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samedi 3 janvier 2009

Une crise plus grave aux Pays-Bas?



C'était probablement vers 2003 ou 2004. Je me rappelle de l'endroit, du bruit, des odeurs, de la discussion... c'était avec mon pote Laurent V, on parlait de l'économie alors qu'il me ramenait au Métro. Il jouait à la bourse, et disait déjà: "Je joue avec du vent. Ce qui se passe à la Bourse n'a aucun rapport avec la réalité économique. On va droit dans le mur mais tant que personne ne s'en rend compte, il ne va rien se passer. Je ne sais pas si ça va péter demain ou dans quelques années, mais ça ne va pas tenir, c'est impossible de continuer éternellement comme ça." Je voulais bien le croire, sauf que tout le monde disait le contraire, surtout aux Pays-Bas.

Depuis plus d'un an, on parle beaucoup des économies néerlandaises et islandaises avec mon pote X (qui souhaite rester anonyme, je me demande vraiment qui ça peut être...), qui est à Reykjavik depuis quelques temps déjà. On avait l'impression d'être deux paysans réactionnaires, à ne pas croire en la réalité du "miracle islandais" ou du modèle économique Polder. Même en étant très fort, en travaillant d'arrache-pied et en étant très futé, on ne peut pas passer aussi vite d'un mode de vie assez frustre à un tel débordement de richesse. "Je ne peux pas croire qu'ils aient trouvé la méthode miracle pour passer de la pêche et de l'agriculture de survie à un mode de vie californien avec Humvees et voyages autour de la terre plusieurs fois par an pour tous en une décennie."

De mon côté, je vois bien que l'enrichissement de beaucoup de Néerlandais ne provient nullement d'un travail accru ou d'une efficacité supérieure, mais pour beaucoup des miettes des différentes bulles spéculatives, et encore plus du crédit. Les politiques gouvernementales pour forcer les gens à placer leur retraite à la Bourse (qu'on le veuille on non, d'ailleurs) et acquérir leur logement a surtout eu pour conséquence de faire grimper les prix de l'immobilier, d'augmenter le taux d'endettement, surtout pour les classes moyennes et inférieures, et de faire perdre des centaines voire des milliers de milliards des retraites.
J'avais l'impression d'être un trotskiste anti-capitaliste primaire quand je trouvais que la confiance des Bataves en leur économie va bien au delà du raisonnable: "Laurent, tu vois tout en noir, l'économie financiarisée est vraiment moderne maintenant, on utilise des mathématiques de pointe. En plus l'économie néerlandaise est forte par essence. Il n'y a aucune raison que nous vivions une quelconque récession et les prix de l'immobilier ne vont pas baisser de sitôt."

Le culte que les Néerlandais vouent au Marché et à la fable libérale n'a cessé de me fasciner depuis la période du gouvernement de Wim Kok. Alors que leurs connaissances en économie sont plus que médiocres, ils s'obstinent à croire que le Marché est la réponse à tout, même lorsqu'il est plus qu'évident que ce n'est pas vrai: ils doivent désormais payer des fortunes sur 30 ans pour habiter les mêmes petits appartements en brique mal isolés qu'avant, leur santé s'est dégradée alors qu'ils payent plus que jamais des assurances privées qui ne remboursent presque rien, le système ferroviaire privatisé est mal entretenu, cumule les retards et coûte toujours plus cher, les fournisseurs d'énergie sont moins efficaces et plus chers qu'avant la privatisation, les fournisseurs télécoms (téléphonie, internet et télévision) sont reconnus comme des voleurs qui abusent les enfants, les pauvres et sont prêts à tout pour ne pas laisser le "Marché" pousser les prix à la baisse... Je ne parle même pas du fiasco de l'assurance maladie américaine ou du réseau ferré britannique dont tout le monde connaît l'histoire. Que faut-il donc qu'il arrive pour qu'on se rende compte que le Roi est nu?
Au risque de passer encore pour des Cassandres grincheuses, le dernier rapport du GEAB (lien) ne fait que confirmer nos intuitions de garçons modernes relativement éduquées en économie (tous les trois nous sortons d'un IEP): non seulement la crise au niveau mondiale durera au moins jusqu'à la fin 2010 (pour l'Asie et la zone Euro), mais pour les économies ultra-financiarisées (États-Unis et Grande-Bretagne) probablement jusqu'en 2018. Enfin, les pays ayant "investi" leurs retraites en Bourse auront un gros problème avec l'arrivée des baby-boomers à l'âge de la retraite, la plupart de ces "investissement" ayant été avalés par la crise.

Allez, en cadeau de début d'année, je vais jouer au Nostradamus franco-amstellodamois, et je vous livre mes intuitions, que j'espère fausses:
- Grosse montée du chômage en 2009, avec grosses catastrophes économiques aux États-Unis et au Royaume-Uni (grosses boîtes qui ferment, chute du marché immobilier, éventuellement banqueroute étatique plus ou moins contrôlée, forte baisse du Dollar et de la Livre) et un sale coup dur en zone Euro et en Chine
- Gros mouvements sociaux dans le monde. En Chine, soit une dérive fasciste ultra-nationaliste, soit des conflits sociaux très très violents. En Occident, beaucoup de tensions, et la naissance de plusieurs mouvements de protestation, probablement en France où la culture politique est plus développée qu'ailleurs. Si la gauche gouvernementale se réveille et canalise cela, on peut assister à une refonte de l'économie européenne et de l'État-providence. Sinon, gros conflits sociaux, violence étatique (aussi avec l'aide des nouvelles technologies) et délires d'extrême-gauche et d'extrême-droite en perspective.
- Baisse très forte de l'immobilier partout, peut-être plus limité dans les centre-villes historiques des grandes villes. On peut très bien imaginer beaucoup de faillites personnelles (comme en Angleterre il y a quinze-vingt ans) à cause de cette chute immobilière.
- Statistiquement, les périodes de "correction" sont facteur d'insécurité et on ne peut pas exclure des conflits armés, soit périphériques (en mode Israël/Palestine) pour occuper les peuples, soit interne, par exemple si les classes dirigeantes veulent maintenir leur train de vie à tout prix. Une Chine qui s'en prend à ses voisins pour canaliser la colère populaire est tout à fait envisageable. Ou des États-Unis maintenant un niveau de conflit raisonnable un peu partout pour justifier un complexe militaro-industriel bien trop cher financé par l'Europe et l'Asie...

Si quelques uns des kreukreusconautes souhaitent plus de détails, avec références et explications simples, vous savez comment me contacter, j'en ferai peut-être des messages ici-même, avec des chôlis schémas aussi clairs que possible. Les réactions intéressantes (même fortement divergentes) seront mises en ligne aussi, natuurlijk...

vendredi 2 janvier 2009

Politique locale: peut mieux faire

Pour fêter la fin de l'année, le journal amstellodamois Het Parool a choisi de bitcher sur les arrondissements, souvent source d'irritation pour les habitants de la capitale. C'est en effet les collectivités locales amstellodamoises qui sont n°1 du Top 10 des irritations, devant le ligne de métro Nord/Sud (prévue pour 2007, elle sera finie, au plus tôt, en 2015), la politique d'intégration (inburgering), et le Zuidas (la "ville nouvelle" de gratte-ciels spéculatifs au Sud de la ville)



Je comprends totalement ces irritations, mais il faut expliquer aussi pourquoi...

- La seule chose pour laquelle Oud Zuid est cité est l'histoire du mec qui avait peint sa maison en rose et a été obligé de la repeindre. En fait, moi je connais l'autre version de l'histoire: le mec avait peint sa maison dans le mauvais rose (Lewis a tout de suite tiqué: «c'est quoi ce f#cking rose pas beau?»), et quand l'arrondissement lui a demandé de la repeindre, il s'est mis en colère. Les fonctionnaires et l'échevin lui ont proposé qu'il s'engage à choisir la bonne couleur lors de la prochaine peinte ou s'il revend le bâtiment, mais il les a pris de haut et leur a fait un procès. Manque de pot, ce n'est pas l'arrondissement qui décide des couleurs, il ne fait qu'appliquer un règlement décidé par la Commission d'esthétique, un truc indépendant dont les avis sont généralement respectés pour leur bon sens esthétique et architectural. L'affaire a été jusqu'au Conseil d'État, ce qui a débouché sur l'obligation pour l'arrondissement d'appliquer le règlement et de forcer le mec à repeindre sa maison rapidos. Les médias décrivent ce mec comme une victime des fonctionnaires psychorigides de l'arrondissement, alors qu'il n'a fait que s'enfoncer avec son arrogance et un avocat un peu présomptueux... Il s'agit d'ailleurs d'une bonne illustration de changement de mentalité dans l'arrondissement, où les gens éduqués et les nouveaux riches pensent qu'ils peuvent gagner tous leurs procès parce qu'ils ont une grande gueule. S'ils connaissaient le système judiciaire néerlandais, ils sauraient que la thune et une grande gueule ne suffisent pas. N'est pas O.J. qui veut (et encore, il a été rattrapé lui aussi)...

- Le niveau du personnel politique local néerlandais est encore plus faible que celui des députés, ce qui en dit long sur les conséquences que cette nullité peut avoir sur les décisions publiques. Apparemment, Oud Zuid est de loin l'arrondissement où l'ambiance est la meilleure et où le Conseil est le plus compétent. C'est vrai que certains de mes collègues sont des gens biens, avec un certaine vision du bien commun. Mais parfois, je suis effaré du manque de connaissance et de préparation de certain(e)s collègues. Les contacts que j'ai eus avec mes homologues d'autres arrondissements ont été en général décevants: aucun charisme, manque de travail et de connaissance du sujet, manque de sérieux, aucune vision d'ensemble... Je pense qu'il faudrait rendre les places plus chères (augmenter les indemnités pour rendre le poste attractif, diminuer le nombre de sièges) mais aussi pousser les partis à avoir des procédures de recrutement mieux réalisées (quitte à les faire aider par des cabinets spécialisés) et surtout un suivi un peu plus strict. En gros, aujourd'hui, une fois élu, on peut faire ce qu'on veut, dont ne jamais siéger, sans contrôle aucun. Je trouve ça un peu limite...

- Je ne m'y connais pas assez pour juger ce qui s'est passé sur la ligne Nord/Sud du métro, par contre je vois très bien ce qui a merdé pour la politique d'intégration et le Zuidas: incompétence, populisme et manque de responsabilité. La politique d'intégration (inburgering) est une catastrophe, aussi bien au niveau national qu'au niveau local, avant tout parce qu'elle est le produit du désir pulsionnel d'une analphabète de la politique, notre chère Rita Verdonk. Le fait que la plupart des partis n'ont aucune réflexion sur l'intégration (mon propre parti est d'une nullité effrayante sur la question) a laissé le champ libre à l'extrême-droite et on en paye aujourd'hui le résultat. Comme personne ne soit vraiment responsable de quoi que ce soit, le fiasco en devient encore plus irritant.
En ce qui concerne le Zuidas, je trouve qu'il s'agit d'un projet pour homme blancs arrogants et riches de plus de 50 ans, avec le mauvais plan de financement, une architecture catastrophique, une vision du développement urbain datant des années 1950 et une offre qui ne correspond pas à une demande réelle. Ce qui m'ennuie, c'est que les Amstellodamois risquent de payer longtemps pour ce flop urbain. Là encore, j'aimerais comprendre qui a pris la décision, comment, et sous l'influence de qui...

- Quand on voit la liste des "méfaits" causés par les arrondissements, cela reste très très gentil: un élu s'est fait choper en voiture avec trop d'alcool dans le sang, le Centre voulait couper l'arbre d'Anne Frank, Zeeburg n'a pas mis des barrières assez tôt le long d'un canal (un mort), disputes diverses entre élus dans plusieurs arrondissements... Je pense que les plus grosses fautes sont avant tout causées par des décisions prises à La Haye ou dans l'entourage de notre maire, Job Cohen. Là est, selon moi, la plus grande faiblesse d'Amsterdam: aucun contre-pouvoir au maire et aux hauts-fonctionnaires, une responsabilité diluée, et un manque de vision à long terme des dirigeants assez préoccupant. Le fait que personne ne confronte Lodewijk Asscher à sa conception pour le moins curieuse de la ville du futur (une apartheid moderne, voir ici) montre que le PvdA n'est toujours pas en état de penser clairement... 

Mais bon, la démocratie est un système imparfait, une utopie vers laquelle il faut tendre en se corrigeant continuellement. Le fait que Het Parool puisse aller fouiller dans les poubelles de la politique et offre les actions des élus à l'éventuelle opprobre populaire est la preuve que la démocratie amstellodamoise n'est pas totalement morte.

vendredi 19 décembre 2008

Quel gâchis



Pour protéger mon iTrash, on m'a recommandé de l'habiller de plastique ou de silicone. J'ai trouvé mon bonheur à la boutique Apple™ de Bruxelles, mais j'ai aussi commandé un étui en silicone sur internet. Il m'est arrivé une semaine plus tard dans cette magnifique boîte en carton... de l'autre bout de la terre. Hong Kong. Timbres magnifiques, d'ailleurs....
Mais pour une pochette qui doit peser 10 grammes à tout casser, n'est-ce pas du gaspillage? Même si les salaires sont moindres en Chine, arriver à un point où une micro-pochette en silicone doit arriver de l'autre côté de la planète pour économiser quelques euros de fabrication, c'est quand même absurde, non?
Ce n'est pas faute d'avoir essayé d'en trouver ici: tous sont importés de Chine. Au moment où les Italiens sont les rois du silicone (les moules à gâteaux en silicone rouge, rose ou bleu, c'est eux), est-on vraiment en état de marché libre et transparent si le seul fournisseur est si loin? 

Il y a quelques mois, pour la journée sans voiture, l'arrondissement et le centre de quartier avaient organisé un "boulevard vert" sur le marché pour présenter de nouveaux mode de locomotion moins avides de pétrole. Ce qui m'avait frappé, c'est moins le mythe de l'énergie verte (l'électricité est encore trop souvent produite selon des méthodes "sales"), que le fait que la plupart des machines (vélos électriques, scooters électriques, moteurs de bateaux électriques) sont fabriqués en Chine. Alors qu'il s'agit d'un des modes de transport de demain, l'Europe n'existe déjà plus. La honte totale, vraiment.

Bientôt sous l'eau?



Le Guardian est non seulement un des meilleurs journaux du monde, de loin, mais il lui arrive aussi d'avoir des choses vraiment très bien faites en ligne. Dans l'édition de mardi, une carte cliquable du monde interactive sur la production de dioxyde de carbone (lien). Tellement simple, tellement effrayant...
Ci-dessous, on voit la consommation en Europe avec les Pays-Bas sur-représentés, vu que ce sont les plus gros producteurs par habitant, loin devant l'Allemagne et la France. Non pas parce qu'ils produisent du gaz, par exemple, mais surtout parce qu'ils en consomment. C'est un de seuls pays où la production de CO2 régresse, mais vu le niveau, il n'y a pas matière à fierté.



Le plus monstrueux, ci-dessous, ce sont les États-Unis. Plus gros fournisseur du monde de gaz à effet de serre par habitant (et aussi en chiffres absolus). Ce n'est pas vraiment une surprise. Obama a du boulot en perspective.



Ces chiffres me confortent dans ma politique: aller aussi rapidement et efficacement que possible vers une ville zéro émission de CO2, avec les habitants et les industries. Quand j'explique aux gens que s'ils veulent des terrasses chauffés, autant laisser leur frigo ouvert, laisser la douche ouverte tout le temps ou la télé allumée aussi quand on n'est pas là, certains comprennent, mais d'autres sont encore en déni.
Ceci dit, vu la vitesse à laquelle les glaces des pôles fondent, la question sera résolue aux Pays-Bas... puisque le pays aura disparu. Si l'Antartique fond (une hypothèse pas folle du tout à moyen terme), le niveau des mers montera de 50m (cinquante mètres!). Même avec des super-digues, ce sera très très difficile de survivre en Hollande...

samedi 13 décembre 2008

Meilleur ou pire

La hype du moment aux Pays-Bas, c'est la question du meilleur et du pire politicien de l'année. Cette année, on a Wouter Bos comme meilleur, et Gert Wilders comme pire. Plus ou moins l'inverse de l'année derniers. On retrouve dans le tiercé perdant Rita Verdonk, et chez les gagnants Alexander Pechtold. Bon, ça a la valeur qu'on accorde aux sondages. "Yawn..." (baillement) comme dit Lewis.
Plus intéressant est le changement qui a lieu dans le projections de voix et de sièges à la Deuxième Chambre: Rita Verdonk comme Gert Wilders se tassent sévèrement, les travaillistes remontent et les gentils partis (GroenLinks, D66) regagnent ce qu'ils avaient perdu récemment. Ça ressemble terriblement à une stabilisation de la politique néerlandaise: une extrême-droite présente mais pas dominante, une extrême gauche présente mais pas du tout en état de gouverner, des partis du centre qui ronronnent, allez vous coucher ma bonne dame, tout est sous contrôle.

Mon impression? Qu'une fois que les crises d'identité retombées, on s'occupe à nouveau de l'économie, et que le clivage gauche/droite recommence à faire sens. C'est une bonne nouvelle, parce qu'on va enfin pouvoir parler de choses sur lesquelles le gouvernement peut vraiment agir. La mauvaise nouvelle, c'est que les citoyens que l'extrême-droite et l'extrême-gauche avaient réveillés chacune à leur manière vont à nouveau se détourner de la politique. Les partis gouvernementaux doivent être soulagés, mais je ne sais pas si c'est vraiment une victoire pour la démocratie. Car, je vous le rappelle, la démocratie ce n'est pas la dictature de la majorité, mais bien le régime qui prend en compte aussi les minorités. Toutes. On en est encore loin.

iTrash, la suite



Après quelques jours d'utilisation, je suis toujours bluffé par mon iTrash. La batterie ne résiste pas très bien à 3 heures d'utilisation intensive, mais la facilité avec laquelle on peut claquer de la thune en conneries choses inutiles me fascine. Enfin, pas totalement inutiles, juste pas totalement utile. Par curiosité j'ai été chercher "Laurent & Lewis" sur iTunes. On trouve tout, on peut écouter 30 secondes, ça va ultra vite, le son est parfait.



D'ailleurs, avec un coup d'oeil un peu large, on se rend compte du travail magnifique de notre disailleneur, Pierre Marly. La classe, hein? Tellement beau que j'ai failli en acheter, c'est dire! J'ai acheté d'autres choses, bien sûr, mais officiellement je ne vois pas de quoi vous parlez. Si ma moitié vous demande si je dépense beaucoup d'argent sur iTunes, jurez que vraiment, ce pirate de Laurent il a encore téléchargé de la musique illégalement. Ouh le vilain.



Dans le lecteur iPod de l'iTrash, on peut aussi suivre les paroles. Génial. Sauf que tous les alphabets ne sont pas supportés correctement: l'arabe est écrit à l'envers, et les lettres ne sont pas attachées. Un peu la honte pour un programme multilingue, non? La preuve ci-dessus avec Amr Diab.



Le meilleur pour la fin... ci-dessus, le cours de la bourse. Si on met l'évolution avec une perspective d'un an, on voit vraiment l'évolution. Ici, le CAC40, mais c'est pareil pour tous. Crash mi et crash moi sont dans un bateau...

samedi 6 décembre 2008

Virtualisation totale = démocratisation



L'industrie musicale a peur des mp3. Moi je pense que la révolution numérique n'est pas du tout finie et que ça va chauffer pour l'ensemble de l'industrie des loisirs. Je vais essayer de faire sens...
Pour ceux qui suivent un peu, il y a une dizaine d'années les synthétiseurs et les boites à rythme ont été virtualisés par les Suédois de Propellerhead, et cela a donné Rebirth, un petit programme tout simple qui permet de faire de la House de base sans matériel (désormais gratuit et disponible ici). Ils ont été suivis par beaucoup, dont les fabricants de matériel (Roland, Yamaha...) qui ont compris qu'il fallait y participer à la virtualisation sous peine de mourir. Personnellement, je me sers beaucoup de Reason, le grand frère de Rebirth. Tous les synthés analogiques d'Überlove, les boucles d'acide et les rythmes ont été fabriqués avec ces programmes virtuels imitant des machines de studio, jusque dans leur esthétique, même si je fais l'effort de rester lo-tech et de surtout ne pas passer aux synthétiseurs numériques et aux plugins à la mode. Le son "Laurent & Lewis" est pour beaucoup dû au Subtractor, au Redrum et à la NN-XT.

Avec une page comme celle d'Hobnox, on passe carrément à autre chose. Il suffit d'un butineur web avec Flash, et on peut commencer à installer plein de machines sans rien devoir installer sur son ordinateur. Alors qu'installer Reason prenait beaucoup de temps et surtout d'espace sur le disque (et d'argent si vous achetez le programme), avec Hobnox on commence tout de suite, gratuitement, sans rien installer.
Avec un internet de plus en plus développé, dans un futur très proche on va pouvoir probablement réserver sa page avec ses chansons en cours, charger des échantillons piqués ici et là ou enregistrés chez soi (des voix, par exemple) et, pour les plus talentueux... faire des chansons qui tiennent la route.
Je vous conseille d'aller sur le site et faire joujou avec les machines, avec un casque si vous êtes marié(e), histoire de le rester. Ça a l'air déroutant au début, mais c'est vraiment extrêmement intuitif: on change de séquence et la mélodie change tout de suite, on ajoute un clap et on l'entend immédiatement, on ajoute des effets qui se branchent tous seuls. Je ne garantie en rien la beauté du résultat, mais je vous assure que vous l'entendrez, pas besoin d'un doctorat en acoustique pour sortir une note.



En plus, pour les gens bordéliques créatifs comme moi, avoir tout dans une seule page (ou un seul programme) sans avoir trop de fils partout, c'est vraiment un don du ciel. Les machines sont toujours propres, ne tombent jamais en panne, on n'a pas égaré leur alimentation, on peut voyager avec sans avoir une armée de porteurs pour vous accompagner à la gare ou l'aéroport...
Cet accès simple et instantané va avoir des conséquences incroyables, puisque le coût d'entrée dans l'industrie de l'entertainment va être quasiment nul. N'importe quel kid d'Amstelveen, de Châtenay-Malabry, de Soweto ou de Kuala Lumpur aura la possibilité technique de devenir le Mozart du XXIe siècle, et avec un peu de pratique, n'importe qui va pouvoir créer où qu'il soit, dans une fête, spontanément avec ses amis, faire un gig avec une inconnue rencontrée dans le bus.
On assiste à la mise en place d'une infrastructure de création (musicale, mais on le voit de plus en plus avec la vidéo) totalement démocratique qui va remettre à plat l'ensemble de l'industrie. La crise économique et civilisationnelle aidant, je ne donne pas cher de la peau des éléphants de l'entertainment du XXe siècle, ceux qui déjà n'avaient pas compris la révolution de la virtualisation des supports musicaux.

jeudi 4 décembre 2008

Wifi.. ah, euh, heum, toi même!



Hier, Commission Transport & Entreprise (Verkeer & Ondernemen). C'était pas ça, vraiment. Tout d'abord, j'ai étudié les documents avec surprise, trouvant que vraiment je ne connaissais pas grand chose aux sujets... jusqu'à ce que je découvre qu'on m'avait envoyé les documents de la Commission Finances & Sécurité (qui a lieu la semaine prochaine). La photo ci-dessus le prouve. Juste quelques heures perdues pour rien, comme si je n'avais rien d'autre à faire.
Mais bon, je connaissais mon sujet, puisqu'on devait parler du wifi. Mon idée, dont j'ai déjà parlé sur ce blogue, est d'encourager les gens à partager leur wifi pour avoir moins de radiations, et inciter les cafés à proposer le wifi gratuit pour inciter les gens à ne pas utiliser ni wimax ni UMTS (qui ont des ondes très puissantes et méchantes). Rien d'obligatoire, juste une aide technique et un avis neutre pour les aider à ne pas se faire avoir par les vendeurs de KPN (ancien monopole d'État) et se retrouver avec des antennes qui ne marchent pas bien.

Je m'attendais à un débat intéressant. J'ai dû bien vite redescendre de mon nuage... La droite n'avait que le "marché" à la bouche, et quand je leur ai rétorqué qu'un marché (voir la définition d'un marché pur et parfait) doit pouvoir offrir la transparence de l'information, et donc que l'accès à l'information doit être possible à tous, la seule réponse à laquelle j'ai eu droit est flauwekul ("n'importe naouaque"), ce qui est vraiment un argument rationnel irréfutable. En gros la droite est contre l'intervention des autorités, même si cette intervention permettrait de s'approcher d'un marché parfait auquel ils disent aspirer. Je les aime bien, nos VVD, ils sont sympas et constructifs, mais là ils ont vraiment besoin d'un petit cours d'économie pour au moins être fidèle à leurs dogmes avec intelligence...
Les petits partis locaux, quant à eux, n'avaient aucune idée de quoi on parlait et ont essayé de nous rouler dans la farine avec des questions idiotes. C'était pas très malin, et c'en était franchement embarassant. Heureusement que nos partenaires de GroenLinks ont plein de neurdes dans leur parti et savaient exactement de quoi je parlais. Eux vont plus loin et pensent que l'arrondissement devrait installer des bornes. C'est une bonne idée, mais mes camarades de parti ne me suivront jamais dans une telle aventure, aussi parce que certains d'entre eux ne comprennent pas grand chose non plus, et puis parce que le parti travailliste est lui aussi contaminé par le mythe du marché-qui-n'existe-jamais.
La déception finale, ce fut l'échevin qui n'avait rien préparé et cela se sentait à des kilomètres. Heureusement, Willem Bos de l'association locale contre l'UMTS (lien), très à la pointe sur la question, est venu remettre les pendules à l'heure et a expliqué qu'un réseau dense de wifi était préférable à trois antennes wimaw ou UMTS pour la santé, que c'était un moindre mal si les réseaux étaient ouverts et que les gens partageaient leur antenne. Ouf.
C'était tellement affreux que j'en ai fait des cauchemars cette nuit. Des vrais rêves horribles qui vous réveillent. Plus concrètement, je vais venir avec une proposition commune avec GroenLinks en espérant qu'on ne va pas perdre encore un an avec des incompétants. Ah, dur la politique...

Après cela, on a parlé du mémo de D66 sur les crottes de chien. Les petits partis ont encore essayé de cacher leur nullité et leur manque de préparation en faisant des blagues éculées sur le fait que D66 n'avait rien de mieux à faire. Ah ah ah. (Not.) J'avais vraiment honte pour eux. Là encore, je vais voir avec le D66 (et GroenLinks, j'espère) comment les embarquer dans mon projet de tolérance envers les chiens sous appel et que ça débouche sur une initiative du Conseil. J'en reparlerai, natuurlijk.

lundi 1 décembre 2008

Eurocities et moi, et moi, et moi



J'avais complètement oublié de parler du livre d'Adrian Favell, c'est en rangeant mon bordel très léger désordre que je l'ai retrouvé. Adrian était passé m'interviewer il y a quelques années, on avait beaucoup ri, j'avais beaucoup bitché sur ma situation (alors totalement catastrophique), et il m'a re-contacté lors la sortie de son livre qui porte sur les migrations inter-européennes. Je lui avais donné quelques contacts, dont je ne suis pas sûr qu'il ait fait utilisation.

Le livre n'est pas un bel objet et sa lecture n'est pas celle d'un roman, mais elle est très instructive et finalement assez agréable. Au fil des pages, on découvre une nouvelle génération d'Européens largement en avance sur le reste de leurs concitoyens, n'hésitant pas à se mettre en danger culturel, financier et alimentaire pour chercher une nouvelle vie. Ce qui ressort de ce livre, c'est surtout la petitesse des Européens qui ne se déplacent pas, les postes protégés, les abus sur les marchés de l'emploi ou du logement, et la profondeur des frustrations. Car si les leaders et élites européens et nationaux nous parlent de changement, de mobilité et d'adaptabilité, ils sont les derniers à se les appliquer à eux-même.

Farvell me fait passer pour une folle hystéro complètement reine du drame dans ses citations, ce qui ne manquera pas de faire bien rire ses lecteurs. Je conseille sa lecture à tous ceux qui ont émigré ou qui ont l'intention de le faire, ainsi qu'à leurs parents. Quelques jours après l'éruption de colonialisme de la droite australovicienne, voilà un livre qui remet les pendules à l'heure.

vendredi 28 novembre 2008

Ville en transition



Hier, Conseil municipal spécial budget 2009. J'en reparlerai. Mais l'important, c'est que le Conseil à voté à l'unanimité (c'est assez rare pour être souligné) en faveur de la motion que je présentais avec GroenLinks et Amsterdam Anders/De Groenen sur les toits verts. En gros, on aide financièrement les habitants qui se décident à mettre un tapis d'herbacés sur leur toit. Cela permet de mieux gérer les pluies, d'offrir un espace de nidification pour les oiseaux, de renforcer l'isolation thermique et sonore, et surtout d'être magnifique. Cela nous coûte presque rien (surtout vu notre budget général), et beaucoup d'habitants m'ont déjà témoigné de leur enthousiasme.

Bon, la question pressante, selon moi, est désormais de mettre Amsterdam en mouvement et en faire une "ville en transition", vers zéro émission de carbone et surtout vers une emprunte minimale sur la nature, avec la participation des citoyens (j'insiste là-dessus).
Pour vous donner une petite idée des révolution qui doivent avoir lieu, je vous incite à aller voir la vidéo ci-dessus du ministère nippon de l'agriculture, des forêts et de la pêche. C'est un bon antidote à la propagande pro-nucléaire de la pub d'Areva que vous avez peut-être vue (revoir ici), artistiquement fabuleuse, mais révoltante dans son message.






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(lundi 1er décembre)
Le vote a donné lieu dans la presse spécialisée à un compte rendu/interview par Martine Potsma (lien):

Stadsdelen Amsterdam ontdekken groene daken
Na het Amsterdamse stadsdeel Centrum (88.000 inwoners) komt nu ook Oud-Zuid (ruim 83.000) met een subsidieregeling om groene daken in het stadsdeel te stimuleren. En ook andere stadsdelen in Amsterdam raken geleidelijk aan bekend met de duurzame dakbedekking die bestaat uit mossen, gras en andere planten.

De deelraad van stadsdeel Oud-Zuid nam afgelopen donderdag een motie aan waarin voor subsidie op groene daken werd gepleit. De motie was ingediend door de PvdA-fractie in het stadsdeel en werd door de voltallige deelraad gesteund. "Dat is politiek heel bijzonder", zegt PvdA-raadslid Laurent Chambon. "De deelraad telt 29 leden en er is altijd wel een kleine partij die tegen stemt."
In dit geval dus niet. "Maar groene daken zijn ook zo simpel en zo leuk voor iedereen", aldus Chambon. "Ik begrijp eigenlijk niet waarom ze in Nederland niet allang veel populairder zijn. Het klimaat is er hier bijzonder geschikt voor, met al die regen."

Gewoon niet zo duur
De subsidieregeling gaat per 2009 in. Het dagelijks bestuur van het Amsterdamse stadsdeel trekt er voor dat jaar 15.000 euro voor uit. Dat lijkt misschien weinig, geeft Chambon toe. "Vergeleken met het totale budget van het stadsdeel is het niks." Toch is er volgens hem geen sprake van symboolpolitiek. "Een groen dak is gewoon niet zo duur. Dat is nu juist het mooie. Het is een maatregel die heel goedkoop is en tegelijkertijd heel goed werkt, op allerlei gebieden."
In stadsdeel Centrum, waar half november al werd besloten tot een subsidieregeling voor groene daken, is wel kritiek op het budget. Het stadsdeel stelt 20.000 euro beschikbaar, met een maximum van duizend euro per aangelegd groen dak. "Daarvan ben je al tweehonderd euro kwijt aan een constructeur", weet Lydia Geijtenbeek, deelraadslid voor de lokale partij Amsterdam Anders/De Groenen (AA/DG). Die maakt zich al jaren sterk voor groene daken in de stad.
De partij diende afgelopen donderdag, samen met de VVD-fractie in het stadsdeel, een voorstel in om de groenedakenregeling te verruimen. Volgens het voorstel moet er volgend jaar 200.000 euro beschikbaar komen voor groene daken. "Dat kan makkelijk", zegt Geijtenbeek. Stadsdeel Centrum heeft volgens haar het afgelopen jaar miljoenen euro's overgehouden. Dat geld zou allemaal besteed kunnen worden aan "groene dingen", vindt AA/DG.

Meer vliegen in één klap
Niet alleen particulieren zouden zich volgens de partij op groene daken moeten storten, ook de gemeente zelf moet ermee aan de slag. "Het stadsdeel heeft 25 panden met platte daken", vertelt Geijtenbeek. "Slechts één daarvan heeft nu een groen dak. Dat moeten er veel meer worden. Waarom heeft bijvoorbeeld de Stopera (het Amsterdamse stadhuis, red.) nog geen groen dak?"
Ook in andere Amsterdamse stadsdelen begint het onderwerp langzaam door te dringen. In Oost-Watergraafsmeer (60.000 inwoners) bijvoorbeeld bestaat nog geen subsidieregeling, maar het stadsdeel nam groene daken dit najaar wel op in de Woonvisie 2015. In dat document zet het bestuur zijn ideeën over wonen in het stadsdeel uiteen. "Met groene daken kunnen een aantal vliegen in één klap worden geslagen", schrijven de bestuurders. Zij wijzen erop dat daken met plantjes erop niet alleen zorgen voor groen in de buurt, maar ook een uitkomst zijn op het gebied van waterberging en warmte-isolatie.

Gepubliceerd op www.duurzaamgebouwd.nl op 1 december 2008

vendredi 21 novembre 2008

Ah, la crise va peut-être venir ici aussi

Le système financier s'effondre, et d'après ce que j'ai compris on n'est pas sortis de la mouise, mais les Pays-Bas seraient totalement immunes. Bien sûr, à part le fait que l'économie néerlandaise est une des plus ouvertes d'Europe, qu'Amsterdam est devenue une ville ultra financiarisée, qu'on a privatisé une partie des systèmes de retraite (désormais investis en bourse) et le système maladie au nom du dogme libéral, que la spéculation immobilière a touché le pays plus encore que ses voisins, avec la bénédiction de l'État (il y a peu on voulait encore nous vendre un emprunt immobilier sur 30 ans sans remboursement du capital avec investissement en bourse...), et qu'un tiers des ménages néerlandais est surendetté, tout va bien!
Dans mon parti, quand je leur disais que leurs modèles immobiliers basés sur l'hypothèse d'une croissance infinie de l'économie et des richesses collectives et individuelles me paraissaient un peu casse-cou, on me traitait de râleur. Il suffisait que je leur parle de la pauvreté qui augmente dans les quartiers les plus déshérités de l'arrondissement pour que certain(e)s ne mettent à crier et à me couper la parole violemment. Outre le fait que certain(e)s camarades ont un problème (d'ordre psychiatrique) avec leur propre richesse et le manque de richesse de certains australoviciens, l'idée même d'une baisse de la croissance économique était un blasphème inacceptable. Sainte Croissance qui êtes aux cieux, sauvez nos placements!

Là, surprise... Wouter Bos parle enfin de récession. Même Lodewijk Asscher, pourtant un échevin d'un néo-libéralisme très enthousiaste et adepte d'une ville à deux vitesses (privilèges pour les riches issus du monde de la finance, bureaucratie pour les autres), commence à évoquer des possibles problèmes économiques pour Amsterdam. Il a même déclaré, ô surprise, que beaucoup d'amstellodamois pourraient sombrer dans la pauvreté. Eh, Lodewijk, smell the coffee, certains n'en sont même jamais sortis, de la pauvreté.
Quelle perspicacité, quand même, ils ont nos chefs, hein? Je me sens tellement en sécurité avec de tels devins de la finance, j'y crois à peine moi-même. (Not.)

jeudi 20 novembre 2008

Wifi sélectif


L'autre jour, je suis allé pour un déjeuner de travail à Smørrebrød avec mon Mac. Là-bas, malgré une réception wifi parfaite, impossible de se connecter. "L'antenne que m'a installé KPN [l'opérateur historique] ne marche qu'avec Windows™" me raconte alors le tenancier, après avoir fait joujou avec ma machine pour voir ce qui n'allait pas.
Quelques semaines avant, même mésaventure au Café Poef: antenne KPN, seulement Windows™. Aujourd'hui, je suis allé au Coffee Company, où j'ai écrit une partie de mon livre: plus de wifi. Il y a avait trop de gens avec leur ordinateur portable, vu que c'était le seul endroit du quartier avec wifi gratuit. Désormais, dans mon quartier, où une population éduquée et créative est suréquipé en Mac, il n'y a plus d'endroit où se connecter. Impossible de bosser tranquillement nulle part. Il faut rester chez soi, le fil à la patte.

Mon projet de wifi sera discuté bientôt en commission. Il est plus que temps. Les cafés du quartier se plaignent du baisse de leur chiffre d'affaire avec l'interdiction de fumer, mais il y est impossible d'y travailler en journée. Et quand ça l'est, ces parasites krypto-monopolistiques de KPN se débrouillent pour que seuls les PC équipés par le géant de Redmont puissent se connecter.
Un peu comme si les routes étaient réservées aux seules voitures et camions Renault, et encore que quelques unes soient payantes (et chères!), et d'autres en très mauvais état. Notre économie n'y survivrait pas. Et pourtant c'est exactement ce qu'on fait en ce moment avec le wifi. Comme quoi le coup du marché qui s'autorégule et qui est le plus à même d'offrir ce que les gens veulent est un gros mythe urbain qui est loin de se vérifier.

Concrètement, si la commission me soutient dans ma démarche, il va falloir que l'arrondissement aide les cafés à avoir un wifi gratuit surtout aux heures creuses (avant 17h) et surtout les aider à se sortir des griffes acérées de KPN pour s'assurer que leur réseau est accessible non seulement depuis Windows™, mais aussi avec un Mac (pour nos innombrables créatifs) ou un portable sous Linux, de plus en plus fréquents avec la vague des micro-portables. Encourrager un monopole à travers des installations limitées aux Windows est, d'ailleurs, tout à fait antilibéral. Mais venant d'un ancien monopole, est-ce vraiment surprenant? En gros, il ne s'agit pas de casser un marché, mais au contraire de l'ouvrir vraiment à la concurrence. On verra si le VVD et le D66 nous suivent sur cette question...

Décoller en toute légalité



Décoller (get high) est un besoin humain, apparemment. Les riches y arrivent avec de la coke ou du shopping, les pauvres avec des courses de chevaux ou de la beuh, les classes moyennes avec de la codéine et de la bière. Bref, même si on connaît parfaitement les conséquences économiques et sociales qu'ont les drogues, il s'agit d'une réponse humaine à la dureté des relations sociales.

La question qui domine les Pays-Bas ces dernières semaines est celle de la politique de la drogue. En gros, les jeunes libéraux veulent une légalisation alors que les chrétiens-démocrates veulent une interdiction. L'argument des amis de Balkenende: comme les autres pays n'ont toujours pas dévié de leur politique répressive, notre politique a échoué.
Il y a un échec, c'est vrai, mais il est dû au législateur: en tolérant la vente de marie-jaja tout en interdisant la production d'herbe, il s'est débrouillé pour que, de facto, la production soit controlée par des criminels. Qui interdit un produit demandé s'assure que son économie profitera aux entrepreneurs avec les moins de scrupules.
Je pense que la politique néerlandaise a fait la preuve de son efficacité, non pas en éloignant la filière des criminels (mais c'est dû à l'hypocrisie des différents gouvernements), mais par les chiffres. Les Néerlandais consomment moins que les autres. Alors que les pays les plus répressifs sont ceux où on fume le plus. Plus c'est interdit, plus c'est désiré. C'est bête mais c'est ainsi.
Plein de Français ou d'Américains, quand ils apprennent que je vis à Amsterdam, se font des gros rêves: "mec, tu dois fumer tout le temps!", "si j'y vivais, je me roulerais des gros ouinjes de la mort." Et bien nan, comme c'est accessible, la tentation n'est pas là. L'interdiction fonctionne comme les soldes: on se sent obligé d'acheter car c'est une occasion, alors qu'on n'en a pas forcément ni besoin ni envie.

Au lieu de suivre les chrétiens-démocrates dans leur moralisme hypocrite, il vaudrait mieux s'assurer de la sécurité des consommateurs (avec des contrôles qualité et une traçabilité irréprochable) et des producteurs honnêtes (qui ne manqueront pas de se mettre au travail dès que la culture sera légalisée). J'espère que les politiciens haguenois auront l'intelligence de ne pas écouter les discours hypocrites des Français ou des Américains sur la question, où pourtant ils ont fait preuve de leur incompétence. Mais le complexe d'infériorité des élites néerlandaises est un facteur à ne pas sous-estimer dans ce genre de décisions...


Dans la presse néerlandaise d'aujourd'hui (lien):
"Plus de la moitié des maires qui ont des coffee-shops dans leur commune sont favorables à la légalisation de la ’chaîne des drogues douces tout entière’, y compris donc l’approvisionnement des coffee-shops", relève le Volkskrant (p.3). "Ils veulent qu’on mette fin au ’système dualiste’ dans lequel la vente de cannabis par la porte de devant est tolérée, alors que la culture et l’approvisionnement par la porte de derrière ne le sont pas."
"C’est ce qui ressort d’une enquête de Binnenlands Bestuur , une publication hebdomadaire pour gestionnaires et fonctionnaires publics. Les Pays-Bas comptent 106 communes avec un ou plusieurs coffee-shops. Tous ces maires ont été approchés par téléphone pour leur demander s’ils sont partisans de la légalisation de la ’porte de derrière’, du maintien de la politique de tolérance actuelle ou de l’interdiction des coffee-shops."
"88 maires ont coopéré à l’enquête : 54 ont déclaré vouloir légaliser toute la chaîne de production et de vente, 25 veulent continuer la politique de tolérance actuelle et 9 veulent interdire les coffee-shops. Six maires n’ont pas voulu exprimer de préférence."
"Parmi les partisans de la légalisation (plus précisément de la régulation) se trouvent les maires d’Amsterdam, d’Utrecht, de Tilburg, de Groningue, de Leeuwarden, de Leyde, de Maastricht, d’Enschede, de Haarlem et de Hilversum. Les maires VVD de Rotterdam et La Haye se sont prononcés pour la poursuite de la politique de tolérance."

mardi 4 novembre 2008

Plan d'occupation des sols



Mercredi dernier, nous avions Conseil municipal. L'enjeu principal était le vote du nouveau plan d'occupation du sol pour le Quartier des Musées et de Valerius, un endroit truffé des luxueuses villas et d'immeubles datant pour la plupart du XIXe siècle. C'est un quartier privilégié qui ne connaît pas encore la crise et où le taux de pauvreté est proche de zéro, contrairement à d'autres quartiers de l'arrondissement.

Mes collègues Marc et Ron sont responsables de ce sujet qui m'intéresse beaucoup et font preuve de beaucoup de compétence. Ils avaient une motion sur laquelle je n'étais pas d'accord et c'est avec beaucoup d'hésitations que j'ai voté pour, sachant qu'on n'obtiendrai pas la majorité, ce qui a effectivement eu lieu: avec 14 voix pour et 14 voix contre, son vote est reporté au prochain Conseil.
En gros, la question est de savoir jusqu'à quel niveau on peut construire dans les parties non-protégées du quartier. D'un côté il y avait les Verts et le VVD qui voulaient qu'on puisse construire jusqu'au niveau de l'immeuble le plus élevé de chaque bloc, et nous qui voulions garder la hauteur actuelle. L'argument libéral est celui de la liberté d'entreprendre (lire=se faire plein de thune) et celui des Verts est que la ville doit se densifier.
Je suis d'accord avec les Verts, à un détail prêt: je suis pour que la ville se densifie autant que possible, mais que le style architectural soit respecté et qu'il n'y ait pas de destruction de batiments.

Mes deux camarades ont essayé de limiter la taille des bâtiments car il n'est pas rentable pour les spéculateurs de détruire pour reconstruire sans rajouter des étages. Je me retrouve donc coincé entre mon désir de densifier la ville et celui de ne pas voir des bâtiments de plus d'un siècle (allant de magnifiques à raisonnablement beaux) être remplacé par des choses énormes pour nouveaux riches. Les horreurs bling bling pseudo-vieux qui bordent désormais le Vondelpark dans la P.C. Hooftstraat montrent ce qu'il ne faut surtout pas faire.
Mon problème est aussi politique: on défend un quartier qui, il est vrai, est assez exceptionnel, mais on semble très peu se soucier d'autres quartiers, dont le mien. L'architecture du Pijp est une architecture simple et populaire, faite de maisons mal construites à la même époque mais qui a un caractère unique et une forte unité (photo ci-contre). La quartier a été massacré dans les années 1980 avec des immeubles comme le mien, et le massacre continue depuis. Prochain sur la liste: le Verbindingshoek, un ensemble d'immeubles à l'angle d'un bloc, qu'une des corporations privatisées veut détruire pour remplacer par des immeubles neufs.
Mon impression est que si les riches vivent quelque part leur environnement est protégé, mais dès qu'il s'agit de pauvres ou d'étrangers, la loi du plus fort et de la spéculation règne et quoiqu'on dise, tout le monde s'en moque.

Comprenez moi bien, je ne souhaite pas que le Quartier des Musées soit détruit parce qu'on massacre le Pijp, mais je trouve que si les riches voient leur quartier protégé dans leur particularité, il devrait en être de même pour les autres quartiers.
Il nous reste trois semaines pour que Marc et Ron viennent avec un bon compromis constructif...

Todd sur l'Amérique

Alors que ce soir on saura qui est le prochain président des États-Unis, voilà une analyse un peu différente qui remettra les pendules à l'heure, par le brillant et perspicace Emmanuel Todd, parue dans la Tribune de Genève (merci à Erkan pour l'info). Je recommande vivement la lecture de son essai "Après l'empire" à ce qui ne l'ont pas encore fait.

Emmanuel Todd: "Les Américains ont réalisé la plus grande escroquerie financière de l’histoire de l’humanité"

PRESIDENTIELLE | Pour l’historien Emmanuel Todd, l’élection de Barack Obama «redonnera quelques années de vie supplémentaires à l’empire». Elle ne suffira pas cependant à restaurer l’autorité d’une puissance en voie de déclassement.

JEAN-FRANCOIS VERDONNET et OLIVIER BOT | 01.11.2008 | 00:00

L’élection annoncée de Barack Obama sera interprétée comme une régénération de la démocratie américaine, affirme Emmanuel Todd. Suffira-t-elle pourtant à opérer les ruptures espérées? Historien, démographe, auteur en 2002 d’«un «essai sur la décomposition du système américain», Todd ne cache pas sa perplexité. S’il accueille avec enthousiasme l’accession d’un président noir à la Maison-Blanche, il craint, dit-il, que l’événement ne s’inscrive dans un «processus de dislocation».

- Voilà six ans, vous dressiez le tableau d’un pays devenu «un facteur de désordre international». Une élection de Barack Obama pourrait-elle modifier ce constat?
- Elle donnera dans un premier temps l’image d’une Amérique qui rebondit. Avec Bush, on a eu le pire des présidents - une sorte de Rantanplan, qui fait la guerre, qui par sa maladresse accélère la destruction de l’empire américain. Avec Obama, resurgit le visage d’une Amérique optimiste et dynamique. Une Amérique civilisée, à la politique étrangère plus raisonnable, qui aspire à se retirer d’Irak, qui ne veut pas déclarer la guerre à l’Iran. Une Amérique qui pourrait néanmoins rester aussi anti-russe que la précédente, les démocrates ciblant la Russie comme le seul véritable adversaire stratégique des Etats-Unis.

Dans le climat actuel de débâcle, de déroute financière et morale, et compte-tenu de la responsabilité inouie de l’Amérique dans le désordre du monde, la victoire d’Obama va permettre aux pro-Américains des pays occidentaux de dire que l’Amérique est redevenue merveilleuse. Elle redonnera quelques années de vie supplémentaires à l’empire.

- L’accession d’un élu noir à la Maison-Blanche ne confirme-t-elle pas les mutations intervenues au sein de la société américaine?
- Il se produit des événements vraiment extraordinaires aux Etats-Unis. L’implosion du système financier et du mythe économique, d’un côté; l’implosion de la structuration raciale, de l’autre. On comprend dans ces conditions que les Américains vivent dans une sorte d’état d’apesanteur. Cela dit, si l’affaissement du sentiment racial est évidemment une bonne nouvelle, le racisme aura vraiment disparu le jour où les électeurs n’attendront rien de particulier d’un président noir. Obama est un homme politique américain. Son discours est truffé des habituelles références aux valeurs religieuses. Il est entouré des personnalités issues de l’establishment démocrate - ces mêmes démocrates qui ont, plus nombreux encore que les républicains, voté les subventions au système bancaire.

- L’élection de Barack Obama ne plaide-t-elle pas pour la vitalité de la démocratie américaine?
- Ce qui se passe est étrange, et paradoxal. Si l’on observe l’histoire des Etats-Unis, on constate en effet que le racisme n’est pas du tout un petit défaut de la démocratie blanche: il en est le fondement. Au départ, les colons anglais n’attachaient pas une grande importance à la valeur de l’égalité, que ce soit dans la famille ou ailleurs. Ce qui a permis alors d’assimiler des Européens d’origines très diverses, c’est la fixation de la différence sur les Indiens et les Noirs. Dans l’Amérique jacksonienne, le président était un héros des guerres contre les Indiens. Le racisme a été le moteur de l’émergence démocratique. Aujourd’hui, on assiste à l’avènement d’une ploutocratie irresponsable: la montée des inégalités constitue la dynamique fondamentale de la société américaine. L’Amérique cesse d’être démocratique au sens économique du terme. Le racisme y est en baisse, mais la démocratie est malade. Elle pourrit sous nos yeux. Dès lors, j’ai peur que l’on tombe très vite de haut. Une partie de l’oligarchie est derrière Obama. Il a du reste ramassé plus d’argent chez les riches que McCain. Son élection sera interprétée comme une regénération de la démocratie américaine. J’ai quant à moi le sentiment qu’elle fait plutôt partie d’un processus de dislocation.

- Les Etats-Unis comptent certaines des meilleures universités du monde. Ils attirent de partout les capitaux, les chercheurs, les entrepreneurs de la nouvelle économie. Ces atouts-là ne leur assurent-ils pas une place centrale dans la compétition internationale?
- Quelques universités sont en effet très bonnes. Mais la majorité d’entre elles est d’une médiocrité absolue. Sur le terrain de la production scientifique et technologique, les chiffres sont sans équivoque: l’Europe est redevenue le centre de gravité du monde. Ce sont les Européens qui savent construire les centrales nucléaires modernes, ou qui fabriquent des avions gros porteurs - même avec retard.
L’ouragan Katrina avait en 2005 constitué un premier moment de vérité. On a compris tout à coup que les Américains ne disposaient pas d’assez d’ingénieurs pour protéger les villes, ou les reconstruire. Je pense aussi que le conflit au Caucase a contribué au cours de l’été dernier à précipiter la crise financière. L’inexistence de l’Amérique a été perçue comme un moment d’atterrissage dans la réalité.

- Il reste pour l’industrie américaine des secteurs porteurs. L’informatique, la Silicon Valley...
- Si l’on songe à ce qu’étaient les Etats-Unis en 1945, il serait étonnant qu’il ne reste rien de leur puissance industrielle et technologique. Mais alors qu’ils étaient excédentaires dans tous les domaines, ils enregistrent aujourd’hui un déficit commercial de 800 milliards de dollars. La vitesse de régression est hallucinante, et elle n’épargnera pas l’informatique: l’Inde va bientôt porter l’estocade.

- Le projet économique du candidat démocrate peut-il contrecarrer la dépression qui menace?
- Il n’a pas de programme économique. Au début de sa campagne, il a bien proposé quelques mesures protectionnistes, mais le déficit commercial est tel que le protectionnisme entraînerait dans une première période une baisse dramatique du niveau de vie.
Obama se confond avec son image. Or les difficultés américaines vont bien au delà d’une image. Pour le moment, le dollar tient, car à l’extérieur, des institutions, des gens riches, des Etats veulent que les Etats-Unis restent au centre du monde. Mais la situation ne changera pas: elle devrait même se dégrader encore. La question est maintenant de savoir comment, avec la fin de la mécanique des subprimes, on va donner aux Américains les moyens financiers de continuer à vivre aux frais de la planète.

- Les Etats-Unis gardent une forte capacité d’influence sur les leaders d’opinion du monde occidental. Leur image est-elle en train de se troubler?
- L’Amérique, c’est une image. On ne peut en parler sans évoquer le cinéma, les scénarios de feuilletons télévisés, Hollywood. Il y a dans tout ce qui est américain un côté extraordinairement virtuel. Et voilà que par étape on voit émerger la réalité. Il sera en ce sens très intéressant de suivre l’évolution de l’opinion dans les oligarchies financières occidentales. Elles éprouvent un sentiment de solidarité avec l’Amérique. Mais elles viennent aussi de se faire plumer... Je n’aimerais pas être en ce moment un ploutocrate français de la sphère financière.

- La notion d’«hyperpuissance» a-t-elle un sens pour vous?
- Dans le domaine militaire, le monde est déjà multipolaire. L’incertitude tient aux illusions que les Américains entretiennent encore sur eux-mêmes. Ils sont un peu comme les Russes, au moment de l’effondrement du communisme. Lorsqu’ une puissance de cette nature possède encore une armée, elle n’est pas à l’abri de réactions irrationnelles.
Les Etats-Unis ont également perdu la place centrale qu’ils occupaient sur le terrain économique. Avec l’aventure des subprimes, ils ne viennent pas moins de réaliser la plus grande escroquerie financière de l’histoire de l’humanité. Autrement dit, ils ne sont plus dans ce domaine une hyperpuissance, mais compte-tenu de l’absence de régulation de l’économie mondiale, ils détiennent une «hypercapacité de nuisance».

* Emmanuel Todd vient de signer chez Gallimard «Après la démocratie».
** Après l’empire. Essai sur la décomposition du système américain. Gallimard 2002. Folio actuel 2005.

mardi 21 octobre 2008

Pauvreté, la surprise



Le rapport de l'OCDE sur la pauvreté est intéressant, et surprenant. Il révèle que la pauvreté est moins développée en France qu'aux Pays-Bas, en bien sûr encore moins qu'aux Etats-Unis. Plus intéressant, on découvre que la France dépense plus d'argent pour sa population que les Pays-Bas. La pauvreté a reculé en France en 20 ans, alors qu'elle a augmenté aux Pays-Bas.
Découvrez par vous-même ces résultats graphiquement ici. L'image ici est l'évolution depuis les années 80. En gros plus on est en haut à gauche, plus la société est inégalitaire et moins elle dépense pour les faibles. Plus on est en bas à gauche, plus la société est égalitaire. Seuls les pays scandinaves et l'Autriche sont plus solidaires que la France, et seule la Suède dépense plus socialement que la France.

J'avais déjà eu cette impression, mais tout le monde me soutenait le contraire. C'est vrai que la France s'est paupérisée, mais quand je vois les infrastructures sociales existantes (le resto U fait la différence entre les étudiants pauvres néerlandais qui mangent des merdes et les étudiants pauvres français qui mangent chaud et équilibré deux fois par jour), je vois bien ce qui manque aux Pays-Bas.
Aux Pays-Bas le régime d'assurance-chômage a été complètement lessivé, l'assurance-maladie coûte de plus en plus cher tout en ne couvre qu'une petite partie des besoins sanitaires, et surtout les pauvre sont vraiment coincés dans des trappes à pauvreté humiliantes.
Bien sûr dans mon arrondissement cela se voit moins car nous avons plein de riches. Obscènement riches pour certains, même. Il n'empêche que malgré tous ces riches nous avons une banque alimentaire. Oui, à Amsterdam Oud-Zuid, en 2008.

On dit que la société néerlandais est devenue plus dure depuis quelques années. C'est un fait culturel et politique, mais aussi social, donc. Le fait que le pays prenne moins soin de ses pauvres et que les différences entres riches et pauvres s'accroissent est un facteur explicatif évident: difficile de rester gentil et poli dans une société qui valorise le chacun pour soi.
La question est désormais de savoir si l'élection présidentielle américaine et la crise financière va avoir des conséquences positives sur ces différences, avec par exemple la remontée du parti travailliste dans les sondages, ou pas.

dimanche 31 août 2008

Folie sur le Gerard Douplein



Aujourd'hui, sur AT5, petit reportage (lien) sur les problèmes sur le Gerard Douplein, près d'où j'habite. Pour résumer, deux cafés sont très populaires, accueillent une faune alcoolique et asociale qui suffisent à pourrir la vie des habitants depuis deux ans. Les problèmes: des vélos et ses scooters partout, beaucoup d'alcool et de cocaïne, des gens bourrés qui hurlent au milieu de la nuit, les mecs qui pissent partout (des femmes aussi, entre les voitures, à la grande surprise de mon chien Martin), des gens qui baisent sur les voitures ou contre les portes d'entrées, les gens qui restent fumer dehors en parlant très fort jusqu'à 3 ou 4 heures du matin (depuis que fumer dedans est interdit), quelques mecs agressifs (cocaïne, hein...) et surtout des tenanciers qui s'en foutent complètement. Sur le micro-reportage d'AT5, un des tenanciers: "les habitants n'ont qu'à prendre un peu plus de Prozac".
Dans le genre sortie du placard en tant que connard asocial, j'ai rarement vu mieux...

Cela fait des mois que je tire la sonnette d'alarme, mais l'échevin dit ne rien pouvoir faire, et la police ne voit pas où je veux en venir. Les habitants, à chaque fois qu'ils me voient, viennent me raconter leurs malheurs et je m'efforce de calmer tout le monde mais je ne peux pas faire de miracles.
C'en est au point où les rumeurs circulent: le propriétaire serait de la famille royale et donc intouchable, l'agent de quartier aurait été vu à y boire des bières, et serait donc corrompu. J'ai demandé à l'échevin de parler à la police et d'envoyer quelqu'un de neutre pour rassurer les habitants. Sans résultats pour l'instant.

La question est plus large que le respect des règles. On a affaire à des tenanciers qui utilisent l'insulte, l'intimidation et les menaces pour faire de l'argent (un mètre carré de terrasse rapporte des dizaines de milliers d'euros par saison) et à une faune jeune, excitée, alcoolisée, parfois cocaïnée, sans aucune forme de contrôle social.
L'argument qu'ils utilisent est que les terrasses sont sympa. Bien sûr que les terrasses sont sympa, personne ne dit le contraire. Je suis moi-même un grand utilisateur des terrasses amstellodamoises, mais cela ne veut pas dire qu'on aime les femmes qui pissent dans la rue, les jeunes qui vomissent sur les vélos ou des connards alcooliques qui braillent dans la rue au milieu de la nuit.
Ce n'est pas un problème de terrasse, mais un problème plus large de manque de savoir-vivre, d'absence de tout contrôle sociale, et d'impunité totale pour les tenanciers qui peuvent pourrir la vie des habitants sans aucune conséquence pour faire de l'argent.

J'ai des projets pour changer cela au niveau politique, j'en reparlerai ici. En attendant, cette place est une bombe à retardement, et j'aimerais que mes collègues du Conseil s'en rendent compte.

mercredi 9 juillet 2008

Nouvel apartheid

Ah, la politique de la ville... Plus j'ai le nez dedans, plus j'ai l'impression qu'on dépense des milliards vraiment n'importe comment. On joue à l'urbaniste tout puissant alors que la plupart des problèmes dépassent largement la question de l'habitat: ségrégation sociale, discrimination sexuelle et ethnique, ethnocentrisme (aussi de classe) des décideurs, précarisation des classes moyennes et inférieures, mondialisation, crise de l'énergie... Pire, en voulant "libéraliser" le "marché" immobilier, on accélère le blanchisation des centres-ville et l'ethnicisation des banlieues.
En gros, en privatisant l'immobilier en centre-ville, on s'assure que seules les classes plus ou moins privilégiées (classes moyennes supérieures, massivement blanches) ont accès au centre historique, et on repousse les autres dans les banlieues lointaines. Ici, à Oud Zuid, malgré tout ce qu'on nous dit (même au sein de mon parti), on continue à remplacer des logements sociaux mixtes par des logements réservés aux classes moyennes supérieures blanches: soit on rénove et les nouveaux loyers sont tels que la plupart des habitants sont obligés de partir plus loin du centre, soit on privatise complètement, et là, la totalité des habitants originels en est exclue définitivement.
On parle d'intégration, de politique de la ville, de cohésion sociale, mais pour l'instant je vois surtout une parisianisation d'Amsterdam: les privilégiés et les ultra-pauvres qui les servent au centre, les classes moyennes fragilisées et les immigrés en banlieue. Plus on est loin (comptez la distance en temps de transports en communs, pas en kilomètres), plus on est pauvre et exclu.
J'essaye d'alerter les gens de mon parti, leur expliquer qu'on est en train de faire les mêmes conneries que les Français depuis 30 ans, mais personne n'est prêt à m'écouter. C'est vraiment cause toujours tu m'intéresses.

Ce qui me choque, c'est le degré de violence exercée: on vire les gens d'un quartier qu'ils ont contribué à rendre sympa pour les remplacer par d'autres qui "achètent" leur confort, non pas aux précédents locataires, mais aux agences locatives (autrefois dépendant des pouvoirs publics et financés par l'État, désormais privatisés et extrêmement rentables). Les malheureux sont non seulement exilés dans des quartiers lointains, mais il payent aussi la médiocrité de l'urbanisme européen depuis la guerre, en vivant dans des quartiers laids, mal conçus, et où la voiture est une nécessité absolue. Exclusion sociale, exil forcé, nouvelles charges de transport...

Pour ceux qui ont lu mon bouquin, Le grand mélange, c'est un truc que j'explique sur pas mal de pages. Mais c'est de toutes façons un thème qui commence à être enfin compris par le grand public: ségrégation spaciale, ségrégations sociale, ségrégation ethnique... Combien de temps faudra-t-il aux décideurs pour percuter, je ne sais pas.

Allez, un peu de presse hollandaise pour changer:
Le Volkskrant publie à la une les résultats d’une étude de l’université d’Utrecht qui montrerait que « les quartiers limitrophes des 40 quartiers prioritaires de la ministre de l’intégration et des quartiers, Mme Vogelaar, sont les prochains quartiers prioritaires » (…). « Les chercheurs ont étudié durant trois ans les effets des grands projets de restructuration urbaine à Leyde, Utrecht et la Haye, et ont constaté que les habitants quittent les quartiers en rénovation pour se réinstaller dans un cadre comparable à leur ancien habitat : beaucoup de logement social, d’allochtones non occidentaux et de revenus faibles. Ces ‘quartiers d’accueil’ se dégradent ensuite rapidement : ‘l’objectif de la restructuration est souvent d’éviter les concentrations, par exemple de logement social et de familles à bas revenu, mais la politique menée favorise justement ces concentrations dans d’autres parties de la ville’, commente un des chercheurs du NICIS Institute. (…) ‘Beaucoup de responsables croient qu’il suffit de raser des quartiers pour résoudre la concentration de problèmes. Nous n’y croyons absolument pas. Il est extrêmement onéreux et radical de vouloir résoudre des problèmes sociaux par des mesures d’aménagement urbain ».
http://www.ambafrance.nl/spip.php?article9858

dimanche 6 juillet 2008

Une ville plus agréable

Je me suis rendu compte que j'avais oublié de parler du dernier Conseil municipal avant les vacances d'été... Nous avons examiné l'utilisation faite par les échevins et leur administration des fonds votés d'année dernière et avons fait quelques propositions. Une, très importante, est que le budget ne doit pas être déficitaire de façon structurelle (quelque chose difficile à réaliser mais nécessaire). Dans les détails importants, et auxquels je suis associé, plusieurs choses:

- nous avons chargé l'échevin chargé de l'économie, Eddy Linthorst, de s'occuper des petits entrepreneurs et tenanciers de boutiques qui sont victimes de la spéculation immobilière. Ils ont besoin d'information, d'aide juridictionnelle, voire d'une avance sur les frais de justice: beaucoup sont intimidés par des propriétaires qui savent qu'ils ne peuvent pas se permettre financièrement de commencer un procès. En gros, il nous faut maintenant réparer les conséquences de la désastruese loi Dekker sur la libéralisation des loyers. Franchement, les gens qui ont préparé cette loi n'ont aucune connaissance de la réalité et se sont laissés guider par leur foi en la doxa pseudo-libérale. Enfin...

- le même échevin est chargé de monter un fond pour promouvoir les activité économiques liées à la culture. Dans les détails ça se concrétise par de l'aide aux petites entreprises innovantes, aux initiatives culturelles pouvant à terme faire de l'argent... Tout le monde parle de culture, mais à part donner des subsides par ci par là, il semble que l'aide à ceux qui veulent en vivre (non pas par des subsides, mais par la commercialisation de leur art) est inexistante.

- un autre échevin, chargé du milieu et des transports, Paul van Grieken, est désormais chargé d'étudier dans quelle mesure les canaux du quartiers peuvent retrouver leur usage originel et permettre à des bateaux électriques d'apporter des biens en ville (et remplacer les camions), en complément de CityCargo, le projet de tram de marchandises (très critiqué par certains habitants). Les Verts ont voté contre car il voient les canaux comme une zone naturelle. Je suis en partie d'accord, mais défoncer la ville avec des camions pour éviter d'utiliser quelques voies navigables me semble un drôle de geste écologique. L'eau ne manque pas ici, et s'ils voulaient vraiment faire des canaux un lieu naturel protégé, il faudrait interdire les bateaux de plaisance qui polluent énormément et repenser tout le système aquatique de la ville. C'est un peu comme si on n'utilisait plus les routes parce que l'herbe y pousse et que les fourmis adorent les espaces entre les briques, et que pour compenser on défonçait les trottoirs avec des camions et des voitures pour passer.

Nouvelles aventures politiques en septembre...

vendredi 4 juillet 2008

Ça commence avec la langue



Depuis quelques jours, partout on subit une publicité qui m'agace particulièrement: "ça commence avec la langue" (het begint met taal). L'idée est de promouvoir le néerlandais comme langue commune, au travail, entre amis, dans la rue. Dès que je l'ai vu j'avais envie de crier.

Tout d'abord, les clichés des Pays-Bas travailleurs et pacifiques me rappellent ces sites américains où les gens se mélangent avec grâce entre groupes ethniques, ont tous des belles dents, travaillent fort et sont tous heureux. À croire que personne n'est moche, gros, raciste ou malheureux dans l'Amérique de George W. Bush. Ensuite, c'est un aveu de faiblesse: si on a besoin de rappeler qu'on parle néerlandais aux Pays-Bas, le pays est mal barré.
Enfin, et surtout, ce "ici, on parle néerlandais" a quelque chose de très dénigrant. Sous entendu: "vous entendez, les bougnoules, on ne parle pas arabe ici, c'est clair?" Les Hollandais à qui j'en ai parlé ne comprennent pas. Les étrangers ou les allochtones (qui parlent tous néerlandais, d'ailleurs), le prennent comme une attaque personnelle. Ça me rappelle le "ici, on n'égorge pas les boutons moutons (joli lapsus) dans les baignoires" de notre cher Nicolas Ier. Il disait en fait: "ici c'est un pays de gens comme moi, pas un truc d'arabe, vous n'en faites pas partie et je sais que vous êtes des barbares." En gros: vous n'êtes pas les bienvenus et vous avez intérêt à vous faire sacrément discrets. Sympa pour un président, non?

Enfin, je le rappelle, parler la langue de son choix avec ses amis reste un droit. La dernière fois qu'on nous a empêché de parler notre langue c'était au début du XXe siècle, avec mes grand-parents, auxquels on a interdit le breton, même entre eux. Croire que c'est cela qui les a francisé est une erreur: ce sont la liberté et l'ascenseur social qui ont incité ma mère à maîtriser le français, pas les humiliations qu'ont subies ses parents. Si le gouvernement veut que les gens optent pour le néerlandais, il faut d'abord mettre fin aux discriminations sur le marché du travail et faire en sorte que le batave deviennent un outil de libération, pas une obligation gouvernementale humiliante. Le Canada s'est excusé, l'Australie aussi, on attend que les Pays-Bas et la France le fassent pour l'esclavage et les ethnocides, et on veut nous interdire de parler la langue de notre choix entre amis?
Qu'une telle campagne puisse avoir lieu en 2008 me dépasse, vraiment.