, pas de cantine, pas d'étude, après-midi libres), et des perspectives de carrière ridicules (il faut sacrifier sa maternité pour espérer faire une petite carrière).
Ci-dessous: composition de la population néerlandaises. En gris: autochtones, en orange les migrants occidentaux (primo-arrivants en foncé, troisième génération en orange pâle) et en bleu les migrants non-occidentaux.



L'autre surprise est que la force de la natalité française ne repose ni sur les Français ni sur les étrangers... mais sur les couples mixtes. Les couples unissant un(e) Français(e) et un(e) étranger(e) sont ceux qui assurent le renouvellement de la population, alors que les couples endogames (qu'ils soient autochtones ou allochtones) sont à la traîne, à part quelques cas exceptionnels et transitoires, tels certains groupes d'Africians sub-sahariens.



Je viens de reparler brièvement d'Emmanuel Todd. Son crédo (et je pense qu'il a raison) est que l'intégration passe par l'exogamie. Il a encore plus raison qu'il ne le croit, puisque l'exogamie semble être le moyen le plus sûr et naturel de renouveller sa population. Par ailleurs, cela évite "les enfants débiles" (debiele kindjes) comme le dit drôlement Desie dans le très beau film néerlandais "Dunya & Desie" (lien).

Alors, kreukreusconautes célibataires, travaillez à l'intégration et au renouvellement naturel de la population et cherchez un(e) partenaire dans un autre groupe ethnique que le vôtre!

mardi 21 octobre 2008

Pauvreté, la surprise



Le rapport de l'OCDE sur la pauvreté est intéressant, et surprenant. Il révèle que la pauvreté est moins développée en France qu'aux Pays-Bas, en bien sûr encore moins qu'aux Etats-Unis. Plus intéressant, on découvre que la France dépense plus d'argent pour sa population que les Pays-Bas. La pauvreté a reculé en France en 20 ans, alors qu'elle a augmenté aux Pays-Bas.
Découvrez par vous-même ces résultats graphiquement ici. L'image ici est l'évolution depuis les années 80. En gros plus on est en haut à gauche, plus la société est inégalitaire et moins elle dépense pour les faibles. Plus on est en bas à gauche, plus la société est égalitaire. Seuls les pays scandinaves et l'Autriche sont plus solidaires que la France, et seule la Suède dépense plus socialement que la France.

J'avais déjà eu cette impression, mais tout le monde me soutenait le contraire. C'est vrai que la France s'est paupérisée, mais quand je vois les infrastructures sociales existantes (le resto U fait la différence entre les étudiants pauvres néerlandais qui mangent des merdes et les étudiants pauvres français qui mangent chaud et équilibré deux fois par jour), je vois bien ce qui manque aux Pays-Bas.
Aux Pays-Bas le régime d'assurance-chômage a été complètement lessivé, l'assurance-maladie coûte de plus en plus cher tout en ne couvre qu'une petite partie des besoins sanitaires, et surtout les pauvre sont vraiment coincés dans des trappes à pauvreté humiliantes.
Bien sûr dans mon arrondissement cela se voit moins car nous avons plein de riches. Obscènement riches pour certains, même. Il n'empêche que malgré tous ces riches nous avons une banque alimentaire. Oui, à Amsterdam Oud-Zuid, en 2008.

On dit que la société néerlandais est devenue plus dure depuis quelques années. C'est un fait culturel et politique, mais aussi social, donc. Le fait que le pays prenne moins soin de ses pauvres et que les différences entres riches et pauvres s'accroissent est un facteur explicatif évident: difficile de rester gentil et poli dans une société qui valorise le chacun pour soi.
La question est désormais de savoir si l'élection présidentielle américaine et la crise financière va avoir des conséquences positives sur ces différences, avec par exemple la remontée du parti travailliste dans les sondages, ou pas.

Exogamie



Ma sœur Patricia vient de sa marier. Félicitations, Patricia!
La famille s'étend toujours plus vers le reste du monde, avec une Patricia moitié-camerounaise et son mari kabyle, la femme de mon frère qui est bulgare, mon mari qui est américano-brésilien, la femme de mon cousin qui est aussi kabyle, le mari de ma cousine qui est italo-malgache, leur ayant été marié à une Thaïlandaise... Les statistiques portant sur l'exogamie des Français fait plus que se vérifier dans la branche Chambon de la famille. Le côté breton va-t-il relever le défi?

dimanche 12 octobre 2008

Minvielle est redevenu français

Le Lion bleu (lien) a mis cet article en ligne:

«Frédéric Minvielle vient officiellement de redevenir Français vendredi 18 juillet dernier. Bel exemple de mobilisation exemplaire et d’action suivi de résultat. Je voudrais ici remercier Laurent Chambon d’Amsterdam qui, après que Frédéric Minvielle m’ait contacté, a permis par son relais déterminant auprès de médias français, de faire diffuser l’information telle une trainée de poudre en l’espace de 24 heures (*) avec des échos en retour dans la presse néerlandaise, pour porter sur le devant de la scène médiatique le cas de ce Français établi aux Pays-Bas et déchu de sa nationalité en 2007 Dernière et bonne nouvelle de ce dossier qui a fait beaucoup de bruit jusqu’à mobiliser l’attention du Président de la République (sa Directrice de Cabinet d’alors, Emmanuelle Mignon, étant intervenue à plusieurs reprise pour faciliter un dénouement rapide du dossier, c’est elle-même d’ailleurs qui communiquait dernièrement par téléphone avec Frédéric Minvielle). C’est le résultat d’une procédure de réintégration ultra rapide (moins de 2 mois) durant laquelle Fréderic Minvielle a du tout de même fournir: son acte de naissance, ses cartes nationales d’identité (1995 et 2004) et son passeport, la preuve qu’il était devenu néerlandais en 2006, et la preuve qu’il avait gardé des liens avec la France en étant inscrit au consulat d’Amsterdam. Ce qui lui est arrivé ne devrait plus arriver à aucun Français aux Pays-Bas car la loi devrait changer à partir de mars 2009, tout ressortissant Français qui deviendra Néerlandais ne perdra plus automatiquement sa nationalité Francaise. Le fait reste que Frédéric Minvielle a été victime de discrimination homophobe et que la France ne reconnait toujours pas le mariage homosexuel Néerlandais.»

Je vais donc enfin pouvoir envisager d'acquérir la double nationalité très bientôt...

lundi 6 octobre 2008

Flashback



J'ai passé presque une semaine à Strasbourg. J'avais oublié à quelle point c'est une belle ville. Pas seulement parce que la cathédrale peut contenir au moins trois Notre-Dame de Poitiers, mais parce que la ville a une unité de matériaux et une richesse architecturale indéniable. Comme je suis arrivé la veille, j'ai eu le temps de revoir des amis (Jean-Yves et Philippe, toujours ensemble un siècle plus tard, toujours sans aucune dispute, chapeau les garçons) et me promener en ville.
Quand j'ai quitté la ville en 1996, la première ligne de tram venait juste d'être finie. Il y a désormais cinq lignes et l'ensemble de la ville en a été transformée: plus agréable, plus mobile, débarrassée de la plupart de ses voitures. Cela n'a pas chassé les étudiants à vélo d'ailleurs, juste que les paysans se garent en banlieue pour faire leur magazinage en ville. Dire qu'à Amsterdam les commerçants veulent plus de voiture, les pauvres, ils se sont trompés de siècle...

C'est quand je me suis retrouvé près de l'Université que les choses se sont gâtées. Je me suis retrouvé assailli de souvenirs et une vague de nostalgie m'a submergé. Je me suis rappelé Laurent D. et Laurent V., Émilie, Liza, Claire (pour n'en citer que quelques uns), nos discussions d'étudiants stressés et insouciants, nos ballades le long de l'Observatoire, la fois où j'étais debout près de la fac de chimie sur le vélo de Laurent D. et que la roue a explosé, nos repas sans fin au Fec ou à la Gallia, les ouiquennes à se raconter nos vies au resto U, à réviser pour les examens et se moquer de nos camarades de promo. Ah, ces jeunes chiraquiens pleins de certitudes, ce qu'ils pouvaient nous faire rire...
Et puis, tout à coup, je me suis retrouvé au bord des larmes, un mec de 36 ans, qui commence à devenir chauve, habillé cher, avec quelques kilos en trop et pas mal de douleurs morales au compteur au milieu de cette foule d'étudiants jeunes, boutoneux et chevelus, submergé par un passé qu'ils ne soupçonnaient pas. J'ai pris la tengeante vers l'IEP (toujours aussi laid) et ai appelé mon mari. Là, à quelques mètres d'où j'ai vécu, j'ai fondu en larmes, ce qui doit m'arriver tous les cinq and à tout casser. Un grand garçon qui n'arrivait plus à gérer toutes ces émotions enfouies et ces souvenirs oubliés, comme dans un mauvais film américain.

Enfin, conférence intéressante avec plein de gens bien (j'en reparle plus tard), puis j'ai revu ma copine Anne, qui est devenue une maman bourgeoise élégante. Il va falloir retourner à Strasbourg un peu plus souvent désormais...

Hispanisation de l'accentuation



La langue néerlandaise est fascinante. Un truc qui ne cesse de m'étonner est l'accentuation, un processus qui nécessite souvent une périphrase en français. Par exemple, alors qu'en français il faut utiliser trois mots de plus ("tu manges" / "c'est toi qui manges"), en néerlandais une seule lettre supplémentaire suffit parfois: "je eet" / "jij eet".
Cette accentuation est possible avec le sujet ("je t'aime", "c'est toi que j'aime": "ik hou van je" / "ik hou van jou"), mais aussi avec le possesseur ("ton vélo" / "ton vélo à toi"): "je fiets" / "jouw fiets".

Mais ce qui est encore plus exotique pour un français est l'accentuation des mots dont la forme ne change pas. On ajoute juste un accent, et le mot est accentué. Facile, hein? Ainsi, "wel" ('bien') peut devenir "wél" ('mais si, je vous assure'). "Maar" ('mais'') devenir "máár" ('mais', avec emphase sur le mot, pour bien marquer qu'il y a un 'mais'). "Ook" ('aussi') devenir "óók" ('en plus')
En lisant de vieux livres laissés par mon prof de néerlandais, feu Willem, je me suis rendu compte qu'alors que l'accent aigu est devenu la norme, autrefois on adaptait l'accent au type de voyelle, en suivant l'orthographe française. On écrivait "wèl" (puisque c'est ainsi qu'on le prononce), et "één". On est passé d'une influence française à une hispanisation de l'accentuation. Si c'est accentué, on utilise é, á, ó, í ou ú, c'est tout. Le son est déterminé par la longueur de la voyelle ("wel": 'e' court / "een": 'e' long) et l'accent est systématiquement aigu. Sur mon clavier, cela représente parfois pomme+&+o ou pomme+&+u. C'est barbare, quoi.

Cette évolution est plus rationnelle, certes, mais cela ne fait-il pas ressembler le néerlandais à une langue d'Amérique du Sud, genre guarani ou une langue amérindienne encore plus zarbe? J'ai des angoisses étranges parfois, I know...

mardi 30 septembre 2008

Back to South Africa



Ne vous fiez pas au titre... Aucun voyage en Afrique-du-Sud est prévu pour l'instant. J'ai trouvé bizare de lire un article sur Rue89 (lien) sur un artiste prétorien qui commence à marcher. J'avais ramené sa chanson sur un des nombreux CD que j'avais achetés là-bas. Pas la plus réussie d'ailleurs. C'est d'autant plus drôle que je viens d'avoir une discussion sur la question avec Sabine, qui m'a prêté des CD de classiques sud-africains.
Ce qui m'avait frappé, c'est la douceur de leur musique, en contraste total avec la situation du pays, où la violence règne. Alors que l'Europe s'enfonce dans une Electro de plus et plus vide et violente, avec des sons concassés, une distance de plus en plus grande vis-à-vis de la Pop (les couplets ont disparu, on passe un morceau du refrain originel à toutes les moulinettes numériques et basta!), et que les États-Unis font dans le revival germano-electro le plus cucul, ce que j'avais entendu à Gauteng me semblait sincère et rafraîchissant.
Les rythmes étaient relativement lents (clairement ils n'utilisent pas les mêmes drogues que les Occidentaux), les sons très électroniques mais avec un traitement analogique presque démodé. Une sorte de House comme je l'aime, organique, puissante, naïve, spirituelle, visant la beauté et l'unité (des danseurs, spirituelle, communautaire...).

Comme les artistes du début du XXe siècle avaient besoin de se tourner vers les traditions populaires européennes et l'Afrique pour dépasser un classicisme qui tournait à vide, que ce soit en sculpture, en peinture ou en musique, je me demande s'il ne faut pas aller voir ailleurs pour dépasser les mimiques musicales de 2008 que les clubs amstellodamois ou parisiens. Ce que j'avais essayé de faire en produisant "Überlove", en allant à Détroit, à Soweto, en Norvège, en Finlande, à Paris... ce que j'essaye toujours, d'ailleurs (des nouvelles sorties transatlantiques sur Cherry Juice très bientôt). Mais je me sens bien seul dans cette démarche.

Ceci dit, l'Amsterdam Dance Event 2008 a lieu dans 3 semaines. Lestrade m'accompagnera (on bosse pour Trax). Je vous dirai ce qu'il en est...

lundi 29 septembre 2008

Premier atelier à Poitiers



La semaine dernière je suis allé à Poitiers faire connaissance de mes collègues et du nouveau laboratoire ou je vais bosser jusqu'en début 2010. On m'avait prévenu que c'était un groupe vraiment sympa, et c'était vrai. J'ai découvert des chercheuses et un chercheur vraiment chouettes, partageant les mêmes préoccupations scientifiques et politiques que moi, avec des expériences de parcours finalement assez similaires. Ça faisait longtemps que je n'étais pas aussi enthousiaste vis-à-vis d'un travail, ça change un peu des missions un peu neuneu et écrites d'avance pour l'Académie de Police... Nous avons acheté un domaine qui j'espère sera ammené à mieux promouvoir nos recherches très bientôt: MinorityMedia.eu. J'en reparle prochainement.

mardi 23 septembre 2008

Voyages voyages



Cette semaine (ci-dessus) et la semaine prochaine (ci-dessous) s'annoncent chargées. Je vais à Poitiers ce matin pour commencer mon nouveau boulot (mi-temps de chercheur sur les minorités dans les médias au sein d'un groupe délicieusement transnational), et la semaine prochaine je suis observateur à Strasbourg d'un groupe de travail franco-néerlandais sur le futur des universités. Cela s'annonce passionnant, mais que d'heures passées à voyager... C'est aussi un super prétexte pour revoir des amis restés à Strasbourg, et qui m'ont beaucoup manqué: Anne, Jean-Yves et Philippe.

mercredi 3 septembre 2008

Mariages gays reconnus par la France

"Les autorités françaises viennent de passer une loi reconnaissant les mariages entre personnes de même sexe" titre le GayKrant du 2 septembre avec enthousiasme. "le droit français reconnaît la validité des mariages entre personnes de même sexe célébré à l'étranger, à condition que la loi du pays où celui-ci a été conclu admette sa validité et que la loi personelle de chacun des époux (la loi du pays dont ils sont ressortissants) autorise un tel union."
Cette décision, très attendue aux Pays-Bas, va permettre à de nombreux couples gays et lesbiens vivant en France ou y ayant une maison de faire enfin valoir leurs droits. La presse néerlandaise se fait régulièrement l'écho de couples rencontrant de nombreux problèmes pratiques et financier, devant faire des déclarations fiscales séparées et se heurtant à une bureaucratie refusant de reconnaître leur union. Des juristes avaient même conseillé aux couples gays ou lesbiens mariés de vendre leur propriété en France et d'en acheter une en Espagne, tellement les problèmes juridiques et fiscaux pouvaient s'accumuler et devenir un cauchemar.
Conclusion un peu étonnée des journalistes néerlandais: "les gays ne peuvent signer en France qu'un contrat de vie commune, et le premier mariage gay a été déclaré illégal. Selon le juge, le mariage est l'union entre un homme et une femme."
La dernière question à résoudre est celle des gays ou lesbiennes Français mariés aux Pays-Bas, au Royaume-Uni ou en Belgique: seront-ils exclus de cette reconnaissance? Les juristes néerlandais recommandent d'acquérir la nationalité néerlandaise, d'autant plus qu'à partir de 2009 la double nationalité sera possible.

mercredi 16 juillet 2008

Sur France 24

Ce soir j'étais invité sur le plateau anglophone de France 24, pour un débat sur la femme à la burqa qui n'a pas réussi à être naturalisée, après quoi j'ai été interviewé en français et en anglais, en semi-live. Je ne trouve rien de tout cela en ligne, mais vu les SMS reçus, j'ai été vu en direct.

lundi 14 juillet 2008

Les grenouilles sont partout



Parfois, un bon dessin vaut mieux qu'un long discours. Dans le statistiques municipales, il apparaît que les "allochtones occidentaux" sont de plus en plus nombreux dans mon arrondissement. En me balladant sur "copains d'avant", la machine m'a demandé de me situer sur la carte de ma ville. Une fois l'opération terminée (en vert ci-dessus), les autres Français inscrits sur le site sont apparus. Surprise! Ils sont partout. Quand on sait qu'il ne s'agit que des Français inscrits sur le site (ceux que je connais n'y sont apparemment pas inscrits), et que les Français ne représentent qu'une infime partie des Européens d'Amsterdam, cela vous donne une idée de leur importance dans le quartier...

Et une vue d'ensemble de la ville à l'intérieur du périphérique...