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lundi 14 mai 2007

Un plaisir transnational



Samedi j'avais l'intention de travailler un peu. Finir ces bouquins à moitié-lus. Ou répondre à tous ces emails en attente. (Mal)heureusement, Lewis a mis le matelas-gonflable-pour-invités dans le salon avec pleins de coussins et j'ai eu du mal à résister. On s'est donc vu le concours de l'Eurovision, une première depuis quelques années. C'est toujours aussi kitsch, avec une scène de plus en plus démesurée, des effets pyrotechniques toujours plus effrayants, des écrants toujours plus géants, et des présentateurs carrément glaçants, aux dents anormalement blanches, qui sortent des évidences superficielles et souriantes en anglais avec l'air de révéler des vérités éternelles.
Heureusement, comme chaque année, il y a l'antidote au sein même de la bête. Cette année, elle venait d'Ukraine. Verka Serduchka est un trav' résolument post-soviétique, lunettes très Minsk 1987, coiffe avec étoile scintillante, rain coat argenté et jambes maigrichonnes. J'ai lu que ce mec a commencé ce personnage de Verka pour rire et qu'il a un succès incroyable en Ukraine. Il s'est essayé à d'autres choses, en homme, mais c'est resté confidentiel. Sa dernière vidéo, Gop Gop, sur Youtube est franchement fabuleuse, très esthétique et très gender-trash, avec sa reprise du folklore ukrainien façon orgie (qui a fait enrager les ultranationalistes).
La chanson qu'il a proposé pour l'Eurovision est à la hauteur de l'événement: beat eurotrash, accordéon ukrainien, paroles allemandes débiles ("sieben, sieben, aye lulu, eins zwei drei, tanzen!"), chorégraphie moulinet et hachoir (comme dans la vidéo des Vengaboys, une super production batave de ma jeunesse), mélodie qui tue et uniformes dorés moulants. Sa vidéo officielle montre que s'il est trashissime, il maîtrise aussi pas mal les codes de la télé.
Verka, pour qui j'ai voté par sms, a fini deuxième derrière une lesbienne butch serbe religieuse et nationaliste entourée de ses "femmes" brushées à mort. Quand elles se tenaient la main, un cœur se dessinait, ma copine Magali a dû encore tomber amoureuse.

La leçon de cette édition de l'Eurovision? Le misérabilisme oriental est over. Maintenant, il est objet d'autodérision. L'Ukraine et la Serbie viennent-elle officiellement de rentrer dans le concert des nations civilisées grâce à Verka et l'Eurobutch n°1?