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lundi 4 juillet 2005

Néo-fascisme sauce hollandaise? °

L'autre jour, à la Petite Vertu, j'ai qualifié les événements politiques récents néerlandaise de néo-fascistes. Quelques Néerlandais dans le public ont été outrés. Outre le fait que mon analyse s'étend aussi à la France (ce qui ne surprendra personne), il me faut peut-être m'en expliquer...

Historiquement, le fascisme est un mouvement révolutionnaire de droite, une sorte de mélange entre autoritarisme paternel (Lacan aurait dû adorer), nationalisme xénophobe, revanche patronale contre les évolutions sociales d'entre-deux-guerres et sécuritarisme pénaliste (appliquant des lois délirantes votées à la va-vite).
Depuis le crise Fortuyn, la politique néerlandaise a été reprise en main, parfois de manière autoritaire (le coup de main de Balky pour ne pas s'allier aux travaillistes mais rester avec les libéraux qui avaient pourtant perdu les élections reste dans toutes les mémoires), par la nouvelle droite, parfumée de xénophobie et définitevement décidée à privatiser voire démanteler l'Etat-providence.

Ce qui carractérise ce mouvement que je nommerai néo-fasciste par analogie à l'original italien, ce sont:
1. Le pouvoir des plus riches, bien décidés de dépasser l'idéologie partageuse véhiculée par les travaillistes. Moins d'impôts pour les plus riches, remise en cause de la proportionnalité dans l'assurance maladie, privatisation des services aux classes moyennes mais fortes aides pour les services aux plus riches (universités privées, assurances de luxe...)
2. Le démentellement des acquis sociaux et privatisation des services étatiques pour enrichir les grands cartels, comme ceux de l'assurance (mais on continue à nationaliser les cas difficiles et coûteux). On assiste à une mise en place de véritables guildes ultrapuissantes qui juissent d'un oligopole quasi-maffieux (assurances maladies, compagnies téléphoniques et de câble, privatisation de la retraite et de l'assurance chômage...)
3. Criminalisation de la pauvreté, avec, en premières victimes, les minorités ethniques et sexuelles. Et oui, les femmes sont les premières victimes de ce mouvement réactionnaire: elles doivent choisir entre la maternité et une carrière, et sont encouragées à rester chez elles. La police et le système judiciaire, de plus en plus inégalitaire (les Antillais ne peuvent même plus aller aux Pays-bas librement, qui est tout de même leur pays!), se voit affecter les budgets prélevés ailleurs.
4. On utilise l'Islam ou la menace terroriste comme on a utilisé la menace communiste: le peuple se doit d'avoir peur (alors que statistiquement il a plus de chances d'être victime d'une maladie cardio-vasculaire aidée par l'industrie agro-alimentaire ou d'un chauffard blanc et bien chrétien), et les libertés publiques sont restreintes tant que la menace n'est pas éteinte.
5. Les valeurs "nouvelles" que défendent les élites sont en fait des valeurs réactionnaires (une vision de la famille, de la liberté ou de l'identité complètement dépassée), les idéaux sont matérialistes et petit-bourgeois, et les changements qu'ils justifient ressemblent plus à du pillage institutionnel que de véritables réformes.
6. L'athmosphère est viciée à tel point que personne n'ose se rebeller, même à gauche (à part les populistes du SP dont c'est le rôle, mais dont la capacité gouvernementale est nulle). La "crise" est tellement intériorisée qu'il n'y a même plus besoin de milices fascistes pour museler l'intelligentsia ou les minorités: menacer le confort bourgeois des premiers et l'application du "diviser pour régner" entre les seconds suffit à les faire taire. Pédés contre Marocains. Noirs contre Arabes. Femmes contre étrangers. Chrétiens contre barbares. Tout est possible.

La dictature soft dans laquelle est plongée le pays est d'autant plus triste que les Pays-Bas pourraient être l'avant-garde de la démocratie. Mais le peuple est effrayé par son pouvoir potentiel et préfère le remettre à des leaders bien autoritaires, les fonctionnaire ont peur pour leur carrière et les étrangers (surdiplômés, multilingues, présents en masse à Amsterdam) n'ont pas envie de se faire virer.
Quand le peuple a-t-il décidé de se faire castrer? Dites le moi! Si ce n'est pas un mouvement néo-fasciste, qu'est-ce que c'est?
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Jasmine dit: "AGITATEUR VA!!! Je lis chacune de tes kreukreuscopies avec un plaisir et une ferveur sans mélange... Tu es et demeures une de mes références favorites... avec Guy Carlier bien entendu..."